Yoruba (langue)

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Yoruba
Yorùbá
Pays Nigeria, Bénin, Togo
Nombre de locuteurs Nigeria : 39 500 000[1]
Total : 39 844 260[1]
Typologie SVO, isolante, à tons
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-1 yo
ISO 639-2 yor
ISO 639-3 yor
Étendue langue individuelle
Type langue vivante
IETF yo
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Abala kìíní.


Gbogbo ènìyàn ni a bí ní òmìnira; iyì àti ẹ̀tọ́ kọ̀ọ̀kan sì dọ́gba. Wọ́n ní ẹ̀bùn ti làákàyè àti ti ẹ̀rí‐ọkàn, ó sì yẹ kí wọn ó máa hùwà sí ara wọn gẹ́gẹ́ bí ọmọ ìyá.

Le yoruba ou youriba[2], yariba, yooba, (autonyme : yorùbá) est une langue d'Afrique de l'Ouest appartenant au groupe des langues yoruboïdes, parmi lesquelles il compte le plus grand nombre de locuteurs. Ce groupe se rattache lui-même à la famille des langues nigéro-congolaises.

Les traditions des différentes populations yoruba retracent toutes leurs origines jusqu'à la ville nigériane d'Ile-Ife. Au Nigeria c'est l'une des trois grandes langues du pays avec le haoussa et l'igbo, elle est aussi parlée dans certaines régions du Bénin et du Togo, ainsi qu'aux Antilles et en Amérique latine, notamment à Cuba[3], par les descendants d'esclaves africains, pratiquant entre autres la religion Santeria (syncrétisme), et au Brésil, notamment dans le culte du candomblé.

Le yoruba est une langue à tons.

La langue se subdivise en de nombreux dialectes. Il existe néanmoins aussi une langue standard.

Localisation de la langue yoruba au Nigeria et au Bénin

Utilisation[modifier | modifier le code]

Un auteur estime que le yoruba est « numériquement et culturellement la langue la plus importante du golfe de Guinée »[2].

Le yoruba est parlé par 39 500 000 personnes au Nigeria, pour 37 500 000 d'entre eux c'est leur langue maternelle et 2 000 000 l'utilisent comme langue seconde. Au total, 39 844 260 personnes le parlent dans le Monde (dont 37 844 260 comme langue maternelle)[1].

Il est enseignée dans les écoles primaires et secondaires. Des journaux sont édités en yoruba et il existe des émissions de radio et de télévision dans cette langue[1], comme par exemple au Bénin.

De manière anecdotique, il arrive que certains médias s'arrêtent au nom d'origine yoruba de sportifs : ainsi Giannis Antetokounmpo, joueur de basket-ball grec, originaire de cette éthnie porte un nom de famille qui signifie : « la couronne qui vient des mers »[4].

Les locuteurs de la langue utilisent aussi parfois l'anglais et il est parlé comme langue seconde par les locuteurs de l'akpes (en), du busa (en), de l'ebira et de l'ukaan (en)[1]. Cependant, fin des années 1980, le yoruba n'a emprunté à l'anglais qu'un nombre limité de mots modernes : basiculu ( bicyclette), dokita (docteur), banki (banque)[2]...

Cette langue est également utilisée au Brésil et dans les Antilles de façon originale : son influence se fait sentir dans les cultes et les danses brésiliennes d'origine africaine. Les noms d'esprits évoqués dans le vaudou sont le plus souvent d'origine yoruba, cette ethnie « ayant particulièrement souffert de l'esclavage »[2].

Dialectes[modifier | modifier le code]

Il existe une vingtaine de dialectes : akono, ào, awori, aworo, bunu (bini), egba, ekiti, gbedde, igbonna, ijebu, ijesha, ikale, ilaje, ila, iworro, jumu, ondo, owe, oyo, wo, yagba[1],[5]

Écriture et orthographe[modifier | modifier le code]

Alphabet[modifier | modifier le code]

Diagramme de voyelles en yoruba
(les points noirs indiquent les voyelles orales, les régions colorisées indiquent les voyelles nasales)

Le yoruba s'écrit au moyen de plusieurs alphabets basés sur l'alphabet latin. Au Bénin, l'orthographe officielle utilise les règles définies par l'Alphabet des langues nationales, tandis qu'au Nigéria l'orthographe officielle est basée sur les règles de l'alphabet pan-nigérian.

Au Nigéria, l'alphabet est un alphabet latin étendu par des diacritiques (point ou, mieux mais moins souvent disponible, barre verticale souscrits) ainsi qu'un digramme. Chacun des signes a le statut de graphème indépendant. L'alphabet yoruba est un sous-ensemble de l'alphabet pan-nigérian :

Alphabet yoruba du Nigéria
Capitales A B D E Ẹ (E̩) F G Gb H I J K L M N O Ọ (O̩) P R S Ṣ (S̩) T U W Y
Minuscules a b d e ẹ (e̩) f g gb h i j k l m n o ọ (o̩) p r s ṣ (s̩) t u w y

Les lettres se lisent quasiment comme dans l'API. Noter cependant l'utilisation de la barre souscrite (ou du point) pour les voyelles ouvertes (s'accompagnant aussi, d'après l'analyse traditionnelle, d'un mouvement de rétraction de la racine de la langue) () = [ɛ̙], () = [ɔ̙] et pour le [ʃ], noté (). Enfin, le digramme gb note une occlusive labio-vélaire [ɡ͡b] (qu'on prononce d'un seul mouvement et non comme s'il s'agissait d'une séquence [ɡ] + [b]).

Au Bénin, le yoruba s'écrit avec l'alphabet des langues nationales.

Alphabet yoruba du Bénin
Capitales A B D E Ɛ F G Gb H I J K L M N O Ɔ P R S Sh T U W Y
Minuscules a b d e ɛ f g gb h i j k l m n o ɔ p r s sh t u w y

Signes annexes[modifier | modifier le code]

On emploie trois diacritiques supplémentaires pour noter les tons de la langue : l'accent aigu (registre haut), l'accent grave (registre bas) et le macron (registre moyen). Ce dernier est généralement omis (une voyelle non marquée doit donc être lue comme portant un macron). De sorte, on trouve des combinaisons comme ‹ ẹ́ › et ‹ ọ̀ › au Nigeria, et ‹ ɛ́ › et ‹ ɔ̀ › au Bénin.

Des combinaisons de registres donnant des tons modulés (consulter Langue tonale pour ces notions) pouvaient être notées par un antiflexe pour la modulation montante (bas-haut) et un tilde pour d'autres. Dans les usages actuels, l'antiflexe est parfois remplacé par une écriture décomposée : ‹ ǒ › = ‹ òó ›. Le tilde, quant à lui, est abandonné : ‹ õ › = ‹ òó › ou ‹ ōò › (voire ‹ oò ›), selon les cas.

Enfin, les nasales pouvant être vocalisées, elles reçoivent aussi les marques tonales : ‹ ḿ › et ‹ m̀ ›, par exemple.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Outre que le yoruba est une langue tonale à registres et combinaisons mélodiques de registres, il connaît aussi un mécanisme d'harmonie vocalique. Sa morphologie est riche, faisant, par exemple, un large emploi du redoublement[2].

Pour bien mettre l'accent sur cette caractéristique, on compare parfois ces tons avec ceux de la langue chinoise[2].

Il existe en effet des similitudes mais également une grande différence. Dans le yoruba, le ton d'un mot n'est pas immuable et peut être affecté par le ton de la syllabe précédente[2].

Mais la caractéristique la plus frappante est ce que l'on appelle le télescopage. En yoruba on téléscope les syllabes en faisant des élisions, ce qui rend la séparation entre les mots très incertaine à l'oreille et donc sa compréhension très difficile[2].

Les verbes sont monosyllabiques et invariables. Le temps du verbe est précisé par un second élément, placé avant le verbe pour certains temps, après pour d'autres.[2].

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Prononciation standard
joie ayọ
terre ilè
la vie ayié ayé
ciel ọrun oké
eau omi
feu ina
homme ọkùnrin
femme obìnrin
manger jẹun
boire mu
grand nlà
petit kékeré
nuit òru alè

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Ethnologue [yor].
  2. a b c d e f g h et i Michel Malherbe, Les langages de l'humanité, Paris, Éditions Seghers, , 1732 p. (ISBN 2-221-05947-6), Deuxième partie : Les grands groupes de Langue, chap. 8 (« Les langues d'Afrique noire : Le yorouba »), p. 321-322
  3. (es) Lydia Cabrera, Anagó : Vocabulario lucumí (el yoruba que se habla en Cuba), Cabrera y Rojas, 1970, 326 p.
  4. « NBA : qui est Giannis Antetokounmpo, la star montante du basket mondial ? », sur sudouest.fr, Sud Ouest,  : « Son nom de famille signifie en yoruba, la langue de l’ethnie africaine éponyme, "la couronne qui vient des mers" »
  5. Glottolog [yoru1245].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A Dictionary of the Yoruba Language, Nigeria University Press, 2001, 476 p. (ISBN 9789780307608)
  • (en) Roy Clive Abraham, Dictionary of Modern Yoruba, University of London Press, 1958, 776 p. (ISBN 978-0-340-17657-3)
  • (en) Evan Celyn Rowlands, Teach Yourself Yoruba, English Universities P., 1969, 256 p. (ISBN 978-0-340-05995-1)
  • (en) Evan Celyn Rowlands, Yoruba, Hodder and Stoughton, 1993, 276 p. (ISBN 978-0-340-59473-5)
  • (en) Jules A. De Gaye et W. S. Beecroft, Yoruba grammar, Routledge & Kegan Paul, 1964, 96 p.
  • (en) M. A. Fabunmi, Yoruba idioms, 1986, 60 p.
  • (es) Lydia Cabrera, Anagó : Vocabulario lucumí (el Yoruba que se habla en Cuba), Cabrera y Rojas, 1970, 326 p.
  • Michka Sachnine, Dictionnaire usuel yorùbá-français, Karthala, 1997, 382 p.
  • Michka Sachnine, Grammaire du yorùbá standard, Karthala, 2014, 288 p.
  • Guide pratique de conversation en français, anglais et yoruba ou nago, langue la plus répandue sur la côte occidentale d'Afrique, F. X. Le Roux & cie., 1908, 126 p.
  • Lexique de l'administration : Français-Yorùbá = c., Centre national de linguistique appliquée Benin, Agence intergouvernementale de la francophonie, 2002, 33 p.
  • Lexique des soins de santé primaire : Français-Yorùbá = Iwé itumɔ ètò itɔjú ara : Faransé-Yorùbá, Centre national de linguistique appliquée (CENALA), 2002, 16 p.
  • Claude Assaba, Vivre et savoir en Afrique : essai sur l'éducation orale en yoruba, L'Harmattan, 2000, 203 p. (ISBN 978-2-7384-9796-3)
  • Noël Baudin (R.P.), Essai de grammaire en langue Yoruba, Lyon, 1884, 117 p.
  • Noël Baudin (R.P.), Dictionnaire français-yoruba (yoruba-français), Lyon, 1885
  • Adépapo L Dojio, Analyses instrumentales et perceptives des réalisations tonales du yoruba, 1978
  • Delphine Edoun et Alphonse Quenum, Pour la révalorisation des proverbes Yoruba comme moyen de communication dans les médias au Benin, Institut Catholique de l'Afrique de l'Ouest, 1999, 112 p.
  • Paul Gouzien (Dr.), Dialectes du Dahomey : Manuel franco-yoruba de conversation, spécialement à l'usage du médecin, Aug. Challamel, 1899, 64 p.
  • Ige Àkànní Mamud, Grammaire yorùbá de base, Centre for Advanced Studies of African Society, 1999, 48 p. (ISBN 978-1-919799-25-4)
  • Euphrasie Moudachirou, Le guide pratique de transcription du ede-yoruba, République populaire du Benin, Ministère de la culture, de la jeunesse et des sports, Direction de l'alphabétisation et de la presse rurale, 1987, 17 p.
  • Dafon Aime Segla, Appropriation des mathématiques dans une langue africaine : le Yoruba, 2001
  • Festus Ayo Soyoye, Étude contrastive des systèmes verbaux du yoruba et du français, A.N.R.T. Université de Lille III, 1990
  • (en) Tèmítọ́pẹ́ Olúmúyìwá, « Yoruba Writing: Standards and Trends », Journal of Arts and Humanities, vol. 2, no 1,‎ (ISSN 2167-9045 et 2167-9053, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]