Voix (instrument)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'opéra, notamment, fait usage de la voix comme instrument de musique.

La voix est utilisée comme un instrument de musique (elle est à ce titre considérée comme le plus ancien) lorsqu'elle interprète sa partie d'une œuvre musicale. La production du son vocal, ou phonation, est obtenue par l'envoi d'air à travers deux cordes vocales en vibration, situées dans le larynx, puis par amplification et résonance grâce aux différents « organes résonateurs », comme la cage thoracique, le pharynx, la cavité buccale ou les fosses nasales.

La voix humaine est capable de produire une très grande variété de fréquences. C'est en modifiant la tension, et surtout, l'épaisseur des cordes vocales, qu'il est possible de changer leur fréquence de vibration, ce qui a pour effet de faire varier la hauteur des sons émis par la voix. Toutes ces modifications sont le fruit d'actions neuro-cérébrales.

La voix humaine est aussi caractérisée par un son extrêmement riche qui se visualise sur un sonagramme sous la forme de traits plus ou moins lumineux représentant les nombreuses fréquences harmoniques d'amplitude variable. Ils sont disposés sous forme de strates à égales distances car ces fréquences sont toujours multiples de la fréquence fondamentale de la note chantée. Mais il existe en plus une multitude de fréquences intermédiaires de faible intensité visibles sur un spectrogramme. Les résonateurs jouent un rôle dans le timbre de la voix spécifique pour chaque individu en amplifiant ou en filtrant certaines fréquences. On remarque aussi l'apparition d'une forte intensité au niveau des formants qui permettent d'identifier chaque voyelle. De même on observe une ondulation sur toutes les fréquences quand la voix chantée est forte de manière à produire un vibrato. Dans ce cas le "formant du chanteur" au-dessus des formants vocaliques impressionne souvent l'auditoire à cause de la puissance sonore ainsi engendrée.

Technique[modifier | modifier le code]

La technique du chant est très complexe et sa maîtrise demande beaucoup de pratique. Lorsque l'on chante, ce ne sont pas seulement les cordes vocales qui se mettent en action, mais véritablement tout le corps. Les poumons sont la partie « soufflerie » de l'instrument. Ils fournissent l'air permettant de mettre en vibration les cordes vocales. Le diaphragme (le muscle des poumons) commande l'inspiration. Quand il est en position basse, il cesse son action. L'expiration de l'air se fait alors par les muscles abdominaux, transverses et obliques appuyés sur le grand-droit, eux-mêmes en rapport direct avec les viscères (foie, estomac, intestin…).

Le larynx renferme les cordes vocales, qui se tendent ou se détendent sous l'action complexe de plusieurs muscles. Pour permettre au chanteur d'émettre des sons de différentes hauteurs, le larynx se tend de façon plus ou moins accentuée. Quand il monte ou descend dans la trachée, il modifie la dimension de la caisse de résonance et modifie en conséquence le timbre, mais pas la hauteur du son. Ce sont les muscles intrinsèques du larynx qui agissent sur la hauteur du son produit : muscles adducteurs des plis vocaux ; un muscle abducteur des plis vocaux : le muscle crico-aryténoïdien postérieur ; et les muscles tenseurs des plis vocaux : le muscle crico-thyroïdien et le muscle thyro-aryténoïdien ou muscle vocal[1]. Les différents registres vocaux sont obtenus selon la tension et la déformation des plis vocaux induite par ces différents muscles. Les médecins parlent de registre épais inférieur et registre épais supérieur et de registre mince et petit registre[2].

Les professionnels de la voix, quant à eux, distinguent quatre façons d'émettre des sons vocaux, en rapport aux différents modes de fonctionnement du larynx, dits « mécanismes »[3] :

  • le mécanisme 0 dit voix craquée, « Fry » ou « strohbass ».
  • le mécanisme I dit « voix de poitrine », le larynx est parfaitement descendu dans la gorge, les sons sont timbrés. Exemple, la basse solo au début du Tuba Mirum du Requiem de Mozart. Il correspond aux registres épais inférieur et supérieur de la médecine[réf. nécessaire].
  • le mécanisme II dit « voix de tête » ou « falsetto », le larynx est monté dans la gorge, les sons sont minces et légers. Exemple l'« air de l’Arithmétique » dans L'Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel. Il correspond au registre mince et au petit registre de la médecine[réf. nécessaire].
  • le mécanisme III dit « voix de sifflet ». Il permet de produire des sons au-delà de 1 500 Hz, mais est très peu utilisé en chant.

Pour s'exercer, le chanteur pratique ce que l'on appelle des vocalises, exercices qui doivent amener le chanteur à une parfaite homogénéité de sa voix du grave à l'aigu. Pour ce faire la voix mixte permet justement de passer de la voix de poitrine à la voix de tête sans cassure de la voix.

Typologies vocales[modifier | modifier le code]

Cette typologie est uniquement valable pour les chanteurs et chanteuses lyriques car elle implique l'utilisation d'une technique de chant classique, notamment chez les femmes avec l'usage de la voix de tête à partir d'une certaine hauteur[4], tandis que la plupart des chanteuses de variété utilisent la voix de poitrine (ou voix « pleine »). Il existe différents types de voix ; masculine et féminine. On différencie communément les voix de femmes et d'enfants des voix d'hommes, les voix féminines et enfantines étant plus aiguës que les voix d'hommes (sauf exceptions) en raison de phénomènes hormonaux.

En effet les modifications morphologiques au niveau des cordes vocales et de l'ensemble de l'appareil phonatoire font que la fréquence fondamentale de la voix pour une même note baisse d'une octave chez les garçons pendant la mue alors que la voix change aussi pour les filles mais de manière moins marquée. C'est pour cette raison que la numérotation des notes baisse d'un degré pour les hommes et que la mélodie est écrite souvent en clef de fa. Ainsi, dans la représentation des tessitures vocales, les différents registres classiques entre hommes et femmes se suivent mais ne se superposent pas alors que les notes sur le clavier sont comparables.

La typologie classique, reprise entre autres par Hector Berlioz dans son Traité d'instrumentation et d'orchestration (1843), retient six principaux registres (grave/médium/aigu), nommées comme suit en termes musicaux :

  • Les sopranos, ou voix aiguës de femmes et d'enfants ;
  • Les mezzo-sopranos, ou voix moyennes de femmes et d'enfants ;
  • Les altos, ou voix graves de femmes et d'enfants ;
  • Les ténors, ou voix aiguës d'hommes ;
  • Les barytons, ou voix moyennes d'hommes ;
  • Les basses, qui comme leur nom l'indique correspondent aux voix graves d'hommes.

Cette classification se fait en fonction du timbre, de l'épaisseur, et de la tessiture de la voix, terme utilisé en musique pour désigner une échelle sonore définie, dans laquelle la voix peut émettre des sons aisément, en gardant une homogénéité de timbre. Dans son Traité de l'orchestration (1954), Charles Koechlin considère encore certains types de voix pouvant se rajouter à ces classifications, dont les contre-ténor et les haute-contre qui sont deux types différents de voix. Le premier est un ténor ou un baryton, chantant uniquement avec sa voix de tête un registre plus haut que celui des ténors. Le second est un ténor léger, maîtrisant avec une grande agilité la voix mixte et la voix de tête dans les aigus[5]. Il existe aussi des voix féminines qui utilisent le mécanisme de voix de poitrine pour chanter des notes plus basses encore que les contraltos. On en trouve beaucoup en Europe de l'Est par exemple dans la musique chorale bulgare.

Enfin, certaines voix virtuoses peuvent atteindre des notes extrêmement aiguës comme les sopranos légers colorature ou encore des notes très graves comme les basses profondes (ou basses « nobles »), souvent présentes dans la musique slave. Les notes extrêmes dans l'aigu (au-dessus du do4 pour les hommes, et au-dessus du do5 pour les femmes ou les enfants) sont également appelées « contre-[nom de la note] ». Exemple : le contre-ut du ténor correspond au do4, le contre-mi de la soprano au mi5.

Tessiture exceptionnellement étendue[modifier | modifier le code]

Afin de dissiper certains malentendus, il convient de rappeler que la tessiture désigne l'ensemble des notes, de la plus grave à la plus aiguë, qui peuvent être émises par une voix de façon homogène lors de l'interprétation acoustique d'un morceau musical. De nombreux chanteurs classiques peuvent atteindre, grâce à la technique vocale, plus de deux octaves exploitables entre voix de poitrine et voix de tête. On parlera de tessiture exceptionnelle au-dessus de deux octaves et demi. Cette distinction ne s'applique pas aux chanteurs pop, dont les performances peuvent être facilitées par l'amplification, voire corrigées informatiquement. Il n'est pas rare dès lors de constater dans ce domaine des tessitures de plus de trois octaves.

Chant classique[modifier | modifier le code]

Autres styles musicaux[modifier | modifier le code]

  • Ariana Grande : chanteuse pop américaine dont la tessiture couvre plus de 4 octaves, du dodièse3 au mi7.
  • Yma Sumac : chanteuse péruvienne. L'amplitude de sa tessiture atteignait, dit-on, 5 octaves[12].
  • Adam Lopez : chanteur australien détenant le record de la note la plus haute pour un homme[13]. Tessiture : du mibémol1 au dodièse6 en voix de sifflet, soit près de 5 octaves.
  • Tim Storms : détenteur depuis 2012 du record de la note la plus grave produite par un être humain (0,189 Hz soit l'équivalent d'un soldièse-1)[15],[16],[17].
  • Mariah Carey : chanteuse pop américaine ; sa tessiture couvre presque 5 octaves, de fa1 à si5 en voix de sifflet, elle descend pratiquement comme un baryton basse, une tessiture d'homme, même si elle a atteint à deux reprises le 6[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Bonfils et Jean-Marc Chevallier, Anatomie ORL, coll. Médecines-Sciences, Flammarion, 2005.
  2. Stéphane de Corbière et Elisabeth Fresnel, « Collège international de médecine et chirurgie », Hôpital américain de Paris, 2001.
  3. (en) N. Henrich, « On the use of electroglottography for characterisation of the laryngeal mechanisms », Proceedings of the Stockholm Music Acoustics Conference, August 6-9 (SMAC 03), Stockholm, , 2003.
  4. La Boîte vocale
  5. [1]
  6. Eve Ruggieri, La Callas, éd. Succès du livre, 2008, p. 85.
  7. (en) Callas: As They Saw Her, New York, Ungar Publishing Company, (ISBN 0-8044-5636-4).
  8. F. Haböck, Die Gesangkunst der Kastraten, Vienne, 1923 pp. 12 et 209.
  9. Gonzague Saint-Bris, La Malibran, éd. Belfond, 2009, p. 25.
  10. Gonzague Saint-Bris, La Malibran, op. cit., pp. 37, 104-105.
  11. Abeille musique
  12. Yves Laberge, « Nicholas E. Limansky, Yma Sumac. The Art Behind the Legend . New York, YBK Publishers, 2008 », Amerika. Mémoires, identités, territoires, no 12,‎ (ISSN 2107-0806, DOI 10.4000/amerika.6092, lire en ligne, consulté le )
  13. Atteinte lors de l'émission télévisée Guiness World Records en 2005.
  14. Dans Blessed Assurance enregistré avec la quatuor vocal Blackwood Brothers en 1966 et ressorti dans les albums Thank God For Kids (1984) et The Wait Is Over (1999)
  15. « Lowest Note by a Male », Livre Guinness des records.
  16. (en) « Greatest vocal range, male », Livre Guinness des records.
  17. « Découvrez la voix la plus basse au monde » sur le site de la RTBF.
  18. (en) « Carey’s Entire Octave Range Is Not Seven or Five » sur popdirt.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis-Jacques Rondeleux, Trouver sa voix, contrôler sa respiration, enrichir son timbre, élargir son registre vocal, Paris, Éd. du Seuil, (réimpr. 2004) (ISBN 978-2-02-063981-1).
  • Marie-France Castarède, La Voix et ses sortilèges, Paris, les Belles lettres, , 280 p. (ISBN 978-2-251-33431-8).
  • Richard Miller, La Structure du chant : pédagogie systématique de l'art du chant, Paris, IPMC Institut de pédagogie musicale et chorégraphique (diff. SEDIM), (ISBN 978-2-906460-15-7).
  • Guy Cornut, La Voix, Paris, Presses universitaires de France, , 5e éd. (ISBN 978-2-13-039666-6).
  • Yva Barthélémy, La Voix libérée, Paris, Robert Laffont, , 271 p. (ISBN 978-2-221-08838-8).
  • Jean-Pierre Blivet, La voie du chant : traité de technique vocale, Paris, Fayard, , 188 p. (ISBN 978-2-213-60469-5).
  • Yves Ormezzano, Le Guide de la voix, Paris, Odile Jacob, , 432 p. (ISBN 978-2-7381-0810-4).
  • Philippe Barraqué, La Thérapie vocale : se soigner par la voix, St Julien-en-Genevois Bernex/Genève, Éditions Jouvence, (ISBN 978-2-88353-246-5).
  • Stéphane de Corbière et Élisabeth Fresnel, La Voix : la corde vocale et sa pathologie, Hôpital américain de Paris, .
  • Pierre Bonfils et Jean-Marc Chevallier, Anatomie ORL, Médecines-Sciences Flammarion, .
  • Christian Guérin, Comment gérer sa voix : la voix des professionnels de la parole, enseignants, commerciaux, avocats, comédiens, chanteurs, politiques et "les autres", Aulnay (24 rue des , 17470, la Voix, , 101 p. (ISBN 978-2-9528724-0-9).
  • Bernard Baas, La Voix déliée, Paris, Hermann, coll. « Le Bel Aujourd'hui », , 413 p. (ISBN 978-2-7056-6956-0).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Voix solistes

Sur les autres projets Wikimedia :

Chœurs

Liens externes[modifier | modifier le code]