Zaleucos

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Zaleucus, d'après Promptuarii Iconum Insigniorum de Guillaume Rouillé

Zaleucos de Locres ou Zaleucus (en grec ancien Ζάλευκος / Zaleukos) est un législateur mythique grec des Locriens Epizéphyriens du VIIe siècle av. J.-C.

Notice biographique[modifier | modifier le code]

Selon la chronologie d'Eusèbe de Césarée, Zaleucos aurait légiféré pour sa cité vers 663/2. Les Anciens le reconnaissait comme le premier législateur, autrement dit comme le premier à avoir fixer la loi par l'écrit et cela bien avant les législateurs plus connus comme Lycurgue et Solon. D'après une anecdote de Valère Maxime, son fils, condamné pour adultère, devait avoir les deux yeux crevés selon les lois écrites par le législateur. Les Locriens, afin de l'honorer, voulaient dispenser son fils de l'application stricte de la loi. Dans un premier temps, Zaleucos refusa. Puis, se laissant amadouer, il se fit d’abord crever un œil à lui-même, puis un à son fils, laissant ainsi à chacun d’entre eux l’usage de la vue.

Le Pseudo-Aristote en fait un riche éleveur qui aurait reçu sa législation d'Athéna, idée reprise par Plutarque dans la Vie de Numa. Une autre légende consiste à faire de lui un esclave. Cette contradiction trouve son origine dans l'histoire de la cité de Locres Epizéphyrienne. A partir du IIIe siècle ap. J.-C, Il passe à tort pour disciple de Pythagore. A l'époque de Cicéron, les Locriens le vénéraient comme un héros fondateur de leur cité.

La législation archaïque[modifier | modifier le code]

Diodore de Sicile et Jean de Stobée nous ont conservé un préambule attribué à Zaleucos dont voici quelques extraits:

« Aucun citoyen ne devait avoir d’ennemi mortel, on devait, quand on n’éprouvait de l’inimitié, se persuader qu’on finirait par s’apaiser et par revenir à l’amitié ; sinon on serait tenu pour un sauvage et un rustre. Quant aux magistrats, il les priait de bannir l’arrogance et l’orgueil, et de ne pas faire intervenir la haine et l’amitié dans leur jugement » (Diodore de Sicile, XII, 20, 2)


« Une femme libre ne devait pas être accompagnée de plus d’une servante à moins qu’elle ne fut ivre, ni sortir de la ville la nuit, à moins qu’elle n’eût un amant, ni se paré de bijoux d’or ou de vêtement bordé de pourpre, à moins qu’elle ne fût prostituée ; un homme ne devait pas porter de bague d’or ni de manteau à la milésienne, s’il n’était prostitué ou n’avait une maitresse » (Diodore de Sicile, XII, 21, 1)

Armand Delatte[1] a démontré que ce préambule était l’œuvre des Pythagoriciens qui gouvernèrent certaines cités de Grande-Grèce au Ve et au IVe siècle av J.-C. Plus précisément, Zaleucos est reconnu comme étant le premier à avoir fixé la peine encourue correspondant à chaque crime, alors que la fixation de la peine était normalement laissée à la discrétion du juge[2],[3]. La plupart des auteurs anciens s'accorde à reconnaître la bonne législation dont bénéficie Locres Epizéphyrienne. Platon dans le dialogue du même nom présente son ami Timée, comme étant originaire "de la ville si bien policée de Locres" (20a). Aristote révèle qu'il existait à Locres une loi interdisant de vendre son patrimoine sauf si le citoyen prouvait qu'il avait subi un revers de fortune incontestable. Cette loi devait préserver la paix sociale de la cité en empêchant que certains citoyens deviennent trop riche par rapport aux autres.

La législation archaïque, dont l'existence n'est pas remise en doute par les historiens du fait des nombreux témoignages existant, a sans doute préservé la cité des perturbations politiques qui agitaient régulièrement les polis grecques. Cette législation accordait une extrême importance à la conservation des lois une fois établies. Une anecdote de Polybe, révèle que quiconque voudrait changer une loi, devait se présenter devant les Milles (l'Assemblée des citoyens) réunis avec un nœud coulant autour du cou et argumenter avec son adversaire au sujet de l’intention du législateur. Celui dont l’interprétation était jugée la moins satisfaisante était alors mit à mort par pendaison sous les yeux des Milles. Bien que les historiens ignorent si cette anecdote est véridique, Polybe étant le seul auteur à mentionner cette procédure, elle reste néanmoins révélatrice de l'esprit conservateur de la législation.

La création du mythe de Zaleucos[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du VIe siècle, plusieurs auteurs anciens citent dans leurs œuvres le modèle législatif de la cité locrienne mais il faut attendre Aristote pour que le nom de Zaleucos apparaissent pour la première fois.

En effet, la cité de Locres Epizéphyrienne connaît un important bouleversement politique en 347. Denys le Jeune bénéficiant de soutiens familiaux au sein de l'oligarchie au pouvoir, par sa mère Doris, vient se réfugier à Locres après le coup d'Etat de Dion. Commettant de nombreuses exactions, il est la cause principale du déclenchement de la révolution qui aboutit à la chute du système politique établi depuis la fondation de la cité[4]. Lorsque Denys repars à Syracuse pour récupérer son pouvoir, les Locriens s'emparèrent des membres de sa famille et les exécutèrent. L'oligarchie des "Cent-Maisons" est détruite et une constitution démocratique est instaurée. Selon Van Compernolle[5], les démocrates, souhaitant se rattacher aux origines de la cité, favorisèrent l'apparition d'un personnage légendaire à l'origine de l'ancienne législation : Zaleucos. C'est probablement à cette époque, que les Locriens firent de leur législateur un ancien esclave, afin de rappeler le mythe de fondation de la cité.

Source[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Armand Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, Paris, E. Champion,‎
  2. Les Savoirs de l'écriture: en Grèce ancienne, dans Cahiers de Philologie, vol. 14 p. 16 (ISSN 2859393226 et 9782859393229)
  3. (de) Max Mühl: « Die Gesetze des Zaleukos und Charondas » dans Klio. vol. 22, Leipzig, 1929, p. 105–124 et 432–463
  4. Aristote, Les Politiques, Paris, Flammarion,‎ , p. V, 7, 10
  5. René Van Compernolle, « La législation aristocratique de Locres Epizéphyrienne dite législation de Zaleukos », Antiquité Classique, no 50,‎ , p 759-769