Yves Stourdzé

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Yves Stourdzé né à Paris en 1947, mort à l'âge de 39 ans en [1], est un philosophe et sociologue français.

Il a produit, en un temps bref, une analyse des fondements du pouvoir et du système des grandes organisations ; il a étudié les conditions techniques et institutionnelles de l'innovation dans la société française et les freins auxquels elle se heurte. Universitaire et chercheur distingué, il a dirigé pendant les dernières années de sa vie le Centre d’étude des systèmes et technologies avancées (CESTA).

Biographie[modifier | modifier le code]

Yves Stourdzé suit des études de philosophie et de sociologie à l'université Paris X-Nanterre. Après une maîtrise sous la direction de Jean-François Lyotard, il soutient en 1977 une thèse (« Le champ organisationnel »), sous la direction de Marc Ferro, thèse qui selon les termes de ce dernier parvient à intégrer « en un système cohérent des savoirs et des pratiques qui appartiennent à la sociologie, à l’histoire, à l’ethnologie et à la science des communications ».

Très tôt impliqué dans le syndicalisme étudiant, au bureau de l’UNEF à l’université de Nanterre, Yves Stourdzé s’en éloigne et « va véritablement émerger comme nouveau leader »[2] lors de la grande grève de novembre 1967, annonciatrice de Mai 68. Il participe à la création du Mouvement du 22 mars et prend une part active à ce qu'on appelle « les Événements de Mai ».

Dès 1969 jusqu’en 1983 Yves Stourdzé enseigne à l’Université Paris IX Dauphine (1971-1982), en Sociologie des Organisations et dans le DESS (Diplôme d’études supérieures spécialisées) de Gestion ; il intervient à Vincennes Paris VIII (1970-1971) dans le cadre du séminaire « Cinéma & Société » et « Économie, Politique et Psychanalyse » sous la direction de Jean-François Lyotard et Gilles Deleuze. Titulaire d'un poste d’assistant à l'Université de Poitiers dans le département sociologie (1972-1974), il donne en même temps des cours à Paris Descartes en Sciences de la Société et à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) de Cachan.

Yves Stourdzé mène parallèlement une carrière de chercheur ; il crée sa propre structure Communication, Stratégie et Prospective (CSP, 1976-1981) puis dirige à Paris IX Dauphine l’équipe Sciences humaines du laboratoire de l’IRIS (directeurs : Jacques Attali & Marc Guillaume) et de 1981 à 1983 le laboratoire Technologie et Société. Il est nommé Conseiller Scientifique au Centre national d’études des télécommunications (CNET, 1976-1986).

Ses nombreuses activités de recherche s'intéressent initialement aux politiques urbaines et à la généalogie des télécommunications. Il se consacre ensuite pour l'essentiel à l'étude des conditions techniques institutionnelles et sociale de l'innovation, disséquant particulièrement le secteur des techniques de communication, son étroite collaboration avec la direction générale des Télécommunications (DGT) lui permettant d'être pionnier dans ce domaine. À partir d'un minutieux travail de généalogie des différents réseaux de communication (routes, postes, canaux, chemins de fer, photographie, cinéma, et surtout télégraphe et téléphone), lui et son équipe révèlent l'existence d'un modèle français de développement et de contrôle de l'innovation dans ce secteur ce qui lui fait écrire qu'en France une certaine forme de dérégulation sera nécessaire pour aborder la révolution de l'informatique et des réseaux de communication interactifs.

Après un bref passage au Centre mondial de l'informatique (1982) créé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, Yves Stourdzé est nommé le 13 Juin 1983, par arrêté du ministre de l’Industrie et de la Recherche, directeur général du Centre d’étude des systèmes et technologies avancées (CESTA) créé à la suite du colloque national de la recherche et de la technologie en 1982 comme centre d’évaluation et de promotion des technologies avancées[3]. Il fera de cette structure, devenue EPIC, un « think tank » alliant missions de prospective technologique, de formations, d'information et d'animation de haut niveau. Le CESTA sera un acteur majeur dans la mise en œuvre des grands programmes de coopérations internationales que furent « Technologie, Croissance, Emploi » à la suite du Sommet de Versailles des pays industrialisés en 1982[4], et EUREKA[5], réponse à l’Initiative de défense stratégique (IDS) américaine en 1985 : « Le CESTA est le symbole d’une France extirpée du sectarisme, ouvert à son environnement international et ayant compris que la promotion des technologies avancées passe par le dialogue des disciplines et des savoir-faire » dira son directeur général ».

Yves Stourdzé était marié à Marie-Noël Plessix et père de leurs trois enfants : Sam Stourdzé, né en 1973, Laurent, né en 1978 et Andréa, née en 1980.

Séminaires & colloques[modifier | modifier le code]

Durant la période 1970-1982, grâce à ses approches incisives, ses travaux et publications largement diffusés, Yves Stourdzé est sollicité tant en France qu’à l’international, comme intervenant à différents colloques ou comme expert dans le cadre de différents groupes de réflexion ou missions de recherche.

  • Mission au Japon (1978) financée par la Direction Générale des Télécommunications (DGT) suivie de la mise en place d’une collaboration scientifique avec le « Research Institute of Telecommunications and Economics », Tokyo (1979).
  • Rapporteur du groupe de travail CNRS-MIT sur "télécommunications et chemin de fer", puis secrétaire des groupes de travail CNRS-MIT (années 1979 et suivantes).
  • Expert auprès de groupes de travail de la DATAR (1980).
  • Expert invité des Nations Unis, Education, sciences et culture. (1980).
  • Expert sur un programme conjoint de recherches mené par l’ université du Michigan, Ann Arbor et la National Science Foundation et Consultant au MIT (1980).
  • Production des documents de travail en vue de la réunion d’experts de l’UNESCO à Vienne sur les systèmes de communications (1980)
  • Expert du groupe de travail « Anthropologie et Média », préparatoire au colloque « Réussir l’école », Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP, 1981)

Plus tard (1983-1986), avec ses équipes, il fera du CESTA un lieu de rencontre de talents, de dialogue entre les savoir-faire, engageant des échanges entre industriels, hauts fonctionnaires et chercheurs de champs scientifiques différents. Liste sélective des principaux colloques, actes, séminaires, groupes de travail.

  • Premier colloque Image, Biarritz 21 – 25 mai 1984. Traitement, synthèse, technologie et applications (2 volumes), organisé par le CESTA en collaboration avec le Groupe de recherche et de traitement du signal GRETSI
  • Technologies nouvelles à l’hôpital (TNH) – CESTA, Actes du Cycle de Formation mars-octobre 1984
  • Cognitiva 85, de l’intelligence artificielle aux biosciences, Paris 4 – 7 juin 1985. A la frontière de l’intelligence artificielle, des sciences de la connaissance, des neurosciences (2 volumes), organisé par le CESTA en collaboration avec l’AFCET et l’ARC
  • Deuxième colloque Image, Nice 21 – 25 avril 1986. Traitement, synthèse, technologie et applications (2 volumes), organisé par le CESTA et ACM-SIGGRAPH/France
  • Stratégies de modernisation des activités tertiaires, Séminaire CESTA 1985-1986 : les outils de la compétitivité/ investissements et résultats/ contraintes techniques et perspectives industrielles/ gestion prévisionnelle des ressources humaines/ stratégies d’insertion et de formation/ réalités et pratiques bureautiques des entreprises américaines
  • Milieux extrêmes/Environnemental extrêmes Marseille 25-26-27 février 1986 – 226 pages
  • MARI 1987 (Machines et réseaux intelligents) – 2 tomes d’Actes ; tome 1 (486 pages) et tome 2 (477 pages), mai 1987

Pensée[modifier | modifier le code]

Yves Stourdzé a publié des ouvrages où l'ampleur de son érudition et la profondeur de sa vision se traduisent dans un style très particulier, proche d'une expression poétique : « Organisation, anti-organisation » ( Mame, 1973; en cours de ré-édition : Sens & Tonka, 2015), « Les Ruines du futur » (Sens & Tonka 1978) et « Fin d’Artifice » (Eric Fabre, 1981). Par ailleurs un grand nombre de ses articles et textes inédits ont été rassemblés dans l’ouvrage posthume « Pour une poignée d'électrons » mis en forme par Marie Thonon-Jacopin et Jean-François Blondeau-Patissier (Fayard, 1987).

Dans Organisation, anti-organisation, ouvrage issu de sa thèse, il montre comment « les organisations codifient, quadrillent, centralisent ». Il dévoile « qu'à travers l'organisation le pouvoir codifie le réel, qu'elle est dispositif de transformation, changement de forme qui impose sa loi au contenu et que gérer les hommes comme gérer les marchandises, c'est manipuler du signe. »

Dans Les Ruines du futur, il met à jour l'impuissance du pouvoir qui « ne s'exerce plus que par mutation, réseau et clignotement..... [qui] fonde sa puissance sur son absence même ». Dans le domaine urbain, il découvre deux images de la ville qui se déposent et se sédimentent : « l'une, [celle] de la fixité, de l'irruption, bref de la fortification et de la paralysie, l'autre [celle] de la circulation intime, de la consommation et de la réversibilité ». Il affirme également que derrière les objets et leurs usages se révèlent l'imaginaire social et la gestion de la cruauté et de la morbidité.

Dans Fin d’Artifice (ouvrage aujourd’hui épuisé dont le texte a été repris dans Pour une poignée d’électrons), au fil de sept gravures d’Alexandre Gherban Yves Stourdzé déroule une poétique du concept et du pouvoir autour de thèmes et de variations qui lui sont chers : «  …Agonie du concept. Qu’il ne se fixe. Ni ne s’érige. Mais se disperse et se liquéfie…Il est vrai qu’un concept debout’ est terrible. Assumant splendide l’impossible de sa survie ». « En cette fin de siècle, dira Alexandre Gherban, [nous sommes] dans une situation de nomadisme inouï de valeurs et de modèles ; … l’effondrement des Grands Récits Idéologiques dont parle Lyotard,… le surgissement des Nébuleuses A-Syntaxiques dont parle Stourdzé… »

Dans les textes de Pour une poignée d'électrons, abondamment nourris de son travail généalogique, il soutient que les termes qui constituent la communication « sont l'enregistrement de la langue, du temps, du corps ». Il montre que le pouvoir en France s'est toujours méfié de la communication directe entre les gens et qu'il a donc toujours privilégié les techniques de communication qu'il pouvait contrôler ou qui mettent en scène sa prédominance : le télégraphe Chappe et ses stations fortifiées, le réseau ferré en étoile, la presse plutôt que le téléphone, etc. De la même façon le pouvoir privilégie le lourd, le fortifié, la ligne Maginot plutôt que les chars. En France « se distinguent ses Grands Corps et ses Petits Vices, ses notables et ses employés, ses fantasmes et ses espoirs. Pêle-mêle au gré d'une histoire de toile d'araignée technique : le marchand, le politique, l'ingénieur et le fonctionnaire. Et dans un tout petit coin obscur, le client ». C'est pourquoi il est nécessaire de « déréguler en profondeur la société française pour promouvoir l'innovation » et les « dérégulateurs » doivent « avoir sans cesse présents à l'esprit les visages des inventeurs qui, dans le domaine des communications, n'ont pas eu d'autres choix depuis deux siècles que de baisser les bras… Car un climat propice à l'innovation ne se crée pas d'un coup de baguette magique. Il faut créer les institutions et les stimulants qui offrent à l'inventivité les moyens de son expansion, voire les possibilités d'un recours ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • Organisation, anti-organisation, [Mame 1973], en cours de réédition aux éditions Sens&Tonka, 2015
  • Les Ruines du futur, [Cahiers d’Utopie, 1978], réédition aux éditions Sens&Tonka, 1998
  • Fin d’Artifice, tiré à 77 exemplaires sur Velin d’Arche, numérotés et signés [Eric Fabre Paris, 1981]

Posthume :

  • Pour une poignée d’électrons. Pouvoir et communication, Fayard,1987

Rapports[modifier | modifier le code]

  • Recherche image (avec H. False), Documentation française, 1981.
  • Technologie, Culture, Communication (avec A. Mattelart), Documentation française, 1982

Articles[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1983 : Le baiser, réalisé avec une caméra thermique et avec la participation de l'armée.
  • 1984 : Technologies modernes dans la construction, chez Bouygues - un an de tournage - diffusé en France & Chine.
  • 1984 : L'ADN et l'institut Pasteur, film réalisé lui aussi sur un an, sur l'acide désoxyribonucléique à but pédagogique pour les étudiants en biologie.
  • 1984 : Le Minitel à Rennes
  • 1984 : La Robotique et Urba 2000
  • 1985 : La semaine de l'image électronique de Biarritz : première liaison au visiophone entre François Mitterrand et Louis Mexandeau.
  • 1985 : Entretien avec Michel Serres sur l'avenir des nouvelles technologies.
  • 1985 : Entretien avec Michèle Cotta sur le rôle des images dans les médias
  • 1985 : Pilote d'une série télévisée produite par FR3.
  • 1986 : La pièce du Scirocco, fiction tirée d'une pièce de théâtre contemporaine.

Hommages[modifier | modifier le code]

Avant son décès en décembre 1986 Yves Stourdzé a été décoré de l’ordre national du Mérite par le Président François Mitterrand, lequel a également inauguré en sa mémoire en 1987 l’amphithéâtre Yves Stourdzé dans les locaux de l’ancienne école Polytechnique rue Descartes dans le 5e à Paris.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde diplomatique, décembre 1987
  2. Nanterre 68. Vers le mouvement du 22 mars, Jean Pierre Duteuil, Éditions Acratie, 1988, p. 97.
  3. Actes du colloque national Recherche et Technologie, La Documentation Française, 1982- cf. p. 203, 207 et 213.
  4. Technologie, Croissance, Emploi, Rapport aux sept chefs d’État et de Gouvernement et aux représentants des Communautés européennes, La documentation française, janvier 1983.
  5. EUREKA est une initiative pan-européenne lancée en 1985 à l’initiative de François Mitterrand et Helmut Kohl, destinée à renforcer la compétitivité de l’industrie européenne. EUREKA compte aujourd’hui 41 états membres. Son siège est à Bruxelles.

Liens externes[modifier | modifier le code]