Yves Tenret

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Yves Tenret
Yves Tenret argentique.jpg
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Naissance
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Yves Tenret est un écrivain et journaliste belge, né à Bruxelles en 1948, qui vit à Paris et enseigne à l'école d'Art de Mulhouse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Yves Tenret n'a pas connu son père. Comme il le raconte dans Maman, sa mère exercera différents métiers qui nécessiteront de travailler la nuit ; ainsi, il est enfant ballotté entre ses grands parents maternels et différents pensionnats et écoles. À 17 ans, il quitte le domicile familial. Il sort en 1973 un premier livre à compte d'auteur, Un été. Il est par la suite publié dans de nombreuses petites publications marginales et finit, pendant un temps, par devenir journaliste. Ce n’est qu’à l’âge de 56 ans qu’il connaît une petite notoriété due à la parution de Comment j’ai tué la Troisième internationale situationniste[1]. Il multiplie les collaborations avec des architectes, des musiciens, des vidéastes et des preneurs de son et publie un second roman : Maman. Par la suite, le recueil de textes Funky boy est le témoin de ces collaborations puisqu’on y retrouve des commandes des architectes Berger & Berger[2], du sculpteur Olivier Estoppey, les musiciens improvisateurs de Now Cut, le plasticien Étienne Chambaud, etc.

Œuvre[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Yves Tenret peut être divisée en deux grandes parties, l’une consacrée à des fictions, l’autre consacrée à l’art. Dans les fictions, qu’il s’agisse de textes courts ou de roman, il y a un fort lien dialectique entre ce qui est raconté et la façon dont cela est raconté. Cette tension peut être aussi retrouvée dans ses travaux sur l’art.  

Par exemple, Les Crucifiés du Futile, introduction à une très importante exposition de dessins contemporains, 93 exposant à la Villa Arson à Nice, comporte une description clinique du physique de l’artiste moyen, des références à une foule d’artistes anciens et même, dans les marges, des ours en peluche dessinés par l’auteur du texte en question. Quant au catalogue sur l’exposition de Stéphane Magnin à Bordeaux, il abrite une description fouillée des livres de science-fiction publiés par Chute Libre, une collection des éditions Champ Libre. De même, Le souffle douleur, censé éclairer un aspect de l’œuvre de G.J. Wolman, recèle, en fait, un exposé assez complet de la cabale juive telle qu’elle fut décrite en son temps par Gershom Scholem. 

Une vie d'artiste dans le canton de Vaud, 1967-1978, pensé, réalisé et écrit avec Pierre-Alain Schatzmann, est une coupe synchronique et sociale du champ de l’art vaudois, coupe courant sur une décennie, et bâtie sur soixante-neuf interviews d’agents directs ou indirects du milieu artistique local, des artistes, des propriétaires de galerie, des critiques d’art, des collectionneurs, des historiens d’art et des directeurs de musée. Ce travail mettant pleinement en valeur les viscosités culturelles propres à ce canton,  à sa sortie, le livre fait scandale, de nombreux journalistes le diffament et la totalité du tirage est rapidement vendue[3]. La monographie sur Jacques Pajak (1930-1965), peintre strasbourgeois d’origine polonaise, était une commande de la fondation chargée de la gestion des œuvres de ce peintre. Faire impression – L’école d’art à Mulhouse entre industrie et beaux-arts (1829-2009) est un ouvrage patrimonial sorti à l’occasion des 180 ans de l’école des beaux-arts de Mulhouse.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans Comment j’ai tué la Troisième internationale situationniste, Yves Tenret est à la fois auteur, narrateur et héros du livre. Et ce narrateur raconte, de façon précise et détaillée, comment il a tué dans l’œuf la Troisième internationale situationniste qui devait se fonder à Paris en juillet 1983.

Dans Maman, le fils-narrateur va occuper une position à l’exact opposé de la précédente : donner l'illusion au lecteur de son absence. Une vieille prostituée, en phase terminale d’un cancer général, tout en racontant sa vie, accable son fils de reproches. Elle le décrit comme un vague intellectuel teigneux, un pseudo-artiste, un improductif, un révolutionnaire à la noix, et surtout un être doué d’une formidable aptitude à ne rien faire. À part ça, Maman, bavarde et inventive, modeste et géniale, émouvante et insupportable, se passionne pour les tueurs en série, probablement parce qu’elle flaire que ce sont des mutants qui préfigurent l’humanité de demain.

Portrait de l’artiste en révolté n’est pas un roman mais un essai dans lequel on retrouve à la fois les racines belges de l’auteur et son passé de sympathisant situationniste. Il s’agit d’une série de courtes monographies commençant avec Jérôme Bosch et se terminant avec Jean Dubuffet. L'intention est annoncée dès le titre : définir la figure de l'insoumission dans l'art, à travers un certain nombre d'artistes dont le dénominateur commun est d’avoir une œuvre marquant non seulement une différence avec celles de beaucoup de leurs contemporains mais, plus encore, une œuvre qui cristallise un différend avec les mœurs et le système de pensée dominant.

Funky Boy est un recueil de textes disparates écrits pendant la première décennie du XXIe siècle. C’est une succession de nouvelles et de poésies traitant de sujets appartenant à la Pop culture, tel que les serial-killer, les Hell’s Angels, Philipp K. Dick, James Joyce, l’architecture comme moyen de contrôle des populations ou encore de l’usage de la voiture piégée par les diverses agences des états centraux, tout comme par les groupuscules anti-impérialistes des états périphériques.

Fourt, roman joycien dans lequel Yves Tenret martyrise les mots et les phrases, s’inscrit, ainsi que l’a souligné Patrick Morier-Genoud dans L’Hebdo[4],  dans l’illustre lignée des garnements de Quick et Flupke et de Zéro de Conduite.

Périodiques[modifier | modifier le code]

Une large majorité des périodiques auxquels Yves Tenret a collaboré[5] a été fondée et dirigée par le franco-suisse Frédéric Pajak. Une minorité d’entre eux ont été créés en réaction à ce même Frédéric Pajak. Le Petit Robinet illustré était sous-titré MjT, c’est-à-dire « Moi je Tenret ». Au dépôt légal, rue de Richelieu, il fut enregistré comme étant l’organe du Mouvement des Jeunes Travailleurs… Mis en page par François Rappo, il était principalement destiné à convaincre les jeunes parisiennes de l’événement exceptionnel que constituait l’installation d’Yves Tenret dans une chambre de bonne sise au coin des rues Rambuteau et Archives.

  • Voir était un mensuel romand consacré à toutes les formes d’expression artistique et dans lequel, après avoir été pendant deux ans chargé de la rubrique « Cinéma », Yves Tenret finit par devenir rédacteur en chef adjoint.
  • Enfant d’abord était un mensuel fémino-gauchiste dans lequel Yves Tenret fut journaliste et publia de nombreux articles, en général très polémiques. L’un d’eux, consacré à la Fraternité blanche universelle, valut un procès à cette publication, procès qu’elle gagna.
  • Social-Traître était une revue parisienne mêlant texte et bande dessinée, revue qui accueillit en son sein la plupart des textes qui parurent ensuite dans Funky boy.
  • Le Cahier dessiné est une revue qui existe toujours.

Performances[modifier | modifier le code]

À la suite de la conjonction de deux événements distincts, une commande d’un texte sur les serial-killers par le groupe audonien[6] de musique improvisée Now Cut[7] et la création d’une radio Web nommée MNE (Mulhouse Net Expérimental), Yves Tenret fut amené à multiplier toutes sortes de performances, la plupart du temps assisté par des musiciens aux styles divers. Certaines de ces performances sont disponibles en ligne[8],[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles, Paris, Éditions de la Différence, coll. « Noire », , 192 p. (ISBN 978-2-7291-2159-4, présentation en ligne)
  • Faire dépression, Médiapop éditions, Mulhouse, 2015.
  • Fourt, Médiapop éditions, Mulhouse, 2014.
  • Funky Boy, Médiapop éditions, Mulhouse, 2012.
  • Bound for Glory, Éditions de la Cale, Montreux, 2012.
  • Faire impression – L’école d’art à Mulhouse entre industrie et beaux-arts (1829-2009), avec David Cascaro, Presse du réel (1829-2009), Dijon, 2011.
  • Portrait de l’artiste en révolté, (Bosch, Courbet, Ensor, Fumistes, Duchamp, Hausmann, Grosz, Jorn, Dubuffet), Édition de la différence, Paris, 2009.
  • Maman, Édition de la différence, Paris, 2007.
  • Comment j’ai tué la troisième internationale situationniste, Édition de la différence, Paris, 2004.
  • Humour - une biographie de James Joyce, Éditions P.U.F., Paris - avec Frédéric Pajak, 2001.
  • Le Poireau, illustrations de Charles Belle, Éditions Le Quai, Mulhouse, 1994.
  • Un milliard de projets, Jacques Pajak, 1930-1965, Éditions Fondation J. P., Strasbourg, avec Katia Nüsslé-Pajak, 1985.
  • Une vie d'artiste, canton de Vaud, 1967-1978, Éditions Revue 48-88, Lausanne, 1979.
  • Un été, La Pensée universelle, Paris, 1973.

Catalogues[modifier | modifier le code]

  • Les portraits de groupe de Pietro Fontana,  Galerie Numaga, Auvernier, Suisse, 1979.Valerio Adami,  Centre Culturel Gérard-Philippe, Brétigny, 1980.
  • Bram Van VeldeCentre Culturel Gérard-Philippe, Brétigny, 1981.
  • Sculptures,  Entretiens avec T. Alkema, M. Borse, F. Limérat, J.L. Ricur et E. Saulnier, affiche, Centre Culturel Gérard-Philippe, Brétigny,1983.
  • Raoul Hausmann Photographies, Centre Culturel Gérard-Philippe, Brétigny, 1984.
  • Tchine Yu-Yeung6 p., Galerie Au Fond de la Cour, Paris, 1983.
  • André Raboud, Musées cantonaux du Valais, Sion, 1989.
  • Francine Simonin, Aviso, Église des Jésuites, Sion, 1989.
  • Le  dormeur du Val,  Bex & Arts, Bex, 1990.
  • André-Paul Zeller, Antagnes, 1990.
  • Jean-René Hissard, Le Quai, Ecole d’art de Mulhouse, 1991
  • Aidan Linehan,  Vicente Fita,  Le Quai, Ecole d’art de Mulhouse, 1992.
  • Les Crucifiés du Futile, dans Lee 3 Tau Ceti Central Armory Show, Villa Arson, Nice, 2003.
  • Stéphane Magnin, Édition capc/Musée d’art contemporain de Bordeaux, 2002.
  • Les invendus, dans D’étoiles et d’écrits, Éditions Jean Scheurer, Lausanne, 2001.
  • Le souffle douleur, dans Gil Joseph Wolman - Défense de mourir, Éditions Allia, Paris, 2001.
  • Le gonflable comme expression du négatif, dans Air-Air Celebrating inflatables, Grimaldi Forum, Monaco, 2000.
  • Barrie Hasting, peintre de la semaine, Gérard Jacot, Belfort, 2007.
  • Tout le Gentil Garçon, cinq articles dans cette encyclopédie, Aventure, Ironie, Obsession, Peur, Utopie, Edition Les Requins Marteaux,  Bordeaux, 2011.
  • Frédérique Lucien – Sans repentir, Semaine n°304, Arles, 2012.
  • Frédérique Loutz – Ut pictura poesis, Le Cahier du Refuge 225, CipM, Marseille, 2013.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 2012 : Que sais-je ?, film de Jéremy Gravayat avec Yves Tenret (Corps et Voix) et Gil Savoy (Son), 2012
  • 2004 : Connanski Loïc, Fontaine, l’urinoir de Duchamp – 2004, dans cette production Canal+, Yves Tenret joue le rôle de l’expert
  • 2000 : L'univers est plat, participation à la réalisation par le groupe Dieter d’un documentaire sur l'architecture gonflable, 52 minutes, Monaco, 2000.
  • 1984 : Bord de néon, 4 p., scénario, Le petit robinet illustré, no 1, 1984.
  • 1978 : Soliloques pour voix de femme et de frigidaire, monologues pour une vidéo noir/blanc de V. Goël, 15 minutes, Genève, 1978.
  • 1978 : Allegro, scénario et monologue du film de V. Goël, 16mm couleur, 22 minutes, Genève, 1978.
  • 1978 : Un autre été, scénario, monologue et dialogue du film de V. Goël, 16mm noir/blanc, 87 minutes, Genève, 1978.
  • 1975 : Maman y a un type qui pleure au fond de la salle, pourquoi ?, Super 8, 22 minutes, Lausanne, 1975.
  • 1975 : La journée d’un glandeur, Vidéo noir/blanc, 25 minutes, Lausanne, 1975.
  • 1975 : Promenade et perturbations, Vidéo noir/blanc, Lausanne, 1975.
  • 1974 : Un jour peut-être, Super 8, 35 minutes, Lausanne, 1974.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une demi-page dans le cahier Livres de Libération, un article dans l'Humanité, le quotidien 24h00, l'Illustré, mention dans divers livres sur l'I.S. dont L. Chollet en Découvertes et la biographie de Guy Debord par C. Bourseiller : http://www.derives.tv/Comment-j-ai-tue-la-troisieme
  2. http://www.berger-berger.com/
  3. Dans 24H00, B. Galland parle du « langage flic » de ces jeunes enquêteurs, et dans le même quotidien, J. Cornuz, les traite « d’aveugles de naissance ». B.-P. Cruchet, dans la Gazette de Lausanne, décrit le livre comme étant rempli « de haine et de ressentiments ». Quant à la section locale des Peintres et Sculpteurs suisses, elle publie un communiqué « critiquant vertement » un travail à l’honnêteté contestable.
  4. L'Hebdo du 20 mars 2014.
  5. Yves Tenret a collaboré aux périodiques suivants : Nous n’avons rien à perdre(1975-76), Simone, jour de colère (1977), Chut hebdo(1977), 48-88 (1978-79), Nie( 1980-81), Station-Gaieté (1983), Textuerre (1983), Le Petit Robinet Illustré (1984-85), Le Monde diplomatique (février 1985), Voir (1985-88), Écriture (1987), La Nuit (1988), Enfant d’abord(1989-90), L’Imbécile de Paris (1991), Culte (1992), Le Quai (1992-1996), Plan Z (1992), L’Éternité (1994), Le Sourire vertical (1995), Avant Post (1999), Le Trait (2002), Tant Pis Pour Vous (2004), Social-Traître (2009-11), 9 semaines avant l’Élection (2012), Le Cahier dessiné (2006-13)
  6. Originaire de Saint-Ouen
  7. Labo Chamane, Lecture performance d'Yves Tenret & NowCut .
  8. [1] Lullaby sur dérives.tv, une berceuse d'Yves Tenret.
  9. Yves Tenret, l'auteur sur Youtube.