William Hale Thompson

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Thompson et William Thompson.
Photographie de William Hale Thompson, parue dans le Chicago Daily News, en 1915.

William Hale Thompson, surnommé « Big Bill »[1], () est un homme politique américain qui fut maire de Chicago de 1915 à 1923 puis à nouveau de 1927 à 1931, il fut le dernier Républicain à être élu à la mairie.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Thompson est né à Boston dans le Massachusetts, puis sa famille s'installe à Chicago alors qu'il est âgé de neuf ans. Plutôt que d'entreprendre des études universitaires, il voyage en Europe. Il se lance ensuite dans l'élevage de bétail au Texas et au Nouveau-Mexique, ne revenant à Chicago qu'en 1892, après la mort de son père.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Carte postale de 1913 illustrant le droit de vote pour les femmes.

Thompson débute sa carrière politique en 1900, à la suite d'un pari, un ami lui ayant dit qu'il n'oserait pas se présenter à une élection[2]. Il devient, « alderman » du « second Ward », membre du conseil communal pour la seconde circonscription de Chicago[2], battant un politicien chevronné, Charles F. Gunther. Le succès de Thompson s'explique d'une part par son aura de sportif (yachting, polo) et sa fréquentation de bars, tripots et autres lieux moins avouables où il est très populaire[3]. Il sert pendant deux ans au sein de cette assemblée où sa présence est d'abord sporadique. Il préfère fréquemment le yachting aux activités politiques[4]. Sportif, il vote cependant contre l'établissement du premier terrain de sport public de Chicago dont on pense alors qu'il serait surtout fréquenté par des Noirs[4]. Petit à petit, il se prend malgré tout à apprécier la politique. De 1903 à 1915, il se consacre plutôt au yachting et à sa vie de playboy. Cependant, pour l'élection de 1915 à la mairie, le parti républicain a besoin d'un candidat. Celui-ci doit plaire aux femmes, qui ont obtenu le droit de vote en Illinois en 1913. On pense alors immédiatement à « Big Bill »[5].

Le , il remporte la primaire républicaine pour la course à la mairie contre Jacob A. Hey et Harry Olson[5]. Il est ensuite élu maire le en battant le démocrate Robert M. Sweitzer, le prohibitioniste John H. Hill, le socialiste Seymour Stedman et le progressiste Charles Thomson[6]. Au début de son mandat, le nouveau maire surprend ses détracteurs, par certaines initiatives et succès qui lui valent par exemple la reconnaissance d'Anna Gordon, présidente de la ligue de tempérance des femmes chrétiennes et de l'évangéliste Billy Sunday[7]. Thompson a pris un arrêté ordonnant la fermeture des débits de boissons le « jour du Seigneur »[7]. Il nomme au sein de son administration des amis, millionnaires, comme Eugene R. Pike et William R. Moorehouse.

Objectif, plaire au plus grand nombre[modifier | modifier le code]

Alors que la Première Guerre mondiale fait rage en Europe, Big Bill est opposé à toute intervention américaine. Ses sympathies vont à l'Allemagne, pour des raisons électorales en particulier. Chicago est alors, comme il le dira lui même la sixième plus grande ville allemande du monde, avec ses quelque 450 000 immigrés allemands[8]. Les immigrés irlandais, nombreux à Chicago, s'opposent également à tout soutien américain au Royaume-Uni qui opprime leur patrie d'origine[8].

Entre 1916 et 1919, Chicago devient la « terre promise » des noirs américains du sud des États-Unis, où plus de 50 000 d'entre eux décident de s'installer[9]. Ils seront d'ailleurs rejoints dans les années 1920 par plus de 120 000 migrants afro-américains[9]. À Chicago, ces migrants des États du sud trouvent des salaires « décents », 2 à 3 dollars par jour au lieu des 2 à 3 dollars par semaine dans les plantations du sud[9]. Ils y ont le droit de vote, les écoles bien que toujours sous le régime de la ségrégation raciale y sont meilleures et les transports publics ne sont pas réservés aux Blancs[9]. À cette époque, se crée autour de Downtown Chicago, une portion de la ville que l'on nommera la Black Belt, la « Ceinture Noire », connue sous le nom officiel de Chicago South Side (les quartiers sud). Bien que le maire Thompson partage les préjugés raciaux de son époque, pour lui, un vote est un vote. On retrouve donc en 1915 plus de 700 employés noirs au sein des services municipaux, alors qu'ils n'étaient que 200 sous le mandat de son prédécesseur[9]. La tactique de Thompson, de plaire au plus grand nombre de ces concitoyens porte ses fruits en 1919, où il est réélu pour un second mandat.

Émeute raciale de 1919[modifier | modifier le code]

Rassemblement à l'angle de la 35e et de State pendant l'émeute

Cependant, quelques mois après sa réélection, éclate à Chicago une émeute raciale, le dimanche . Elle ne se terminera que le 3 août, après l'intervention de plus de 6 000 gardes nationaux, ayant fait 38 morts et 537 blessés[10]. Lorsque l'émeute éclate, Thompson se trouve à Cheyenne dans le Wyoming pour la célébration des Frontier Days. Il rentre alors d'urgence à Chicago, alors que l'émeute est à son paroxysme. Malgré ses conseillers, il refuse tout d'abord de faire intervenir la milice de l'Illinois afin de renforcer la police de Chicago. Ce n'est pas avant le 30 juillet, voyant s'accumuler le nombre de morts, de blessés et d'habitants dont les maisons ont été détruites, qu'il se décide enfin à demander l'intervention des gardes nationaux[9]. Sa gestion plutôt hésitante de la crise ne lui vaut pas pour autant la défiance des Noirs qui voient en lui le politicien qui leur est alors le plus favorable[9].

Second mandat[modifier | modifier le code]

En 1920, le Chicago Tribune dépose une plainte contre Thompson pour avoir versé plus de deux millions de dollars d'honoraires et autres frais à de soi-disant experts lors de la construction du pont de Michigan Avenue[11]. Le procès va durer deux ans, il impliquera plus de cent témoins, un dossier de 11 000 pages et 3 000 audiences[11]. Finalement, Thompson et ses coaccusés seront condamnés à restituer les deux millions à la ville. Dès lors Thompson lancera sa propre liste de juges pour les élections judiciaires. Elle sera cependant battue grâce à une alliance entre les Démocrates et le barreau de Chicago dont le slogan sera « Stop the City Hall from Seizing the Judiciary » (« Empêchez la mairie de s'emparer du pouvoir judiciaire »)[11]. Diverses autres affaires et déboires politiques conduisent finalement Thompson à ne pas se présenter à la réélection pour un troisième mandat en 1923. C'est le Démocrate, William Emmett Dever qui est élu. Thompson n'abandonne cependant pas la politique et passe les quatre années qui suivent à créer un réseau d'alliés qui l'aideront à reprendre la mairie.

Troisième mandat[modifier | modifier le code]

En pleine période de Prohibition, le maire Dever s'est efforcé de fermer les bars illégaux et de combattre Al Capone et les autres acteurs du crime organisé de Chicago. Ceux-ci, peu désireux de voir Dever réélu, portent leur choix sur Thompson et vont soutenir sa candidature par tous les moyens[12]. Afin d'obtenir son troisième mandat, Big Bill n'hésite pas à défendre avec ferveur les idées les plus démagogiques. Grâce à ses nouveaux amis et à son populisme, il obtient à nouveau la mairie, en 1927, battant Dever de plus de 80 000 voix[12]. Durant son mandat, la ville est dès lors aux mains de la pègre qui a assuré son élection[12]. En 1931, la population écœurée du règne du crime et de la corruption ne lui confie pas un nouveau mandat et c'est Anton Cermak qui est élu maire[12].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

En 1936 et en 1939, Thompson se présente à l'élection au poste de Gouverneur de l'Illinois, sans succès. Il meurt d'une maladie cardiaque, à Chicago, le 19 mars 1944[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bukowski (1998)
  2. a et b Leinwand, p. 18.
  3. Leinwand, p. 19.
  4. a et b Leinwand, p. 20.
  5. a et b Leinwand, p. 25.
  6. Leinwand, p. 26.
  7. a et b Leinwand, p. 29.
  8. a et b Leinwand, p. 32.
  9. a, b, c, d, e, f et g Leinwand, p. 33-36.
  10. Sandburg, Carl, « The Chicago Race Riots, July 1919 », Chicago Historical Society,‎ 2005
  11. a, b et c Leinwand, p. 39-42.
  12. a, b, c, d et e Grossman, p. 330.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Douglas Bukowski, Big Bill Thompson, Chicago, and the politics of image, Urbana : University of Illinois Press, 1998. (ISBN 9780252023651)
  • (en) Mark Grossman, Political corruption in America : an encyclopedia of scandals, power, and greed, Santa Barbara, Calif. : ABC-CLIO, 2003. (ISBN 9781576070604)
  • (en) Gerald Leinwand, Mackerels in the moonlight : four corrupt American mayors, Jefferson, N.C. : McFarland, 2004. (ISBN 9780786418459)

Voir aussi[modifier | modifier le code]