Yılmaz Güney

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Yılmaz Güney
Naissance
Drapeau de la Turquie Adana, Turquie
Nationalité Drapeau de la Turquie Turque
Décès (à 47 ans)
Drapeau de la France Paris, France
Profession réalisateur, scénariste, metteur en scène, acteur et écrivain
Films notables Yol, la permission

Yılmaz Güney ( Adana, Turquie - à Paris, France) est un réalisateur, scénariste, metteur en scène, acteur et écrivain turc d'origine kurde.

Si Yilmaz Güney a brillé à ses débuts en tant qu'acteur, il est surtout célèbre en tant que réalisateur pour ses films traitant des mœurs et des conditions de vie de la paysannerie, mais encore pour le discours social dont est empreinte la majeure partie de son œuvre dans ce qu'elle a d'un regard sur les différentes classes sociales et leur luttes. La thématique sociale de son cinéma s'analyse concomitamment à un certain engagement politique dont le réalisateur se réclame avec une détermination sans faille. Son œuvre aborde ces thématiques par un détour dans le monde ouvrier et le petit peuple des quartiers populaires, brossant le portrait sombre d'une société en déclin et en souffrance, marquée par la misère d'un monde moderne écrasant face à celle d'un monde paysan et ouvrier fatigué. De son astreinte à des métiers précaires et laborieux dans l'espoir vain d'un élan vers le bonheur et la réussite sociale, de son silence révolté face à l'emprise et la cruauté des exploitations agricoles et des propriétaires terriens, de même que par l'oppression politique d'un capitalisme affluant qui l'annihile inéluctablement, le monde ouvrier tel qu'il est représenté par la plume et la dramaturgie de Güney touche non seulement par son traitement esthétique, mais aussi par le réalisme criant de sa mise en scène.

Ayant atteint la renommée internationale et porteur d'un grand nombre de projets cinématographiques, Yilmaz Güney meurt d'un cancer de l'estomac, à l'âge de 47 ans.

Son film Yol (« la permission », littéralement « la route ») a obtenu la Palme d'or ex æquo au festival de Cannes en 1982 et une nomination pour le César du meilleur film étranger "Aux césars académie des arts et techniques du cinéma" en 1983.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un acteur populaire et un cinéaste doué[modifier | modifier le code]

Un acteur populaire : Güllü, La mère de Güney, venait d'une famille kurde aisée qui, obligée de fuir la région de l'Est pendant la Première Guerre mondiale, elle s'était installée aux environs d'Adana où Güllü avait épousé le père de Yilmaz. Le foyer familial était heureux jusqu'au jour où le père de Yilmaz, après avoir pris une seconde épouse, s'était mis à frapper régulièrement Güllü, qui devait souvent se sauver avec ses enfants. Ces circonstances de la vie familiale ont profondément marqué la personnalité de Güney, le rendant particulièrement sensible aux problèmes des Kurdes et des ouvriers agricoles en général, tout en lui donnant un sens de l'injustice ainsi qu'une haine contre les oppresseurs sous toutes leurs formes. Ce sont effectivement les caractéristiques de toute son œuvre cinématographique et littéraire[1].

Né dans une famille pauvre de sept enfants, Yilmaz réussit à suivre des études supérieures à Ankara puis à Istanbul. Pour vivre, il exerce plusieurs petits métiers puis débute par de petits rôles dans le cinéma. Ses talents de scénariste l'amènent bientôt à assister Atıf Yılmaz de 1958 à 1961. Parallèlement il publie quelques nouvelles qui l'envoient 18 mois en prison pour « propagande communiste ». À sa sortie, il joue dans une quarantaine de films où ses rôles d'antihéros victimes d'injustices sociales le rendent très populaire auprès du public.

À partir de 1966, il se lance dans la réalisation avec Seyyit Han, Les loups ont faim et, surtout, Umut (L'Espoir) (1970), sans doute son meilleur film. Dans chacun de ses films, les personnages de Güney se meuvent sur le terrain glissant des dures réalités quotidiennes : déshérités matériellement, ils n'ont pas non plus les moyens d'analyser leurs conditions d'existence dans le contexte social et politique nouveau d'un pays où les nantis font souvent la loi.

Le maître du cinéma turc engagé[modifier | modifier le code]

En 1971, Güney enchaîne pas moins de six films et le succès grandissant qu'il rencontre commence à inquiéter les autorités, irritées par la tonalité critique de son œuvre. Il est finalement arrêté en 1974 pour avoir hébergé des étudiants anarchistes et condamné à 2 ans de prison. Libéré peu après grâce à une amnistie générale, il tourne immédiatement un nouveau film L'Ami / Camarade qui traite du rôle et de la place des classes moyennes dans la vie politique turque. Il est une nouvelle fois arrêté et est condamné à 15 ans de prison pour avoir été mêlé à un meurtre, accusé cette fois d'avoir tué un juge au cours d'une dispute. L'acte a eu lieu dans le bistro d'un village proche d'Adana. Güney dirigeait le tournage du film "Inquiétude" à ce moment là, sur les souffrances et épreuves des travailleurs saisonniers des champs de coton. Il s'agissait certainement d'une provocation, et il n'a jamais été formellement prouvé que Güney avait effectivement tiré la balle fatale[2].

En prison, le cinéaste continue d'écrire : il publie trois romans, des Lettres de prison et demande à son ami Zeki Ökten de réaliser sur ses indications plusieurs films dont il écrit le scénario. Après Le Troupeau (Sürü) en 1978 et Düşman (L'ennemi) en 1979, Güney, du fond de sa geôle obtient la consécration avec Yol, la permission en 1982. Ce film bouleversant sur l'histoire de cinq prisonniers en permission, remporte un immense succès international ainsi que la Palme d'or du Festival de Cannes. Peu après, Güney parvient à s'évader de prison et se réfugie en France où il termine son existence dans la clandestinité. Alors qu'il est caché en France, sous la menace d'une expulsion, il est interviewé par Wim Wenders pour Chambre 666.

En 1983, déchu de sa nationalité par le gouvernement turc, il signe sa dernière œuvre Duvar (Le Mur), un film sur les enfants prisonniers du pénitencier central d'Ankara. Cumulant cent ans de condamnation, il voit tous ses films et écrits ainsi que toute mention publique de son nom interdits sur le territoire turc[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1992, ses films sont autorisés en Turquie mais pour cela il fallait censurer les termes « kurde » et « Kurdistan », puis en 1995, la levée d'interdiction de son œuvre sera officialisée par la projection de ses films majeurs au Festival du cinéma d'Ankara[4].

Tombe de Yılmaz Güney au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Enterrement[modifier | modifier le code]

Il n'est pas surprenant que plusieurs milliers de personnes aient assisté aux funérailles de Güney, au cimetière du Père Lachaise (division 62) le 13 septembre 1984, près de celui de Ahmet Kaya (division 71) des populations Anatolienne de toutes conditions, exilés à Paris comme lui, mais aussi beaucoup d'amis français et étrangers : artistes, hommes et femmes politiques comme Jack Lang, ministre de la Culture à l'époque ainsi que Madame Danielle Mitterrand...Parmi les nombreuses couronnes déposées sur la tombe de Güney se trouvaient notamment celles des diverses organisations de la gauche turque, des Kurdes de Turquie et d'Iran, des Communistes de Grèce, des Anciens combattants arméniens en France, des travailleurs de la confection (CFDT) et de plusieurs syndicats de l'industrie du cinéma[4].

Hommage[modifier | modifier le code]

Le jardin situé rue de l'Échiquier à Paris porte le nom Yılmaz-Güney depuis 2017[5].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Films documentaires sur Yilmaz Güney[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Yılmaz GÜNEY », Institutkurde.org, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  2. Schofield Coryell, « Yilmaz Güney : le cinéaste révolté », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, no 19,‎ (ISSN 0764-9878, lire en ligne)
  3. « Connaissez-vous le cinéma ? », Le Monde hors-série jeux, 2011, pages 55 et 89.
  4. a et b « Yilmaz GÜNEY | OFPRA », sur ofpra.gouv.fr (consulté le 15 mai 2017)
  5. « Conseil de Paris des 27, 28 et 29 mars 2017 »

Liens externes[modifier | modifier le code]