Walter Krivitsky

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Walter Krivitsky

Samuel Ginsberg, dit Walter Germanovich Krivitsky (en russe : Ва́льтер Ге́рманович Криви́цкий) (Pidvolotchysk, 28 juin 1899 - Washington, 10 février 1941) est un espion soviétique, qui fut chef des Services de renseignements soviétiques en Europe Occidentale avant de faire défection en octobre 1937.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de jeunesse[modifier | modifier le code]

Né en Galicie et militant communiste dès 1912, Samuel Ginsberg, adopta le nom de « Krivitsky » (un nom basé sur la racine slave « tordu ») comme pseudonyme lorsqu'il entra dans les services de renseignement militaire soviétiques en 1919, pendant la guerre civile russe. Il opéra comme agent de renseignement clandestin, avec de faux papiers et un faux nom, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Hongrie, aux Pays-bas, en France et en Espagne. Il s'éleva au rang d'officier traitant. On lui attribue le vol des plans de sous-marins et d'avions, l'interception de correspondances entre l'Allemagne nazie et le Japon, des livraisons d'armes au gouvernement républicain espagnol pendant la Guerre d'Espagne ainsi que le recrutement de nombreux agents, dont Magda Lupescu et Noel Field.

Chef du GRU en Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

En , alors que le GRU était passé sous l'autorité du NKVD, Krivitsky est renvoyé à La Haye pour poursuivre ses activités, il opère alors sous la couverture d'un antiquaire autrichien. Selon ses propres dires il était alors chef des Services de renseignements militaires soviétiques en Europe Occidentale avec le grade de Général.

La défection[modifier | modifier le code]

À cette époque, l'état-major de l'Armée rouge était l'objet d'une purge à Moscou, et Krivitsky ainsi que son ami proche, Ignace Poretski (également connu sous le nom d'Ignace Reiss), tous deux à l'étranger, étaient profondément perturbés. Poretski voulait faire défection, mais Krivitsky le retenait. Finalement Poretski fit défection et envoya une lettre de défi à Moscou. Son assassinat en Suisse, en provoqua la défection de Krivitsky à Paris, le mois suivant. Krivitsky commença à écrire des articles, prit contact avec Lev Sedov et des trotskistes. Il fit même par inadvertance des promenades avec un espion soviétique, Mark Zborowski, connu sous le nom de « Etienne », que Sedov avait envoyé pour le protéger. Sedov mourut mystérieusement en , mais Krivitsky réussit à échapper à des tentatives d'assassinat ou d'enlèvement en France.

États-Unis[modifier | modifier le code]

Anticipant la conquête de l'Europe par l'Allemagne nazie, Krivitsky prit un bateau pour les États-Unis à la fin de l'année 1938. Avec le journaliste Isaac Don Levine, il rédigea un compte-rendu de l'intérieur des méthodes secrètes de Staline sous le titre Staline's Secret Service (traduit en français sous le titre de Agent de Staline), publié en 1939. Krivitsky fut violemment attaqué par la gauche en Amérique jusqu'à la signature du pacte germano-soviétique, qu'il avait annoncé et qui lui donna raison. Partagé entre son attachement aux idéaux socialistes et sa détestation des méthodes de Staline, il estima qu'il était de son devoir de donner des informations, une décision qu'il lui fut moralement difficile de prendre, mais qui fit une profonde impression sur son nouvel ami, Whittaker Chambers, ancien communiste américain qui avait travaillé quelque temps pour les services secrets soviétiques[1].

Krivitsky témoigna devant le Comité Dies — qui deviendra plus tard le Comité des activités non-américaines de la Chambre des Représentants — en . En , il prit ensuite le bateau pour l'Angleterre sous le nom de « Walter Thomas » afin de révéler ses secrets aux services de renseignement britanniques, le MI5. La question de savoir s'il donna au MI5 des indices sur l'identité des agents soviétiques Donald Maclean et Kim Philby est sujet de controverse. Il est certain que le NKVD eut connaissance de son témoignage et lança des opérations pour le réduire au silence.

Il retourna en Amérique du Nord, mais dut d'abord séjourner au Canada, en raison de difficultés avec les Services américains d'immigration et de naturalisation. Il ne fut autorisé à revenir aux États-Unis qu'en .

L'assassinat de Trotsky au Mexique, en , le convainquit qu'il était désormais en tête de la liste du NKVD des hommes à éliminer. Il occupa ses deux derniers mois à New York à des projets d'installation en Virginie et à des projets d'écriture, mais il était aussi envahi par le doute et la peur. Le , il fut retrouvé mort à l'hôtel Bellevue — aujourd'hui The George — à Washington. Trois notes évoquant un suicide se trouvaient près du lit. On soupçonna un assassinat des services secrets soviétiques, mais Gary Kern, auteur d'une biographie récente, conclut que Krivitsky s'est suicidé.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Walter G. Krivitsky, I was Stalin's agent, London, Hamilton, 1939.
  • Walter G. Krivitsky, In Stalin's secret service : an expose of Russia's secret policies by the former chief of the Soviet intelligence in Western Europe, New York, Harper & Brothers, c1939.
  • Walter G. Krivitsky, Agent de Staline, Paris, Éditions Coopérations, 1940.
  • Walter Krivitsky, In Stalin's Secret Service: Memoirs of the First Soviet Master Spy to Defect, Enigma Books, 2000. (Trad. fr. : J'étais un agent de Staline, Paris, Champ Libre, 1979)
  • Walter Krivitsky, Gary Kern, MI5 Debriefing & Other Documents on Soviet Intelligence, Xenos Books, 2004. (ISBN 1-8793-7850-7)
  • Gary Kern, A Death in Washington: Walter G. Krivitsky and the Stalin Terror, Enigma Books, 2004. (ISBN 1-9296-3125-1)
  • Elisabeth K. Poretski, Les nôtres (1969), Arles, Actes Sud, 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir l'autobiographie de Whittaker Chambers: Witness (1952)