William Gifford

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gifford.
William Gifford
William Gifford by John Hoppner.jpg
Portrait de William Gifford, par John Hoppner.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 70 ans)
LondresVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités

William Gifford () est un critique littéraire, un poète et un relecteur britannique, connu en particulier pour son esprit satirique et ses qualités de polémiste.

Il est d'autre part le relecteur de plusieurs romans de Jane Austen, et en particulier d’Emma. Il travaillait à ce titre pour le compte de l'éditeur John Murray.

Biographie[modifier | modifier le code]

William Gifford est né à Ashburton, dans le Devonshire ; il est le fils de Edward Gifford et de Elizabeth Cain. Son père meurt alors qu'il n'a que treize ans, et sa mère meurt à son tour un an plus tard, le laissant aux soins d'un parrain qui ne s'occupe guère de lui de façon suivie.

En conséquence, il exerce dans sa jeunesse plusieurs métiers manuels, valet de charrue, petit mousse, ou apprenti d'un savetier. Mais il ne s'intéresse qu'aux études, et écrit des poèmes, ce qui lui vaut d'être remarqué par un chirurgien d'Ashburton, William Cookesley, qui lève pour lui une souscription pour l'envoyer étudier.

En 1779, il entre à l’Exeter College d'Oxford, comme bible clerk – c'est-à-dire en fait comme serviteur. Mais il en sort diplômé le 10 octobre 1782. Déjà, à Oxford, il travaille à sa traduction de Juvenal. Une fois diplômé, il bénéficie du patronage de Lord Grosvenor, qui l'engage comme précepteur de son fils.

Peu à peu, il écrit son premier poème, The Baviad (1791), satire parodique des Della Cruscans (en), un cercle de poètes sentimentaux de l'époque que William Gifford considérait comme dangereux par leur esprit radical. Il y paraphrase la première satire du poète romain Perse (34 ap. J.-C. - 62).

Œuvres[modifier | modifier le code]

En tant que poète, on considère généralement que l'œuvre la plus achevée de William Gifford est sa parodie The Baviad.

En tant que critique, il fait preuve d'une certaine acuité de jugement, malgré tout obscurcie par son caractère polémique, voire une certaine amertume, se laissant souvent aller à juger plus en fonction de ses opinions politiques que selon les mérites propres de l'objet de ce jugement.

Ses poèmes satiriques sont inclus dans le volume IV de British Satire 1785-1840, 5 vols, publié en 2003 chez John Strachan.

The Poetry of the Anti-Jacobin a été annoté et revu par Graeme Stones en 1999 (Pickering and Chatto). Enfin, l'éditeur Everyman a édité sa traduction de Juvenal (initialement publiée de 1800).

Importance pour les romans de Jane Austen[modifier | modifier le code]

Une récente étude de Kathryn Sutherland, spécialiste reconnue de Jane Austen, crédite William Gifford d'être à l'origine de la ponctuation et de l'orthographe que l'on connaît des romans de Jane Austen publiés par John Murray. La question est délicate car la quasi-totalité des manuscrits d'origine des romans de Jane Austen a été détruite après publication, comme il était d'usage[1] (à l'exception notable des derniers chapitres initiaux de Persuasion[N 1], ce qui (contrairement à ce qui est parfois rapporté) ne permet pas de comparer directement manuscrit et texte publié, mais seulement une comparaison générale du style. Kathryn Sutherland laisse entendre qu'une partie du style généralement considéré comme « parfait » et d'une élégance « épigrammatique » de Jane Austen pourrait être du fait de William Gifford.

Si William Gifford a sans doute contribué à la forme stylistique de Emma et de Persuasion que l'on connaît aujourd'hui, il reste que Sense and Sensibility, Pride and Prejudice et la première édition de Mansfield Park n'ont pas été publiés chez John Murray, et par conséquent que William Gifford n'en a pas retouché le style. Sa contribution n'a donc pu être qu'assez marginale par rapport au talent stylistique aujourd'hui reconnu à Jane Austen.

Enfin, si Kathryn Sutherland attribue la perfection grammaticale, la ponctuation et l'orthographe de Jane Austen à William Gifford, pour les romans qu'il a relu, elle ajoute :

« Jane Austen utilise des lettres capitales et souligne les mots qu'elle juge importants pour leur donner du poids, d'une façon plus proche de la voix qui parle que du texte écrit. En les ôtant, on a un résultat plus correct grammaticalement et plus élaboré - mais on a perdu quelque chose[N 2],[2]. »

D'autre part, de façon plus anecdotique, William Gifford a contribué à définir le contenu de Plan of a Novel, la parodie écrite par Jane Austen après la publication de Emma.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ces fragments se trouvent aujourd'hui au British Museum : voir à ce sujet Les chapitres annulés de Persuasion
  2. Texte original : She (Jane Austen) uses capital letters and underlining to emphasise the words she thinks important, in a manner that takes us closer to the speaking voice than the printed page.
    In taking them away, it becomes more grammatical and sophisticated – but something has been lost.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Janet M. Todd, Antje Blank, Jane Austen 2006, p. lxxviii, « Introduction »
  2. Pride, prejudice and poor punctuation, sur guardian.co.uk (consulté le 27 octobre 2010)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Anon.], “William Gifford”, Annual Biography and Obituary (London: Longman et al., 1828), p. 159–200.
  • [Anon.], “William Gifford”, Annual Register (London, 1827), p. 490–95.
  • [Anon.], “William Gifford”, Gentleman’s Magazine, new ser., 1 (1827), p. 105–12.
  • [Anon.], Catalogue of the Library of the Late William Gifford... Comprising the Most Rare, Curious, and *Recherche Works Extant, in Theology, History, Antiquities, Classical, and Black Letter Literature, Selected by Himself: Just Received from Europe, and on Sale by William A. Colman (London: n.p., 1829).
  • R. B. Clark, William Gifford: Tory Satirist (New York: Columbia University Press, 1930).
  • J. Cutmore (ed.), Conservatism and the Quarterly Review: A Critical Analysis (London: Pickering & Chatto, 2007).
  • J. Cutmore, Contributors to the Quarterly Review: A History 1809-1825 (London: Pickering & Chatto, 2008).
  • M. Gamer, ‘“Bell’s Poetics”: The Baviad, the Della Cruscans, and the Book of The World’ in The Satiric Eye: Forms of Satire in the Romantic Period, ed. S.E. Jones (New York: Palgrave Macmillan, 2003).
  • W. Gifford, ‘Introduction’, The Satires of Decimus Junius Juvenalis, trans. W. Gifford (London: G. and W. Nicol, 1802).
  • W. Hazlitt, A Letter to William Gifford, Esq. (London: John Miller, 1819).
  • B. Keegan, "Cobbling Verse: Shoemaker Poets of the Long Eighteenth Century," The Eighteenth Century: Theory and Interpretation, 42, 3 (Fall 2001): p. 196–217.
  • J. M. Longaker, The Della Cruscans and William Gifford (University of Pennsylvania thesis, 1924).
  • S. Smiles, A Publisher and His Friends: Memoir and Correspondence of the Late John Murray, 2d edn, 2 vols (London: John Murray, 1891).
  • J. Strachan (ed.), British Satire 1785-1840, 5 vols. (London: Pickering and Chatto, 2003); vol. 4, Gifford and the Della Cruscans.
  • S. Tunnicliffe, ‘A Newly Discovered Source for the Early Life of William Gifford’, The Review of English Studies, n.s. 16, 61 (1965), p. 25–34.
  • K. Wheatley, ‘Conceiving Disgust: Leigh Hunt, William Gifford, and the Quarterly Review’ in Leigh Hunt: Life, Poetics, Politics, ed. N. Roe (London: Routledge, 2003).

Liens externes[modifier | modifier le code]