Yves Navarre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Yves Navarre
Description de cette image, également commentée ci-après

Yves Navarre (à gauche) avec Jean Le Bitoux, 1981.

Naissance
Condom (Drapeau de la France France)
Décès (à 53 ans)
Paris (Drapeau de la France France)
Activité principale
Écrivain
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français

Œuvres principales

Yves Navarre, né le à Condom et mort le à Paris, est un écrivain français, cofondateur en 1976, avec Marie Cardinal, du Syndicat des écrivains de langue française.

Yves Navarre, dont une thématique récurrente de l'œuvre est l'homosexualité, disait vouloir défendre une sensualité plutôt qu'une sexualité.

Il a obtenu le prix Goncourt pour Le Jardin d'acclimatation en 1980.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études d'espagnol, d'anglais et de lettres modernes à l'Université de Lille, Yves Navarre est diplômé de l'École des hautes études commerciales du Nord (Edhec), promotion 1964. Durant les premières années de sa vie professionnelle, Yves Navarre travaille dans la publicité comme concepteur-rédacteur, notamment à Publicis. Il devient même directeur de création chez BBDO (1969-1971) ; il y engage un jeune rédacteur qui fera son chemin, Thierry Ardisson.

Navarre commence à publier en 1971, initiant une prolifique carrière avec Lady Black, dont le personnage principal se travestit à l'occasion (c'est Jean-Louis Bory qui recommande son manuscrit à Flammarion et chez l'éditeur, c'est Paul Otchakovsky-Laurens qui annonce à Navarre l'acceptation dudit manuscrit).

Les Loukoums[1], histoire d'une maladie (de type IST) frappant certaines personnes vivant à New York, le fait connaître en 1973.

Il enchaîne alors les parutions, souvent autour du thème de l'amour entre deux hommes (Le Petit Galopin de nos corps, 1977 ; Portrait de Julien devant la fenêtre, 1979).

Il s'essaie également au théâtre avec des pièces comme Il pleut, si on tuait papa-maman, Dialogue de sourdes, La guerre des piscines, Lucienne de Carpentras (où l’on retrouve l’un des personnages principaux des Loukoums, Lucy Balfour) ou encore Les dernières clientes.

Son roman Le Jardin d'acclimatation, histoire d'un jeune homme de bonne famille envoyé à l'internement et à la lobotomie parce qu'homosexuel, reçoit le prix Goncourt en 1980 (le prix couronne en fait l'ensemble de son œuvre). Quelques années plus tard, une autre distinction littéraire, le prix 30 millions d'amis, récompense son roman Une vie de chat (Albin Michel, 1986).

Navarre devient le porte-parole de François Mitterrand pour les homosexuels en 1981 et 1989[2], mais il se sent incompris comme romancier et snobé par le milieu littéraire parisien.

En 1990, il part donc vivre à Montréal (Québec). Il y situe son roman Ce sont amis que vent emporte (1991), dans lequel un couple d'artistes (Roch et David, l'un sculpteur, l'autre danseur) luttent contre le sida.

Réalisant bientôt que le Canada n'est pas la terre promise qu'il espérait, l'écrivain rentre à Paris (décembre 1991) et y retrouve les problèmes qui l'avaient incité à s'expatrier.
Accablé de soucis (entre autres, financiers, car ses droits d'auteur, depuis longtemps sa seule ressource, sont devenus très modestes), complètement déprimé, il se suicide aux barbituriques le 24 janvier 1994. Le titre d'un dernier recueil de nouvelles (publié à titre posthume, en 2006), Avant que tout me devienne insupportable, résume bien l'état d'esprit dans lequel il a commis son geste.

Il avait écrit, dans Biographie, qu'il sortirait « de la gueule du loup par la gorge du loup ». Il présumait de ses forces.

Yves Navarre, vingt ans après[modifier | modifier le code]

Le fonds d'archives d'Yves Navarre est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[3].

Un ensemble de lettres, écrites lorsqu'il était étudiant à l'Edhec, a été légué à la bibliothèque Méjanes à Aix-en-Provence.

On peut aussi citer cet extrait d'un article[4] toujours actuel de l'écrivain et critique Patrick Besson : "On lit (Navarre) comme on téléphone à un ami rigolo et ronchon : pour entendre le son de sa voix fatiguée raconter toujours les mêmes choses sans intérêt, sauf pour lui et nous. Il est grand temps de retourner dans cette maison abandonnée de presque tous les lecteurs et éditeurs : le propriétaire y habite toujours. Il n'a pas vieilli, puisqu'il est mort."

Un roman inédit de l'auteur, Pour dans peu, est publié en octobre 2016 aux éditions H&O.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Lady Black, Flammarion, 1971.
  • Evolène, Flammarion, 1972.
  • Les Loukoums, Flammarion, 1973.
  • Le Cœur qui cogne, Flammarion, 1974.
  • Killer, Flammarion, 1975.
  • Plum Parade : vingt-quatre heures de la vie d'un mini-cirque, Flammarion, 1975.
  • Niagarak, Grasset, 1976.
  • Le Petit Galopin de nos corps (publié en 1977 chez Robert Laffont), récemment réédité avec une préface de Serge Hefez, coll. « Classiques H&O poche », Béziers : H&O, 2005. 10,8 x 17,8 cm. 256 pages. (ISBN 2-845-47109-2)
  • Kurwenal ou la Part des êtres, Robert Laffont, 1977.
  • Je vis où je m'attache, Robert Laffont, 1978.
  • Portrait de Julien devant sa fenêtre, Robert Laffont, 1979 ; H&O, 2006.
  • Le Temps voulu, Flammarion, 1979.
  • Le Jardin d'acclimatation, Flammarion, 1980.
  • Biographie, Flammarion, 1981 (la première de couverture précisant qu'il s'agit d'un roman).
  • Romances sans paroles, Flammarion, 1982.
  • Premières Pages, Flammarion, 1983.
  • L'Espérance de beaux voyages, 1 : Été/automne, Flammarion, 1984.
  • L'Espérance de beaux voyages, 2 : Hiver/printemps, Flammarion, 1984.
  • Phénix, le paysage regarde, illustré par Jean Dieuzaide et Lucien Clergue, P. Montel, 1984.
  • Louise, Flammarion, 1985.
  • Une vie de chat, Albin Michel, 1986 - rééd. 2013.
  • Fête des mères, Albin Michel, 1987.
  • Romans, un roman, Albin Michel, 1988.
  • Hôtel Styx, Albin Michel, 1989.
  • Douce France, Québec, Leméac, 1990.
  • La Terrasse des audiences au moment de l'adieu, Montréal, Leméac, 1990.
  • Ce sont amis que vent emporte, Flammarion, 1991.
  • La Vie dans l'âme, carnets, Montréal, Le Jour / VLB, 1992.
  • Poudre d'or, Flammarion, 1993.
  • Dernier dimanche avant la fin du siècle, Flammarion, 1994.
  • La Ville Atlantique, Leméac/Actes Sud, 1996.
  • Dialogue de sourdes, Nice, La Traverse, 1999.
  • La Dame du fond de la cour, Leméac/Actes Sud, 2000.
  • Avant que tout me devienne insupportable, H&O, 2006.
  • Pour dans peu, H&O, 2016.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • Un condamné à vivre s'est échappé, textes, entretiens et poèmes, avec Pierre Salducci, Hull [Québec], Vents d'Ouest, 1997.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • À corps perdu, film canado-suisse sorti en 1988, inspiré du roman de Navarre, Kurwenal (1977)

Citations[modifier | modifier le code]

« La tendresse tue. L'absence de tendresse assassine. »

« Toute création vraie est un suicide que personne ne regarde. »

— Ce sont amis que vent emporte

« Je sortirai de la gueule du loup par la gorge du loup. »

— Biographie

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la page ayant trait aux Loukoums sur le site d'Yves Navarre : http://www.yvesnavarre.org/htm/Lesloukoums.htm
  2. Voici une anecdote illustrant cet aspect "porte-parole" de la vie sociale d'Yves Navarre, en même temps qu'un aspect moins connu de sa personnalité : l'espièglerie, l'humour pince-sans-rire. Elle est tirée d'un document (accédé depuis le site d'Yves Navarre) qui est un témoignage écrit par Laurent Lourson, un comédien ami de l'écrivain, et dont voici l'adresse web : http://www.yvesnavarre.org/pdf/laurent_lourson_loukoums.pdf  : "Yves, like his (cat) Tiffauges, had his teasing tendency. He often showed it on the telephone by altering his voice or speaking in English to confuse the listener. One evening I unhooked the receiver. 'Could I speak to Mr Watson (ami de Lourson et traducteur de Navarre) please?' I had to decide quickly how much I should play the game. 'Sorry, Sir! Mr Watson is not here at the moment. Can I leave him a message?' 'Will you tell him I'm at the Ritz?' 'In London?' 'Yes!' 'I can give you Mr Watson's number at his residence in Bristol if you wish to speak to him personally.' There was a slight pause. This was the moment for another decision: Was Yves telling the truth or was he in Paris, in a rather despondent state which only a friend like Don (Watson), one of the few he admired, could alleviate? 'Bon, Yves, t'es où, chez toi ou à Londres?' 'I told you, at the Ritz in London.' I still could not sense whether he was joking or being serious. Why was he insisting in carrying on in English? 'So what are you doing at the Ritz?' 'I've just put my dinner jacket on and I'm trying to knot this blessed bow tie.' 'I can't come to help you but I'm sure some of the servants from the hotel would only be too delighted to tie your bow. Anyhow, what exciting place are you making for?' 'Buckingham Palace!' 'Oh yes!' I had to play the game as he obviously was taking the mickey out of me: 'Give my best wishes to the Queen, will you?' In a dead pan tone he answered: 'I'm invited to have dinner with the Queen so if she speaks to me I will.' At last the penny dropped: The President of France, François Mitterand, was in London on an official visit. As the custom requires, the Queen was inviting the Head of State with his entourage to dinner. This type of events is organised by high civil servants around 10 Downing Street. The Prime Minister at the time was a woman. When the civil servant in charge suggested to her: 'It might be a good idea to invite also some intellectuals?' she was reported to have answered seriously: 'Oh! Do they have any?' The story might have reached the French President's office. François Mitterand arrived, surrounded with twenty intellectuals. Yves Navarre was one of them."
  3. Fonds Yves Navarre (MSS250) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  4. "Dernières nouvelles d'Yves Navarre", Journal "Marianne", 13.01.2007 http://www.yvesnavarre.org/pdf/Marianne13janvier2007.pdf