Yuka (application)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Yuka.

Yuka
Logo de Yuka (application)

Adresse yuka.io
Description Application qui déchiffre les étiquettes des aliments
Commercial Oui
Publicité Non
Type de site Application mobile
Langue Français
Inscription Obligatoire et gratuite
Siège social Chatou, Yvelines[1]
Drapeau de la France France
Propriétaire Yuca SAS[1]
Lancement [1]
État actuel En activité

Yuka est une application mobile permettant d'afficher des informations sur des produits alimentaires et cosmétiques. Elle utilise les bases de données ouvertes françaises et collaboratives Open Food Facts pour les produits alimentaires, et Open Beauty Facts pour les cosmétiques[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Yuka est une application gratuite qui se revendique indépendante des entreprises du secteur agroalimentaire et fiable en utilisant des bases de données ouvertes[3],[4]. Comme Wikipédia ou Wikidata, ces bases de données fonctionnent avec un système de vérification a posteriori.

Le projet débute en 2016, comme étant le fruit du travail de François et Benoît Martin — deux frères — et Julie Chapon[5], qui sont trois étudiants issus respectivement de l'École centrale d'électronique, l'École supérieure pour le développement économique et social et l'EDHEC Business School. Julie Chapon a auparavant réalisé des stages chez Nestlé et Kraft Foods, mais elle finit par partir ne s'y plaisant pas[6]. Elle travaille par la suite chez Wavestone[6]. François Martin chez Darty et Total, et Benoît Martin chez Sanofi et BNP Paribas. En février 2016, ils participent au concours du Food Hackathon organisé par la Gaîté-Lyrique et le gagne, marquant le vrai début du projet[2],[6].

Fin 2016, ils décident de travailler à plein temps pour l'application et quittent leur travail[2] pour se concentrer sur le projet au campus Station F[6]. Ils lancent l'application en janvier 2017 sur IOS et en juin pour Android[2]. En juin 2017, l'application comte plus de 100 000 utilisateurs[2]. Durant l'été de la même année, ils s'installent dans leurs propres locaux avec six salariés[6].

En février 2018, les membres de l'équipe révèlent avoir pensé dans un premier temps à vendre l'application « à un groupe industriel ou à une compagnie d'assurances qui l'aurait alors utilisée en son nom » ou la proposer à des « industriels pour que ces derniers s'en servent pour améliorer leurs produits alimentaires en interne et se démarquer de la concurrence »[7], mais ces options auraient été écartées. Quelques mois plus tard, en septembre, la société déclare être financée pour moitié par des dons et pour moitié par des adhésions à son programme payant de nutrition[8].

En mars 2018, l'application figure dans le top 20 de l'App Store et sur Android et engrange un total de 2 millions d'utilisateurs[3]. L'application a été téléchargée plus de 5 millions de fois en août 2018[9].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Principe d'utilisation[modifier | modifier le code]

L'utilisateur scanne le code barre de ses produits avec la caméra de son smartphone ou de sa tablette, et l'application lui renvoie des informations nutritionnelles provenant des bases de données Open Food Facts et Open Beauty Facts[10], ainsi qu'une éventuelle recommandations d'un produit alternatif plus sain. Yuka conserve un historique des produits scannés et propose un score synthétique de l'ensemble des produits.

Critères de notation[modifier | modifier le code]

La notation se présente sous la forme d'un score, qui est considéré comme excellent de 75 à 100, bon de 50 à 74, médiocre de 25 à 49 et mauvais en-dessous de 25[11],[12]. Pour établir une note, trois critères différents son utilisés :

  • la qualité nutritionnelle (60 % du score) est fonction de la quantité d'énergie, de graisses saturées, de sucres, de sel, de fruits et légumes, de fibres et de protéines du produit suivant la méthode de calcul du Nutri-score[13],[5] ;
  • la présence d'additifs à risque (30 % du score) d'après plusieurs sources comme les Additifs alimentaires de Corinne Gouget, Les additifs alimentaires de Marie-Laure André ainsi que les études de l'association UFC Que choisir[5],[14] ;
  • la dimension biologique (10 % du score)[5].

Critiques[modifier | modifier le code]

Données succinctes et origines des produits[modifier | modifier le code]

L'objectif de simplicité et les choix d'évaluation de l'application font l'objet de critiques[13], tout comme le Nutri-score[15].

Par exemple :

  • il est impossible de chercher un produit sans disposer de son code barre et les informations sont basées sur un échantillon de 100 g, ne tenant donc pas compte de la portion consommée[13]. Seules quelques informations nutritionnelles sont affichées (graisses saturées, sucres), pas le total ou le détail des lipides, glucides, vitamines, minéraux.
  • les ingrédients ne sont pas affichés et il n'y a pas de distinction sur la qualité ou la transformation des ingrédients. Ainsi 15 g de protéines de viande noble auront la même note que 15 g de protéines de viande reconstituée[5].
  • le nutritionniste Laurent Chevallier regrette que l'application condamne des produits alimentaires comme le beurre, le miel ou le chocolat, qui sont systématiquement classés comme mauvais du fait qu'ils sont constituée essentiellement de gras ou de sucre. Selon elle, les consommateurs pourraient se mettre à ignorer des produits qui ne devraient pas l'être[5]. Dans une autre mesure, elle relève que la qualité et l'origine des aliments ne sont pas renseignées[5].

Néanmoins, si certaines données sont manquantes afin de garder une ergonomie simple, ce choix permet à l'application d'être conviviale à l'utilisation. Les codes couleurs permettent rapidement à l'utilisateur d'identifier si son produit est problématique et s'il doit le remplacer par un substitut[16].

Algorithme et rigueur scientifique[modifier | modifier le code]

Pour le professeur Serge Hercberg, épidémiologiste et spécialiste de la nutrition ayant participé à la conception du Nutri-score, les critères de notation de l'application s'appuient sur une méthode de pondération générée algorithmiquement qui n'a aucun fondement scientifique, puisqu'elle additionne des critères dont l'état de la connaissance n'est pas comparable[5]. Ainsi, si les études épidémiologiques sont nombreuses à confirmer un lien entre nutriments et santé, les études sur les additifs elles, ne permettent pas aujourd'hui de totalement confirmer la corrélation[5],[16]. Ces remarques sont appuyées par celles de Mathilde Touvier, chercheuse à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui rappelle « qu'aucun lien n'est encore scientifiquement établi entre tel ou tel additif et tel ou tel risque pour la santé »[5].

En réponse à ses critiques, la co-fondatrice Julie Chapon indique qu'ils appliquent le principe de précaution, considérant que certains additifs sont utilisés de façon abusive par l'industrie agroalimentaire alors qu'ils ne sont pas indispensables[5],[16]. De cette façon, le consommateur est informé sans attendre de nouveaux scandales sanitaires. En boycottant des produits controversés, les industriels peuvent, selon elle, être poussés à s'adapter aux besoins des consommateurs[6]. Pour autant, elle reconnait qu'aucun système de notation n'est parfait, surtout quand il s'appuie sur autant de données[5].

Impacts[modifier | modifier le code]

Pression sur les industriels[modifier | modifier le code]

Selon la co-fondatrice Julie Chapon, Yuka met en place une pression contre tout le secteur agroalimentaire[5]. Serge Papin, ancien président-directeur général du groupement coopératif Système U confirme en notant que même si l'application doit encore être travaillée sur plusieurs points, la distribution est replacée du côté des consommateurs[5].

Le président-directeur général Michel-Édouard Leclerc de l'Association des Centres Distributeurs E.Leclerc affirme voir de plus en plus de clients utiliser l'application tout en indiquant que même si ce genre d'application oriente la demande des consommateur, l'effet sur la consommation resterait minime[5].

Développement des concurrents[modifier | modifier le code]

Face au succès de cette application, d'autres similaires ont vu le jour :

Face à la montée en puissance de ces applications, l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA) a lancé sa propre application, Num-Alim, alimentée en contenu directement par certaines marques et dont l'objectif n'est pas, d'après « Le Canard enchaîné », d'informer le consommateur mais plutôt de l'orienter vers certains produits[18]. L'ANIA s'est associée à la fondation du groupe Avril (premier producteur européen d'huiles végétales et de biocarburants) et au Fonds français pour l'alimentation et la santé, organe de lobbying de l'industrie agroalimentaire. Grâce à leur lobbying actif, la moitié du budget de l'application (6,3 millions d'euros) a été financée directement par les impôts des Français dans le cadre d'un « contrat stratégique de filière » validé par le Secrétariat général pour l'investissement, sous la responsabilité du Premier Ministre[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Présentation de la société YUCA, sur societe.com, consulté le 19 août 2018
  2. a b c d e et f Présidence de M. Loïc Prud'homme, « Compte rendu : commission d'enquête sur l'alimentation industrielle : qualité nutritionnelle, rôle dans l'émergence de pathologies chroniques, impact social et environnemental de sa provenance » [PDF], sur assemblee-nationale.fr, (consulté le 7 janvier 2019)
  3. a et b Sébastien Pommier, « Yuka, l'appli qui scanne les aliments », sur L'Express, (consulté le 9 décembre 2018)
  4. Comment fonctionne Yuka, l'appli qui vous mâche le travail en déchiffrant les étiquettes et en notant les aliments ?, sur francetvinfo.fr, consulté le 19 août 2018
  5. a b c d e f g h i j k l m n et o Violaine de Montclos, « Faut-il faire ses courses avec Yuka ? », Le Point, no 2401,‎ , p. 56, 57, 58, 59, 60 (lire en ligne)
  6. a b c d e et f Pauline Tattevin, « Julie Chapon (Yuka): « Je n’avais jamais pensé à entreprendre » », sur BFM TV, (consulté le 2 février 2019)
  7. « Yuka, l'appli de l'alimentation saine, cherche son modèle économique », sur Les Échos, (consulté le 28 octobre 2018)
  8. « La start-up Yuka se diversifie vers les cosmétiques et la parapharmacie », sur Les Échos, (consulté le 28 octobre 2018)
  9. Florence Méréo, « Yuka, le «Wikipédia de l’alimentation» qui vous aide à manger mieux », sur Le Parisien, .
  10. « Faites les bons choix alimentaires pour votre santé avec l'application Yuka ! », sur France 3 Grand Est (consulté le 28 mars 2018)
  11. Iris Joussen, « Une application mobile vérifie l’impact de vos aliments sur votre santé », sur Sciences et Avenir, (consulté le 19 août 2018)
  12. « Yuka analyse votre frigo : ce que vous mangez est-il bon ? », sur L'Union, (consulté le 28 mars 2018)
  13. a b et c Catherine Rollot, « L’appli Yuka analyse les étiquettes alimentaires », sur Le Monde, (consulté le 19 août 2018)
  14. Alimentation Les additifs alimentaires dans le détail, sur quechoisir.org du 22 décembre 2016, consulté le 19 août 2018
  15. Anthony Fardet : « Le Nutri-Score ne fera pas baisser l’obésité », sur lanutrition.fr du 7 novembre 2017, consulté le 19 août 2018
  16. a b et c Sophie Lecluse, « Peut-on faire confiance à Yuka pour ses courses ? », sur Capital, (consulté le 29 décembre 2018)
  17. Y’a Quoi Dedans, l’appli de Système U qui traque les substances "controversées", sur lsa-conso.fr du 2 septembre 2018, consulté le 8 janvier 2019
  18. Num-Alim, un scandale de plus dans l’agro-alimentaire !, sur alain-lefebvre.com citant une article du canard enchainé
  19. « Un enfumage très appliqué », Le Canard enchaîné, no 5118,‎ .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]