Waleed Al-Husseini

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Waleed Al-Husseini
Description de l'image Waleed Al-Husseini.png.
Naissance (27 ans)
Qalqilya
Nationalité Palestinien
Diplôme
Activité principale

Waleed Al-Husseini (en arabe وليد حساين الحسيني / Walyd Ḥusāyn āl-Ḥuseyny), né le à Qalqilya, est un essayiste et écrivain athée palestinien, fondateur du Conseil des ex-musulmans de France.

Il a acquis une notoriété internationale en 2010, année où il est arrêté, emprisonné et torturé en raison des articles qu'il a postés, critiques envers l'islam.

Critique et dissident, il fait l'objet de polémiques et de menaces. Il est l'un des plus médiatisés cyberactivistes issus du monde arabe et vit désormais en France, où il a cherché refuge et où il se positionne comme défenseur de ses valeurs républicaines et de laïcité.

Il est l'auteur d'une autobiographie Blasphémateur ! Les Prisons d'Allah parue chez Grasset en 2015[1], ainsi que d'articles dans Le Monde, La Règle du jeu ou Libération.

Biographie[modifier | modifier le code]

Waleed Al-Husseini naît en Cisjordanie. Il fait des études universitaires en informatique mais étant au chômage il aide quelques heures par jour son père dans sa boutique de coiffure. Des connaissances l'ont décrit comme un « gars ordinaire » qui prie régulièrement à la mosquée le vendredi[2].

En , l'Autorité palestinienne l'arrête pour avoir blasphémé contre l'islam sur Facebook et dans des messages postés sur son blog[3]. Son arrestation attire l'attention internationale sur la violation de ses droits[4].

Le , le New York Times écrit :

« L'affaire a attiré l'attention sur des questions épineuses comme la liberté d'expression. L'Autorité palestinienne considère l'insulte à la religion comme un délit et démontre la collision culturelle entre une société conservatrice et Internet[2]. »

Vers 20 ans, Al-Husseini passe beaucoup de temps connecté à Internet. Lorsque sa mère découvre des articles sur l'athéisme dans son ordinateur, elle résilie l'abonnement Internet, espérant ainsi qu'il renoncera. Cependant, il commence à fréquenter le cyber-café local où il passe jusqu'à sept heures par jour, isolé dans un coin[5].

Activité sur son blog et sur Facebook[modifier | modifier le code]

Publiant sous le nom de Waleed Husayen sur Facebook et sur son blog personnel, Al-Husseini, selon le New York Times, « avait attisé la fureur des musulmans sur la blogosphère en faisant la promotion de l'athéisme, en parodiant des versets coraniques, en pourfendant la vie du prophète Mahomet tout en discutant en ligne de façon sarcastique sous le nom de God Almighty, Allah Tout-Puissant. »

Dans son essai intitulé Pourquoi j'ai quitté l'islam sur son premier blog Noor al-Aqel (Lumière de la Raison ou du Sage), Al-Husseini a écrit que les musulmans « considéraient que quiconque abandonne l'islam serait un agent ou un espion à la solde des pays occidentaux, notamment d'Israël… Ils ne réalisent pas encore que toute personne est libre de croire à ce qui lui convient. »

Al-Husseini insiste sur le fait que cela ne veut pas dire que le christianisme ou le judaïsme seraient meilleurs que l'islam et qu'à son avis, toutes les religions sont constituées d'« un fatras de légendes hallucinantes et de bêtises, toutes en compétition pour le podium de la stupidité. » Al-Husseini rejette l'idée que l'islam serait une religion de tolérance, d'équité sociale et d'égalité. Il critique aussi le traitement réservé aux femmes par l'islam, ses handicaps (ses barrières) à la créativité humaine et les prétendus miracles scientifiques que contiendrait le Coran[6].

Les groupes Facebook qu'il a créés publient des centaines de commentaires indignés, des menaces de mort et relatent la constitution de plus d'une douzaine de groupes Facebook contre lui. À son apogée, le blog en langue arabe d'Al-Husseini attire plus de 70 000 visiteurs[7].

Arrestation et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Plusieurs mois durant, Al-Husseini fréquente un cyber-café à Qalqilyah[5]. Le propriétaire du local, Ahmed Abu Asab, trouve ses activités suspectes : « Des fois, il était là jusqu'après minuit, plus de huit heures d'affilée, toujours assis dans un coin. Il était très secret. Jamais il ne voulait qu'on regarde son écran[8]. » Faisant appel à un logiciel de surveillance, Abu Asab découvre les écrits sacrilèges d'Al-Husseini. Abu Asab dit que lui et trois autres amis savaient ce que faisait Al-Husseini et que « peut être quelqu'un » aurait informé les autorités[2].

Une fois l'Autorité palestinienne avertie, ses officiels le suivent pendant plusieurs semaines. Le 31 octobre 2010, Al-Husseni est arrêté alors qu'il se trouve dans le cyber-café[5]. En novembre 2010, l'agence de presse Ma'an News Agency rapporte la première fois l'arrestation du « blogueur controversé dont les publications sur Facebook rendaient furieux certains musulmans »[2],[9].

La sécurité de l'Autorité palestinienne ne donne aucune explication à Al-Husseini lors de son arrestation[5]. D'après un expert palestinien des droits de l'Homme, si Al-Husseini doit être inculpé, il le sera en conformité avec une loi jordanienne datant de 1960 contre la diffamation de la religion, toujours en vigueur en Cisjordanie[2]. Tayseer Tamimi, l'ancien juge islamique en chef dans la région, dit qu'Al-Husseini est la première personne arrêtée en Cisjordanie pour ses opinions religieuses[5].

En décembre 2010, une source de la Sécurité palestinienne dit qu'Al-Husseini continuerait de rester en prison pour sa propre protection : « Il est impossible de le libérer parce qu'il est à craindre que sa propre famille ne l'assassine. » Human Rights Watch invite l'Autorité palestinienne à l'inculper ou à le libérer, rappelant que le maintenir en garde à vue plus de 72 heures viole les lois palestiniennes[10].

Après dix mois d'emprisonnement, Al-Husseini est relâché sous caution, mais il est quelquefois arrêté puis retenu par la Sécurité plusieurs jours à chaque fois. Il est torturé lors d'une de ces gardes à vue. Les officiels de la Sécurité de l'Autorité palestinienne détruisent également ses deux ordinateurs et lui intiment l'ordre d'arrêter la publication de ses opinions sur Internet[11].

Dans son autobiographie Blasphémateur !, Al-Husseini explique que, craignant pour sa sécurité à cause de réactions négatives envers lui-même, il prit congé des siens (qui, selon lui, ne comprenaient pas son athéisme, mais le soutenaient encore en tant que leur fils) et s'est rendu en Jordanie, où il a demandé asile auprès de l'ambassade français. Selon Al-Husseini il a depuis été condamné à sept ans et demi de prison en son absence.

Vivant désormais en France, il a fondé le Conseil des ex-Musulmans de France (inspiré par The Council of Ex-Muslims of Britain) et a écrit un livre basé sur ses expériences (sorti, par coïncidence, juste après les attentats terroristes de janvier 2015 à Paris). Ses articles sont parus dans des magazines et journaux français et il a été invité à parler à la télévision. Il appelle notamment à la défense des principes de laïcité et le droit de pouvoir critiquer la religion fondamentaliste, y compris le droit de discuter librement de certains versets de textes religieux dont selon lui des extrémistes se servent pour justifier leurs actes.

Création du CEMF (Conseil des ex-musulmans de France)[modifier | modifier le code]

Le , Waleed Al-Husseini et une trentaine d'autres ex-musulmans fondent le Conseil des ex-musulmans de France[12].

Ce Conseil se présente comme « composé d’athées, de libres-penseurs, d’humanistes et d’ex-musulmans qui prennent position pour encourager la raison, les droits universels et la laïcité. » Il s’oppose à « toute discrimination et tous mauvais traitements » que justifierait « le respect de la religion », exige « la liberté de critiquer les religions » ainsi que « l’interdiction des coutumes, règles, cérémonies ou activités religieuses qui sont incompatibles avec ou violent les droits et libertés des peuples. » Il revendique également « la prohibition de toute coutume culturelle ou religieuse qui freine ou s’oppose à l’autonomie des femmes, à leur volonté et à l’égalité. » Le CEMF condamne « toute interférence par quelque autorité, familiale ou parentale, ou par les autorités officielles, dans la vie privée des femmes et des hommes et dans leurs relations personnelles émotionnelles et sexuelles, et leur sexualité »[13].

Une page Facebook est consacrée à l'activité du CEMF[14]. À ce sujet, Waleed Al-Husseini fut invité par France Inter à l'émission Ils changent le monde[15].

Réactions[modifier | modifier le code]

Qalqilyah et l'Autorité palestinienne[modifier | modifier le code]

À Qalqilyah la conservatrice, il paraît qu'il y a unanimité pour condamner ses actes et pour appeler à son exécution[8]. Un résident de 35 ans a dit : « Il devrait être brûlé vif et en public afin de servir d'exemple à d'autres »[5].

Des groupes palestiniens défendant les droits de l'Homme ont largement gardé le silence au sujet de son arrestation.[réf. nécessaire] Un juriste d'Al Haq, une organisation des droits de l'Homme basée à Ramallah déclarait : « Je respecte le droit d'Al-Husseini d'avoir ces opinions, mais il doit aussi respecter la loi, il y a des limites à la liberté d'expression »[2]. Il estime qu'Al-Husseini s'expose, pour cette offense, à une condamnation allant de trois mois à trois ans[8].

À l'international[modifier | modifier le code]

La cause d'Al-Husseini a eu des soutiens à l'international grâce à un groupe Facebook et plusieurs pétitions en ligne lancées en solidarité avec lui[2]. Le Collectif Areligieux (une organisation s'exprimant en arabe et basée en Jordanie) a fait circuler une pétition appelant à sa libération[16]. Human Rights Watch (HRW) a appelé à libérer Al-Husseini. Joe Stork, délégué auprès du directeur Moyen-Orient de HRW, a publiquement pris position en ces termes : « La Justice palestinienne devrait confirmer son intégrité en protégeant le droit à la libre expression et ordonner la libération de Hasayen ainsi que la garantie de sa sécurité »[17].

Le ministre français des Affaires étrangères a exprimé son inquiétude au sujet de cette arrestation :

« La France est concernée par les risques d'atteinte aux libertés fondamentales, tout particulièrement à la liberté d'expression, que contient le délit de blasphème[18]. »

Dans le Wall Street Journal, l'éditorialiste Bret Stephens écrit :

« Si les Palestiniens sont incapables de respecter un unique libre penseur, seul au milieu d'eux, ils ne pourront pas être libres dans le vrai sens du terme. Et si les États-Unis ne s'élèvent pas à ce sujet, nous ne le ferons pas non plus à plus longue échéance[19]. »

À propos de ce cas, un éditorial du Los Angeles Times posait une question :

« Est-ce que le nouvel État palestinien est en train de dériver vers des valeurs fondamentalistes et des lois islamiques, comme le voudraient bien des sympathisants du Hamas, ou bien fera-t-il le choix d'une société plus ouverte et plus démocratique ?[20] »

Diaa Hadid de l'Associated Press fit remarquer que « l'Autorité palestinienne soutenue par l'Occident fait figure d'un gouvernement des plus libéraux du point de vue religieux dans la région. Elle est majoritairement aux mains d'élites sécularisées qui ont souvent réprimé les activistes musulmans extrémistes liés au Hamas, son rival musulman conservateur. » Hadid suggère l'idée que la colère contre Waleed « serait le reflet d'un sentiment chez les musulmans que leur monde et leur foi sont attaqués par l'Occident[5]. » D'après l'agence de presse palestinienne Ma'an, alors que les convictions politiques laïques « ne sont pas rares », dans la société palestinienne, « l'expression d'opinions hostiles à la religion dominante est considérée plutôt comme une incitation que comme liberté d'expression »[9]. »

Excuses et regrets ?[modifier | modifier le code]

Début décembre 2010 est publiée sur son blog une lettre à sa famille où il présentait ses excuses pour avoir offensé des musulmans et implorait le pardon pour ce qu'il a appelé sa « stupidité ». Sous couvert d'anonymat, à cause du sujet très sensible, « un ami » selon le Washington post aurait dit alors que Al-Husseini avait posté cette lettre espérant ainsi sortir de prison[21][réf. insuffisante].

Selon Waleed al Husseini, interviewé par la journaliste Caroline Fourest dans l'émission Ils changent le Monde sur France Inter, diffusée en août 2013[15], c'est la police palestinienne, à son insu, qui a publié ces « excuses » — et effacé tous ses articles — grâce au piratage de son mot de passe au moyen d'un SMS intercepté.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rééditée en 2015.
  2. a, b, c, d, e, f et g (en) Isabel Kershner, « Palestinian Blogger Angers West Bank Muslims », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  3. Nour al Akl (نور العقل Lumière de la raison)
  4. (en) AFP, « Palestinian Blogger Angers West Bank Muslims », .
  5. a, b, c, d, e, f et g (en) Diaa Hadid (Associated Press), « Palestinian held for Facebook criticism of Islam », MSNBC, (consulté le 23 novembre 2010).
  6. Waleed Al-Husseini, « Pourquoi j'ai renié l'islam », sur la-voie-de-la-raison.blogspot.fr, (consulté le 20 juin 2013).
  7. (en) « Proud Atheist - Rational critics of religion, short articles by Waleed Al-Husseini » — Il postait aussi des traductions de ses textes en anglais sur le blog Proud Atheist.
  8. a, b et c (en) Jon Donnison, « Palestinian blogger facing prison for Islam 'insults' », BBC News, .
  9. a et b (en) Ma'an News Agency, « PA detains controversial blogger », (consulté le 23 novembre 2010).
  10. (en) AFP, « 'Atheist' Palestinian jailed 'for his own safety' », (consulté le 11 décembre 2010).
  11. (en) « Atheist Walid Husayin describes West Bank ordeal », sur breakingnews.ie, (consulté le 20 juin 2013).
  12. Article sur lefigaro.fr avec l'AFP - Création du conseil des ex-musulmans.
  13. La règle du jeu - Mise au point de Bernard Schalscha.
  14. Page Facebook du CEMF.
  15. a et b Ils changent le monde, France Inter, 15 août 2013, animée par Caroline Fourest.
  16. (en) Ma'an News Agency, « PA urged to free West Bank blogger », (consulté le 26 novembre 2010)
  17. (en) « West Bank : Free Suspected Blogger », Human Rights Watch, (consulté le 5 décembre 2010)
  18. (en) AFP, « France 'concerned' at Palestinian jailed for blasphemy blog », (consulté le 18 décembre 2010)
  19. (en) Bret Stephens, « Free Palestine! », The Wall Street Journal,‎ (lire en ligne)
  20. (en) « West Bank heretic », The Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  21. (en) Diaa Hadid (Associated Press), « Jailed Palestinian atheist sorry », The Washington Post,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Traduction[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]