William Pitt l'Ancien

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William Pitt l'Ancien
Image illustrative de l'article William Pitt l'Ancien
Fonctions
10e Premier ministre de Grande-Bretagne
Monarque George III
Prédécesseur Charles Watson-Wentworth
Successeur Augustus FitzRoy
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Londres
Date de décès (à 69 ans)
Lieu de décès Hayes (Kent)
Nationalité britannique
Parti politique Parti whig
Conjoint Lady Hester Grenville
Enfant(s) William Pitt le Jeune
Diplômé de Trinity College

Signature

William Pitt l'Ancien
Premiers ministres de Grande-Bretagne

William Pitt l'Ancien (15 novembre 170811 mai 1778), 1er comte de Chatham, est un homme d'État whig britannique qui s'est rendu célèbre en tant que ministre de la Guerre de Grande-Bretagne pendant la guerre de Sept Ans. Il mène ensuite la politique du pays au poste de Lord du Sceau Privé de 1766 à 1768. Il est ainsi surnommé pour le distinguer de son fils, William Pitt le Jeune, qui fut Premier ministre de 1783 à 1801 et de 1804 à sa mort en 1806. Il était également surnommé The Great Commoner (le Grand Roturier) du fait de sa longue réticence à accepter un titre jusqu'en 1766.

Enfance[modifier | modifier le code]

Pitt était le petit-fils de Thomas Pitt (1653–1726), gouverneur de Madras connu sous le surnom de « Diamond » Pitt car il avait découvert et vendu un diamant d'une taille extraordinaire au Duc d'Orléans pour environ 135 000 £[1]. Cette vente ainsi que les revenus de commerce en Inde fondèrent la fortune de la famille Pitt. Après son retour en Angleterre, le gouverneur acheta la propriété de Boconnoc en Cornouailles qui lui fournit le contrôle d'un siège au parlement. Il fit d'autres achats et devint l'une des figures politiques dominantes dans le West Country en contrôlant des sièges comme dans le bourg pourri d'Old Sarum.

Le père de William était Robert Pitt (1680–1727), le fils ainé du gouverneur Pitt, qui siégeait au parlement britannique avec le parti Tory entre 1705 et 1727. Sa mère était Harriet Villiers, la fille d'Edward Villiers et de l'héritière du Royaume d'Irlande Katherine FitzGerald[2]. Les deux oncles paternels de William, Thomas et John étaient des membres du parlement tandis que sa tante Lucy était mariée à un des chefs du parti Whig, le général James Stanhope. Entre 1717 et 1721, Stanhope joua le rôle de premier ministre, même si la fonction n'existait pas encore officiellement[3] et était un contact politique privilégié pour la famille Pitt jusqu'à ce que l'effondrement de la Compagnie des mers du Sud ne fasse chuter son gouvernement.

William Pitt est né à Golden Square, Westminster, le 15 novembre 1708[4]. Son frère ainé, Thomas Pitt était né en 1704. William avait également cinq sœurs, Harriet, Catherine, Ann, Elizabeth et Mary. À partir de 1719, William fut scolarisé au Eton College avec son frère. William n'appréciait pas Eton, avançant plus tard qu'une « école privée pouvait convenir à un garçon turbulent mais pas à un enfant doté d'une quelconque douceur »[5]. C'est à cette période que Pitt commença à souffrir de goutte. En 1726, le gouverneur Pitt mourut et la propriété familiale à Boconnoc fut transmise au père de William. Lorsque Robert mourut un an plus tard, c'est le frère aîné de William, Thomas Pitt qui hérita de la propriété.

En janvier 1727, William entra comme roturier au Trinity College d'Oxford. S'il n'était pas un érudit en littérature antique, il était un lecteur assidu et Démosthène était son auteur favori. À cette époque, il devint un ami proche de George Lyttelton[6] qui deviendra plus tard un politicien influent. En 1728, un violent accès de goutte l'obligea à quitter l'université d'Oxford sans avoir terminé ses études. Il choisit alors de voyager en France et en Italie lors d'un Grand Tour et entre 1728 et 1730, il étudia à l'Université d'Utrecht dans les Provinces-Unies[7]. Il récupéra des accès de goutte mais la maladie se révéla incurable et il en fut victime jusqu'à la fin de sa vie.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Lord Cobham fut le commandant et l'un des mentors politiques de Pitt.

Lorsque Pitt rentra en Angleterre en 1730, il lui était nécessaire, en tant que fils cadet, de choisir une profession. Durant environ 18 mois, Pitt résida dans la propriété de son frère en Cornouailles. Il réfléchit à la possibilité de rejoindre l'Église d'Angleterre mais opta à la place pour une carrière militaire[8]. Ayant rejoint l'armée, il obtint, grâce au soutien de ses amis le grade de cornette dans une unité de dragons. Il fut avancé qu'une commission de 1 000 £ avait été fournie par le premier ministre Robert Walpole sur les fonds du Trésor pour obtenir le soutien du frère de William, Thomas, au parlement. Cependant, la somme aurait été annulée par le commandant du régiment, Lord Cobham, qui était lié aux frères Pitt par les liens du mariage[9].

Pitt se rapprocha de Cobham qu'il considérait comme un père de substitution. Il fut stationné pour la plus grande partie de son service à Northampton. Pitt était particulièrement frustré par le fait que, du fait de la politique isolationniste du premier ministre, le Royaume-Uni n'était pas entré dans la Guerre de Succession de Pologne qui débuta en 1733 et William n'avait pas eu l'occasion de combattre[10]. En 1733, Pitt obtint une permission prolongée et il voyagea une nouvelle fois en Europe continentale. Il visita brièvement Paris mais passa la plus grande partie de son temps en province[11]. Il s'agissait de la deuxième et dernière fois que Pitt quittait l'Angleterre.

La carrière militaire de Pitt devait être relativement courte. Son frère ainé Thomas pouvait briguer deux postes lors des élections de 1734. Il choisit de siéger pour Okehampton et William reçut le siège d'Old Sarum. Ainsi, en février 1735, William Pitt entra au parlement comme représentant d'Old Sarum.

Montée en puissance[modifier | modifier le code]

Patriot Whigs[modifier | modifier le code]

Pitt rejoignit rapidement la faction mécontente des Whigs connue sous le nom de Patriots qui faisait partie de l'opposition. Le groupe avait l'habitude de se rassembler à la Stowe House, la propriété de Lord Cobham, qui était l'un des leaders de la faction[12]. Cobham était initialement un partisan du gouvernement de Sir Walpole, mais des tensions sur la controversée Excise Bill de 1733 l'avait poussé à rejoindre l'opposition. Pitt devint rapidement l'un des membres les plus influents de la faction.

Pitt fit son premier discours à la Chambre des Communes en avril 1736 à l'occasion du débat sur la lettre de félicitation à transmettre au roi George II pour le mariage de son fils Frédéric de Galles. Il s'attaqua ensuite à la politique de non-intervention du pays dans la guerre en Europe qu'il considérait en violation du Traité de Vienne et des termes de l'alliance avec l'Autriche. Il devint un tel critique du gouvernement que Walpole le punit en arrangeant son licenciement de l'armée en 1736 avec plusieurs de ses alliés et amis politiques. Cela provoqua une vague d'hostilité envers Walpole car beaucoup considérait cet acte comme inconstitutionnel du fait de la liberté d'expression des parlementaires. Cependant aucun des hommes ne fut réintégré dans l'armée et l'incident mit un terme à la carrière militaire de Pitt mais cette perte fut rapidement compensée[13]. L'héritier au trône, Frédéric de Galles était impliqué dans une longue querelle avec son père, Georges II et était le chef de l'opposition[14]. Il nomma Pitt au poste de Groom of the Chamber en récompense[15].

Guerre avec l'Espagne[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre de l'oreille de Jenkins.

Dans les années 1730, les relations entre la Grande-Bretagne et l'Espagne se détériorèrent. Des cas répétés de mauvais traitements de marchands britanniques par les Espagnols, en particulier l'incident de l'oreille de Jenkins[16] provoquèrent la colère des Britanniques. Pitt était partisan d'une ligne dure envers l'Espagne et attaquait fréquemment le gouvernement Walpole pour sa faiblesse lors des négociations avec Madrid. Pitt attaqua la Convention d'El Pardo visant à régler la dispute pacifiquement[17].

Poussé par la pression populaire, le gouvernent britannique fut forcé de déclarer la guerre à l'Espagne en 1739. La guerre commença avec une victoire britannique à Porto Bello[18]. Cependant, la guerre se prolongea et Pitt accusa le gouvernement de ne pas mener la guerre efficacement ; Ainsi la Grande-Bretagne attendit deux ans avant de mener de nouvelles offensives par crainte que les victoires n'entrainent l'entrée en guerre de la France[19]. Lorsqu'ils se décidèrent à passer à l'offensive, un assaut désastreux mené sur le port sud-américain de Carthagène coûta la vie à plusieurs milliers de soldats britanniques, presque tous de maladie. La décision de lancer l'attaque durant la saison humide fut considérée comme une preuve supplémentaire de l'incompétence du gouvernement.

Après cela, la guerre coloniale contre l'Espagne fut presque entièrement abandonnée car les ressources britanniques étaient détournées contre la France lors du déclenchement de la guerre de Succession d'Autriche. La guerre avec l'Espagne se termina par un statu quo ante bellum et beaucoup des tensions sous-jacentes au conflit restèrent non-résolues par le Traité de Madrid, ce qui présageait de futurs conflits. Pitt considérait la guerre comme une occasion manquée de profiter du déclin de la puissance espagnole même s'il se fit ultérieurement l'avocat de relations plus amicales avec l'Espagne afin d'isoler la France.

Hanovre[modifier | modifier le code]

George II menant ses forces à la victoire lors de la Bataille de Dettingen en 1743. Les attaques de Pitt sur le soutien britannique au Hanover allait ternir leurs relations durant vingt ans.

Walpole et Newcastle donnaient maintenant à la guerre en Europe, une plus grande priorité qu'au conflit colonial avec l'Espagne dans les Amériques. La Prusse et l'Autriche entrèrent en guerre en 1740 et furent bientôt suivies par de nombreux autres pays européens[20]. Les britanniques s'inquiétaient du fait que la France pourrait lancer une invasion du Hanovre qui était lié à la Grande-Bretagne au travers du roi Georges II. Pour éviter une telle éventualité, Walpole et Newcastle décidèrent de fournir une large subvention à l'Autriche et au Hanovre pour qu'ils puissent se défendre.

Pitt lança alors une attaque sur ces aides en jouant sur les larges sentiments anti-Hanovre des Britanniques. Cela accrut sa popularité mais lui valut la haine du roi qui était émotionnellement lié au Hanovre où il avait passé les trente premières années de sa vie. En réponse aux attaques de Pitt, le gouvernement britannique décida de ne pas donner la subvention directement au Hanovre mais de passer par l'intermédiaire de l'Autriche, ce qui était considéré comme politiquement plus acceptable. Une forte armée anglo-allemande, commandée par George II, fut formée et remporta la victoire lors de la Bataille de Dettingen en 1743, ce qui réduisit la menace immédiate sur le Hanovre[21].

Chute de Walpole[modifier | modifier le code]

De nombreuses attaques de Pitt envers le gouvernement visaient directement Sir Robert Walpole qui était premier ministre depuis vingt ans. En 1742, il se prononça en faveur d'une enquête sur les dix dernières années de l'administration Walpole. En février 1742, à la suite des mauvais résultats électoraux et du désastre de Carthagène, Walpole démissionna.

Pitt espérait maintenant qu'un nouveau gouvernement serait formé, mené par Pulteney, dominé par les Tories et les Patriots et où il espérait obtenir un poste[22]. Cependant, le nouveau premier ministre fut Lord Wilmington bien que le réel pouvoir soit partagé entre Lord Carteret et les frères Pelham (Henry et Thomas). Walpole avait minutieusement orchestré cette succession et conseilla le nouveau gouvernement jusqu'à sa mort en 1745. Les espoirs de Pitt d'obtenir un rôle dans l'administration furent déçus et il resta dans l'opposition. Par conséquent, il n'obtint aucun bénéfice personnel de la chute de Walpole à laquelle il avait grandement contribué.

L'administration formée par les Pelhams en 1744, après la démission de Carteret, incluait de nombreux anciens Patriotes alliés de Pitt mais Pitt n'obtint pas de poste du fait de l'hostilité du roi et de nombreux leaders Whigs concernant sa position sur le Hanovre. En 1744, Pitt vit sa fortune considérablement augmentée lorsque la duchesse de Marlborough mourut en lui laissant un héritage de 10 000 £ en témoignage de son « action pour la défense des lois de Grande-Bretagne »[23].

Paymaster of the Forces[modifier | modifier le code]

Pitt l'ancien

C'est avec une profonde réticence que le roi accepta finalement de donner à Pitt une place dans le gouvernement. Pitt avait fait évoluer sa position sur de nombreux points pour se rendre plus acceptable par le roi, en particulier sur la question épineuse du soutien financier au Hanovre. Il reçut le poste de vice-trésorier d'Irlande en février 1746.

En mai, Pitt fut promu au poste plus important et rémunérateur de Paymaster of the Forces (financier de l'armée) qui lui donnait une place dans le conseil privé même s'il ne pouvait pas accéder au cabinet. Il eut ainsi l'opportunité de montrer son intégrité et son esprit public d'une façon qui impressionna le roi et le pays. Les anciens paymasters avaient l'habitude de s'approprier les intérêts de tout l'argent qu'ils avaient entre les mains et recevaient une commission de 0,5 % sur toutes les subventions à l'étranger. Même s'il n'y avait pas une forte opposition publique envers cette pratique, Pitt refusa d'en profiter. Toutes les sommes étaient placées par lui-même au sein de la Banque d'Angleterre et toutes les subventions étaient payées sans détournement ainsi Pitt ne touchait que le salaire qui lui était légalement attribué. Cela aida grandement à établir sa réputation d'honnêteté et de serviteur de la nation auprès du peuple.

La seconde administration Pelham formée en 1746 resta en place sans changements majeurs jusqu'en 1754. Il apparait, grâce à la correspondance de Pitt, que son influence sur la politique était importante en dépit de son poste relativement inférieur. Son soutien à certaines mesures, comme le traité avec l'Espagne ou les subventions à l'étranger, auxquelles il s'était violemment opposée lorsqu'il était dans l'opposition fut critiqué par ses adversaires comme un exemple d'opportunisme politique.

Entre 1746 et 1748, Pitt travailla en étroite collaboration avec Newcastle pour formaliser la stratégique diplomatique et militaire de la Grande-Bretagne. Il partageait avec Newcastle l'idée que le Royaume-Uni devait continuer le combat jusqu'à obtenir une offre de paix généreuse, à la différence de certains comme Henry Pelham qui souhaitaient une paix immédiate. Pitt fut affecté par la perte de son ami et beau-frère Thomas Grenville qui fut tué lors de la première bataille navale du cap Finisterre en 1747[24]. Cependant, cette victoire assura la suprématie navale britannique et lui offrit une position de force lors des négociations de paix. Lors du Traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, les conquêtes coloniales britanniques furent échangées contre le retrait français de Bruxelles. Beaucoup voyait dans cet accord un simple armistice avant un nouveau conflit.

Tensions avec Newcastle[modifier | modifier le code]

« Nous devons déclarer la guerre à la France ». Cette curieuse représentation de Pitt lors d'un discours au parlement veut montrer son opposition absolue à la France sur les questions coloniales.

En 1754, Henry Pelham mourut soudainement et son frère, le duc de Newcastle devint premier ministre. Comme Newcastle siégeait à la Chambre des Lords, il avait besoin d'un politicien influent pour représenter le gouvernement à la Chambre des Communes. Pitt et Henry Fox étaient considérés comme les favoris pour cette mission mais Newcastle décida de se tourner vers la figure bien moins connue de Sir Thomas Robinson, un diplomate de carrière, pour occuper le poste. Il était largement suggéré que Newcastle avait fait ce choix car il craignait les ambitions de Pitt et de Fox et qu'il aurait moins de difficultés à dominer l'inexpérimenté Robinson[25].

En dépit de cette déconvenue, les hostilités n'étaient pas ouvertes entre Pitt et Newcastle. Pitt resta à son poste et lors des élections générales de 1755, il accepta même une nomination pour le bourg pourri du duc d'Aldborough. Le gouvernement remporta largement les élections qui renforcèrent la majorité au pouvoir[26].

Le grand rival de Pitt, Henry Fox

Cependant, lorsque le parlement se rassembla, il ne fit aucun secret de ses sentiments. Ignorant Thomas Robinson, Pitt lança de fréquentes et véhémentes attaques sur Newcastle même s'il continuait de servir en tant que paymaster dans son gouvernement. À partir de 1754, le Royaume-Uni se retrouva poussé dans un conflit avec la France en dépit des efforts de Newcastle pour maintenir la paix. Les deux pays s'affrontèrent en Amérique du Nord pour le contrôle de la Vallée de l'Ohio. Une expédition menée par le général Braddock fut battue à l'été 1755 ce qui aggrava les tensions[27].

Soucieux d'empêcher une nouvelle guerre en Europe, Newcastle essaya de conclure une série de traités qui permettrait de protéger les alliés de la Grande-Bretagne en leur fournissant un soutien financier ; Il espérait ainsi décourager la France d'attaquer le Royaume-Uni. Des soutiens similaires avaient déjà, dans le passé, été une source de désaccord et ils furent largement attaqués par les Patriots et les Tories. Comme le gouvernement devint de plus en plus attaqué, Newcastle remplaça Robinson par Fox qui disposait d'un poids politique plus important et une nouvelle fois, il déçu Pitt.

Finalement en novembre 1755, Pitt fut démissionné de son poste de paymaster après avoir longuement argumenté contre le nouveau système de soutien continental proposé par son gouvernement lors d'un débat[28]. Fox conserva son poste et si les deux hommes continuèrent d'être dans le même parti et servirent ultérieurement dans le même gouvernement, il y avait dorénavant une profonde rivalité entre eux qui présageait la célèbre opposition entre leurs deux fils.

Les relations de Pitt avec le duc s'aggravèrent encore au début de l'année 1756 lorsqu'il fut avancé que Newcastle avait délibérément abandonné l'île de Minorque, mal protégée pour que les Français s'en emparent, et qu'il espérait ainsi exploiter cette perte pour prouver que la Grande-Bretagne n'était pas prête à une guerre contre la France et lancer des négociations de paix. Lorsqu'en juin 1756, Minorque tomba après une tentative malheureuse de l'Admiral Byng pour la soutenir, les allégations de Pitt alimentèrent la haine publique envers Newcastle, il fut ainsi attaqué par une foule en colère à Greenwich. La perte de Minorque fit voler en éclats la confiance en Newcastle et il fut forcé de démissionner de son poste de premier ministre en novembre 1756.

Southern Secretary[modifier | modifier le code]

En décembre 1756, Pitt, qui était le représentant d'Okehampton, devint Secrétaire d'État au Département du Sud et leader de la Chambre des Communes sous le mandat de premier ministre du Duc de Devonshire. Lors de son entrée dans la coalition, Pitt déclara à Devonshire : « My Lord, je suis sûr de pouvoir sauver ce pays et personne d'autre n'en est capable »[29].

Cependant, sa volonté de rejoindre la nouvelle administration à la condition que Newcastle n'en fasse pas partie se révéla fatale au nouveau gouvernement. Le roi lui étant toujours défavorable et Newcastle, dont l'influence était encore importante aux Communes, mis à l'écart, il était impossible de mener un gouvernement sur la seule base d'un soutien populaire bien que très largement en sa faveur. L'historien Basil Williams avance qu'il s'agissait de la première fois dans l'histoire du Royaume-Uni qu'un « homme était appelé au pouvoir suprême par la voix du peuple au lieu d'une nomination par le roi ou le parlement »[30].

En avril 1757 Pitt fut démissionné de son poste du fait de son opposition à la politique continentale et sur les conditions entourant le jugement en cour martiale et l'exécution de l'amiral John Byng. Cependant, son influence qui était trop faible pour le maintenir à son poste était trop forte pour qu'il soit simplement mis à l'écart. L'opinion publique était largement en sa faveur. Peu de ministres britanniques ont reçu tant de preuves de confiance et d'admiration de la part du peuple. La Cité de Londres lui offrit même les premières Clés de la ville jamais décernées. Après plusieurs semaines de négociations, il fut finalement réintégré à son poste.

Guerre de Sept Ans[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre de Sept Ans.
Le duc de Newcastle avec qui Pitt forma un étrange partenariat politique à partir de 1757.

Une coalition avec Newcastle fut formée en juin 1757 et resta en place jusqu'en octobre 1761. Elle rassembla de nombreuses factions et fut construite sur le partenariat de Pitt et de Newcastle qui semblait impossible quelques mois auparavant. Les deux hommes demandèrent à Lord Chesterfield de servir d'intermédiaire et se répartirent le pouvoir d'une façon qui convenait aux deux[31]. Au cours des derniers mois, la Grande-Bretagne avait été virtuellement sans dirigeant même si le duc de Devonshire exerçait nominalement en tant que premier ministre mais maintenant Pitt et Newcastle étaient prêts à orienter décisivement la politique étrangère britannique.

Premiers défis[modifier | modifier le code]

À l'été 1757, l'effort de guerre britannique au cours des trois dernières années avait globalement été un échec. Les tentatives britanniques d'offensive en Amérique du Nord avaient été des désastres, Minorque était tombée et l'armée du duc de Cumberland se retirait dans le Hanovre après la Bataille de Hastenbeck. En octobre, Cumberland fut forcé de signer la Convention de Klosterzeven qui sortait le Hanovre de la guerre[32]. L'invasion française du Hanovre menaçait la Prusse alors alliée de la Grande-Bretagne qui devait déjà faire face à la menace de la Russie, de l'Autriche, de la Saxe et de la Suède.

Même si la saison de campagne était déjà bien avancée quand il arriva au pouvoir, Pitt se concentra sur une stratégie plus affirmée. Il conspira avec de nombreuses personnalités pour persuader le Hanovre de révoquer la Convention et de rentrer en guerre du côté britannique, ce qu'ils fit à la fin de l'année 1757. Il mit également en place le concept de Naval Descents qui prévoyait des débarquements sur la côte française. Le premier d'entre-eux, le Raid de Rochefort eut lieu en septembre mais ne fut pas un succès[33]. Le point d'orgue de la campagne en Amérique, une expédition pour capturer Louisbourg fut annulée du fait le présence d'une large force française et d'une violente tempête qui endommagea la flotte britannique.

1758[modifier | modifier le code]

En 1758, Pitt commença à mettre en pratique sa nouvelle stratégie pour remporter la guerre de Sept Ans qui impliquait d'immobiliser le plus possible de ressources et de troupes françaises en Allemagne tandis que la Grande-Bretagne exploiterait sa suprématie navale pour s'emparer des possessions françaises tout autour du monde. À la suite de la prise d'Emden, il ordonna le déploiement des premières troupes britanniques sur le continent européen sous le commandement du duc de Marlborough qui rejoignirent l'armée du duc de Brunswick[34]. Il s'agissait d'un retournement complet par rapport à ses positions antérieures car il s'était fortement opposé à un tel acte.

Pitt fut convaincu par un marchand américain Thomas Cumming de lancer une expédition contre les comptoirs commerciaux français en Afrique de l'Ouest. En avril 1758, le fort de Saint-Louis du Sénégal, mal défendu, est pris par les forces britanniques. La mission fut un tel succès que Pitt lança d'autres expéditions pour capturer l'île de Gorée et la Gambie plus tard dans l'année[35]. Il prévoyait également d'attaquer les îles françaises dans les Caraïbes l'année suivante sur une proposition du planteur de Jamaïque William Beckford[36].

En Amérique du Nord, une seconde tentative britannique pour capturer Louisbourg fut couronnée de succès. Cependant, cette victoire fut tempérée par l'annonce d'une sévère défaite à la Bataille de Fort Carillon[37]. Vers la fin de l'année, l'expédition Forbes s'empara du site de Fort Duquesne et entama la construction d'une implantation britannique qui deviendra Pittsburgh. Celle-ci donnait aux britanniques le contrôle de la Vallée de l'Ohio qui avait été la principale cause de la guerre.

En Europe, les forces de Brunswick connurent une année mitigée. Brunswick avait franchit le Rhin mais devant la menace d'être coupé de ses arrières, il s'était retiré et avait empêché toute avancée française vers le Hanovre grâce à sa victoire lors de la Bataille de Krefeld. L'année se termina sur un quasi-statu quo en Allemagne. Pitt poursuivit ses raids sur les côtes françaises en 1758 mais après le désastre de la Bataille de Saint-Cast, aucune autre expédition ne fut lancée[38]. À la place, les navires et les troupes furent utilisés pour des expéditions sur les Antilles françaises. L'idée de débarquements amphibies fut la seule politique de Pitt durant la guerre qui se révéla être un échec même si elle permit de soulager brièvement la pression sur le front allemand en immobilisant les troupes françaises pour la protection des côtes.

Annus Mirabilis[modifier | modifier le code]

En France, un nouveau dirigeant, le Duc de Choiseul était récemment arrivé au pouvoir et 1759 offrit un duel entre les stratégies des deux pays. Pitt voulait poursuivre son plan visant à immobiliser les forces françaises en Allemagne tout en continuant les attaques sur les colonies françaises. Choiseul espérait repousser les offensives dans les colonies tout en cherchant une victoire totale en Europe

La guerre de Pitt en dehors de l'Europe fut un grand succès. Si l'invasion de la Martinique échoua, celle de la Guadeloupe quelques mois plus tard fut un succès. En Inde, une offensive française visant Madras avait été repoussée. En Amérique du Nord, les troupes britanniques approchaient du cœur du Canada français. Une force britannique menée par James Wolfe remonta le Saint-Laurent pour envahir le Québec. Après avoir échoué à percer les lignes françaises, Wolfe mena ses hommes à la victoire lors de la Bataille des plaines d'Abraham à l'ouest de la ville qui permit aux Britanniques d'entamer la conquête du Canada[39].

Choiseul avait placé de grands espoirs dans une invasion de la Grande-Bretagne qui lui permettrait de sortir le Royaume-Uni de la guerre et de récupérer les colonies perdues. Les français investirent beaucoup de ressources dans la construction d'une flotte d'invasion mais les défaites navales de Lagos et des Cardinaux forcent Choiseul à abandonner ses projets. L'autre grand espoir français de percer en Allemagne fut déçu par la Bataille de Minden. La Grande-Bretagne avait été victorieuse sur tous les fronts de la guerre et Pitt en recevait les lauriers.

1760-61[modifier | modifier le code]

La Grande-Bretagne acheva la conquête du Canada en 1760 en prenant Montréal, ce qui mit fin à la guerre sur le continent nord-américain. Le pouvoir de Pitt avait atteint son apogée mais il était menacé. La situation politique intérieure fut gravement altérée par la mort de Georges II en octobre 1760. Son petit-fils Georges III lui succéda sur le trône. Ce dernier avait considéré Pitt comme un allié mais n'appréciait pas son alliance avec Newcastle et l'intervention britannique en Allemagne[40]. Le nouveau roi imposa son favori Lord Bute au poste de Secrétaire d'État au Département du Nord. Bute soutenait un retrait d'Allemagne et préférait mener la guerre contre la France sur mer et dans les colonies.

Les plans de Pitt pour une expédition en vue de capturer Belle-Île-en-Mer furent mis en application en avril 1761 et l'île tomba après un siège de deux mois. Cela porta un coup au moral français car il s'agissait du premier territoire de France métropolitaine à être occupé[41]. Pitt s'attendait maintenant à ce que la France demande la paix même s'il se préparait à une guerre prolongée si nécessaire. Des émissaires furent envoyés mais aucun accord ne fut trouvé[42]. Le principal obstacle à la paix était le refus de Pitt de céder une partie de Terre-Neuve à la France et il déclara qu'il préférerait perdre l'usage de son bras droit plutôt que d'offrir une part aux français et il avança plus tard qu'il préférerait céder la Tour de Londres plutôt que Terre-Neuve. Terre-Neuve possédait en effet une valeur stratégique et économique inestimable du fait de l'importante industrie halieutique qui y était établie[43].

La guerre en Allemagne continua jusqu'en 1761 avec de nouvelles tentatives françaises pour battre Brunswick et envahir le Hanovre mais elles furent repoussées lors de la Bataille de Villinghausen. Pitt avait fortement augmenté le nombre de soldats britanniques servant dans l'armée de Brunswick et il planifiait de nouvelles attaques contre les Antilles françaises. Une stratégique qui, il espérait, permettrait de pousser les français à signer un traité de paix raisonnable.

Démission[modifier | modifier le code]

L'arrivée de Lord Bute aux affaires entre 1760 et 1762 influença grandement l'effort de guerre britannique. Comme le nouveau souverain, Bute privilégiait la fin de l'engagement britannique sur le continent

Georges II mourut le 24 octobre 1760 et son petit-fils Georges III monta sur le trône. Le nouveau roi avait tendance à considérer la politique suivant des considérations personnelles et avait ses propres conseillers menés par Lord Bute. Bute rejoignit rapidement le cabinet en tant que Secrétaire d'État au Département du Nord et Pitt et lui furent rapidement en désaccord sur beaucoup de sujets.

En 1761, Pitt reçut des informations sur un accord secret selon lequel les Bourbons de France et l'Espagne s'uniraient dans une alliance offensive visant la Grande-Bretagne. L'Espagne s'inquiétait de la montée en puissance du Royaume-Uni qui pourrait bien menacer son propre empire colonial. De même, ils considéraient que les britanniques avaient dispersés leurs efforts dans le monde entier et qu'ils pourraient s'emparer de possessions britanniques comme la Jamaïque. Une clause secrète précisait que si la France et le Royaume-Uni étaient toujours en guerre le 1er mai 1762, l'Espagne entrerait en guerre aux côtés de la France[44].

Pitt préconisait une attaque préventive contre la marine espagnole et ses colonies en mettant l'accent sur la neutralisation du Galion de Manille qui rapatriait chaque année l'or et les ressources précieuses de l'Empire espagnol en Europe. Bute et Newcastle refusèrent de soutenir une telle action tout comme tout le cabinet, à l'exception de Temple, car ils craignaient que l'agression britannique envers l'Espagne n'entrainent d'autres nations neutres à déclarer la guerre au Royaume-Uni. Pitt considéra qu'il n'avait pas d'autres choix que de quitter un cabinet où son opinion sur une question aussi importante avait été rejetée et il présenta sa démission. La plupart des ses collègues se réjouirent secrètement de ce départ car ils craignaient que son influence et sa popularité ne soit une menace pour la Constitution[45]. Le beau-frère de Pitt, George Grenville reçu un poste important dans le gouvernement, ce qui mit Pitt en colère car il pensait que Greenville aurait du démissionner avec lui. Pitt considérait cela comme une trahison et il y eut des tensions entre les deux hommes durant plusieurs années.

Après sa démission en octobre 1761, le roi conseilla à Pitt d'accepter une marque de faveur royale. Ainsi, il obtint une pension de 3 000£ par an et sa femme Hester Grenville fut élevée baronne de Chatham même si Pitt refusa d'accepter un titre pour lui-même. Pitt assura au roi qu'il ne se lancerait pas dans une opposition directe contre le gouvernement. Sa conduite après sa démission fut marquée par sa modération et son désintéressement qui, comme Edmund Burke l'avait remarqué, avait « fait la marque de l'homme ». La guerre avec l'Espagne se révéla inévitable mais il ne profita pas de l'occasion pour critiquer le gouvernement de ne pas l'avoir écouté et parla en soutien aux mesures prises par le gouvernement pour mener la guerre contre l'Espagne.

Traité de Paris[modifier | modifier le code]

Article principal : Traité de Paris (1763).

Au cours des préliminaires à la paix signée en février 1763, Pitt offrit une résistance indignée, considérant les termes comme inappropriés par rapport aux succès britanniques. Lorsque le traité était en discussion devant le parlement en décembre 1762, il prononça, malgré un violent accès de goutte un discours de trois heures interrompu à plusieurs reprises par la douleur dans lequel il protestait contre diverses clauses du traité. Celles-ci incluaient la rétrocession des îles sucrières (mais la Grande-Bretagne conservait Dominique), des comptoirs commerciaux en Afrique de l'Ouest, Pondichéry en Inde et l'accord de droits de pèche à Terre-Neuve. Selon Pitt, on laissait à la France la possibilité de devenir une nouvelle fois une menace pour la Grande-Bretagne tout en trahissant Frédéric II de Prusse.

Pitt considérait la tâche inaccomplie et appelait à une dernière année de guerre qui permettrait d'écraser la puissance française pour de bon. Newcastle en revanche souhaitait la paix à la condition que la guerre en Allemagne se termine sur une conclusion honorable et acceptable. Cependant, l'opposition combinée de Newcastle et de Pitt ne fut pas suffisante et le traité fut accepté avec une majorité confortable au parlement.

Il existait en effet de forts arguments en faveur de la paix. La dette nationale avait pratiquement doublée au cours du conflit. Les dispositions prises pour rembourser cette dette et la disparition de la menace française au Canada furent décisifs dans le déclenchement de la Guerre d'indépendance des États-Unis.

En 1763, il se déclara hostile à la taxe sur le cidre proposée par son beau-frère Georges Greenville. Cette opposition, quoique n'ayant pas aboutie lui permit de conserver l'affection du peuple qui détestait l'accise. Lorsque l'année suivante, la question de la Writ of Assistance est soulevée parallèlement aux affaires révélées par John Wilkes, Pitt s'oppose vigoureusement à leur légalisation et défendit une nouvelle fois la liberté de la presse. Au cours des années suivantes, il soutint la proposition de Charles Watson-Wentworth rejeter le Stamp Act des Treize colonies en avançant qu'il était inconstitutionnel d'imposer des taxes sur les colonies. Il rallia donc la cause des colons contre le système de taxation en vigueur.

L'Administration Pitt[modifier | modifier le code]

En juillet 1766, Rockingham fut démissionné et Pitt reçut du roi la tâche de former un nouveau gouvernement selon sa volonté. Le résultat fut un cabinet rassemblant des hommes de tous l'échiquier politique. Pitt choisit le poste de Lord du Sceau Privé, qui nécessitait son élévation à la Chambre des Lords et en aout, il devint comte de Chatham et vicomte Pitt. Son principe, « des mesures, pas des hommes » horrifiait le roi auquel il proposait de servir en « détruisant toutes les distinctions entre les partis ». Les problèmes auxquels devait faire face son gouvernemetn devait en effet être rapidement résolus : Le respect du Traité de Paris par la France et l'Espagne, les tensions avec les colonies américaine ou le statut de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Ayant choisi pour lui-même la liberté d'un ministère sans portefeuille, en tant que Lord du Sceau Privé, il fit des nominations suivant le mérite et non selon des préférences partisanes. Charles Townshend devint Chancelier de l'Échiquier, Shelburne fut nommé secrétaire d'état aux affaires américaines.

En acceptant une pairie, le « grand commoner » perdit une bonne part de son soutien populaire. Ainsi en vue de sa probable accession au pouvoir, la Cité de Londres prévoyait un banquet et des illuminations générales pour fêter l'événement mais les célébrations furent annulées lorsqu'on apprit qu'il était devenu comte de Chatham. La révulsion instantanée de l'opinion publique était quelque peu excessive car la santé de Pitt était maintenant tellement affectée par la goutte qu'il semblait être un vieillard alors qu'il n'avait que 58 ans. Il semblait donc naturel qu'il choisisse un poste calme. Mais une idole populaire souffre toujours de la perte de contact avec le peuple quelles que soient les raisons de cette perte.

L'une des premières décisions du cabinet fut de mettre en place un embargo sur les céréales pour prévenir une disette résultante de la très mauvaise récolte de 1766. La mesure fut violemment attaquée et Pitt fit son premier discours devant la Chambre des Lords pour la défendre. Ce fut pratiquement la seule mesure promue par son gouvernement dans laquelle il s'impliqua personnellement. Il ne rencontrait presque jamais ses collègues qui pourtant le pressait de les recevoir. Il refusa même une demande de rencontre avec le roi. Il a été avancé par les critiques de l'époque que déçu de la perte d'affection du peuple et convaincu de l'impossibilité de pouvoir coopérer avec ses collègues, il aurait exagéré sa maladie comme prétexte à l'inaction.

Mais il n'existe pas de raisons de penser qu'il était, comme ses collègues le présentait, profondément inapte pour le poste. Il semble avoir été libéré des affres de la goutte uniquement pour souffrir de troubles mentaux qui le poussèrent au bord de la folie. Il s'agit de la réponse la plus logique à sa profonde indifférence au moment d'un des problèmes les plus graves auquel ait été confronté un homme d'état britannique. Cependant, il est presque certain qu'aucune politique menée après 1766 n'aurait pu prévenir la Déclaration d'indépendance des États-Unis mais si un homme avait pu apaiser la colère grandissante des colons et empêcher la dislocation de l'Empire, cela aurait certainement été William Pitt.

Le fait est que non seulement il ne fit rien pour résoudre les problèmes existants mais il resta également passif lorsque ses collègues prirent les décisions fatales qui menèrent au soulevement des colonies prouve sa complète incapacité. Avec sa maladie, ses opposants reprirent confiance et parmi ses amis, Shelburne et Amherst furent poussés à la démission par l'hostilité grandissante du roi et de ses conseillers vis-à-vis d'une politique d'apaisement avec les colonies. En octobre 1768, Pitt offrit sa démission pour raison de santé.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Armes de la famille Pitt. Le blason de la famille a servi de modèle pour celui de la ville de Pittsburgh et de son université.

Peu après sa démission, un accès de goutte libéra Pitt de la maladie mentale dont il souffrait. Il avait passé près de deux ans et demi en isolement avant de réapparaitre en public en juillet 1769 à l'occasion d'une réception royale. Ce ne fut cependant pas avant 1770 qu'il ne retrouva son siège à la Chambre des Lords.

Crise des Falklands[modifier | modifier le code]

L'année où l'Espagne et le Royaume-Uni s'opposèrent dans la crise des Falklands et furent au bord de la guerre, Pitt fut un avocat déterminé d'une ligne dure envers Madrid et Paris (comme il l'avait été lors de la crise corse quand la France avait envahi les îles) et fit de nombreux discours sur le sujet pour réveiller l'opinion publique[46]. Le gouvernement de Lord North fut poussé vers une ligne plus dure et mobilisa la marine pour faire reculer l'Espagne. Certains ont crut que la crise était suffisante pour permettre à Pitt de redevenir premier ministre. Cependant, cette crise permit de renforcer la position de North qui allait dominer la vie politique britannique jusqu'en 1782.

Guerre d'Indépendance Américaine[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il réalisa la gravité de la situation en Amérique, Pitt défendit avec ardeur la cause des colons en demandant l'arrêt de la taxation sans représentation au parlement et la reconnaissance du congrès continental. Les avertissements de Pitt furent ignorés et en janvier 1775, la chambre des Lords rejeta sa loi de réconciliation. Après le déclenchement des hostilités, il avertit que les colonies ne pourraient pas être reprises.

La mort du comte de Chatham à la chambre des Lords, 7 avril 1778. Peinture de John Singleton Copley, 1779-80.

Pitt était maintenant isolé car beaucoup lui reprochaient de ne pas avoir formé d'alliance avec Rockingham. Cependant son éloquence toujours aussi puissante n'avait pas évolué et était dirigée contre la gestion gouvernementale des affaires américaines. Sa dernière apparition à la chambre des Lords eut lieu le 7 avril 1778, à l'occasion de la demande du duc de Richmond adressée au roi de faire la paix avec les Américains à n'importe quel prix.

En face des démonstrations hostiles de la France, les différents partis s'étaient mis d'accord sur la nécessité d'une telle mesure. Mais Pitt ne pouvait pas accepter une telle soumission à l'ennemi héréditaire et il défendit son point de vue durant un temps considérable malgré une ardeur diminuée. Après que le duc de Richmond eut répliqué, il se leva comme pour parler, plaça sa main sur sa poitrine et s'effondra. Ses derniers mots auraient été : « My Lords, tout état est meilleur que le désespoir ; Si nous devons tomber, tombons en hommes ». Cependant James Harris rapporte que Lord Nugent lui aurait confié que les derniers mots de Pitt auraient été : « Si les Américains défendent l'indépendance, ils me trouveront en travers de leur chemin » et que ses dernières paroles (adressées à son fils John) auraient été : « Laissez votre père mourant et allez à la défense de la nation »[47].

William Pitt le Jeune devint premier ministre à l'âge de 24 ans et mena la Grande-Bretagne durant plus de vingt ans.

Pitt fut emmené à Hayes (une ville dans le comté de Kent qui est aujourd'hui dans le district londonien de Bromley) où son fils William lui lut l'Illiade et le passage relatant la mort d'Hector. Pitt mourut le 11 mai 1778. Il fut d'abord enterré à Hayes mais les différents partis se rassemblèrent pour exprimer leur émotion et les Communes demandèrent au roi que l'homme d'état soit inhumé avec les honneurs de funérailles nationales. Une somme d'argent fut accordée pour la construction d'un monument qui fut érigé dans l'Abbaye de Westminster. Peu après les funérailles, une loi fut votée qui accordait une pension de 4 000£ par an à ses successeurs. Il avait trois fils et deux filles et son second fils William allait encore ajouter du lustre à l'un des plus grands noms de l'histoire britannique.

Héritage[modifier | modifier le code]

Samuel Johnson aurait déclaré que « Walpole était un ministre donné par le roi au peuple mais Pitt était un ministre donné par le peuple au roi ». En effet, William Pitt fut le premier ministre dont la force principale reposait dans le peuple et non au parlement où ses partisans furent peu nombreux. Il fut le premier à comprendre que l'opinion publique, bien que lente à se former et à agir, était en définitive la force la plus importante de l'état ; et il fut le premier à l'exploiter tout au long de sa carrière.

S'il n'était pas exempt de défauts comme l'arrogance, ceux-ci n'étaient connus que par le cercle proche de ses collaborateurs. Aux yeux du peuple, il était un homme d'état qui avait le talent de transmettre son inépuisable énergie à ses subordonnés. S'il tient sa place parmi les grands hommes d'états britanniques, c'est en grande partie grâce à sa politique étrangère volontaire et ambitieuse qui tranche avec son influence très limitée dans les affaires domestiques du pays.

Lieux nommés en son honneur[modifier | modifier le code]

États-Unis
Canada
Équateur

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brown 1978, p. 15-16
  2. Black 1992, p. 1-2
  3. Turner 2003, p. 1
  4. Brown 1978, p. 17-18
  5. Brown 1978, p. 26
  6. Black 1992, p. 5-9
  7. Black 1992, p. 5
  8. Black 1992, p. 4
  9. Black 1992, p. 12-13
  10. Black 1992, p. 31-32
  11. Brown 1978, p. 32-33
  12. Brown 1978, p. 31-82
  13. Black 1992, p. 37-39
  14. Brown 1978, p. 44-45
  15. De-La-Noy 1996, p. 144
  16. Woodfine 1998, p. 90-91
  17. Woodfine 1998, p. 200
  18. Rodger 2006, p. 237
  19. Simms p. 278
  20. Simms p.274-81
  21. Trench 1973, p. 218-224
  22. Brown 1978, p. 54
  23. Black 1992, p. 58
  24. Brown 1978, p. 81
  25. Browning 1975, p. 198-200
  26. Brown 1978, p. 98
  27. Anderson 2000, p. 86-107
  28. Brown 1978, p. 116-118
  29. Horace Walpole, Memoirs of the Reign of King George II: Volume III, (Yale University Press, 1985), p. 1.
  30. Basil Williams, The Whig Supremacy, 1714-60, (Oxford University Press, 2000), p. 375.
  31. McLynn 2000, p. 95-99
  32. Anderson 2000, p. 211-212
  33. Rodger 2006, p. 268-269
  34. Brown 1978, p. 174-176
  35. McLynn 2000, p. 99-100
  36. Anderson 2000, p. 308
  37. Brown 1978, p. 176-177
  38. Anderson 2000, p. 302-303
  39. Anderson 2000, p. 344-368
  40. Anderson 2000, p. 477
  41. Rodger 2006, p. 284
  42. Brown 1978, p. 231-243
  43. Dull 2005, p. 194-200
  44. Corbett 1907, p. 188-189
  45. Corbett 1907, p. 204-207
  46. Simms p.561
  47. Black 1992, p. 299
  48. « Chatham (Municipalité de canton) », Commission de toponymie du Québec (consulté en 2009-02-20)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Fred Anderson, Crucible of War : The Seven Years' War and the Fate of Empire in British North America, 1754-1766, Faber and Faber,‎ 2000
  • (en) Jeremy Black, Pitt the Elder, Cambridge University Press,‎ 1992
  • (en) Peter Douglas Brown, William Pitt, Earl of Chatham : The Great Commoner, George Allen & Unwin,‎ 1978
  • (en) Reed Browning, The Duke of Newcastle, Yale University Press,‎ 1975
  • (en) Julian Stafford Corbett, England in the Seven Years' War, vol. I, Londres,‎ 1907
  • (en) Julian Stafford Corbett, England in the Seven Years' War, vol. II, Londres,‎ 1907
  • (en) Michael De-La-Noy, The King Who Never Was : The Story of Frederick, Prince of Wales, Peter Owen,‎ 1996
  • (en) Jonathan R. Dull, The French Navy and the Seven Years' War, University of Nebraska Press,‎ 2005
  • (en) Frank McLynn, 1759 : The Year Britain Became Master of the World, Pimlico,‎ 2000
  • (en) Sir Charles Grant Robertson, Chatham and the British Empire, Londres, The English Universities Press, Ltd., coll. « Teach Yourself History Series »,‎ 1959 (1re éd. 1946)
  • (en) N.A.M. Rodger, Command of the Ocean : A Naval History of Britain, 1649-1815, Penguin Books,‎ 2006
  • (en) Chenevix Charles Trench, George II, Allen Lane,‎ 1973
  • (en) Michael J. Turner, Pitt the Younger : A Life, Hambledon & London,‎ 2003
  • (en) Philip Woodfine, Britannia's Glories : The Walpole Ministry and the 1739 War with Spain, Boydell Press,‎ 1998

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (fr) Biographie sur le site du premier ministre du Royaume-Uni