Zaïko Langa Langa

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Zaïko Langa Langa (aussi écrit Zaiko Langa Langa ou Zaiko Langa Langa Nkolo Mboka) est un groupe musical populaire du Congo-Kinshasa, formé en 1969, quand le Zaïre s'appelait encore Congo.

Plusieurs musiciens célèbres ont débuté leur carrière dans ce groupe, influent dans les années 1970, comme Papa Wemba, Pépé Felly, Evoloko Jocker, Jossart N'yoka Lonet Bimi Ombalé. Plusieurs autres groupes sont sortis de cette formation, la plupart avec un certain succès, comme Isifi Lokole (en), Yoka Lokole, Langa Langa Stars, Choc Stars, Le GrandZaik Wawa, Quartier Latin International, Viva La Musica… Ils en ont souvent conservé le style, le rythme funk caractéristique d'une nouvelle génération de la rumba congolaise, et qui est devenu, d'une certaine façon, l'étendard d'une jeunesse congolaise voulant s'émanciper.

Le nom du groupe[modifier | modifier le code]

Le nom Zaïko est formé à partir du nom Zaire ya bankɔ́kɔ, signifiant « Zaïre des ancêtres » en lingala. Langa Langa est le nom d'un peuple de la province historique de l'Équateur[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le groupe Zaïko Langa Langa est formé en 1969 sous le nom Orchestra Zaïko. Les membres son à l'époque : Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba (plus connu sous son nom de scène ultérieur de Papa Wemba[2]), Pépé Felly Manuaku, Olemi Eshar, Mazaza, Anto Evoloko, Jersy Jossart Nyoka Longo, Simeon Mavuela Somo, Teddy Sukani, Enoch Zamungana, André Bimi Ombale, Bapius Mwaka, Mashakado Nzolantima et plus tard Gina Efonge Isekofeta, Pablo Bakunde Ilo, Bozi Boziana, etc. Papa Wemba commence dans ce groupe sa carrière musicale. Il contribue à le constituer, et devient sous le pseudonyme de Jules Presley, le leader des parties chantées. Il en est le membre le plus âgé (il a déjà 20 ans)[3].

D'après l'historien David Van Reybrouck, ce groupe est le plus influent des années 1970 au Congo[4]. Il adopte un rythme rapide, funk, abandonnant les instruments à vent et mettant en avant la batterie et les solos de guitare[5]. Le groupe met également l'accent sur la danse, dans la continuité de la rumba congolaise. Leurs scènes sont habituellement animées par des danseurs. C'est, selon le romancier et musicien Sylvain Bemba, cité par Olivier Herviaux dans le journal Le Monde, une musique des pauvres, la rumba, qui finit par conquérir, avec ce groupe, les «nantis de la ville». Le groupe est populaire, notamment dans « les bars dancings de Kinshasa, de jour comme de nuit »[6],[7]. Il met surtout à mal un certain conformisme musical et devient l'étendard d'une jeunesse, démographiquement de plus en plus importante, qui veut s'émanciper[3],[5].

Evoloko Joker Lay Gola, considéré comme le membre le plus populaire, avec le concours d'autres musiciens tels que Papa Wemba et Pépé Felly Manuaku, aurait inventé la cadence rythmée qu'est « cavacha », une danse populaire à travers l'Afrique centrale et de l'Est durant ces années 1970. Le cavacha est devenu le ciment du soukous congolais[8],[9]. Le groupe se produit en 1974 lors du grand concert donné à l'occasion du match mythique Mohamed Ali-George Foreman, aux côtés de James Brown et Tina Turner[4],[10],[11].

Deux ou trois années plus tard, le groupe commence à se diviser. Papa Wemba, Evoloko, Mavuela et Bozi partent pour former Isifi Lokole en 1974 (Isifi étant un clin d’œil en acronyme signifiant Institut supérieur de formation des idoles)[3],[12], puis Viva La Musica en 1976[13]. Ce départ porte un coup dur à l'orchestre. Il continue pourtant son parcours. C'est à cette occasion que cet orchestre enregistre l'arrivée du batteur Ilo Pablo, qui en profite pour faire adopter par le groupe un style plus simple et plus épuré. C'est aussi l'arrivée dans cette formation du chanteur Linkinga Redo. Vers la fin des années 1970, le groupe comprend comme membres : Nyoka Longo, Lengi Lenga, Bimi Ombale, Likinga, Evoloko et Bozi Boziana, avec les musiciens Meridjo et Bapius[8].

À la fin des années 1980, les désaccords dans le groupe atomisent la troupe en plusieurs formations, mais le « style Zaïko » marque durablement ces nouveaux groupes[8],[14]. En 1999, Zaïko Langa Langa fait l'objet d'un documentaire de Yves Billon, Zaïko Langa Langa, le goût du travail bien fait[6],[15].

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Pauline (1970)
  • L'amoureux déçu (1972)
  • C'est la vérité (1971)
  • Chouchouna (1973)
  • Liwa Ya Somo (1974)
  • 33 tours (1974)
  • Zaïre-Ghana (1976)
  • Obi (1978)
  • Sentiment Awa/Essesse (1979)
  • Sarah Djenni (1981)
  • SOS Maya (1982)
  • La Tout Neige (1970)
  • Zekete Zekete Ier/IIe Épisode (1983)
  • Muvaro(1983)
  • On gagne le procès (1984)
  • Zaïko Eyi Nkisi (1985)
  • Eh Ngoss!Eh Ngoss!Eh Ngoss (1985)
  • Bongoville (1986)
  • Pusa Kuna....Serrez Serrez (1986)
  • Nippon Banzaï (1986)
  • Papa Omar (1986)
  • Subissez les conséquences(1987)
  • Jetez l'éponge (1989)
  • Ici ça va "Fungola Motema" (1990)
  • Jamais Sans Nous (1991)
  • Avis de recherche (1995)
  • Sans issue (1996)
  • Backline Lesson One (1997)
  • Nous Y Sommes (1998)
  • Poison (1999)
  • Feeling (2001)
  • Eureka (2002)
  • Empreinte (2004)
  • Rencontres (2007)
  • Bande Annonce (2011)
  • Maman Siska (2013)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Simon Broughton, Mark Ellingham et Richard Trillo, World Music : Africa, Europe and the Middle East, Rough Guide, (lire en ligne), p. 463
  2. Patrick Labesse, « Réveillon de fête à Bercy avec Papa Wemba, prince de la rumba-rock », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. a, b et c Anicet Etou Nianga, Papa Wemba - La voix de la musique congolaise moderne - Contribution et odyssée, Éditions L’Harmattan, (lire en ligne), « La découverte : Zaïko Langa-Langa », p. 27-38
  4. a et b David Van Reybrouck, Congo. Une histoire, Éditions Actes Sud, (lire en ligne), p. 375
  5. a et b Héric Libong, « Papa Wemba à l'Olympia Papa Wemba, trente ans après Tabu Ley », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  6. a et b Olivier Herviaux, « Zaïko Langa-Langa », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. M. Tchebwa, Terre de la chanson: La musique zaïroise hier et aujourd’hui, De Boeck Supérieur, (lire en ligne), p. 143
  8. a, b et c Nago Seck, « Zaïko Langa Langa », Afrisson,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Carole Boyce Davies, Encyclopedia of the African Diaspora: Origins, Experiences, and Culture, ABC-CLIO, (lire en ligne), p. 849
  10. « Zaïko Langa Langa », sur Afrik
  11. Dominique Malaquais, « Rumble in the Jungle : boxe, festival et politique », Africultures, vol. 2, no 73,‎ , p. 43-59 (DOI 10.3917/afcul.073.0043, lire en ligne)
  12. Kingunza Kikim Afri, « Note d’histoire: Orchestre Zaïko Langa Langa », L'Avenir,‎ (lire en ligne)
  13. Patrick Labesse, « La dernière rumba de Papa Wemba », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. Jean-Pierre François Nimy Nzonga, Dictionnaire des immortels de la musique congolaise moderne, Academia, (lire en ligne), p. 18-19
  15. « Zaïko Langa Langa, le goût du travail bien fait »

Liens externes[modifier | modifier le code]