Vol de l'aigle
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | France |
| Issue |
Napoléon Ier remonte sur le trône. |
| Changements territoriaux | aucun |
| Napoléon Ier Nicolas Louis Raoul Michel Ney (à partir du ) |
Louis XVIII Michel Ney (jusqu'au ) |
| 1 200 hommes |
| aucun mort | aucun mort |
Batailles
Guerre de Vendée et Chouannerie de 1815
Le Vol de l'aigle est l'expression usuelle qui désigne le retour en France de Napoléon Ier depuis l'île d'Elbe après son premier exil, entre le 1er et le , à partir duquel commence la période des Cent-Jours.
Déroulement
[modifier | modifier le code]Départ de l'île d'Elbe
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Au cours de ses 300 jours passés sur l'île d'Elbe, Napoléon active des réseaux civils et militaires et reçoit de France de nombreuses visites ; cela lui permet de se rendre compte d'une certaine déception des Français vis-à-vis de la Restauration, mais c'est surtout la crainte d'un débarquement allié et la peur d'être enlevé qui l'incite à partir.
Au cours du mois de , sept bateaux sont préparés pour accueillir l'Empereur et le millier d'hommes composant sa suite, dont les généraux Bertrand et Cambronne, ainsi que les armes et le matériel nécessaires. Le brick L'Inconstant, maquillé en navire britannique, est préparé pour accueillir Napoléon et une grande partie de ses soldats.
Le , des mouvements suspects lui ayant été signalés, le navire britannique le Partridge accoste sur l'île. Il la quitte peu après, mais son commandant, le capitaine Ady, rentre au port de Livourne et fait son rapport.
Le départ des sept navires a lieu le vers 21 heures. La flotte britannique, mise en alerte par le capitaine Ady, se met en route le 26 dans l'après-midi mais ne peut les intercepter[1].
Napoléon souhaite reconquérir son trône « sans verser une seule goutte de sang », il compte donc sur un ralliement massif des Français.
Débarquement à Golfe-Juan
[modifier | modifier le code]Le débarquement a lieu le à 13 heures. Napoléon est accompagné d'à peu près 1 200 hommes, et envoie un détachement composé de 25 soldats pour prendre Antibes, mais la ville refuse de se rendre et fait prisonniers les soldats. Après avoir installé son campement, l'Empereur envoie deux déclarations aux Français et aux soldats afin de justifier son retour. Il décide également de son itinéraire, renonçant à passer par la vallée du Rhône en raison des importantes garnisons qui s'y trouvent ainsi que de l'opinion provençale, majoritairement royaliste. Il choisit la route du Dauphiné.
Trajet de Golfe-Juan à Paris
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Le jeudi , Napoléon Ier effectue le trajet de 63 kilomètres séparant Golfe-Juan de Séranon[2]. Le lendemain, l'ex-empereur rejoint Barrême où il dort. Le samedi, Napoléon arrive à Malijai[2] ; Masséna, ancien maréchal d'Empire, passé au service du roi Louis XVIII, apprend le débarquement de « l'usurpateur » et en informe le roi par le télégraphe Chappe. Il envoie des troupes pour arrêter Napoléon, à la demande du roi[3]. Des renforts le rejoignent le . Le comte d'Artois (futur roi Charles X) se rend à Lyon, accompagné par le général Macdonald. Le général Marchand, fidèle au roi, ordonne au bataillon du 5e de ligne, commandé par Lessart (ou Delassart, suivant les versions), de marcher sur le défilé de Laffrey par lequel Napoléon doit passer[3].
Lessart commande avec le capitaine Randon (neveu du général Marchand) le régiment du 5e de ligne dépêché pour arrêter « l'ogre corse ». Il rencontre la troupe de l'empereur à proximité de Laffrey, dans ce qui sera appelé « la prairie de la Rencontre ». Le colonel Raoul, dans le camp bonapartiste, avance vers le commandant royaliste et annonce : « L'Empereur va marcher vers vous ! ». Lessart répond : « Je suis déterminé à faire mon devoir, et si vous ne vous retirez pas sur-le-champ, je vous fais arrêter ! »[3]. Il confie à ses officiers : « Comment engager le combat avec des hommes qui tremblent de tous leurs membres et qui sont pâles comme la mort ? »[3] À ce moment, des civils qui suivaient la troupe bonapartiste traversent l'espace entre les deux camps et vont vers les troupes royalistes. Ils lisent aux soldats du roi une proclamation de l'Empereur[4] :
Napoléon fait aussi un discours et prend à témoin les paysans qui le suivent[5] :
Les soldats discutent entre eux pendant trois quarts d'heure. Lessard est paralysé. Randon intervient ; il choisit des soldats dans l'avant-garde, les fait avancer, les fait agenouiller et mettre en joue, et donne l'ordre de tirer. Aucun ne fait feu. Un soldat aurait dit : « Est-ce mon chef de bataillon qui en donne l'ordre ? » Le capitaine redonne l'ordre de faire feu. Le même soldat aurait déclaré : « Je tirerai si mon chef de bataillon en donne l'ordre ! »[4]
Napoléon s'avance alors, seul, et demande aux soldats bonapartistes de reculer et de ne pas tirer. Il lance d'une voix forte : « Soldats du 5e, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi ! ». Il s'avance encore, ouvre sa redingote et déclare : « S'il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voilà ! ». Les cris de « Vive l'empereur » se font alors entendre ; le 5e de ligne rejoint Bonaparte, doublant les effectifs de la troupe[3].
Le 7e régiment de ligne, sur le chemin de Bonaparte par hasard[6], se rallie à lui peu avant Grenoble ; il est commandé par Charles de La Bédoyère, qui passe pour un royaliste alors qu'il est en réalité dévoué à l'Empereur[3]. La Bédoyère dit à ses hommes : « Je viens de recevoir l'ordre de me porter en avant et de m'opposer au retour de l'Empereur. Marchons-nous contre lui ou pour lui ? ». Les soldats répondent « Pour lui ! ». Deux mille paysans se rallient aux troupes bonapartistes, avant l'entrée dans Grenoble[3].

Napoléon poursuit sa route vers Vizille, puis le plateau de Brié et Angonnes, et redescend vers Grenoble en empruntant la longue avenue d'Eybens afin d'arriver devant la porte de Bonne. Le colonel chargé de garder la ville refuse d'ouvrir ses portes[6]. La Bédoyère monte sur un tertre et s'adresse aux militaires gardant la ville : « Soldats ! Nous vous ramenons le héros que vous avez suivi dans tant de batailles ; c'est à vous de le recevoir et de répéter avec nous l'ancien cri de ralliement des vainqueurs de l’Europe : Vive l'empereur ! ». Les soldats ouvrent le passage aux bonapartistes[6]. Bonaparte écrira : « Jusqu'à Grenoble, j'étais aventurier ; à Grenoble, j'étais prince. ».
Le Maréchal Ney promet au roi de France de ramener Bonaparte à Paris « dans une cage de fer ». Le jeudi , le roi de Prusse apprend le retour de Napoléon ; Louis XVIII refuse son aide, ainsi que celle des autres puissances européennes[7].
Le roi d'Angleterre apprend à son tour le retour de « l'aigle » en France. Napoléon quitte Bourgoin à 15 heures, laissant aux autorités royalistes en place à Lyon le choix de demeurer sur place ou de partir. À Lyon, les troupes du roi commandées par son frère le comte d’Artois, le duc d'Orléans (futur Louis-Philippe) et le général Macdonald refusent d'attaquer les bonapartistes[3]. Les commandants de l'armée quittent la ville le matin, suivis par le préfet Chabrol. Napoléon entre à Lyon, acclamé par une foule composée, notamment, de Canuts. Il reste deux jours à Lyon, reçoit les corps constitués de la ville, passe en revue des troupes sur la place Bellecour[2], rédige des décrets rétablissant son autorité (les « décrets de Lyon ») et instituant le retour du drapeau tricolore[3].


Le , Napoléon quitte Lyon à une heure du matin et, dans la matinée, arrive à Villefranche-sur-Saône ; il remonte la rue principale, acclamé, selon la chronique bonapartiste, par 60 000 personnes[2],[Note 1]. Il parvient à Mâcon à 19 heures. Une adresse aux Lyonnais est placardée sur les murs de la ville. Les puissances européennes se réunissent à Vienne et déclarent « l'usurpateur » hors-la-loi. Le maréchal Ney, toujours à la poursuite de Napoléon, est tiraillé entre le roi et Bonaparte. Celui-ci lui envoie un message : « Je vous recevrai comme le lendemain de la Moskova. ». Ney, envoyé pour attaquer l'Empereur, dit qu'il « ne peut pas arrêter l'eau de la mer avec les mains. »[3]. Il se rallie à Napoléon. Il fait afficher sa proclamation de Lons-le-Saunier, le même jour :
Ses soldats répondent : « Vive l'empereur ! »[3]
Joachim Murat, roi de Naples et allié de Napoléon, décide de déclarer la guerre à l'Autriche[7]. Le samedi , Napoléon reste à Auxerre. Il y rencontre le maréchal Ney à huis clos. Les témoignages divergent : les deux hommes auraient fortement haussé le ton. Napoléon aurait tancé le maréchal pour sa « défection » de 1814. Les troupes du maréchal Ney et celles de Napoléon ne s'affronteront pas. Les troupes impériales atteignent les 30 000 hommes[3]. Le ralliement de Ney fait impression à Paris. La Garde, aux ordres du maréchal Oudinot, rejoint Napoléon à Chaumont. À Auxerre, Bonaparte écrit à Marie-Louise sa troisième lettre depuis son départ de l'île d'Elbe[2].
Le dimanche , Napoléon atteint Pont-sur-Yonne ; Louis XVIII et son ministère quittent Paris. Le , Napoléon arrive à Paris. Le drapeau impérial flotte sur la ville. Le roi est à Abbeville. Dans la soirée, Bonaparte entre dans Paris, accueilli par une foule immense. Napoléon a reconquis son trône selon son objectif : « sans verser une seule goutte de sang »[3].
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Bruno Benoît et Jean-Philippe Rey, Les Cent-Jours, itinéraires politiques et géographiques, éditions du Poutan,
- Georges Blond, Les Cent-Jours, Julliard,
- Jean Tulard et Louis Garros, Napoléon au jour le jour, Tallandier, .
- Emmanuel de Waresquiel, Cent Jours : La Tentation de l'impossible. Mars-juillet 1815, Fayard, .
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Le chiffre de la population caladoise à cette date (environ 5 000 habitants) rend ce chiffre de 60 000 sujet à discussion.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Benoît et Rey 2014, p. 30-38.
- Benoît et Rey 2014, p. 41-74.
- Dmitri Casali, Antoine Auger, Jacques Garnier et Vincent Rollin, Napoléon Bonaparte, Paris, France Loisirs, 407 p. (ISBN 978-2-298-01771-7)
- « Napoléon Bonaparte : les Cent-Jours et le vol de l'Aigle. DOCUMENTAIRE. Saison 2. Épisode 18. »
- ↑ Jacques Olivier Boudon, Discours de Guerre, Editions Pierre de Taillac (ISBN 978-2-36445-178-0)
- Sylvie Yvert, Une année folle, Paris, Pocket, , 364 p. (ISBN 978-2-266-29846-9)
- « Retour de Napoléon d'Elbe: la carte toutes les 12 heures »
