West Memphis Three

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Les West Memphis Three (en français, « Les trois de Memphis West ») sont trois hommes accusés et condamnés en 1994, alors qu'ils étaient adolescents, pour les meurtres en 1993 de trois garçons à West Memphis en Arkansas aux États-Unis. Damien Echols a été condamné à la peine de mort, Jessie Misskelley, Jr. à l'emprisonnement à perpétuité plus deux peines de prison de 20 ans, et Jason Baldwin à l'emprisonnement à perpétuité. Pendant le procès, l'accusation a avancé que les victimes toutes âgées de 8 ans, ont été tués dans le cadre d'un rituel satanique[1],[2],[3]. Plusieurs documentaires sont inspirés de cette histoire et diverses personnalités américaines ont participé à des campagnes de levées de fonds en faveur des West Memphis Three.

En juillet 2007, de nouveaux indices légaux ont été présentés ; un rapport a été émis conjointement par l'État de l'Arkansas et les avocats de la défense dans laquelle on peut lire : « Bien que presque tout le matériel génétique recueilli sur la scène de crime appartienne aux victimes des crimes, une partie ne peut être attribuée aux victimes ou aux accusés [trad 1]. »

Le 29 octobre 2007, la défense a remis un Second Amended Writ of Habeas Corpus (littéralement, « deuxième ordonnance corrigée d'Habeas corpus »), mettant de l'avant les nouveaux indices[4]. La Cour suprême de l'Arkansas (en) a entendu à nouveau les arguments de la défense et de la poursuite en 2010[5], et les West Memphis Three ont alors passé une entente avec le procureur. Le 19 août 2011, ils ont fait un Alford plea (littéralement, « plaidoyer Alford »)[note 1], ce qui leur a permis de faire valoir leur innocence tout en reconnaissant que la poursuite détient suffisamment de preuves pour les faire condamner. Le juge David Laser a accepté les plaidoyers et condamné les trois hommes au temps déjà fait en prison. Ils ont été relâchés avec sursis de 10 ans, ayant été emprisonnés 18 ans et 78 jours[10]. Damien Echols a fait paraître ses mémoires dans un ouvrage publié aux éditions Ring le 27 mars 2014 : La vie après la mort.

Le crime[modifier | modifier le code]

Trois garçons âgés de huit ans, Stevie Branch, Michael Moore et Christopher Byers, sont déclarés disparus le 5 mai 1993. Le père adoptif de Christopher, John Mark Byers, est le premier à rapporter aux policiers la disparition de l'enfant vers 19 h[11]. Les garçons auraient été aperçus une dernière fois par trois voisins, qui, dans un affidavits produits sous serment, ont affirmé les avoir vus jouer ensemble vers 18 h 30 le soir de leur disparition, et ont vu Terry Hobbs, le beau-père de Stevie Branch, demander aux garçons d'entrer à la maison[12],[13]. Les premières recherches policières, réalisées de nuit, sont courtes et superficielles[14]. Des amis et des voisins effectuent aussi des recherches cette nuit-là, durant lesquelles ils explorent superficiellement l'endroit où seront retrouvés les corps[14].

Une recherche policière plus complète, sous la supervision du Crittenden County Search and Rescue, est lancée vers h le 6 mai. Les participants ont parcouru West Memphis au complet, en portant une attention particulière au collines de Robin Hood, où les garçons auraient été vus pour la dernière fois. Malgré les recherches d'une chaîne humaine épaule à épaule dans les collines, aucun indice ne permet de mener aux garçons.

Vers 13 h 45, l'officier de liberté conditionnelle Steve Jones aperçoit une chaussure noire qui flotte dans un fossé boueux qui se jette dans un important canal de drainage, lequel passe dans les collines Robin Hood. La chaussure appartient à l'un des garçons. Une recherche ultérieure aux alentours du fossé mène à la découverte des corps. Les trois garçons sont nus et leurs bras sont retenus près de leur corps par les lacets de leurs chaussures : leur cheville droite est attachée à leur poignet droit lequel est tiré dans leur dos, de même pour leur cheville gauche et leur poignet gauche. Leurs vêtements sont découverts dans le fossé, quelques-uns enroulés autour de bâtons enfoncés dans la boue[15]. Les vêtements sont pour la plupart tournés à l'envers ; deux paires de sous-vêtements n'ont jamais été retrouvés. Le corps de Christopher Byers est lacéré à divers endroits, et son scrotum et son pénis sont mutilés[16].

Les autopsies, menées par le médecin légiste Frank J. Peretti, indiquent que Christopher Byers est mort de « blessures multiples[trad 2] »[16], alors que Michael Moore et Stevie Branch sont morts de « blessures multiples avec noyade[trad 3] »[16].

Initialement, la police a cru que les garçons aient été violés[15]. Plus tard, les témoignages d'experts ont remis en cause cette opinion malgré des traces d'ADN, en provenance de sperme, qui ont été découvertes sur une paire de pantalons retrouvée sur la scène du crime. Les experts de la poursuite ont affirmé que les blessures de Christopher Byers ont été provoquées par un couteau et qu'il a été sciemment castré par l'un des meurtriers ; les experts de la défense ont répliqué que les blessures ont été plus probablement provoquées par des animaux après la mort des garçons. La police a avancé que les garçons ont été attaqués et tués à l'endroit où les corps ont été trouvés ; des opposants ont soutenu qu'il est peu probable que l'attaque soit survenue près du ruisseau.

Christopher Byers est la seule victime qui avait des traces de médicaments dans le sang ; il avait obtenu une prescription pour du méthylphénidate (Ritalin) en janvier 1993, pour soigner un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H)[14]. Le premier rapport d'autopsie indique plutôt qu'il s'agit de carbamazépine, et que la concentration est sous le seuil thérapeutique. John Mark Byers a dit que Christopher aurait pu prendre ce médicament le 5 mai 1993[17].

Victimes[modifier | modifier le code]

Les trois victimes, Stevie Edward Branch, Christopher Byers et Michael Moore, sont en deuxième année à l'école primaire au Weaver Elementary School. Chacun a atteint le grade Wolf dans un club local de scouts et sont meilleurs amis[18].

Stevie Edward Branch

Stevie Edward Branch est le fils de Steven et Pamela Branch, qui ont divorcé lorsqu'il est bébé. Sa mère a obtenu la garde et a plus tard épousé Terry Hobbs. Il demeure avec sa mère, son beau-père et une demi-sœur âgée de 4 ans. Lorsqu'il disparaît, il est âgé de huit ans, mesure 4 pieds et 2 pouces de haut, pèse 65 livres et a les cheveux blonds. Il porte un jeans, un tee-shirt blanc et se promène sur un vélo noir et rouge[19].

Christopher Byers

Christopher Byers est le fils de Melissa DeFir et Ricky Murray. Ses parents ont divorcé alors qu'il est âgé de quatre ans. Peu après, sa mère s'est remariée à John Mark Byers, qui a adopté le garçon. Il demeure avec sa mère, son beau-père et son demi-frère âgé de 13 ans. Selon sa mère, il est comme tous les garçons de son âge : « Il croit encore au lapin de Pâques et au Père Noël[trad 4]. » Au moment de sa disparition, il est âgé de huit ans, mesure 4 pieds de haut, pèse 52 livres et ses cheveux sont brun clair. Il porte un jeans, des chaussures noires et un pull-over blanc[19].

Michael Moore

Michael Moore est le fils de Todd et Dana Moore. Il porte son uniforme scout même quand il ne va pas aux rencontres scouts. C'est le meneur des trois. Il demeure avec ses parents et une sœur de neuf ans. Au moment de sa disparition, il est aussi âgé de huit ans, mesure 4 pieds et 2 pouces, pèse 55 livres et a les cheveux bruns. Il porte un pantalon bleu, un chandail bleu aux couleurs de Boy Scouts of America, un chapeau scout de couleur orange et se promène sur un vélo de couleur vert pâle[19].

Suspects[modifier | modifier le code]

Baldwin, Echols et Misskelley[modifier | modifier le code]

Au moment de leur arrestation, Jessie Misskelley, Jr. est âgé de 17 ans, Jason Baldwin a 16 ans et Damien Echols a 18 ans[20]

Jason Baldwin et Damien Echols ont déjà été respectivement arrêtés pour des actes de vandalisme et de vol à l'étalage (en), alors que Jessie Misskelley a la réputation d'être d'humeur belliqueuse, prêt à se battre avec des condisciples à l'école. Jessie Misskelley et Damien Echols ont quitté leur high school, alors que Jason Baldwin a obtenu de bonnes notes et démontre un talent en dessin, incitant l'un de ses enseignants à lui suggérer d'étudier en graphisme dans un college[14]. Damien Echols et Jason Baldwin sont de bons amis. Ils ont les mêmes goûts pour la fiction et la musique, et rejettent la culture dominante de West Memphis, ville dont les habitants épousent les valeurs du Bible Belt[14]. Baldwin et Echols connaissent Misskelley, mais ne sont pas ses amis[14].

La famille de Damien est pauvre, recevant régulièrement les visites de travailleurs sociaux. Il fréquente sporadiquement l'école et s'est déjà enfui avec l'une de ses petites amies. Plus tard, les deux se sont introduits par effraction dans une caravane pendant une pluie torrentielle et ont été arrêtés, mais seul Damien a été condamné pour vol[14]. La police a été informée d'une rumeur qui affirmait que les deux désiraient un enfant et prévoyaient de le sacrifier lors d'un rituel. En s'appuyant sur cette rumeur, des policiers ont exigé que Damien Echols soit interné pour subir une évaluation psychiatrique. Il a nié avoir poursuivi un enfant avec une hache, mais a avoué avoir tenté d'arracher l'œil d'un camarade de classe et, pendant qu'il était en institution, a sucé le sang d'un autre garçon. Il a été diagnostiqué comme dépressif et suicidaire, et a reçu en conséquence une prescription pour un antidépresseur (de l'imipramine). Des tests ultérieurs ont montré qu'il possède de faibles compétences en mathématiques, mais a des aptitudes supérieures à la moyenne pour la lecture et à l'oral.

Damien Echols a passé plusieurs mois dans une institution psychiatrique de l'Arkansas et a reçu un diagnostic de « full disability » (« invalidité complète ») de l'Administration de la sécurité sociale[14]. Pendant le procès de Damien, pour le compte de la défense, le Dr George W. Woods a témoigné qu'il a souffert d'une « [...] sévère maladie mentale dont les symptômes caractéristiques sont des délires de grandeur et de persécution, des hallucinations auditives et visuelles, des pensées désordonnées, un manque important de perspicacité et des sautes d'humeur chroniques et invalidantes[14],[trad 5]. »

Lorsque le juge a demandé la peine de mort pour Damien Echols, le psychologue Woods a rapporté que, plusieurs mois avant les meurtres, le condamné a avancé qu'il avait obtenu de grands pouvoirs après avoir bu du sang humain[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « West Memphis Three » (voir la liste des auteurs).

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Although most of the genetic material recovered from the scene was attributable to the victims of the offenses, some of it cannot be attributed to either the victims or the defendants. »
  2. (en) « multiple injuries »
  3. (en) « multiple injuries with drowning »
  4. (en) « He still believed in the Easter Bunny and Santa Claus »
  5. (en) « ... serious mental illness characterized by grandiose and persecutory delusions, auditory and visual hallucinations, disordered thought processes, substantial lack of insight, and chronic, incapacitating mood swings[14] »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aux États-Unis, ce type de plaidoyer permet d'admettre sa culpabilité sans toutefois affirmer que l'on est coupable du crime dont l'on est accusé[6],[7],[8],[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Youth Is Convicted In Slaying of 3 Boys In an Arkansas City », The New York Times,‎ 5 février 1994 (lire en ligne) :

    « The prosecution said the slayings might have been part of a satanic ritual. »

  2. (en) Associated Press, « Arguments conclude in 'West Memphis Three' appeals », Arkansas Online,‎ 2 octobre 2009 (lire en ligne) :

    « Prosecutors claimed the killers sexually mutilated the boy in a satanic ritual. »

  3. (en) Leigh Lundin, « Not-so-cold Old Cases », Capital Punishment, Orlando, Criminal Brief,‎ 14 novembre 2010 (lire en ligne)
  4. (en) Dennis P. Riordan et Donald M. Horgan, « Second Amended Writ of Habeas Corpus », Riordan & Horgan (consulté le 31 octobre 2007)
  5. (en) Suzi Parker, « Fresh DNA evidence boosts defense in 1993 Arkansas slayings », Thompson Reuters,‎ 27 juillet 2011 (lire en ligne)
  6. (en) Robert E. Shepherd, Jr., « Annual Survey of Virginia Law Article : Legal issues involving children », University of Richmond Law Review, University of Richmond Law Review Association, vol. 34,‎ novembre 2000, p. 939
  7. (en) Editor, The Montana Lawyer, « Regular Features: Discipline Corner : Disbarment follows four years of disciplinary action against Kalispell lawyer », The Montana Lawyer, State Bar of Montana, vol. 23,‎ février1998, p. 23
  8. (en) C. Ronald Huff et Martin Killias, Wrongful Conviction, Temple University Press (ISBN 1-59213-645-1), p. 143, 289
  9. (en) Titan Barksdale, « (Not) Guilty – Lawyer in case that led to Alford plea says he worried about later questions », Winston-Salem Journal,‎ 28 mars 2007, B1
  10. (en) Gavin Lesnick, « Plea reached in West Memphis murders », Arkansas Online,‎ 19 août 2011 (lire en ligne)
  11. Leveritt 2003, p. 5.
  12. (en) Ashley Blackstone, « Damien Echols asks for new trial in West Memphis 3 murder case », Today's THV - Gannett, Arkansas Television Company,‎ 30 septembre 2010 (lire en ligne)
    • (en) (anonyme), Affidavit of Jamie Clark Ballard, County of Crittenden, State of Arkansas (lire en ligne [PDF]), p. 1-6
    • (en) (anonyme), Affidavit of Brandy Clark Williams, County of Crittenden, State of Arkansas (lire en ligne [PDF]), p. 7-9
    • (en) (anonyme), Affidavit of Deborah Moyer, County of Crittenden, State of Arkansas (lire en ligne [PDF]), p. 10-13
  13. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Leveritt 2003
  14. a et b (en) Michael Newton, The Encyclopedia of Unsolved Crimes, Infobase Publishing,‎ 2009 (lire en ligne), p. 391
  15. a, b et c (en) Frank J. Peretti et William Q. Sturner, Christopher Byers Autopsy, Arkansas State Crime Laboratory,‎ 10 mai 1993 (lire en ligne)
  16. (en) Brent E. Turvey, Criminal profiling : An introduction to behavioral evidence analysis, Academic,‎ 1999 (lire en ligne), p. 377
  17. (en) The Commercial Appeal, « West Memphis Three : Memphis Photo Galleries », The Commercial Appeal,‎ 2013 (lire en ligne)
  18. a, b et c (en) John Beifuss, « Pain tells how much life 3 slain boys had » The Commercial Appeal », The Commercial Appeal,‎ 9 mai 1993 (lire en ligne)
  19. (en) « 3 Teen-Agers Accused in the Killings of 3 Boys », New York Times,‎ 6 juin 1993 (lire en ligne)
  20. (en) Mark Caro, « In Search Of Evil », Chicago Tribune,‎ 2 octobre 1996 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mara Leveritt, Devil's Knot : The True Story of the West Memphis Three, Simon and Schuster,‎ 2003 (ISBN 0-7434-1760-7)

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • (en) Nathaniel Rich, « The Nightmare of the West Memphis Three », The New York Review of Books,‎ 4 avril 2013 (lire en ligne)