Zeev Sternhell

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Zeev Sternhell
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Zeev Sternhell en 2008.
Naissance (82 ans)
Przemyśl Drapeau de la Pologne Pologne
Nationalité israélien
Profession
Distinctions

Zeev Sternhell (en hébreu זאב שטרנהל), né le à Przemyśl, est un historien et penseur politique israélien, lauréat en 2008 du prix Israël pour ses travaux en sciences politiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille juive de la Galicie polonaise, le jeune Zeev Sternhell est emmené, muni de faux papiers d'identité, après l'invasion de la Pologne par l'armée allemande et le début de la Seconde Guerre mondiale, par le mari de la sœur de sa mère (le seul de la famille autorisé à travailler au-dehors du ghetto de Przemysl) à Lvov, dans la partie de la Pologne occupée par l'Union soviétique. Caché avec l'aide de deux familles locales (reconnues après la guerre comme Justes parmi les Nations), il survit à l'occupation allemande et à l'extermination des Juifs de Pologne et d'Ukraine.

Après la fin de la guerre, arrivant en France, il est recueilli par une autre sœur de sa mère. Il fait ses études secondaires au lycée Frédéric-Mistral à Avignon.

Zeev Sternhell rejoint Israël en 1951 dans le cadre de l'« Aliyat Hano'ar » (« Aliya des Jeunes », organisation sioniste d'assistance) ; il est reçu dans l'internat agricole Magdiel, dans la région du Sharon. En 1957, il commence ses études d'histoire générale et de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem.

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, il est professeur de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l'origine du corpus idéologique fasciste.

Au cours des années 1960, il est le directeur de l'université d'Addis Abeba, à la demande de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier.

La paix maintenant[modifier | modifier le code]

Un des membres fondateurs du mouvement israélien Shalom Akhchav[3], Zeev Sternhell participe activement au débat politique en Israël, entre autres par ses contributions à la page « Opinions » du quotidien israélien Haaretz. Il prend position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation et prône un compromis de paix avec les Palestiniens, affirmant : « si les Palestiniens faisaient preuve de plus de clairvoyance, ils concentreraient leurs actions contre les colonies au lieu de s'en prendre à des femmes et des enfants [en territoire israélien][4]. »

Le jeudi 25 septembre 2008, il est « légèrement blessé […], par un engin explosif devant chez lui. » « La police […] dit soupçonner les milieux ultra-nationalistes israéliens d'être responsables de l'agression[5]. » Jack Teitel (en) avoue être l'auteur de cet attentat[6].

En février 2018, dans une tribune au Monde, il compare le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd'hui. Il affirme : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts[7]. »

Travaux[modifier | modifier le code]

Zeev Sternhell a essentiellement travaillé sur les origines et la formation de l'idéologie fasciste, irréductible selon lui à la période de l'entre deux guerres, et qui trouve ses racines historiques dans la France de la fin du XIXe siècle.

En effet à partir de 1885, la confluence idéologique d'une partie de la droite nationaliste et de la gauche autour du thème de l'anti-parlementarisme va aboutir, notamment à travers la matrice que constitue le boulangisme, à l'élaboration progressive de la « synthèse fasciste ».

Celle-ci se caractérise essentiellement par un double rejet du libéralisme et du marxisme, auxquels elle prétend substituer une « troisième voie », élaborée par des penseurs comme le socialiste Georges Sorel.

Voir aussi : « Fascisme en France », thèse de Zeev Sternhell

Controverses[modifier | modifier le code]

Les résultats de ses recherches sur l'origine et la nature du fascisme sont controversés[8].

La plupart des historiens[9] — Michel Winock, Jacques Julliard[10], John L. Stanley, Francesco Germinario, Shlomo Sand, Philippe Burrin, Emilio Gentile, Willy Gianinazzi ou encore Pierre Milza — et des spécialistes de l'œuvre de Barrès tel Emmanuel Godo[11] ont contesté l'approche de Zeev Sternhell sur le fascisme français[12].

Pierre Milza tout en reconnaissant qu'« il y a eu sans aucun doute un fascisme français, qui n'a pas toujours pris la forme de ses homologues italien et allemand mais qui a occupé, dans l'espace politique et culturel de l'hexagone, une place plus grande que ne voulaient bien lui concéder jusqu'à une date récente les plus éminents spécialistes du XXe siècle français », critique Sternhell qui selon lui « voit du “fascisme” partout où il y a critique virulente de la république parlementaire, version IIIe finissante […], un pas que l'examen attentif des faits interdit de franchir[13]. »

Cependant, pour Stanley Payne, « Zeev Sternhell a démontré de manière concluante que la quasi-totalité des idées du fascisme sont apparues en France[14] » et George L. Mosse écrit dans La Révolution fasciste : « Il y eut ainsi des mouvements nationaux-socialistes primitifs en France (qui réunissaient d’anciens dirigeants de la Commune de Paris aux traditions jacobines, mais aussi quelques anarchistes et bourgeois bien-pensants)[15]. »

Les désaccords portent par ailleurs sur la définition sternhellienne du fascisme. Elle est loin de faire l'unanimité aujourd'hui. À Sternhell est reproché, en particulier, l'imprécision de sa définition du fascisme, mais aussi des rapprochements parfois considérés comme hasardeux qu'il fait entre des mouvements aux fondements idéologiques radicalement différents (notamment entre droite conservatrice « légitimiste » et mouvements révolutionnaires nationalistes). Raymond Aron, témoignant en faveur de Bertrand de Jouvenel — qui intentait un procès en diffamation à Sternhell pour la manière dont il l'avait dépeint en 1983 dans Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France — stigmatisait la méthode du chercheur israélien : « Son livre est le plus totalement a-historique qui se puisse concevoir. L'auteur ne remet jamais les choses dans le contexte. Il donne du fascisme une définition tellement vague que l'on peut y rattacher n'importe quoi[réf. souhaitée]. »

Les historiens se demandent s'il est pertinent de relier des personnalités comme Maurice Barrès, Charles Maurras, voire Emmanuel Mounier, à la mouvance fasciste. Ainsi, Emilio Gentile soutient que parler de fascisme en dehors d'un régime ou d'un parti est très problématique : si l'on excepte d'une part les derniers mois du régime de Vichy, d'autre part quelques mouvements très minoritaires autour de Marcel Bucard, la France n'a à proprement parler jamais connu de régime ou de parti fasciste.

« N’en déplaise aux admirateurs de Zeev Sternhell, dont les travaux possèdent d’évidentes qualités d’érudition et de précision, écrit Olivier Bosc, on ne peut valider son interprétation qui repose sur une conception quasi généalogique de la pensée. Il distribue les certificats d’hérédité idéologique, en s’appuyant sur une méthode d’interprétation tenant à la fois du jeu des Sept Familles et du cadavre exquis[16]. »

Faire, comme Sternhell le propose, du fascisme une idéologie « anti-Lumières[17] » est discuté, dans la mesure où le fascisme reprendrait notamment des idées apparues dans le cadre des Lumières – et surtout de l'Aufklärung allemand, comme un certain constructivisme juridique, ou le rejet des doctrines sociales et politiques fondées sur le christianisme ; alors qu'à la même époque, d'autres mouvements — que Sternhell rapproche du fascisme — comme l'Action française, ou la Révolution conservatrice, rejetaient violemment les Lumières sans adhérer au fascisme — voire en en étant des adversaires, une fois revenus de la fascination qu'il suscitait chez eux.

Le politologue Pierre-André Taguieff lui reproche « une vision anhistorique du fascisme » et « une méconnaissance du rôle moteur joué par la Première Guerre mondiale » en laquelle il voit le véritable « berceau » de l'esprit fasciste. Il est tout aussi sévère envers l'affirmation de Sternhell que le FN se situe dans la filiation de la « droite révolutionnaire » « pré-fasciste », affirmation qui ne serait que l'application de « schémas interprétatifs rigides sur des phénomènes qu'il connaît insuffisamment »[18].

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Zeev Sternhell, interviewé par Cyrille Louis, « La France ne se juge pas à sa juste valeur », in Le Figaro, vendredi 3 janvier 2014, page 14.
  2. Pour « sa contribution au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde ».
  3. Entretien avec Zeev Sternhell, membre du mouvement Shalom Akhchav (La paix maintenant)
  4. « L'historien Sternhell blessé par un engin piégé à son domicile à Jérusalem », dépêche AFP du 25 septembre 2008, reprise par lemonde.fr.
  5. « L'historien israélien Zeev Sternhell visé par un attentat », Le Monde, 25 septembre 2008.
  6. « Jack Teitel révèle les failles du système sécuritaire israélien », Rue89, 10 novembre 2009.
  7. Zeev Sternhell, « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. Entretien avec Zeev Sternhell concernant les origines françaises du fascisme.
  9. Voir : Serge Berstein, « La France des années trente allergique au fascisme. À propos d'un livre de Zeev Sternhell » [PDF], Vingtième Siècle : Revue d'histoire, volume 2, no 2, p. 83-94, 1984.
  10. [PDF] Jacques Julliard, « Sur un fascisme imaginaire : à propos d'un livre de Zeev Sternhell », Annales, volume 39, p. 849-861, 1984.
  11. Ego scriptor, Maurice Barrès et l'écriture de soi, Paris, Kimé, 1997 ; postface : « De l'individualisme au nationalisme, réflexions sur la cohérence de l'œuvre de Maurice Barrès », pp. 185-200.
  12. « Zeev Sternhell : aux origines du fascisme », par Gabriel Maissin, Politique, Revue de débats, Bruxelles, n° 40, juin 2005.
  13. Pierre Milza, Le Fascisme français, p. 116.
  14. Stanley Payne, A History of Fascism, p. 291.
  15. George L. Mosse, La Révolution fasciste. Vers une théorie générale du fascisme (recueil de textes de 1961-1996), Paris, Seuil, 2003, p. 27.
  16. Olivier Bosc, La Foule criminelle, Fayard, 2007, p. ?.
  17. Entretien avec Zeev Sternhell sur les anti-Lumières.
  18. « Zeev Sternhell : un regard historique sous contrôle idéologique », Pierre-André Taguieff, lepoint.fr, 2 juin 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]