Zamore et Mirza ou l'Esclavage des Noirs

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Zamore et Mirza ou l’Esclavage des Noirs
Auteur Olympe de Gouges
Genre Drame
Nb. d'actes Trois actes
Date d'écriture
Personnages principaux
  • Zamore, Esclave et amant de Mirza
  • Mirza, Amante de Zamore
  • M. De Saint-Frémont, Gouverneur
  • Mme De Saint-Frémont, Épouse du précédent
  • Valère, Noble Français, marié avec Sophie
  • Sophie, Fille de M. De Saint-Frémont, mariée à Valère
  • Betzi, Femme de chambre
  • M. De Belfort, Major de la Garnison

Zamore et Mirza ou l’Esclavage des Noirs est un drame en trois actes écrit par Olympe de Gouges en 1784[1]. Cette pièce décrit les conséquences de l’esclavage vues par deux esclaves durant l’époque de la colonisation. Olympe de Gouges, une des personnes importantes du mouvement féministe, introduit ce thème dans son œuvre dramatique.

Le sujet progressiste et la forme de la pièce présentent des difficultés pour l’auteur. En décembre 1789, elle corrige son texte pour le rendre adaptable au public. Malgré ces changements, la pièce est interrompue après trois représentations, en raison d'une forte opposition de la part des commerçants des îles colonisées. Finalement, Olympe de Gouges publie la pièce en 1792 avec une nouvelle préface.

La pièce raconte l’histoire de deux esclaves qui habitent en Inde (sans doute en zone anglaise) : Zamore et Mirza, des amants en fuite, parce que Zamore a abusé de la confiance de son maître amoureux de Mirza. Ils rencontrent deux Français, rescapés d'un naufrage, qui agissent pour sauver la vie de Zamore et de Mirza.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Zamore : Indien, esclave, amant de Mirza
  • Mirza : Indienne, amante de Zamore
  • M. de Saint-Frémont : Gouverneur d’une île en Inde
  • Mme. De Saint-Frémont : Épouse de M. de Saint-Frémont
  • Valère : Noble français, marié à Sophie
  • Sophie : Fille de M. De Saint-Frémont, mariée à Valère
  • Betzi : Femme de chambre de Mme de Saint-Frémont
  • M. De Belfort : Major de la Garnison

Résumé[modifier | modifier le code]

Préface[modifier | modifier le code]

Olympe de Gouges inclut une préface à sa pièce pour la défendre. Durant cette époque, la colonisation par la France et l’utilisation des esclaves prévalaient. La pièce Zamore et Mirza pose la question de l'intérêt de l'esclavage. Évidemment, ce message était controversé. L'auteur adresse un message aux esclaves et à leurs propriétaires européens. Elle parle de la violence contre les esclaves, mais aussi de la violence des esclaves envers les colonisateurs. De plus, elle affirme que la pièce recommande la sagesse et la justice qui n’étaient pas présentes[pourquoi ?] dans les colonies.

Acte I[modifier | modifier le code]

Dans le premier acte, les personnages principaux sont introduits. On voit Zamore et Mirza, seuls sur l’île à cause d’un crime commis par Zamore contre son maître. Il y a une tempête et Zamore sauve Sophie, une Française qui était sur le navire naufragé pour chercher son père. Elle pense qu’elle a perdu son mari et son bébé, mais Valère, son mari, était avec Mirza sur la côte. Les quatre personnages parlent et Sophie et Valère apprennent le crime de Zamore. Sophie et Valère pensent que le crime était justifié. Le serviteur de Valère, Félicio, apparaît et il dit qu’il n’a pas pu sauver le bébé. À la fin de l’acte, Zamore et Mirza sont arrêtés.

Acte II[modifier | modifier le code]

Le deuxième acte est centré sur Mme de Saint-Frémont, la femme du Gouverneur. Elle parle avec les serviteurs de Zamore et Mirza et des événements qui se passent avec les esclaves et les soldats dans la ville. Un capitaine trouve un bébé, que Mme et M. de Saint-Frémont veulent garder et élever. C’est dans cet acte que Mme de Saint-Frémont apprend que son mari avait une autre femme et une fille avant son mariage. Mme de Saint-Frémont rencontre Sophie, qui est très reconnaissante que sa fille soit en sécurité. Sophie demande à Mme de Saint-Frémont d'aider Zamore et Mirza. Celle-ci répond qu’elle fera ce qu’elle pourra. À la fin de l’acte, on apprend que l’armée essaie de réprimer les émeutes que les esclaves fomentent pour lutter contre l’arrestation de Zamore.

Acte III[modifier | modifier le code]

Dans le troisième acte, les soldats sont chargés par M. de Saint-Frémont de préparer l'exécution de Zamore. Sophie tente de convaincre Mme de Saint-Frémont de s'opposer à son mari, mais elle ne réussit pas. Valère essaie de persuader M. de Saint-Frémont qui argumente qu’il doit faire un exemple avec Zamore. Les esclaves essaient de protéger Zamore. Sophie découvre que M. de Saint-Frémont est son père. Après cette révélation, le Gouverneur décide de ne pas exécuter Zamore et de permettre le mariage de Zamore et de Mirza.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le féminisme[modifier | modifier le code]

L'esclavage[modifier | modifier le code]

L’esclavage est un thème majeur de la pièce. Sophie et Valère, les deux Français qui survivent au naufrage, parlent de l’esclavage dans le premier acte quand ils rencontrent Zamore et Mirza. Ils parlent de l’esclavage cruel et du fait que ce n’est pas naturel d’avoir des esclaves. La pièce pose la question de l’esclavage qui perdure au moment où la Révolution française a libéré les Français de l’Ancien Régime[2].

Points de style[modifier | modifier le code]

L’île où l'action se déroule détermine le message. Le lieu exotique isolé entraîne le spectateur loin de la société française. Cette île est presque un autre monde, notamment pour la grande majorité des Français de l'époque, à l'écart des préjugés [Pour qui ?] de la société française[3]. Le spectateur peut avoir l’impression que la vie sur cette île dépend de règles différentes, dans un cadre plus naturel que la vie en France même, motivant la réflexion sur les droits universels et naturels des hommes.

Les Noirs esclaves de la fiction ont les mêmes qualités que les Blancs. Ils ne sont pas présentés comme des sauvages, ni moins intelligents ; ils pensent, réfléchissent, manifestent des qualités d’humanisme, comme les Blancs[4]. Les paroles des personnages comportent de très nombreuses exclamations. Le discours est souvent émotionnel. L’objectif est de souligner l’injustice de l’esclavage, et la cruauté des réalités de l'esclavage dans les colonies.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Cette pièce a été écrite et jouée à un moment où les droits de l’individu étaient une question débattue publiquement. En 1789, la Révolution française est commencée et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen a été publiée en France. Ce projet d'égalité des individus visant plus les citoyens que les citoyennes, Olympe de Gouges a écrit et publié une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui traite des droits des femmes dans la société, en comparaison avec ceux des hommes. Dans la même veine, elle revendique les mêmes droits pour les gens de couleur dans Zamore et Mirza.

Avant la représentation de la pièce, de nombreux débats politiques publics avaient traité de l'extension les lois dans les colonies, de l’esclavage et de l’état des esclaves dans les colonies. La question des droits des Noirs a été portée devant l'Assemblée nationale par la Société des amis des Noirs, dont Olympe de Gouges était membre[réf. souhaitée]. Le problème de l’esclavage a été abordé par des philosophes des Lumières, comme Montesquieu et Rousseau qui évoque les droits de l’individu dans la nature. Les œuvres des philosophes ont amené l'opinion publique à réfléchir sur la pratique de l’esclavage et le traitement des Noirs dans les colonies et dans la société française (Striker 1985). La version définitive de la pièce a été publiée en 1792, et Olympe de Gouges a été guillotinée en 1793. En 1794, l'esclavage est aboli. Cette première étape pour l’égalité des Noirs tient un peu à des voix comme celle d'Olympe de Gouges.

Contexte biographique[modifier | modifier le code]

La vie personnelle d’Olympe de Gouges a affecté la conception et l'écriture de Zamore et Mirza. Enfant illégitime dans la pièce, Sophie est dans la situation qu'a connue l'auteur. Elle retrouve aussi son père à la fin. La création d’un personnage comme Sophie peut être une réponse d'Olympe de Gouge au traitement que la société réserve aux enfants illégitimes[5].

Olympe de Gouges est une des premières féministes françaises. Elle a déclaré qu’une des raisons qui l'ont décidée à devenir une écrivaine était la condition des esclaves[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gregory Brown, « The Self-Fashionings of Olympe de Gouges, 1784-1789 », Eighteenth-Century Studies, vol. 34,‎ , p. 383-401
  • Clarissa Palmer, Olympe de Gouges Plays, N.p., 2013.
  • Joan Wallach Scott, « French Feminists and the Rights of ‘Man’: Olympe de Gouge’s Declarations », History Workshop, 28 (1989).
  • Ardelle Striker, « Spectacle in the Service of Humanity: The Negrophile Play in France from 1789 to 1850 », Black American Literature Forum, 19, 1985.
  • Audrey Viguier, « Paratopie humaniste et Variantes sémantiques d’Olympe de Gouges dans Zamore et Mirza ou l’Esclave des Noirs », Nottingham French Studies, vol. 53,‎ , p. 314-328
  • Sharon Worley, A feminist analysis of gender and primogeniture in French neoclassical tragedy: the literary politics behind the French Revolution, New York, Edwin Mellen Press, 2012.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Audrey Viguier, « Glissements et variantes sémantiques dans Zamore et Mirza ou L’Esclavage des Noirs (1784) d’Olympe de Gouges », Nottingham French Studies, no 53.3,‎ , p. 314-328.
  2. Gregory Brown 2001, p. 395.
  3. Audrey Viguier 2014, p. 318-319.
  4. Audrey Viguier 2014, p. 324.
  5. Audrey Viguier 2014, p. 316.
  6. Gregory Brown 2001, p. 392.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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