Walter Sickert

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Walter Sickert
Walter Sickert photo by George Charles Beresford 1911 (1).jpg

Walter Sickert photographié en 1911
par George Charles Beresford.

Naissance
Décès
Nom de naissance
Walter Richard Sickert
Nationalité
Activité
Formation
King's College School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Maître
Mouvement
Mécènes
Influencé par
Conjoints
Christine Angus (d) (à partir de )
Therese Lessore (en) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata

Walter Richard Sickert, né le à Munich en Allemagne, et mort le à Bath (Somerset, Angleterre), est un peintre postimpressionniste anglais. Sickert fut un artiste qui privilégia les sujets et les scènes populaires dans ses peintures.

Vie et œuvres[modifier | modifier le code]

Walter Sickert en 1884, photographie anonyme.

Son père, Oswald, était allemand et danois, et sa mère, Eleanor, était la fille illégitime de l'astronome Richard Sheepshanks. Jeune, Walter fut envoyé à la King's College School de Wimbledon, où il fit ses études jusqu'en 1878. Tout en étant fils et petit-fils de peintre, il commença d'abord une carrière d'acteur et fit quelques apparitions dans la compagnie de sir Henry Irving avant de s'initier à l'art comme assistant de James Abbott McNeill Whistler. Plus tard, il vint à Paris et rencontra Edgar Degas, dont les innovations sur la composition de l'espace pictural et le style graphique auront une forte influence sur son œuvre.

Il développa sa vision personnelle de l'impressionnisme, favorisant des coloris sombres donnant des effets saisissants et surnaturels. Suivant les conseils de Degas, Sickert peint en atelier, travaillant de mémoire et d'après des croquis comme pour échapper à la « tyrannie de la nature »[1]. Les premières œuvres de Sickert furent des évocations de scènes de music-halls de Londres, souvent dépeintes d'un point de vue complexe et ambigu. Ainsi, les relations spatiales entre l'orchestre, le public et l'artiste deviennent confuses, de même que les gestes des figures dans l'espace ou se reflétant dans un miroir. Les gestuelles isolées des chanteurs et acteurs ne semblent se tendre vers personne en particulier, et les membres du public sont portraiturés s'étirant et contemplant des choses non visibles dans l'espace pictural. Ces thèmes de confusion et d'incommunicabilité deviendront un trait caractéristique de sa peinture. Sickert s'est aussi concentré sur les motifs de papier peint dans ses tableaux, créant des arabesques décoratives abstraites, aplanissant l'espace tri-dimensionnel. Ses peintures, comme celles de Degas représentant des danseuses et artistes de café-concert, font la connexion entre l'artificialité de l'art en lui-même et les conventions de la performance théâtrale et le décor peint. Plusieurs de ses œuvres furent exposées au New English Art Club, un groupe d'artistes influencés par le réalisme français dont Sickert fut associé. À cette époque, Sickert passait la plupart de son temps en France et surtout à Dieppe où sa maîtresse et son fils illégitime vivaient.

Juste avant la première guerre mondiale, il soutint des artistes d'avant-garde : Lucien Pissarro, Jacob Epstein, Augustus John et Wyndham Lewis. À la même époque il fonda, avec d'autres artistes, le Camden Town Group des peintres britanniques, nommé d'après le quartier de Londres où il vivait. Ce groupe se réunissait de manière informelle dès 1905, mais fut officiellement établi en 1911. Le groupe était influencé par le postimpressionnisme et l'expressionnisme mais se concentrait sur des scènes de la vie urbaine ; Sickert lui-même disait préférer la cuisine au salon comme décor pour ses peintures[2]. Sickert va régulièrement faire le portrait de figures situées dans la frontière entre la respectabilité et la pauvreté.

Dawn Camden Town (ca 1909). Courtauld Gallery

En 1907, Sickert s'intéresse au « meurtre de Camden Town », l'assassinat d'une prostituée. Il peint plusieurs versions d'une scène dans laquelle un homme costaud se tient assis dans une pose désespérée sur un lit, une femme nue est étendue à ses côtés. Certaines fois, il exposait ce tableau sous le titre What shall we do for the rent ? (Qu'est-ce que nous devons faire pour payer le loyer ?) (impliquant que l'homme s'est redressé ayant peur de ne pas payer ses dettes tandis que sa femme dort), d'autres fois comme Le Meurtre de Camden Town (impliquant que l'homme vient juste de tuer la femme à ses côtés). Ce jeu sur les interprétations multiples de la même scène était le développement d'un genre pictural intitulé « image problématique ». Cette œuvre et d'autres furent peintes en impasto et dans des tonalités restreintes et proches. Plusieurs nus obèses furent peints à cette époque, dans lequel la chair des figures s'associait à l'épaisseur de la touche, dispositif qui plus tard sera repris par Lucian Freud.

Henry Tonks, Sodales : Mr Steer et Mr Sickert (1930), localisation inconnue.

Son intérêt pour le genre narratif victorien a aussi influencé son œuvre la mieux connue, Ennui, dans lequel un couple dans une pièce minable fixe le vide, montrant l'absence de communication. Dans ses dernières œuvres, Sickert adapta les illustrations d'artistes victoriens comme Georgie Bowers et John Gilbert, sortant les scènes hors de leurs contexte et les peignant comme des affiches où la narration et l'environnement spatial se dissolvent. Il nomma ces peintures ses « échos »[3]. Dans les années 1930, Sickert exécute des peintures d'après des photographies qu'il quadrillait pour pouvoir les agrandir sur la toile, le carroyage restant visible sur les œuvres terminées, ce qui du point de vue de ses contemporains annonçait une preuve du déclin de l'artiste. Ces techniques pourtant courantes à l'époque[4] préfigurent le travail que feront plus tard des peintres comme Chuck Close et Gerhard Richter.

Il est considéré comme un représentant marginal de la transition entre l'impressionnisme et le modernisme et une influence importante du style de l'avant-garde britannique des années 1920.

Un des plus proches amis et soutien de Sickert fut le magnat de la presse lord Beaverbrook, qui assembla la plus grande collection de peintures de Sickert dans le monde. Cette collection, et la correspondance privée entre le peintre et Beaverbook, sont conservées à la Galerie d'art Beaverbrook de Fredericton, au Nouveau-Brunswick (Canada).

Helena Swanwick, la sœur du peintre, fut une pacifiste et une féministe active du mouvement des suffragettes.

Sickert et Jack l'Éventreur[modifier | modifier le code]

Walter Sickert, Jack the Ripper's Bedroom (vers 1907), Manchester Art Gallery.

Le nom de Sickert a été associé à celui de Jack l'Éventreur. Le peintre lui-même fut intéressé par les crimes du tueur en série et croyait avoir habité dans le même logement que lui, se basant sur les dires de sa propriétaire qui suspectait un précédent locataire. Il peignit la chambre de ce logement, un espace sombre, menaçant, presque confus, et l'intitula Jack the Ripper's bedroom (la chambre à coucher de Jack l'Éventreur). Le tableau est conservé à la Manchester Art Gallery[5].

En 1976, le livre de Stephen Knight, Jack the Ripper : The Final Solution, prétendait que Sickert avait été forcé de prendre part comme complice aux meurtres de l'Éventreur. Cette hypothèse faisait partie de la théorie conspirationniste selon laquelle un membre de la famille royale était le tueur. Jean Overton Fuller, dans Sickert and the Ripper Crimes (1990), considérait que Sickert était le meurtrier et non un complice. En 2002, Patricia Cornwell, dans Jack l'Éventreur : affaire classée - Portrait d'un tueur, présente à son tour la thèse de la culpabilité de Sickert. En 2004, l'Oxford Dictionary of National Biography, dans son article sur Sickert, a réfuté ces théories en les traitant de « fantasmes »[6].

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Sickert à Dieppe - Portraits d'une ville, musée de Dieppe, du 25 juin au 26 septembre 2016.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Wendy Baron, Richard Shone et al., Sickert Paintings, New Haven et Londres, Yale University Press, 1992, p. 57.
  2. Baron et Shone, op. cit., p. 156.
  3. Richard Morphet et al., Late Sickert : Paintings 1927 to 1942, Londres, Arts Council of Great Britain, 1981, p. 102-103.
  4. Voir les photographies de José Maria Sert.
  5. manchestergalleries.org.
  6. Wendy Baron, « Sickert, Walter Richard (1860–1942) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

Annexes[modifier | modifier le code]

Catalogue de la Galerie Lefevre en novembre 1929

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Wendy Baron, Richard Shone et al., Sickert Paintings, New Haven et Londres, Yale University Press, 1992 (ISBN 0-300-05373-8).
  • (en) Richard Morphet et al., Late Sickert : Paintings 1927 to 1942, Londres, Arts Council of Great Britain, 1981 (ISBN 0-7287-0301-7).
  • (en) Richard Shone, Penelope Curtis, W R Sickert : Drawings and Paintings 1890-1942, Liverpool, Tate Gallery, 1988 (ISBN 1-85437-008-1).
  • (en) Osbert Sitwell, éditeur, A Free House! or the artist as craftsman : Being the Writings of Walter Richard Sickert.
  • Delphine Levy, Walter Sickert, Paris, Somogy Éditions d'art, 2016 (ISBN 978-2-7572-1104-5)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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