Yves Brunaud

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Louis Lucien Yves Brunaud
Yves Brunaud
Cliché pris lors des obsèques de l'équipage du Breguet Atlantic n°02, qui s'est écrasé le 19 avril 1962 lors d'un vol d'essai : Yves Brunaud (pilote d'essai), Alain Richard (ingénieur navigant) et Rémy Raymond (mécanicien navigant). M. Henri Ziegler, Président de Breguet Aviation, prononce leur éloge funèbre dans le hangar du site Louis-Breguet, rond-point de l'Aéronautique, à Colomiers (Haute-Garonne).

Naissance
Bordeaux (Gironde)
Décès (à 41 ans)
Revel (Haute-Garonne)
Origine Drapeau de la France France
Arme French-roundel.svg Armée de l'air
Conflits Seconde Guerre mondiale
Autres fonctions Pilote d'essai

Yves Brunaud, né le à Bordeaux (Gironde) et mort en service aérien commandé le à Revel (Haute-Garonne), était un aviateur français, pilote militaire durant la Seconde Guerre mondiale, et pilote d'essai après-guerre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis Lucien Yves Brunaud naît le à Bordeaux[1],[2]. Il entre à l'École de l'air à 19 ans[3] dans la promotion 1939[1],[2].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Affecté à Oran la Sénia en décembre 1939[1], il vole comme navigateur[4] sur Bloch MB.175, un bombardier bimoteur, avec le groupe de bombardement 2/52[1]. Il devient ensuite pilote[5] en juin 1943[3] et passe sur Martin B-26 Marauder[1],[2]. Il accomplit sa première mission de guerre en août 1944[3]. Il participe aux campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne[1],[2], effectuant des missions de bombardement notamment sur la Provence et contre les ponts sur le Rhin[4]. À la fin de la guerre, il a accompli 42 missions et 183 heures de vol de guerre[3].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Affecté au Centre d'essais en vol de Brétigny-sur-Orge (CEV)[6] en 1946, il vole sur SNCASE SE.161 Languedoc et SUC-10 Courlis[4]. Il fait partie du groupe des quatre premiers pilotes d'essai brevetés de l'École du personnel navigant d'essais et de réception (EPNER) en 1946, avec Charles Cabaret (1914-1997), Roger Receveau (1919-1994) et Claude Grigaut[1] (1919-2016), futur chef d'état-major de l'armée de l'air[7]. Il vole sur le SNCASO SO.P-1 Ferblantine, un planeur dessiné par Lucien Servanty, sur le bimoteur SNCASO SO.30 Bretagne, sur le quadrimoteur Heinkel He 274, conçu par les Allemands pour bombarder New York, et sur le SNCASE SE.161 Languedoc[1].

Fin 1947[5], le 15 novembre, il succède à Jean Gonord, parti travailler chez René Leduc[1], comme chef-pilote[4] chez Breguet Aviation. Il vole sur Breguet 482, Breguet 761 « Deux-Ponts »[2], Breguet 890S « Mercure », Breguet 890X[4], avions-cargo 891R et 892S[2], Breguet 960 Vultur[4], avion d'appui tactique[2] Breguet 1100[4] et Breguet Br.1050 Alizé[5].

Le 15 février 1949, il effectue le premier vol du Breguet 761[8], surnommé « Deux-Ponts » car il comporte une configuration intérieure à deux étages. Ce quadrimoteur entièrement métallique[4] est le plus gros avion de transport français jamais construit[8]. Immatriculé F-WFAM, l'avion est propulsé par quatre moteurs Snecma / Gnome et Rhône) 14R 24 d’une puissance unitaire de 1 580 ch. L'essai, qui dure 45 minutes avec une charge de 28 tonnes, se déroule entre Villacoublay et Brétigny-sur-Orge[4]. Pour l'occasion, Louis Breguet a fait venir Jacques Nœtinger, journaliste spécialisé dans l'aéronautique, et mis à sa disposition le petit biplan Stampe SV-4 du Centre d'essais en vol, avec l'accord de l'ingénieur général Louis Bonte, le directeur du CEV. Un photographe de talent, Fernand Dengremont, spécialiste des photographies en vol, immortalise ce premier vol. La version de série, le Breguet 763, réussira le record de ne jamais connaître d'accident avec des dommages au personnes durant son service dans la compagnie aérienne Air France, et d'être considérée comme l'avion le plus rentable de la compagnie[8].

Sa parfaite maîtrise de cet appareil[1] lui permet de réaliser un exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, et jamais égalé.

Le 10 mai 1955, le Breguet 763 « Deux-Ponts » n°2, immatriculé F-BASQ et appartenant à Air France[4], est victime d'un incident technique[1] lors d'un vol commercial entre Tunis et l'aéroport de Lyon-Bron. Quelques minutes avant d'entamer l'approche sur Lyon-Bron, le commandant de bord Gérard Caillat[4] (futur pilote du Concorde[9]) détecte une anomalie de la commande de compensateur qui entraîne des vibrations très importantes[4] et un dangereux phénomène de flutter sur la gouverne de profondeur. Estimant ne pas pouvoir atteindre Lyon-Bron en toute sécurité[9], Gérard Caillat décide d'effectuer un atterrissage sur le ventre, train rentré, dans un champ de blé au lieu-dit « La Pape », sur la commune d'Estrablin, à 7 kilomètres à l'est de Vienne (Isère). Gérard Caillat fait preuve de beaucoup d'habileté[4] et pose son appareil de 40 tonnes[9] en moins de 750 mètres[4]. Il n'y aucun blessé parmi les 42 passagers à bord[9], seulement des dégâts matériels à la partie inférieure du fuselage, et les pales d'hélice tordues[4].

Air France voulut savoir si l'appareil était réparable, car à l'époque un Breguet 763 valait 800 millions d'anciens francs[4]. Yves Brunaud est sollicité comme spécialiste de l'avion[1] pour donner son avis. À la surprise générale, il estime qu'il est possible de redécoller[9], après remplacement des hélices[1]. Il fallut près de deux mois pour remettre l'avion sur son train d'atterrissage, redresser les tôles, changer les hélices, vidanger les 4000 litres de carburant pour ne conserver que le minimum nécessaire, démonter tous les aménagements commerciaux[4],[9]. Après le nivellement du terrain[4] par les engins de génie civil, une piste en terre d'environ 450 mètres est aménagée. L'appareil est tourné vers le sud[4]. Le 8 juillet 1955, Yves Brunaud réussit un décollage prudent[1] au poids de 32 tonnes après avoir roulé seulement 350 mètres[9]. L'appareil devait initialement juste rejoindre l'aéroport de Bron, mais une fois en vol, Yves Brunaud décide de rejoindre directement Villacoublay[4], 400 kilomètres plus loin. Après avoir été remis en état, l'avion reprendra sa place dans la flotte d'Air France[9].

Après cela, Yves Brunaud reprend les essais en vol. Le 6 octobre 1956, il procède au premier vol du Breguet Br.1050 Alizé, avion de reconnaissance et de lutte anti-sous-marine destiné à la Marine nationale. Il participe ensuite, à partir du 23 février 1962, aux essais du Breguet Atlantic[1].

Il trouve la mort le à Revel, lors d'un vol d'essai sur le Breguet Atlantic n°2[4] avec son équipage[3] : l'ingénieur Alain Richaud et le mécanicien navigant d'essais Rémy Raymond. Au cours d'un exercice de virages serrés, destiné à mesurer les efforts (nombre de G) encaissés, une aile se détache soudain et l'avion plonge vers le sol où il explose[1]. Yves Brunaud totalisait 4 000 heures de vol[3] dont 2 500 en essais[4],[5].

Au lendemain de la mort, son « testament », rendu public, exprime toute la modestie et la générosité de cette grande figure de l'aviation, admirée de tous[6] :

« Quelles que soient les circonstances de ma mort, je demande que soient évitées a ma famille les souffrances des longues cérémonies officielles. Que ma dépouille soit ramenée le plus rapidement possible dans notre maison familiale d'Anglet, pour lui donner en toute simplicité une sépulture chrétienne. Que mes amis et camarades ne prennent pas cette volonté comme une injure aux marques traditionnelles de condoléances mais comme un désir de retour à la paix familiale que j'ai toujours aimé par dessus tout. Que surtout ceux d'entre eux qui savent la prière veuillent me l'accorder et que ceux qui ne la savent pas ou ne la savent plus essaient de la trouver. Que tous ceux que j'ai pu faire souffrir par violence, indifférence ou faiblesse m'accordent leur pardon jusqu'à demander pour moi celui de Dieu. Que tout ce que je possède revienne à ma femme pour l'aider à faire de nos enfants des hommes et femmes dignes de ce nom. »

Il repose dans le cimetière d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques)[3].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o et p Bernard Marck, Dictionnaire universel de l'aviation, Tallandier, , 1129 p. (ISBN 2-84734-060-2), p. 164.
  2. a b c d e f et g « 2 - Notices biographiques des principaux pilotes (Etablies pour le "Dictionnaire de Personnalités de l'Aéronautique du XXième Siècle" ) », sur Amis des Avions Breguet (consulté le 8 novembre 2019).
  3. a b c d e f g et h Marcel Catillon, Qui était qui ? : Mémorial de l'aéronautique, Nouvelles Éditions latines, , 221 p. (ISBN 2-72330-529-5, EAN 978-2-72330-529-7, lire en ligne), p. 37.
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u et v Paul MATHEVET, « Qui se souvient du crash d'un Breguet Deux Ponts aux environs de Vienne (Isère) ? », sur Groupement Antoine de Saint Exupéry - Les Vieilles Tiges, (consulté le 7 novembre 2019).
  5. a b c et d (en) « Yves Brunaud 1920-1962 », sur the_tartanterror (consulté le 8 novembre 2019).
  6. a b et c Jacques Nœtinger, « Yves BRUNAUD... Jusqu'au sacrifice », Air & Cosmos, no 903,‎ (lire en ligne).
  7. Jacques Noetinger, Rigueur et audace aux essais en vol, Nouvelles Éditions Latines, , 369 p. (ISBN 2-7233-0438-8), p. 13-14.
  8. a b et c Jacques Nœtinger, Témoin privilégié de l'histoire de l'aviation du XXe siècle : mes rencontres avec des constructeurs, des techniciens, des pilotes, des aventuriers et bien d'autres, Nouvelles Éditions latines, , 304 p. (ISBN 2-72339-597-9, EAN 978-2-72339-597-7, lire en ligne), p. 257-258.
  9. a b c d e f g et h Jacques Nœtinger, Non à l'oubli ! : L'incroyable aventure française dans le ciel, Nouvelles Éditions latines, , 251 p. (ISBN 2-72332-030-8, EAN 978-2-72332-030-6, lire en ligne), p. 96.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]