Yehuda Amichaï

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Yehuda Amichaï
Nom de naissance Ludwig Pfeuffer
Naissance
Wurtzbourg
Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Décès
Jérusalem
Drapeau d’Israël Israël
Nationalité israélien
Profession
professeur

Yehuda Amichaï (en hébreu : יהודה עמיחי), né Ludwig Pfeuffer le à Wurtzbourg en Allemagne et mort à Jérusalem, le , est un poète juif israélien de langue hébraïque. Il occupe une place non négligeable dans la littérature israélienne de son siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille juive d'éleveurs de chevaux et de maquignons, lignée marchande toutefois attachée au monde paysan de la Franconie bavaroise, le jeune Ludwig émigre avec ses parents effrayés dès 1935 par les persécutions nazies et gagne la Palestine en 1936. Il a douze ans lorsqu'il débute l'étude intensive de l'hébreu.

Le jeune élève, formé dans un milieu social prosaïque attaché aux valeurs et nourritures terrestres, reçoit plus qu'il ne prend en 1946 le nom hébraïque de Yehuda Amichaï. Le poète l'acceptera pleinement quelques années plus tard, en son sens littéral "Mon Peuple vit".

À la suite de ses études, notamment littéraires et religieuses, le fils d'immigrants s'engage d'abord dans la brigade juive de l'armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale puis, après l'affaiblissement du crédit politique et militaire anglais, rejoint le Palmach (le bras armé de la Haganah) durant la guerre d'indépendance de 1948 et fait partie de l'unité du Neguev. Il a ensuite effectué normalement ses périodes militaires comme n'importe quel citoyen israélien valide. Il est notamment engagé avec son unité de réservistes dans l'intervention conjointe entre France, Grande-Bretagne et Israël s'opposant à la nationalisation égyptienne du canal de Suez en 1956. Le succès militaire doit s'effacer devant la diplomatie des grandes puissances. Il a enfin participé en urgence à la guerre du Kippour en 1973.

Ce n'est pas l'étudiant, mais le soldat, dans ses interminables veilles militaires entre deux appels, qui découvre la poésie, précisément celle de Thomas Stearns Eliot à proximité du canal de Suez en 1948. Il comprend que la grandeur passée de la langue hébraïque, qu'il a étudié à l'école, doit devenir simplement par ce biais poétique la langue d'un peuple, et il poursuivra à sa façon dans sa langue personnelle cette approche intimiste à la fois populaire et savante, initiée par la rencontre avec T.S Eliot. Ne peut-on pas être poète d’amour en temps de guerre ? Emmanuel Mosès, un de ses traducteurs en français, signale le contraste entre l'homme simple et prosaïque du quotidien qu'il a connu, si proche en un sens de ses parents restés allemands, et l'écrivain poète maître confirmé s'exerçant à l'art de la métaphore, pratiquant avec conscience l'alliance de la langue la plus quotidienne avec les références ou échos lointains portés par l'ancienne langue religieuse, littéraire ou savante, qu'il n'ignorait nullement.

Du point de vue de la forme poétique, l'influence anglo-saxonne de Dylan Thomas, W.H. Auden, ainsi que celle plus métaphysique de Rainer Maria Rilke et de ses élégies, est largement perceptible selon son traducteur en anglais Rober Alter.

Revenu à la vie civile, Amichai habitant le quartier de Yemin Moshe à Jérusalem a encore longtemps étudié la Bible, tant sous l'angle de l'histoire biblique que de son exégèse, ainsi que les divers pans de la littérature hébraïque. L'exégète a d'abord enseigné la littérature dans les lycées, puis dans les séminaires d'enseignants israéliens avant de revenir comme maître de conférence à l'Université Hébraïque de Jérusalem, son principal lieu de formation. Il profite de la large reconnaissance de sa poésie dans le monde anglo-saxon pour voyager, il sera reçu en résidence plus tardivement à l'Université de New-York, à l'Université de Californie à Berkeley, où il retrouve son traducteur anglais Robert Alter ou encore à l'université de Yale, où la bibliothèque Beinecke abrite aujourd'hui les documents et archives légué par le poète. L'homme qui se définissait comme « un fanatique de la paix »[1] et qui a travaillé avec des écrivains palestiniens[2] est devenu un avocat du dialogue et de la réconciliation dans la région. Il est un des fondateurs du Mouvement La Paix maintenant.

Œuvre du "poète de Jérusalem"[modifier | modifier le code]

Amichai publie son premier recueil de poésie en 1955, intitulé "Aujourd'hui et autres jours", puis son second en 1958. En quelques années, de bouche à oreille, c'est un véritable succès populaire[3]. Il a été tenté par des nouvelles, des pièces de théâtre et surtout le roman avec "Ni de maintenant, ni d'ici", dès 1963, mais la reconnaissance populaire le place d'emblée parmi les grands poètes de sa génération. Ne s'est-il imposé au fil des décennies comme le poète de Jérusalem, ville où se joint les axes cardinaux autour duquel s'enroule avec grâce la poésie d'Amichaï ? Il fait partie d'une vague de poètes radicalement différente de l'art poétique de l'entre-deux-guerre, perpétuant la rigueur et les codes d'expression imposés à la fin du XIXe siècle.

Son œuvre prend souvent l'aspect d'une célébration d'êtres aimés empreinte d'une douce tristesse ou d'une joie indéfinissable. Elle excelle à esquisser à travers des motifs triviaux de la vie quotidienne, la douceur de vivre en Israël, la banalité d'une situation réelle (la guerre vécue et ses stigmates sont bien réels, contrairement à une perception virtuelle d'une pensée onirique) et particulièrement à Jérusalem. L'écrivain parvient à rester naturel et spontané, presque naïf, tout en distillant l'ironie, l'absence de complaisance et tout en laissant paraître en ultime dévoilement son érudition littéraire. Il ne faut pas oublier que la langue hébraïque, permet de multiples niveaux de diction, subtilement ou astucieusement employés par cet auteur, et l'usage des mots dans toutes leurs multiples résonances, historiques ou littéraires, sacrées ou profanes, traditionnelles ou modernes peut s'allier à des registres démultipliés, grave ou joyeux, raide mort ou rieur, parfois constellés d'allusions profondes ou de jeux de langages, jeux de mots ou simples calembours.

Yehuda Amichaï a été découvert précocement en 1965 par l'écrivain anglais Ted Hughes, qui a traduit plusieurs de ses recueils par la suite. Poésies ou nouvelles courtes d'Amichaï ont été traduites dans une quarantaine de langues et ne cessent de figurer dans nombre d'anthologies publiées sur la littérature israélienne.

Honneurs et récompenses littéraires[modifier | modifier le code]

Il a été honoré, parmi une dizaine de récompenses notoires, du prix Bialik ainsi que du grand Prix Israël de Poésie en 1982 pour avoir causé une mutation révolutionnaire dans le langage poétique.

Sa ville natale, à laquelle il n'était pas indifférent, l'a honoré de son prix culturel en 1981. De façon post-mortem, il a donné son nom à une rue en 2005. En 1994, le vieux poète a été invité à la cérémonie de remise du prix Nobel de la Paix par le récipiendaire Itzhak Rabin pour y lire un poème.

Citations du poète[modifier | modifier le code]

  • "Toute poésie à dimension réaliste contient un engagement politique, parce que un poème réaliste a quelque chose à voir avec une réponse humaine en friction avec le monde vécu et que les faits et conséquences politiques sont une part de la réalité, telle que l'histoire en train de se faire. Même si le poète écrit en buvant son thé assis sous la tonnelle ou sous une verrière, cela est aussi politique".

Citations sur le poète de Jérusalem[modifier | modifier le code]

  • De son traducteur en anglais, Robert Alter : “Yehuda Amichai est le poète hébreu le plus abondamment traduit depuis le Roi David, et ne serait-ce que pour sa qualité intrinsèque, ce n'est que justice”
  • Selon le poète C.K. Williams ː "la plus lucide, la plus astucieuse et la plus solide des intelligences poétiques".
  • Selon l'écrivain et critique littéraire Ed Hirsch[1], "Yehuda Amichaï est une des rares personnalités, par son talent, à pouvoir raconter sa propre histoire personnelle tout en la fusionnant d'emblée avec l'histoire de son peuple"

Liste des ouvrages parus en langue française[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages parus en hébreu codifié en écriture latine[modifier | modifier le code]

Recueil de poésies[modifier | modifier le code]

  • Akhshav uva-yamim ha-aherim (poésie "Now and in Other Days" en anglais), Tel Aviv, Israel, 1955.
  • Ba-ginah ha-tsiburit (poésie "In the Park"), Jerusalem, Israel, 1958-59.
  • Be-merhak shete tikvot, Tel Aviv, Israel, 1958.
  • Shirim, 1948-1962 (traduit en anglais par "Poetry"), Jerusalem, 1962-63
  • Ve-lo ‘al menat li-zekor, 1971.
  • Me-ahore kol zeh mistater osher gadol (poetry), 1974.

Prose en roman et nouvelles, poésie libre en petites nouvelles ou encore pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

  • Be-ruah ha-nora’ah ha-zot (histoires), Merhavya, 1961.
  • Masa’ le-Ninveh (pièce "Journey to Nineveh" - Voyage à Ninive), 1962.
  • Lo me-’akhshav, Lo mi-kan, [Tel Aviv, Israel], 1963, traduit par Shlomo Katz sous le titre "Not of This Time, Not of This Place", chez Harper (New York, état de New-York), 1968.
  • ‘Akshav ba-ra’ash, 1968.
  • Mah she-karah le-Roni bi-Nyu York, 1968.
  • Pa ‘amonim ve-rakavot, 1968.
  • Mi yitneni malon (titre signifiant "Hotel in the Wilderness" en anglais), 1972, réimpression par Bitan, Tel Aviv, Israel, 2003.
  • The World is a Room, and Other Stories, Jewish Publication Society (Philadelphia, état de Pennsylvanie), 1984.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. in « Quatre poèmes sur la guerre et sur la paix », 1982
  2. Colloque international de l'UNESCO « La paix, le jour d'après », Grenade, décembre 1993 où il propose de former des groupes de travail et de publier une revue (p. 20). UNESCO, 1994
  3. Ces écrits de maturité ont pu atteindre un tirage de 15000 exemplaires parfois épuisés en une année, uniquement dans son petit pays d'adoption.

Liens externes[modifier | modifier le code]