Zar Amir Ebrahimi

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Zar Amir Ebrahimi
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Zar Amir Ebrahimi en 2016.
Nom de naissance Zahra Amir Ebrahimi
Naissance (41 ans)
Téhéran, Iran
Nationalité Drapeau de l'Iran iranienne
Drapeau de la France française (depuis 2017)[1]
Profession actrice, productrice, réalisatrice
Films notables Téhéran Tabou
Les Nuits de Mashhad
Les Survivants
Shayda
(voir filmographie)

Zahra Amir Ebrahimi (persan : زهرا اميرابراهيمی), dite Zar Amir Ebrahimi, née le à Téhéran, est une actrice, productrice et réalisatrice franco-iranienne. Elle remporte le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2022 pour son rôle dans le film Les Nuits de Mashhad. Elle a joué dans des films iraniens, allemands, danois, suédois et français.

Elle figurait sur la liste des 100 Femmes de la BBC comme l'une des femmes inspirantes et influentes du monde en 2022[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et débuts[modifier | modifier le code]

Zahra Amir Ebrahimi, dite « Zar », est née le à Téhéran[3],[4]. À 16 ans elle participe à ses premiers courts métrages comme assistante-réalisatrice. Devenue comédienne, elle suit des études de théâtre à l'Université islamique Azad de Téhéran[3], en parallèle d'un cursus de Beaux-Arts à l'Institut Charsu (چارسوي هنر). Sa carrière de réalisatrice commence avec son court-métrage Khat.

Théâtre municipal, Téhéran.

En tant que comédienne, elle apparaît dans les films de nombreux réalisateurs iraniens, notamment Mohammad Nourizad (en), Mojtaba Raie, Abolfazl Jalili, Abbas Kiarostami et au théâtre municipal (persan : تئاتر شهر, Teātr-e Šahr) de Téhéran.

La reconnaissance du grand public vient surtout de sa participation à la série télévisée Komakam Kon. Son rôle dans la série culte Nargess lui assure une grande notoriété[5].

Ebrahimi est polyglotte et parle le persan, l'afghan, l'anglais, le français, l'arabe, l'allemand et l'italien[3].

Affaire de sextape et conséquences[modifier | modifier le code]

En 2006, elle est associée à un scandale de sextape à Iran où elle se trouve mise en cause, malgré ses dénégations. Ces accusations, venant dit-elle d'un ancien fiancé avec qui elle a rompu, lui valent d'être confrontée à l'ostracisme social, à une carrière d'actrice devenue impossible et à une possible peine de coups de fouet, si les faits étaient prouvés. Les films privés montrant des scènes de sexe ne sont pas rares en Iran ; cependant, la notoriété de l'actrice et la médiatisation du cas ont rendu l'affaire particulièrement sensible, engendrant une réaction des autorités. Le procureur Saïd Mortazavi, procureur en chef de Téhéran, est chargé de l'instruction de l'affaire[6],[7].

À la suite de cette affaire, les films auxquels elle participait et qui se trouvaient sur le point de sortir ont dû être retournés avec d'autres actrices. Il lui a également été défendu de tourner dans de nouveaux films ou d'apparaître à la télévision. Ainsi, cette affaire de sextape divulguée met brutalement fin à sa carrière iranienne[8]. Elle a également été condamnée à la prison et à 100 coups de fouet[9]. Au matin de son procès, le 1er mars 2008, elle a fui l'Iran et s'est installée à Paris, où elle vit en exil depuis lors. Elle a dit : « Je devais me présenter devant un tribunal composé d'hommes, leur parler de ma vie sexuelle et de mon corps. J'avais envie de rester en Iran, de me défendre, mais je redoutais cette humiliation. »[9] L'homme qui a divulgué la sextape—un collègue acteur qui était un ami d'Ebrahimi mais qui n'est pas apparu dans la vidéo—a été condamné à six ans de prison, mais a été libéré au bout de deux mois[10].

En France, elle a pu compter sur le soutien d'autres exilés iraniens, à l'instar de sa « sœur de cœur », Golshifteh Farahani[9].

Ebrahimi a publiquement soutenu les manifestations menées par les femmes iraniennes à la suite de la mort de Mahsa Amini dans des circonstances suspectes après avoir été arrêtée par la patrouille d'orientation iranienne pour ne pas avoir porté de hijab conformément aux normes gouvernementales en septembre 2022, et elle partage souvent sur ses réseaux sociaux les nouvelles sur les manifestations et comment les gens peuvent aider les femmes iraniennes[11],[12],[13].

Carrière en France[modifier | modifier le code]

Elle se réfugie en France en 2008, où elle travaille comme comédienne, productrice et réalisatrice, notamment pour le programme en langue persane de la BBC[14], et obtient la nationalité française par décret de naturalisation en 2017[1].

En 2017, elle est à l'affiche de Téhéran Tabou, du réalisateur Ali Soozandeh, sélectionné au festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la critique[15].

En 2019, elle crée sa société de production de cinéma et de documentaire, Alambic Production[14]. En mars, elle reçoit au Festival du Printemps Persan à Hambourg le Hamburg Award for Cultural Freedom (Prix de Hambourg pour la liberté culturelle) avec Golshifteh Farahani, pour l'exemplarité de son combat et son itinéraire d'artiste et de femme iranienne indépendante[16]. Elle a joué aussi le rôle de Farzaneh Rezvani dans Damien veut changer le monde de Xavier de Choudens[3].

En 2022, elle remporte le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes (devenant la première actrice iranienne à remporter ce prix)[17] pour son rôle comme la journaliste Rahimi dans le film Les Nuits de Mashhad du réalisateur Ali Abbasi[18], où elle a également travaillé comme directrice de casting[9] et productrice associée[19]. Suite à sa victoire au Festival de Cannes, l'Organisation cinématographique du ministère iranien de la Culture et de l'Orientation islamique a publié une déclaration condamnant le festival pour avoir décerné à Ebrahimi le prix de la meilleure actrice, le qualifiant de "décision insultante et politiquement motivée". Le ministre iranien de la Culture et de l'Orientation islamique, Mohammad Mehdi Esmaili, a également menacé de punir les Iraniens qui ont travaillé dans le film Les Nuits de Mashhad[20]. En juin 2022, Ebrahimi a déclaré à CNN qu'elle avait reçu environ 200 menaces depuis qu'elle avait remporté le prix de la meilleure actrice à Cannes[17]. La même année, elle joue Chehreh dans le film Les Survivants de Guillaume Renusson aux côtés de Denis Ménochet[3].

Du au [21], Amir Ebrahimi présidera le jury de la compétition nordique du Festival du film de Göteborg en Suède. Elle dirigera également une manifestation de soutien à l'actrice Taraneh Alidoosti et au peuple iranien qui ont été menacés par le gouvernement, arrêtés ou condamnés à la prison alors qu'ils protestaient contre le régime oppressif iranien.[22]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

  • 2004 : Garibaneh (série télévisée)
  • 2004 : Komakam Kon (série télévisée)
  • 2006 : Nargess (série télévisée)
  • 2011 : Great Persians : Présentatrice (documentaire)[3]
  • 2018 : Amir Naderi by Amir Naderi : Réalisatrice et productrice (documentaire)[3]
  • 2018 : Kahani's Cinema : Réalisatrice et productrice (documentaire)[3]
  • 2018 : Un jour à Téhéran : Réalisatrice et productrice (documentaire)[3]
  • 2019 : 40 Years, 40 Films : Présentatrice (documentaire)[3]
  • 2022 : Portrait of Women in Iranian Cinema : Réalisatrice, productrice et présentatrice (documentaire)[3]

Doublage de dessin animé[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • 2000 : Water, mise en scène de Reza Keshavarz, Fajr Theatre Festival[23]
  • 2001 : Sleepy Noon, mise en scène de Ayat Najafi, Niavaran Cultural Center of Téhéran[3],[23]
  • 2003 : Gathering in Hell, mise en scène de Rahman Seifi Azad, Fajr Theatre Festival[3],[23]
  • 2003 : There Is No One Who Can Remember All the Stories, mise en scène de Reza Hadad, Bazi Theatre Company / Fajr Theatre Festival / Lakoon Theatre Festival - Hamburg[3],[23]
  • 2009 : Royaye Taheregane Khamoush, mise en scène de Mohamad Rezaierad, Université Paris 8[3],[23]
  • 2010 : Voix de Femmes / Voix du Sang, mise en scène de Tinouche Nazmjou, Théâtre Pentu et Parole Avalancheuse / Théâtre de l'Épée de Bois / Festival de l'arpenteur - Grenoble[3],[23]
  • 2012 : Le Pays de la peur et de l'espoir, mise en scène de Ebrahim Makki, Salle Ayad Paris[3],[23]
  • 2014–2015 : Petit Garçon Rouge, mise en scène de Hamid Djavdan, La Compagnie des Mirages[23]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Jake Coyle, « An exiled actress stars in a piercing portrait of Iran », sur ABC News, .
  2. (en) « BBC 100 Women 2022: Who is on the list this year? », sur BBC News, .
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t et u (en) « Zar Amir Ebrahimi », sur e-Talenta (consulté le ).
  4. (nl) « Actrice Zar Amir Ebrahimi: ‘Deze wanhopige Iraanse dictatuur nadert zijn laatste dagen’ », sur NCR, .
  5. (en) Ghazal Golshiri, « Golshifteh Farahani, Taraneh Alidoosti and Zar Amir Ebrahimi, three Iranian women on the Cannes red carpet », sur Le Monde, .
  6. (en) Robert Tait, « Iranian actor in sex video scandal says ex-fiance faked footage », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  7. « Iran - Zahra Amir Ebrahimi dénonce une campagne immorale », L'Orient-Le Jour,‎ (lire en ligne).
  8. (en) « The Leaked Iranian Sex Tape Scandal That Ended Zahra Amir Ebrahimi's Career », [Eyerys],‎ (lire en ligne).
  9. a b c et d Norine Raja, « Zar Amir Ebrahimi, la revanche d'une exilée », sur Vanity Fair, .
  10. (en) Clayton Davis, « 'Holy Spider' Star Zar Amir Ebrahimi Was Banned From Iranian Cinema and Sentenced to Prison. Now She's a Lead Actress Oscar Contender », sur Variety, .
  11. (en) Ghazal Golshiri, « Iranian actress Zar Amir Ebrahimi: 'In Iran, a wall has cracked, but I don't know how long it will take to collapse' », sur Le Monde, .
  12. (en) Scott Roxborough, « 'Holy Spider' Star Zar Amir-Ebrahimi on Film's Relevancy in Wake of Iran Protests: "I've Started to Watch It in a Different Way" », sur The Hollywood Reporter, .
  13. (en) « Zar Amir Ebrahimi Talks "Holy Spider," Deep-Rooted Misogyny, and How to Support Women in Iran », sur The Cherry Picks, .
  14. a et b Nicolas Schaller, « Zar Amir Ebrahimi, héroïne des « Nuits de Mashhad » et survivante de l’Iran des mollahs », sur L'Obs, .
  15. Yannick Vely, « Bande-annonce : Le cinéma iranien se met à l'animation avec "Téhéran Tabou" », Paris Match,‎ (lire en ligne).
  16. a et b (de) DIWAN Deutsch-Iranische Begegnungen, « Diwan Hamburg feiert bereits zum achten Mal NOWRUZ Unter dem Motto „Das Erwachen des Frühlings!“ lädt der deutsch-iranische Kulturverein DIWAN zum persischen Frühjahrsfest ein am Sonntag, den 24.März 2019 » [archive du ], sur Facebook, .
  17. a et b (en) Mohammed Abdelbary, « She had to flee Iran. Now she's won best actress at Cannes », sur CNN, .
  18. a et b « Cannes 2022 : avec Triangle of sadness, de Ruben Östlund, la Palme d’or récompense une critique acide des super-riches », sur Le Monde, .
  19. Nathanaël B., « Zar Amir Ebrahimi, prix d'interprétation au Festival de Cannes : L'Interview », sur Sortira Paris, .
  20. (en) RFE/RL's Radio Farda, « Minister Threatens To 'Punish' Iranians Who Worked on Award-Winning Film Holy Spider », sur Radio Free Europe/Radio Liberty, .
  21. (sv) « Göteborg Film Festival 2023 », sur goteborg.com (consulté le )
  22. (en) Elsa Keslassy, « ‘Holy Spider’ Star Zar Amir Ebrahimi to Lead Goteborg Festival Jury, Tribute to Dissident Iranian Filmmakers Planned », sur Variety,
  23. a b c d e f g et h « Zar Amir Ebrahimi - Fiche Artiste - Artiste interprète », sur AgencesArtistiques.com (consulté le ).
  24. (en) « Nice 2018 Winners », sur Film Fest International, .
  25. (en) Callum McLennan, « ‘Saint Omer,’ ‘Close’ ‘Will-o’-the-Wisp’ Win Big at Seville », sur Variety, .
  26. (en) « Best Lead Actress in a Foreign Language Film | Amsterdam IFF 2018 », sur Film Fest International, .
  27. (en) David Mouriquand, « European Film Awards: Cannes titles lead the 2022 nominations », sur euronews, .
  28. (da) « Robert Prisen – Zar Amir Ebrahimi », sur Robertprisen.dk (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]