Yves Bouvier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bouvier.
Yves Bouvier
Yves Bouvier.jpg
Biographie
Naissance
Nationalité
Domicile
Activités

Yves Bouvier, né le à Genève (Suisse), est un homme d'affaires et marchand d'art spécialisé dans le transport et l'entreposage d'œuvres d'art et d'objets de valeur. Il est le fondateur des ports francs de Singapour et du Luxembourg[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Jean-Jacques Bouvier, ancien apprenti[réf. souhaitée] qui finit par devenir le propriétaire de Natural Le Coultre en 1983[2] et y développe une filiale pour le transport d'objets précieux[3].

Dans le but de développer pleinement les activités du groupe en Asie et de mener à bien la création du port franc de Singapour, Yves Bouvier s'établit à Singapour dès 2009[4]. Sa société a également ouvert des ports francs au Luxembourg et à Pékin[5].

Il est protestant, non pratiquant[3].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Yves Bouvier développe dès son plus jeune âge un intérêt pour l'art, qu'il aura l'opportunité de développer plus tard dans le cadre de ses activités professionnelles.

Il travaille aux côtés de son père dès le début des années 1980 et passera plus de dix ans dans tous les départements de l'entreprise Natural Le Coultre: du camionnage au déménagement, en passant par les opérations de transfert industriel[6].

Natural Le Coultre[modifier | modifier le code]

L'entreprise, spécialisée initialement dans le déménagement et l'entreposage, est fondée en 1859 par Étienne Natural. Elle porte alors le nom de Natural Transports[2].

En 1946, Jean-Jacques Bouvier, le père d'Yves Bouvier, rejoint l'entreprise comme apprenti[réf. souhaitée].

En 1984, la famille Bouvier rachète Natural Le Coultre[2].

En 1989, Jean-Jacques et Yves Bouvier créent la filiale Fine Art Transports Natural Le Coultre[2].

Nommé directeur adjoint en 1995, puis PDG du groupe en 1997, Yves Bouvier développe toute une gamme de services autour de l’entreposage des œuvres d’art et d’objets de valeurs dans les ports francs[3] : restauration, photographie, expertise, salle d’exposition, etc. Il finit par se détacher de toutes les autres activités de Natural Le Coultre pour se spécialiser dans le marché de l’art , et se consacre au développement international du concept de "hub artistique" qu’il a développé à Genève[7].

Afin de développer les activités du groupe sur le territoire asiatique, Yves Bouvier quitte ses fonctions exécutives en 1998.

Modèle commercial et développement international[modifier | modifier le code]

Dès 2005, Yves Bouvier entreprend d'exporter son modèle commercial à l'étranger[8]. Le modèle développé par Yves Bouvier consiste à regrouper des pôles de compétences au sein de ports francs, mettant à disposition de ses clients une palette de services spécialisés destinés aux collectionneurs, aux musées et aux entreprises.

Yves Bouvier choisit Singapour pour y créer un nouveau port franc consacré à l'art. L'immeuble futuriste hyper sécurisé disposant d'un espace de 30 000 m2 est inauguré en 2010[7]. Le « Freeport Singapore » est situé en zone franche et au pied des pistes de l’aéroport de Changi[7]. La Deutsche Bank y a placé 200 tonnes d’or[9].

Souhaitant reproduire le modèle du "Freeport Singapore" au sein de la zone euro[10], Yves Bouvier entreprend la même démarche au Luxembourg avec l’ouverture en 2014 du "Freeport Luxembourg", un entrepôt ultrasécurisé de 22 000 m2 sur 4 étages, et jouxtant l’aéroport de Luxembourg-Findel. Dès son ouverture, 75 % des espaces sont déjà loués[11].

Il se consacre au développement de ce modèle à Pékin, avec l'ouverture prochaine d'une structure de 120 000 m2 (et 700 000 m2 à terme)[12], le « Beijing Freeport of Culture ». Il travaille sur la mise en œuvre d'un projet similaire avec la ville de Shanghai[13].

L'affaire Rybolovlev[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Bouvier.

Il rencontre l'oligarque russe Dmitry Rybolovlev pour la première fois durant l'été 2003, alors que ce dernier vient le voir avec sa femme pour prendre la livraison d'une toile de Marc Chagall, Le Cirque. Il lui procure par la suite plusieurs œuvres d'arts, de Vincent Van Gogh, Pablo Picasso ou encore Amedeo Modigliani[3].

Le , à la suite d'une plainte déposée par Dmitry Rybolovlev, Yves Bouvier est arrêté et mis en garde à vue à Monaco pendant 96 heures, après avoir été attiré dans la principauté par le plaignant[14]. Il est accusé d'escroquerie à la suite de marges trop importantes sur la vente de tableaux comme par exemple sur le Salvator Mundi de Léonard de Vinci avec une marge de 50 millions d'euros[15]. Yves Bouvier nie fermement cette accusation et se dit surpris d'une telle manœuvre intervenant après plus de 12 ans d'amitié avec Rybolovlev[16].

Les documents ayant justifié l'arrestation d'Yves Bouvier en date du 26 février 2015 ont été produits par deux cadres de la filiale monégasque de la Banque HSBC. Les documents en question se sont avérés être des faux, de l'aveu de la banque[17].

De plus, l'avocate de Dmitry Rybolovlev, Tetiana Bersheda, a effectué un enregistrement d'une conversation privée intervenue au domicile de l'oligarque quelques jours avant l'arrestation d'Yves Bouvier. Une plainte est actuellement en cours à l'encontre de Dmitry Rybolovlev et de Tetiana Bersheda. À la suite de la plainte déposée par Tania Rappo, victime de l'enregistrement illicite, Dmitry Rybolovlev et Tetiana Bersheda ont été placés en garde à vue le . Le 23 février 2016, Tetiana Bersheda a été inculpée du chef de violation de la vie privée par le juge d'instruction monégasque[18]. Dmitry Rybolovlev et son avocate risquent une peine allant jusqu'à trois ans de prison[19].

Le , la Haute Cour de Singapour qui avait, à la suite de la requête de Rybolovlev, ordonné le gel des avoirs d'Yves Bouvier au niveau mondial, a décidé d'alléger cette mesure, au motif que la démarche initiée par Dmitry Rybolovlev constituait un abus de procédure[20]. Sur le fond, la Haute Cour a ordonné à Rybolovlev le dépôt d'une garantie bancaire de quelque 100 millions de dollars pour garantir le montant des dommages subis par Yves Bouvier et ses sociétés. Ce montant comprend 20 millions de dollars en espèces et le dépôt du tableau de Rothko no 6 (Violet Green and Red)[21],[22]. Le , la Cour d’appel de Hong Kong ordonne également de mettre un terme au gel des avoirs d’Yves Bouvier[23].

Les affaires qui opposent Yves Bouvier, Dmitry Rybolovlev et Tetiana Bersheda sont actuellement en cours d'instruction[24].

Yves Bouvier a mobilisé une équipe prestigieuse pour assurer sa défense. Dmitry Rybolovlev s'est quant à lui entouré des avocats genevois Tetiana Bersheda et Pierre de Preux[25]. Il s'est également offert le soutien de Philippe Narmino, le ministre de la justice convié à un dîner privé chez Rybolovlev une semaine avant l'arrestation de Bouvier, de Jean-Pierre Dreno, Procureur général de Monaco, et de Paul Masseron, l'ancien ministre de l'intérieur promu conseiller de l'AS Monaco[26],[27].

Affaire dans l’affaire : le , Yves Bouvier est mis en examen pour recel de vol de deux Picassos à Paris. Les deux Picassos vendus appartenaient à Catherine Hutin-Blay, qui déclare avoir été volée[28],[29]. La défense d'Yves Bouvier a cependant démontré que Catherine Hutin-Blay a bien encaissé le montant de 8 millions d'euros par l'intermédiaire d'un trust établi au Liechtenstein (Nobilo Trust Reg. Shaan), et le ministère public du Liechtenstein a classé la procédure le [30].

Cette ligne de défense a toutefois été contestée dès le départ par Catherine Hutin-Blay car le versement de 8 millions de dollars concerne en réalité une vente portant sur d’autres œuvres, effectuée par un courtier en art fin 2010, et sans aucun lien avec les œuvres visées dans sa plainte pénale. Ainsi, Catherine Hutin-Blay a fait valoir que « Monsieur Bouvier n’a rapporté ni la preuve du paiement ni la preuve de l’acquisition et de la provenance des œuvres qui font l’objet de la plainte »[31]. La procédure est à ce jour en cours.

En mars 2016, les autorités américaines lancent également une enquête à la suite des allégations du milliardaire russe[32].

Initiatives culturelles[modifier | modifier le code]

Yves Bouvier a fondé en 2004, la société Art Culture Studio, destinée à l'organisation d'évènements culturels. Il a notamment été l'initiateur et le Président de la Moscow World Fine Art Fair[33] et de la Salzburg World Fine Art Fair[34]. Les activités à but non lucratif font partie intégrante du fonctionnement d'Art Culture Studio, qui en 2012 participe à la rénovation du mobilier XVIIIe pour le boudoir de l'impératrice Joséphine de Fontainebleau[6]. Art Culture Studio soutient la fondation Renaissance de la propriété russe à la campagne, organisation publique non lucrative qui vient en aide à des programmes de recherche liés à la restauration de complexes historiques et culturels ruraux[35].

Yves Bouvier a également été, en 2008, l'un des initiateurs du projet de création de la Pinacothèque de Paris à Singapour[36]. Selon son site internet, l’organisation est « le premier musée transversal parisien, où dialoguent mille ans d’histoire de l’art à travers une centaine d’œuvres majeures »[37].

Yves Bouvier est l'un des principaux instigateurs du projet de construction du "pôle R4", la micro-ville artistique de l'île Seguin[38]. Ce pôle artistique, porté et financé par Yves Bouvier, dessiné par l'architecte français Jean Nouvel, était prévu pour 2017[39],[40].

A l'automne 2016, Yves Bouvier vend le projet R4[41] au groupe immobilier Emerige-AOG[42].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Bradley, « Ports francs, les coffres-forts des supers riches », sur Swissinfo.ch,
  2. a b c et d « Natural Le Coultre, le transport au sommet de son art depuis 150 ans »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Worldtempus.com, (consulté le 20 mars 2016)
  3. a b c et d Hervé Gattegno, « Le piège de l'oligarque », Vanity Fair n°27, septembre 2015, pages 128-135 et 204-206.
  4. (en) Court orders asset freeze in art case, Ft.com, 12 mars 2015
  5. Martine Robert, « Les ports francs pour œuvres d'art, un créneau en plein essor », sur Lesechos.fr,
  6. a et b Google Books.
  7. a b et c Catherine Nivez, « Ce visionnaire qui a parié sur l’Asie », sur Bilan.ch,
  8. « Yves Bouvier: une ascension fulgurante dans le monde de l’art », sur Le Temps,
  9. (en) « A Giant, Secret Vault Where Rich People Store Their Stuff Tax-Free », sur Npr.org,
  10. Pierre-Alexandre Sailler, « Yves Bouvier réduit son implication à Luxembourg », sur Tdg.ch,
  11. Alexandre Crochet, « Le Luxembourg inaugure un nouveau port franc », sur Lequotidiendelart.com,
  12. Alexis Favre, « Ports francs : un modèle genevois à la conquête du monde », sur Letemps.ch,
  13. (en) « Amid Yves Bouvier Scandal, Shanghai's Le Freeport West Bund Is Slated To Open in 2017 », sur Artnet.com,
  14. « Dmitri Rybolovlev, l’oligarque au masque de glace », sur Letemps.ch,
  15. Sylvain Besson, « Affaire Bouvier contre Rybolovlev: tout comprendre si vous avez raté le début », sur Letemps.ch,
  16. « https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/03/01/un-marchand-d-art-inculpe-pour-escroquerie-sur-le-president-de-l-as-monaco_4585342_3224.htm »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Lemonde.fr
  17. Jean-Michel Verne, « Contre-attaque d'une proche d'Yves Bouvier face au milliardaire Rybolovlev », sur Tdg.ch,
  18. Ian Hamel, « L'avocate du président de l'AS Monaco mise en examen », sur Lepoint.fr,
  19. Alexis Favre, « Comment le piège monégasque s’est refermé sur Yves Bouvier », sur Letemps.ch,
  20. (en) Selina Lum, « Fraud case: Art dealer's assets unfrozen by court », sur Straitstimes.com,
  21. Alexis Favre, « Premier ballon d’oxygène pour Yves Bouvier, face à Dmitri Rybolovlev », sur Letemps.ch,
  22. Pierre-Alexandre Sallier, « Singapour assouplit le gel des actifs d’Yves Bouvier », sur Tdg.ch,
  23. Pierre-Alexandre Sallier, « Après Singapour, Hongkong lève les séquestres sur les biens d’Yves Bouvier », sur Tdg.ch,
  24. Paperjam.
  25. Jean-Michel Verne, « Le milliardaire Rybolovlev sous enquête à Monaco », sur Tdg.ch,
  26. Renaud Lecadre, « A Monaco, Albert rêve de coup de balai russe », sur Liberation.fr,
  27. Renaud Lecadre, « Affaire Rybolovlev-Bouvier à Monaco : la principauté accusée », sur Liberation.fr,
  28. Harry Bellet, « L’homme d’affaires Yves Bouvier mis en examen pour recel de deux Picasso volés », sur Lemonde.fr,
  29. Pierre-Alexandre Sallier, David Haeberli, « Yves Bouvier: «Il a détruit ma réputation, je détruirai sa fortune» », sur 24heures.ch,
  30. Ian Hamel, « Des Picasso volés et une société sans propriétaire au Liechtenstein », sur Lepoint.fr,
  31. http://www.liberation.fr/france/2017/11/19/droit-de-reponse-de-catherine-hutin-blay_1611162
  32. (en) Keri Geiger, Hugo Miller, « The Da Vinci Markup? Europe's Art Scandal Comes to America », sur Bloomberg.com (consulté le 20 mars 2016)
  33. (en) « Russian Contemporary Art to be featured at the Moscow World Fine Art Fair », sur Artdaily.com
  34. (en) « Salzburg World Fine Art Fair To Open July 27 », sur Artdaily.com
  35. « Art par Action », sur Artculturestudio.com
  36. Florence de Changy, « Singapour a désormais sa Pinacothèque de Paris », sur Lemonde.fr,
  37. « Singapour », sur Pinacotheque.com
  38. « https://www.lesechos.fr/03/09/2014/LesEchos/21763-090-ECH_le-pole-art-de-l-ile-seguin-obtient-le-feu-vert.html »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Lesechos.fr
  39. Martine Robert, « L’affaire Bouvier menace l’île Seguin »
  40. Bertrand Gréco, « Un "aimant à artistes" sur l’île » [archive du ], sur Lejdd.fr,
  41. http://www.sauvonslileseguin.com/ile-seguin-la-cite-musicale-couronnee-le-pole-r4-menace/
  42. « Yves Bouvier abandonne le projet parisien R4 », sur 24heures.ch/ (consulté le 20 septembre 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

http://www.lefreeport.com/