Yvette Guilbert

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Yvette Guilbert
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Yvette Guilbert en 1913.

Informations générales
Nom de naissance Emma Laure Esther Guilbert
Naissance
Paris, Île-de-France
Décès (à 79 ans)
Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône
Activité principale Chanteuse, Actrice
Genre musical Chanson française

Emma Laure Esther Guilbert, dite Yvette Guilbert, est une chanteuse française du café-concert, parolière, actrice, autrice et metteuse en scène, née le dans le 3e arrondissement de Paris[1] et morte le à Aix-en-Provence[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Yvette Guilbert est issue de l'union d'Hippolyte Guilbert, un brocanteur et patron d'une fabrique de confection normand, et d'Hernance Julie Lubrez, une chapelière belge.

À seize ans, après six mois passés dans un atelier de couture, elle entre comme vendeuse aux grands magasins Le Printemps du boulevard Haussmann à Paris.

En 1885, elle suit des cours d'art dramatique. Elle se révèle « timide à la ville et audacieuse à la scène », comme elle le rapporte elle-même, fait ses premiers pas au théâtre des Bouffes du Nord, puis passe au théâtre de Cluny. Fin 1885, Yvette Guilbert rencontre Charles Zidler, directeur de l'Hippodrome et créateur du cabaret parisien Moulin Rouge.

En 1887, elle entre au théâtre des Nouveautés, où elle a notamment un petit rôle dans une pièce de Feydeau. L'année suivante, elle passe au théâtre des Variétés, où, là encore, elle n'a que de petits rôles. Elle décide alors de se tourner vers la chanson et le café-concert. Ses débuts sont difficiles, elle est très critiquée et recolte plus de sifflets que d'applaudissements... Cette année-là, elle épouse Max Schiller, un chimiste d'origine allemande.

Elle tient les premiers rôles dans l'opérette Le Moulin de la galette d'Alphonse Allais et Jules Desmarquoy[3] en 1888, puis en 1890 dans la revue légère[4] de George Auriol et Narcisse Lebeau[5], Pourvu qu'on rigole[6], que donne le Divan japonais, café chantant de la rue des Martyrs dirigé par Jehan Sarrazin[7], où elle se produit régulièrement jusqu'en 1892. Sarrazin, son directeur artistique, la surnomme la diseuse fin de siècle, car elle a l'habitude d'entrecouper ses chansons de phases parlées.

Yvette Guilbert au Concert parisien en 1891 par Jules Chéret.

Entre-temps, en 1889, elle obtient un engagement à l'Eldorado, qu'elle quitte presque aussitôt pour entrer à l'Éden-Concert, mais ne parvient toujours pas à se faire un nom.

En août 1889, Freud vient l'écouter à l'Eldorado sur les conseils de Mme Charcot. Par la suite, Freud affichera dans son bureau une photo dédicacée par elle et ils entretiendront une correspondance assez suivie[8]. Elle interprète de nombreuses chansons de Paul de Kock. En février 1891, Marcel Proust lui consacre son premier article dans Le Mensuel.

L'été 1892, elle chante à Liège, puis à Bruxelles et est enfin ovationnée. Elle est même surprise du succès d'une chanson légère de sa composition intitulée La Pocharde. À son retour, pour sa rentrée parisienne, elle demande une augmentation à l'Éden-Concert, et face au refus, elle rompt — à grands frais — son contrat puis obtient un engagement au Moulin Rouge qu'elle doit à la confiance de Charles Zidler. Henri-Julien Dumont exécute une affiche la représentant en 1893 pour sa revue aux Ambassadeurs (« l'affiche au chat »).

Atteinte d'une grave maladie à partir de 1896, elle rompt tous ses contrats, en pleine gloire, et sans regrets, en 1900 : elle se fait alors édifier à Paris un hôtel particulier[Où ?] (depuis détruit) par l'architecte Xavier Schoellkopf.  Pendant cette période, elle se constitue un nouveau répertoire de chansons anciennes. Pour cela, elle se documente très sérieusement et effectue des recherches dans différentes bibliothèques. Elle adapte et traduit plusieurs textes du théâtre médiéval (en français, en anglais et en latin), dont les drames édités par Edmond de Coussemake[9], ainsi que le Miracle de Pierre le changeur,  La Guerre et le débat entre la langue, les membres et le ventre de Jean de Salisbury traduit par Jehan d'Abundance. Elle adapte également Les Goinfres, pièce en 2 actes et 8 tableaux, d'après La Condamnation de Banquet de Nicolas de La Chesnaye[10].

Elle regagne la France en 1922 et fonde le "Théâtre religieux du Moyen âge" avec l'aide de Joseph Bédier et Gustave Cohen

Mais en 1906, elle finit par remonter sur scène, au Carnegie Hall de New York, et renoue même avec le théâtre dans une pièce de Edmond Guiraud et Jean Hinx (L'Eau Trouble) au Théâtre royal du Parc, puis au Casino de Nice en 1913, mais avec un répertoire tout à fait nouveau, composé de chansons plus littéraires, comportant ses reprises de poésies anciennes et modernes, ainsi que des chansons du Moyen Âge. Elle enseigne et fonde une école, et donne des conférences-concerts.

Elle consacre la fin de sa vie aux grandes salles d'Europe et d'Amérique, avec pour pianiste Irène Aïtoff (1904-2006). Parallèlement, elle ouvre une école de chant à Bruxelles, tourne dans quelques films, rédige des chroniques, fait de la mise en scène, anime des émissions de radio et écrit des livres.

Représentation de Madame Chiffon, comédie musicale d'Yvette Guilbert, à la Salle Pleyel, avril 1933.

En 1933, elle écrit et met en scène une comédie musicale, en trois tableaux, Madame Chiffon, marchande de frivolités, qui est créée à la Salle Pleyel (le 3 avril pour la presse et le 4 avril pour le public). Une représentation devant les professionnels eut lieu le 31 mars)[11] [12]. Elle sera reprise l'année suivante à la salle des Annales. La musique est composée par Fernand Raphaël. Yvette Guilbert souhaitait mettre en scène un rôle de femme âgée, mais toujours galante et pleine de vie, inspirée de sa grand-mère : "Tiens, voici, pour moi, l'occasion de reconstituer une de ces femmes peut-être hurluberlues en apparence mais au fond pleines de bon sens, âgées sans doute, mais charmantes, toujours dotées des choses fraîches que le temps et l'expérience fanent si vite chez les moins bien douées (...) J'ai pris plaisir à soigner ce rôle d'aïeule galante mais de belle santé". Ne trouvant pas d'actrice pour le rôle-titre, elle l'interpréta elle-même ("Comme aujourd'hui les actrices se refusent la fierté d'avouer leur âge, j'ai dû accepter de l'interpréter moi-même, ce dont je suis ravie !"[13]). Le reste de la distribution comprenait : Renée Camia, José Delaquerrière, Henri Dangès, et Jacques Derives. La pièce fut précédée d'un prologue, publié dans la revue Comoedia le 27 mars (en ligne). Malgré le succès critique[14] [15], aucun directeur de théâtre ne la programma.

Yvette Guilbert a enregistré des chansons pendant presque quarante ans, ce qui nous vaut de nombreux enregistrements conservés, du début du cylindre commercialisé aux disques enregistrés électriquement.

Morte le à Aix-en-Provence, elle a été inhumée au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Tombe d'Yvette Guilbert (cimetière du Père-Lachaise, division 94).

Évocation[modifier | modifier le code]

« Je déjeunais de temps à autre chez Mme Louis Stern avec Mme Réjane et Mme Yvette Guilbert qui chantait de vieilles chansons françaises et composait des rondes pour enfants. Elle était une dame âgée, très digne, habillée d'une robe de chantilly noir. »

— Gabriel-Louis Pringué, 30 ans de dîners en ville, éditions Revue Adam, 1948

Filmographie[modifier | modifier le code]

Portrait par André Sinet.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Comment on devient une étoile, monologue, Paul Dupont éd., 1893.
  • The eternal enigma, Louis de Robert, New York, 1897.
  • La Vedette, H. Simonis Empis, 1902, réédition en 1910 et 1987.
  • Les demi vieilles, Félix Juven, 1902.
  • Légendes dorées, épisodes de la vie de Jésus recueillis et reconstitués par Yvette Guilbert, 1914.
  • La Chanson de ma vie, mémoires, Grasset, 1927.
  • L'Art de chanter une chanson, Grasset, 1928.
  • La Passante émerveillée, Grasset, 1929.
  • Mes lettres d'amour, Denoël et Steele, 1933.
  • Madame Chiffon, marchande de frivolités, comédie musicale, créée à la Salle Pleyel, 1933.
  • Autres temps, autres chants, Robert Laffont, 1946.
  • Les Amants légitimes, comédie-vaudeville en 3 actes, date inconnue.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Yvette Guilbert vue par Toulouse-Lautrec
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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris 3e, acte de naissance no 149, année 1865.
  2. Fiche de présentation dans Les Gens du Cinéma.
  3. Jules Desmarquoy sur data.bnf.fr
  4. Revue légère : spectacle de musique et de danses avec nudités féminines
  5. Narcisse Lebeau sur data.bnf.fr
  6. Pourvu qu'on rigole, Notice BnF no FRBNF30759068d
  7. Jehan Sarrazin sur data.bnf.fr
  8. Marcel Scheidhauer : Freud et ses visiteurs. Français et Suisses francophones (1920-1930), Editions ERES, Arcanes, 2010 (ISBN 2749212405)
  9. Coussemaker, Edmond., Drames liturgiques du Moyen-âge : texte et musique, Rennes, H. Vatar,
  10. « Fonds Yvette Guilbert, de la Bnf »
  11. « Madame Chiffon, marchande de frivolités », sur Encyclopédie multimédia de la comédie-musicale théâtrale en France
  12. « Volume 248 », Mercure de France,‎ , p. 767
  13. « Excelsior »,
  14. « Paris Soir, "Madame Chiffon" »,
  15. « Comoedia,"Madame Chiffon" »,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvette Guilbert, diseuse fin de siècle, publié par le Musée Toulouse-Lautrec d'Albi, 1994.
  • Claudine Brécourt-Villars, Yvette Guilbert l'irrespectueuse, Paris, Plon, 1997
  • Pierre Loze, L'Art nouveau, Flammarion, 1999, p. 69.
  • (de) Annette Ziegenmeyer, Yvette Guilbert, Pionierin einer musikalischen Mediävistik zum Hören, Cologne, Dohr 2013, (ISBN 9783868461114)

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Liens externes[modifier | modifier le code]