Yves Nicolazic

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Yvon Nicolazic
Serviteur de Dieu
Image illustrative de l'article Yves Nicolazic
Portrait d'Yves Nicolazic en la basilique Sainte-Anne d'Auray.
Serviteur de Dieu
Naissance
Pluneret (Bretagne, France)
Décès (à 54 ans) 
Keranna (Bretagne, France)
Nom de naissance Iwan Nikolazig
Nationalité Française
Vénéré à Sainte-Anne-d'Auray

Yvon Nicolazic (3 avril 1591 - 13 mai 1645) est le paysan breton qui, disant avoir vu sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, et ayant déterré une statue oubliée de sainte Anne dans le champ devenu lieu de pèlerinage (Sainte-Anne-d'Auray), est à l'origine de l'édification de la basilique de Sainte-Anne-d'Auray.

Son histoire et celle de ses apparitions sont bien connues, surtout grâce à la « déclaration qu'il fit lui-même devant Messire Jacques Bullion le  » au presbytère de Pluneret.

Biographie[modifier | modifier le code]

Yvon Nicolazic est né à Pluneret, dans le diocèse de Vannes, le . En ce début de XVIIe siècle, Nicolazic est un paysan du Broërec - le Vannetais - qui ne parle que le breton et ne sait ni lire ni écrire. C'est cependant un agriculteur capable, aisé, de bon conseil. Mais c'est aussi un homme de vie spirituelle simple et profonde. Priant, aidant les autres, charitable. Enfin, comme le diront ses historiens Buléon et Le Garrec, un saint laïc.

Il faut noter que Nicolazic et sa femme Guillemette Leroux - ils n'ont pas d'enfants encore – habitaient le village de Ker Anna, « village d'Anne » en breton, et leur champ du Bocenno selon une ancienne tradition aurait autrefois contenu une chapelle dédiée à sainte Anne. On avait des difficultés à travailler ce champ où les bœufs ne pouvaient entrer avec la charrue. Le père de Nicolazic en avait, quinze ans plus tôt, retiré certaines pierres de granit taillées, pour construire une grange[1].

Les visions et apparitions miraculeuses[modifier | modifier le code]

Les visions et apparitions miraculeuses de sainte Anne à Nicolazic apparaissent à une époque où l'évêché de Vannes est marqué par un renouveau religieux impulsé par la Contre-Réforme et par les visions mystiques d'autres laïques comme Pierre Le Gouvello de Keriolet ou Armelle Nicolas [2].

Au commencement d' donc, au soir d'une journée de travail, et alors qu'il pensait spécialement à sainte Anne « sa bonne patronne », une lumière très vive éclaira la chambre de Nicolazic et une main apparut tenant dans la nuit un flambeau de cire. À plusieurs reprises, Nicolazic, par la suite, se verra reconduit la nuit, au long des chemins creux, par un flambeau qui le précède.

Un soir avec son beau-frère, ils verront une Dame blanche avec un cierge à la main au fameux champ du Bocenno. Une autre fois, c’est une pluie d'étoiles qui tombe dans le champ. Mais tous ces événements se déroulent paisiblement, lentement. Et Nicolazic qui s'interroge ne change rien à sa vie, sinon prier encore plus.

Le , veille de la Sainte-Anne, la Dame apparaît à nouveau le soir sur le chemin, lui dit des paroles pour le rassurer et le conduit chez lui, un flambeau à la main. Nicolazic cependant ne peut rester avec les siens. S'interrogeant sur ces événements, il s'en va prier dans sa grange. C'est alors qu'il entend sur le chemin « le bruit d'une grande multitude en marche ». Mais il n'y a personne sur le chemin.

Puis dans la clarté, la Dame mystérieuse apparaît et voici qu'elle lui parle : « Yves Nicolazic, ne craignez pas. Je suis Anne, mère de Marie. Dites à votre recteur que dans la pièce de terre appelée le Bocenno, il y a eu autrefois, avant même qu'il y eût aucun village, une chapelle dédiée en mon nom. C'était la première de tout le pays. Il y a 924 ans et 6 mois qu'elle est ruinée. Je désire qu'elle soit rebâtie au plus tôt et que vous en preniez soin parce que Dieu veut que j'y sois honorée ».

Nicolazic, disent les historiens, s'endormit tranquille : le mystère s'éclairait et les choses prenaient leur juste place, au ciel comme sur la terre. Pourtant, il allait falloir encore un an avant la première messe de sainte Anne au Bocenno. Les prêtres à l'époque n'étaient pas plus prompts qu'aujourd'hui à croire aux apparitions. Et n'était-ce pas le plan de Dieu d'augmenter le dossier de faits concrets pour donner à la chapelle de sainte Anne le caractère le plus authentique en même temps que merveilleux ?

Le recteur réprimandait donc sévèrement le bon Yves Nicolazic. Mais deux chrétiens laïcs l'encouragèrent, MM. de Kermedio et de Kerloguen : ce dernier, propriétaire foncier du champ du Bocenno promet de le donner pour la chapelle, et il lui conseille de prendre des témoins des faits merveilleux.

Invention de la statue de sainte Anne par Yves Nicolazic — Vitrail de la chapelle des Carmes de Rennes.

Quand dans la nuit du 7 au , sainte Anne apparaît une nouvelle fois, elle recommande à Yves de prendre son beau-frère Leroux ses voisins avec lui : « Menez-les avec vous au lieu où ce flambeau vous conduira, vous trouverez l'image (la statue) qui vous mettra à couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce que je vous ai promis ». Un cierge mystérieux (ou selon une autre version un flambeau) les conduisit jusqu'à son champ du Bocenno avant de s'enfoncer sous terre. Quelques moments plus tard, les paysans déterraient au pied du flambeau une vieille statue de bois d'olivier rongée, avec cependant encore des traces de blanc et d'azur. Cette statue était celle de la déesse romaine Bona Dea allaitant deux enfants mais elle fut discrètement resculptée et repeinte par les moines capucins d'Auray pour en faire l'image de sainte Anne trinitaire tenant sur ses genoux la Vierge et l'Enfant Jésus[3].

Malgré les réserves du curé, il finit par faire amende honorable après une enquête biaisée censée démontrer l'authenticité de la statue. Le culte de sainte Anne se développa sur le site de la découverte de la statue, une chapelle y fut construite et la première messe officielle fut célébrée, par décision de l'évêque de Vannes Sébastien de Rosmadec, le .

Le paysan bâtisseur[modifier | modifier le code]

À partir de ce jour, Yvon Nicolazic devient bâtisseur. Il dirige les travaux, conduit les charrois volontaires de pierre ou d'ardoise, les abattages de bois, paie les entrepreneurs, et tout cela avec sagesse et probité, lui qui ne sait ni lire, ni écrire, ni parler autre chose que le breton. La chapelle construite, il s'efface, quitte le village de Keranna pour laisser toute la place à sainte Anne et aux pèlerins innombrables.

Il est mort à Sainte-Anne-d'Auray le .

Postérité[modifier | modifier le code]

Le lieu a pris le nom de Sainte-Anne-d'Auray, et le pardon qui s'y déroule chaque année est le plus important de Bretagne.

Le , le pape Jean-Paul II est venu la prier dans son sanctuaire breton, et avec lui 150 000 pèlerins.

Un dossier de béatification de Yves Nicolazic est ouvert à l'évêché de Vannes depuis 1997[4]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maximilien Nicol, Sainte-Anne d'Auray, Magasin du Pélerinage, , p. 20
  2. Patrick Huchet, La grande histoire de Sainte-Anne d'Auray, Editions Pierre Téqui, , p. 22-23
  3. Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, Presses universitaires de France, , p. 92
  4. « Le serviteur de Dieu Yves Nicolazic », sur Images saintes, (consulté le 13 juillet 2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Loup Avril, 500 bretons à connaître, Saint-Malo (France), L'ancre de marine, 1989
  • Job an Irien et Y.P. Castel, Sainte Anne et les Bretons - Santez Anna, Mamm goz ar Vretonned, éditions Minihi Levenez, ouvrage bilingue breton-français, 1996 (OCLC 865315790).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]