Whiteface (performance)

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Le whiteface, qui pourrait se traduire en français par « grimage en blanc » ou « maquillage en blanc », est un type de spectacle dans laquelle une personne porte un maquillage théâtral afin de ressembler à une personne blanche, généralement à des fins comiques[1]. Le terme est une inversion de la forme plus courante de spectacle connue sous le nom de blackface, dans laquelle les artistes utilisent du maquillage pour ressembler à une personne noire. Les spectacles de whiteface sont nées au XIXe siècle et on en trouve la trace parfois dans des films. Les usages modernes du whiteface diffèrent de la pratique du blackface dans l'art contemporain (en).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le whiteface a pris de l'importance aux États-Unis avec l'adoption de la loi sur les droits civils de 1964, le whiteface intégrant peu à peu la culture populaire. À la fin du XXe siècle, il n'était pas rare de voir des acteurs noirs grimés en blanc dans des pièces de théâtre et des films à caractère humoristique. La satire a gagné en popularité au fil du temps. Dans les années 2000, cependant, certains experts ont commencé à condamner cette forme comme raciste et donc socialement inacceptable.[2]

Exemples[modifier | modifier le code]

  • La première utilisation du terme notée par l'Oxford English Dictionary provient du New York Dramatic News en 1895 et fait référence à l'acteur américain de vaudeville Lew Dockstader (qui était blanc) "dans son nouveau white-face acte"[3].
  • Le film de 1932, Les Chasses du comte Zaroff, met en scène l'acteur noir Noble Johnson en blanc pour le rôle d'Ivan, un Cosaque.
  • L'OED répertorie également une référence de 1947 à l'acteur noir Canada Lee jouant le rôle de Bosola dans La duchesse de Malfi grimé en blanc.
  • Dans le film Sullivan's Travels de 1942, un gag dans la séquence du bus en fuite, représente un chef cuisinier noir dont le visage éclaboussé de pâte à gâteau lui donne l'aspect d'un visage blanc[4].
  • Dans la pièce de 1958 de Jean Genet, Les Nègres, la distribution entièrement noire porte des visages blancs pour représenter des figures de l'establishment blanc.
  • Le film Watermelon Man de 1970 commence avec Godfrey Cambridge jouant un personnage grimé en blanc, qui se réveille noir un matin[5].
  • Eddie Murphy s'est produit en whiteface dans le Saturday Night Live dans les années 1980 et est apparu en whiteface pour des personnages mineurs dans les films Un prince à New York et Le Professeur foldingue.
  • Dave Chappelle a utilisé le whiteface dans son émission Chappelle's Show dans les années 2000.
  • Dans les années 1990 et 2000, plusieurs films ont exploité le potentiel comique de comédiens noirs grimés en blanc. Ces performances incluent Lenny Henry dans True Identity et Shawn et Marlon Wayans dans FBI : Fausses blondes infiltrées[6] .
  • L'émission de télé-réalité Black. White. (en) diffusée en 2006 sur FX, représente, par l'usage d'un maquillage réaliste, les membres de deux familles comme étant d'une autre race : l'une en utilisant le blackface, l'autre le whiteface[7].
  • En 2007, Chamillionaire utilise le whiteface pour le personnage du journaliste dans le clip du morceau Hip Hop Police.
  • En 2013, Nazeem Hussain utilise un whiteface pour représenter le prince Harry dans son émission de comédie Legally Brown.
  • En 2013, dans le clip de son titre Q.U.E.E.N. (acronym of "Queer, Untouchables, Emigrants, Excommunicated, and Negroid") ft. Erykah Badu, Janelle Monáe utilise le whiteface pour représenter deux musiciens (guitare & batterie).
  • Snoop Dogg a publié des vidéos Instagram en whiteface représentant le personnage blanc de "Todd", et Nick Cannon a fait la promotion de son album White People Party Music avec le personnage whiteface "Connor Smallnut"[8].
  • En 2017, le rappeur Aminé a utilisé le whiteface dans le clip de sa chanson REDMERCEDES. Dans le clip, les personnages afro-américains agissent comme des personnages blancs stéréotypés ; tandis que les personnages en whiteface agissent avec des manières et des discours stéréotypés noirs.
  • Dans l'épisode "Teddy Perkins" de la série Atlanta en 2018, Donald Glover interprète le personnage principal, un ancien musicien extrêmement sensible à la lumière, grimé en blanc[9].

Whiteface en réponse au blackface[modifier | modifier le code]

Le blackface est désormais souvent considéré comme raciste, basé sur un lien racial traçable avec l'esclavage et la ségrégation raciale. Pour cette raison, il a presque disparu des formes d'art moderne, au contraire du whiteface. Les défenseurs du whiteface visent à le différencier du blackface, faisant souvent valoir que le whiteface ne s'appuie pas sur un héritage raciste à l'instar du blackface, et qu'il est une satire saine des modes de vie blancs. Les opposants au whiteface soutiennent, eux, qu'il est essentiellement une vengeance face au blackface, qui tire sa valeur comique d'imposer l'indignité du blackface aux blancs[10]. Le whiteface a été utilisé par les rappeurs Damso et Orelsan dans le clip de Rêves Bizarres en réponse au blackface où « il inverse les rôles de l'histoire de l'esclavagisme » et « déconstruit » pour remettre en question notamment la couleur de peau de Jésus de Nazareth qui « a de fortes chances d'avoir été "blanchi" dans sa représentation, car il venait de Nazareth et que le type caucasien n'était pas répandu dans cette région du monde. (...) Il émet l'hypothèse que l'homme européen a déformé une réalité et en est devenu aveugle. Il entend le faire comprendre en se montrant en esclave blanc. ». Certains internautes y voient une forme de racisme antiblanc d'autres « un clin d'œil malin à l'histoire »[11].

Whiteface et Jewface[modifier | modifier le code]

Le jewface, la représentation des caractéristiques, de la culture et des actions juives par des artistes non juifs, a gagné en popularité à la fin des années 1800. Il y a aujourd'hui consensus sur la qualification raciste de cette pratique[12]. Le renversement du jewface par l'usage du whiteface n'est pas perçu de la même façon, selon qu'il soit le fait d'artistes juifs se livrant au whiteface ou le fait d'artistes non juifs. Ainsi les Beastie Boys ont été défendus uniquement en tant que rappeurs blancs bien qu'ils soient également juifs[13]. Ce parallèle entre la représentation des Juifs blancs (Jewface) et la représentation juive des Blancs non juifs (whiteface) a été utilisé pour plaider en faveur du racisme du whiteface. [réf. nécessaire]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hilary Miller, « Nick Cannon Wears Whiteface, Sparks Internet Debate », The Huffington Post,
  2. (en) « Whiteface (performance) », dans Wikipedia, (lire en ligne)
  3. The Oxford English Dictionary, 2nd edition (1989), "whiteface", sense 3.
  4. (en) Movieclips, « Sullivan's Travels (3/9) Movie CLIP - Ditching the Entourage (1941) HD », sur Youtube, (consulté le )
  5. Van Peebles, Melvin.
  6. « White Chicks (2004) », Box Office Mojo (consulté le )
  7. « On TV: 'Black. White.' is uncomfortable, revealing reality TV », Seattle Post-Intelligencer,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Hilary Miller, « Nick Cannon Wears Whiteface, Sparks Internet Debate », sur HuffPost, (consulté le )
  9. « Il faut qu’on parle de la "whiteface" flippante de Donald Glover dans la saison 2 d’Atlanta », sur Biiinge - Le meilleur de la culture série saison après saison par Konbini (consulté le )
  10. (en) James Hannaham, « Beyond the Pale », New York Mag, .
  11. Damso ose le "whiteface" dans son dernier clip avec Orelsan, Huffpost, 15/11/2018
  12. "Jewface! - The History of Racist Jewish Stereotypes." Jewface Icon Small, jewface.us
  13. STRATTON, J. (2008). The Beastie Boys: Jews in whiteface. Popular Music, 27(3), 413-432. doi:10.1017/S0261143008102203

Lectures complémentaires[modifier | modifier le code]

  • Marvin McAllister, Whiting Up: Whiteface Minstrels and Stage Europeans in African American Performance, Univ of North Carolina Press, 2011, (ISBN 0807869066)