Yvonne de Quiévrecourt

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Yvonne de Quiévrecourt
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Yvonne Marie Élise Toussaint de QuiévrecourtVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité

Yvonne de Quiévrecourt, née le à Paris et morte le à Levallois-Perret, est la personne ayant servi d’inspiration à Alain-Fournier pour son personnage d’« Yvonne de Galais » dans son roman Le Grand Meaulnes.

Biographie[modifier | modifier le code]

La jeune femme du cours la Reine[modifier | modifier le code]

Issue d'une famille noble, Yvonne est la fille d'un administrateur de la Marine, Pierre Toussaint de Quièvrecourt. La famille tire son nom du village normand de Quièvrecourt, où l'arrière-grand-père d'Yvonne avait été receveur particulier des Finances[1]. Elle passe son enfance dans le 7e arrondissement de Paris, où sa mère Gabrielle, orpheline, la laisse relativement libre[2].

Elle a vingt ans et habite à Toulon quand le , jour de l'Ascension[3], elle croise Alain-Fournier, pensionnaire au lycée Lakanal âgé de dix-huit ans, à la sortie d'une exposition de peinture au Grand Palais, sur le cours la Reine à Paris. Lui est immédiatement attiré par la grande et belle jeune fille, au point qu'il la suit sur un bateau-mouche jusqu'à l'immeuble où elle est vacances chez une grand-tante, au 12, boulevard Saint-Germain[4].

Leurs regards se croisent quand elle l'aperçoit depuis sa fenêtre le 10 juin, en train de la guetter depuis le trottoir d'en face. Le 11, jour de la Pentecôte, alors qu'elle sort pour se rendre en tramway à la messe en l'église Saint-Germain-des-Prés, il lui emboîte le pas, et lui dit : « Vous êtes belle... »[5] Elle lui demande de la laisser ; tous deux assistent à la messe séparément. À la sortie elle le voit encore, alors qu'elle se dirige vers la Seine. Le long des quais, elle discute avec lui. Il se présente, elle donne également son nom. Après avoir traversé avec lui le pont des Invalides, elle insiste pour qu'il la laisse là, et cette fois il obéit[6].

L'amour non partagé qui naît de cette rencontre se révèle d'emblée impossible. La jeune femme sait déjà qu'elle épousera Amédée Brochet, médecin de marine, noces qui seront célébrées à Toulon le 17 octobre 1906, deux semaines après les vingt ans de Fournier.

L'épouse et mère[modifier | modifier le code]

Alors que bouleversé, Fournier écrit à son sujet d'abord des poèmes (notamment « À travers les étés », publié de manière posthume), ainsi que le récit de leur rencontre dans sa correspondance, Yvonne de Quièvrecourt mène la vie d'épouse et mère qui lui était promise. Quand elle reçoit début 1908 le numéro de La Grande Revue du 25 décembre 1907 où il a publié un essai, « Le Corps de la femme », elle ne répond pas.

En juillet , il apprend par le concierge de l'immeuble du boulevard Saint-Germain qu'elle est mariée, et en 1909 par une agence de renseignement qu'elle a eu une fille[7]. Elle aura deux enfants, nés à Brest : Yvonne (1910-1999), religieuse, et Maurice (1911-1957, mort pour la France)[8].

Elle ignore tout du projet de roman qui donnera Le Grand Meaulnes, où l'auteur fait d'Yvonne de Quièvrecourt la protagoniste d'un récit de quête amoureuse. Augustin Meaulnes y tombe éperdument amoureux d'Yvonne de Galais, la fille, belle et sage, d'un aristocrate désargenté, et la sœur d'un jeune homme fantasque qui causera la perte du héros. Si Yvonne de Quièvrecourt est le modèle de ce personnage féminin central, quoique souvent absent dans le récit, ses traits de caractère sont presque entièrement imaginés par Alain-Fournier, qui connaît à peine la jeune femme.

En 1913, Yvonne Brochet, qui habite de nouveau Toulon, apprend par sa sœur cadette qu'elle a l'occasion pendant le printemps ou l'été de revoir Henri Fournier à Rochefort, où habitent ses parents. Ce dernier a profité de ce que Marc, le frère cadet de son meilleur ami Jacques Rivière, y ait fait la connaissance de Jeanne de Quièvrecourt. Yvonne accepte, et fait le voyage avec ses enfants, sans mari. Pendant quatre jours, à des dates qui restent débattues[9], les deux jeunes gens apprennent à se connaître, pour constater que l'amitié est impossible, et que les sentiments qu'il éprouve toujours ne peuvent que causer du tort à la jeune mère. Ils n'auront qu'un bref échange épistolaire ensuite. Yvonne ne lui confiera jamais son avis sur le roman.

Alain-Fournier meurt au combat en septembre 1914, et Amédée Brochet en 1954[10].

Décédée à 79 ans, en 1964, Yvonne Brochet est inhumée au cimetière du Père-Lachaise.

Postérité[modifier | modifier le code]

Durant toute sa vie, Yvonne de Quièvrecourt n'a jamais cherché à être reconnue comme la muse d'un auteur devenu extrêmement célèbre après sa mort, et n'a jamais évoqué ses rapports avec lui, pas plus que son opinion sur l'œuvre qu'elle a inspirée, ni publiquement, ni dans des écrits qui auraient été conservés[11]. Cette discrétion incite l'entourage de Fournier et les biographes à ne pas révéler son identité.

Elle passe à la postérité malgré elle. Le premier à publier son nom est Jean Bastaire, dans Alain-Fournier ou la Tentation de l'enfance, qui paraît en 1964, dans la dernière année d'Yvonne Brochet. En 1980, le Britannique Philip Lee publie à compte d'auteur une biographie d'une dizaine de pages, Yvonne de Galais, la réalité[12]. En 1999, une thèse de doctorat est consacrée à la jeune femme, Alain-Fournier et Yvonne de Quièvrecourt. Fécondité d'un renoncement, signée de l'historienne française Michèle Maitron-Jodogne. Dans les années 1990 également sont publiées pour la première fois des photographies, comme dans Alain-Fournier, destins inachevés (1994) par Alain Martinat. En 2013, l'une d'elles orne la couverture d'Alain-Fournier. Le Grand Meaulnes ou l'impossible amour par Emmanuel Le Bret.

L'histoire d'Henri Fournier et Yvonne de Quièvrecourt est racontée dans toutes les biographies de l'écrivain et études sur Le Grand Meaulnes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Robert Gibson, The End of Youth : The Life and Work of Alain-Fournier, Londres, Impress Books, .
  2. Michèle Maitron-Jodogne, Alain-Fournier et Yvonne de Quièvrecourt : Fécondité d'un renoncement, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, , 345 p. (ISBN 90-5201-932-0), p. 95 (note 48).
  3. « C'est à cette heure qu'il y a quatre ans, ce même jour de l'Ascension, descendant lentement le grand escalier de pierre, elle a fixé sur moi ce regard si pur que je me suis retourné », Lettre d'Henri Fournier à Jacques Rivière, 20 mai 1909, dans Jacques Rivière et Alain-Fournier (préf. Pierre de Gaulmyn), Correspondance, 1904-1914, t. 2 : Juin 1907-juillet 1914, Paris, Gallimard, (ISBN 978-2-070-72135-1), p. 298.
  4. Michèle Maitron-Jodogne, ibid., p. 81.
  5. Jean-Pierre Guéno, Les plus belles lettres d'amour d'Alain-Fournier, Paris, Le Passeur, (ISBN 978-2-36890-429-9), p. 20.
  6. Jean-Pierre Guéno, ibid., p. 23.
  7. En réalité, Yvonne Brochet est enceinte de son premier enfant. À ce sujet il écrit : « Elle est plus perdue pour moi que si Elle était morte. Je ne la retrouverai pas dans ce monde ». Lettre à Jacques Rivière du 21 septembre 1909, ibid., pp. 297-298.
  8. « Yvonne de Quièvrecourt », sur legrandmeaulnes.com,
  9. L'amante de Fournier, Madame Simone, affirme en 1957 que la rencontre a eu lieu le premier week-end d'août. La sœur de Fournier, Isabelle, en 1963, rétorque qu'elle se trompe, et qu'il était à Rochefort du 16 au 19 mai. Ces dates de mai sont reprises en 1995 par l'historien Jean-Pierre Galtier quand il raconte ces quatre jours dans la revue Roccafortis. Michèle Maitron-Jodogne, à l'occasion de sa thèse de doctorat soutenue en 1999, les réfute en retrouvant la météo, bien plus trop pluvieuse pour leur permettre de passer tout leur temps à l'extérieur comme l'a raconté l'auteur. Elle penche pour deux week-ends ensoleillés où les écrits de Fournier ne permettent pas de dire à quel endroit il se trouvait : celui du 25 au 28 juillet, qui lui semble le plus plausible, ou celui du 1er au 4 août. Mais par la suite, l'historienne découvre un télégramme qui semble prouver qu'Alain-Fournier était le 27 juillet à Trie-la-Ville chez Claude Casimir-Perier, dont il était le secrétaire, et son épouse, Madame Simone. Cette dernière paraît donc avoir eu raison dès le départ.
  10. « Amédée BROCHET DE VAUGRIGNEUSE », sur geneanet.org
  11. « En s'abstenant jusqu'à mort, en décembre 1964, de porter témoignage sur des événements qu'elle avait pourtant vécus, Yvonne de Quièvrecourt nous a malheureusement privés de sa version personnelle des faits », écrit Michèle Maitron-Jodogne, qui s'est entretenu avec sa fille dans les années 1990.
  12. Michèle Maitron-Jodogne, ibid., p. 38, note 46. Y est précisé que cette entreprise se heurte aux « réticences de la famille encore très fortes à cette époque ».

Liens externes[modifier | modifier le code]