Vivre (film, 1952)

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Vivre
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Affiche du film.

Titre original 生きる
Ikiru
Réalisation Akira Kurosawa
Scénario Shinobu Hashimoto
Akira Kurosawa
Hideo Oguni
Musique Fumio Hayasaka
Acteurs principaux
Sociétés de production Tōhō
Pays d’origine Japon
Genre drame
Durée 143 minutes
Sortie 1952


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Vivre (生きる, Ikiru?) est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa et sorti en 1952.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film est structuré en deux grandes parties de durées inégales.

Dès l'introduction, un narrateur explique que le protagoniste est atteint d'un cancer de l'estomac, une maladie alors incurable. Il s'agit de Kanji Watanabe, un fonctionnaire veuf en fin de carrière, responsable du service municipal des Affaires publiques dans un arrondissement de Tokyo. Sa fonction se résume à écrire ou tamponner des formulaires, sans la moindre utilité concrète, et il a abandonné depuis longtemps toute initiative. Un jour, un comité de mères de famille vient déposer une requête auprès du service des Affaires publiques concernant un problème d'eau polluée sur un terrain vague où vont jouer leurs enfants, mettant leur santé en danger ; elles demandent à ce que la zone soit assainie, et suggèrent que celle-ci serait idéale pour la construction d'un parc de jeux. Mais M. Watanabe ne prend même pas la peine d'étudier leur requête, par habitude de la lourdeur de toute démarche au sein de l'administration, et rechignant à s'impliquer davantage en prenant une quelconque responsabilité. Les mères sont donc renvoyées au bureau des Travaux publics, où on les renvoie pareillement au bureau des Parcs, puis à la Santé publique, puis à la Planification urbaine, puis à l'Instruction publique, et ainsi de suite... chaque service s'avérant tout aussi inefficace et évasif, cherchant à se décharger sur les autres services. À force de persévérance, elles parviennent tout de même à obtenir une entrevue avec le maire adjoint d'arrondissement, qui feint de s'intéresser à leur plainte, mais il ne fait que les renvoyer vers la section des Affaires publiques, où le circuit recommence à l'identique... Excédées, elles se mettent à fulminer contre ces « tueurs de temps » que sont les fonctionnaires municipaux, et s'en vont. Un employé leur indique alors que le chef de section est absent, et leur suggère de formuler leur requête par écrit.

Lorsque M. Watanabe se rend dans un hôpital en raison de maux de ventre persistants, un patient se trouvant aussi dans la salle d'attente lui décrit de façon très détaillée les symptômes du cancer de l'estomac, ainsi que le type de discours que tiennent les médecins aux personnes atteintes de cette maladie équivalant à un « arrêt de mort », afin de leur cacher la vérité. Or il reconnaît précisément ses propres symptômes, et par la suite le discours du médecin correspond presque au mot près à ce qui vient d'être décrit : le déni de la gravité de sa condition est maintenu en dépit de ses supplications réitérées pour connaître la vérité, et plus le médecin se veut rassurant, plus son patient s'enfonce dans le désespoir, se sachant condamné. Après son départ, le médecin confirme à ses assistants qu'il ne reste à ce patient que six mois à vivre tout au plus. De retour chez lui, M. Watanabe est bouleversé ; la prise de conscience de sa mort prochaine lui fait réaliser l'inanité de la vie qu'il a menée et l'inutilité totale de son travail. De surcroît, il surprend par hasard son fils Mitsuo et sa belle-fille en train de parler de ses économies « qu'il ne pourra emporter dans sa tombe », ce qui accentue encore son désespoir. Alors qu'il n'a jamais pris le moindre congé depuis 30 ans (« non parce qu'il est indispensable mais pour que l'on ne s'aperçoive pas qu'il ne sert à rien », selon les termes d'une histoire drôle lue un jour par Mlle Odagiri, une jeune employée de son service, et dans laquelle il s'est reconnu sans oser se l'avouer à ce moment-là), il abandonne son poste et décide de faire une fugue, emportant une partie de ses économies, sans en aviser personne. Il se met à boire dans les bars, conduite relevant moins de la débauche que de l'auto-punition, voire du suicide étant donné sa condition. C'est là qu'il rencontre un écrivain, lequel est impressionné par sa grandeur d'âme découverte dans l'expérience de la souffrance et la conscience aigüe de sa finitude. M. Watanabe le sollicite afin qu'il l'initie aux plaisirs de la vie nocturne. Il rencontre alors une galerie de personnages hauts en couleur, mais ne parvient pas à véritablement se divertir, et encore moins à satisfaire sa quête de sens. Dans un cabaret, alors qu'un pianiste demande à l'assistance une suggestion pour la prochaine chanson, M. Watanabe demande timidement Gondola no Uta, une chanson des années 1910 qui lui rappelle sa jeunesse, et évoquant la brièveté de la vie, qu'il fredonne ensuite avec ferveur, irradiant l'assistance de l'intensité de sa souffrance.

Le lendemain, alors qu'il déambule sans but dans les rues, il rencontre par hasard Mlle Odagiri, une jeune employée de son service, qui justement le cherchait afin qu'il cachète son formulaire de démission, car elle a trouvé un nouvel emploi. Après un an et demi à la mairie, elle a décidé d'échapper à la bureaucratie. Son enthousiasme et sa vitalité sont irrésistibles pour M. Watanabe, et il la convainc de l'accompagner quelque temps. Lors d'une de leurs sorties, elle lui apprend qu'au bureau, pour tromper l'ennui, elle avait inventé des surnoms insolites pour chacun des membres du service, y compris M. Watanabe lui-même, qu'elle appelait « la Momie » — terme qu'elle regrette, estimant l'avoir mal jugé, mais qui le conforte dans l'opinion qu'il a de lui-même, lui qui s'est comporté durant pratiquement toute sa carrière comme un cadavre ambulant. Cette fréquentation fait soupçonner à Mitsuo que cette jeune femme est la maîtresse de son père et va dilapider son argent. Durant un dîner avec son fils et sa belle-fille, Kanji Watanabe ressent le besoin de se confier sur sa maladie, mais alors qu'il annonce péniblement qu'il voudrait lui parler de quelque chose d'important, Mitsuo, s'imaginant qu'il va lui avouer sa relation avec cette jeune femme, l'interrompt et se met à lui faire des reproches très acerbes, ce qui le plonge dans un profond désarroi, car il réalise qu'il ne peut même plus communiquer avec son fils, pour qui il a fait tant de sacrifices. En particulier, après la mort de sa mère, alors que Mitsuo était un jeune enfant, il a choisi de ne pas refaire sa vie auprès d'une autre femme et de rester veuf, ce malgré les remontrances de son frère, qui pressentait qu'il allait y laisser sa santé.

Lors d'une conversation dans un restaurant avec Mlle Odagiri, qui ne comprend pas pourquoi il veut la voir sans arrêt, et en vient à se sentir mal à l'aise lors de leurs rencontres, du fait de son comportement étrange et de sa mélancolie exacerbée, il finit par lui dévoiler sa maladie et son désespoir, mais aussi son besoin d'être en sa présence, elle qui est pleine de vitalité, alors que lui en est depuis longtemps dépourvu. Lorsqu'il lui demande avec insistance comment elle fait pour être si joyeuse, si vivante, elle répond d'abord qu'elle ne fait rien de spécial, puis lui explique qu'en fabriquant des jouets pour les enfants, elle a l'impression de leur apporter de la joie, d'être leur amie, et que de ce fait son activité, son travail ont un sens — contrairement à l'administration où il ne se passe rien, où l'on perd son temps et celui des autres. Contemplant le jouet qu'elle vient de poser sur la table, un petit lapin mécanique, M. Watanabe finit par trouver l'illumination : il consacrera le restant de sa vie aux autres, en premier lieu aux enfants, en utilisant enfin sa position pour accomplir quelque chose, un parc pour que les enfants puissent jouer en toute sécurité, concrétisant ainsi la pétition des mères de famille au début du récit. Alors que M. Watanabe part précipitamment, une assemblée de jeunes gens entonnent le chant Happy birthday à l'attention d'une de leurs amies qui vient de le croiser dans un escalier en arrivant au restaurant — la chanson paraît ainsi s'adresser à M. Watanabe lui-même et célébrer sa renaissance[1] ; mais en l'entendant, Mlle Odagiri reste prostrée, semblant prendre conscience du passage du temps qui pour elle aussi est compté.

Après une ellipse de cinq mois, le récit reprend peu après la mort de M. Watanabe, lors de la cérémonie funèbre qui réunit son fils, sa belle-fille, ses collègues et le maire d'arrondissement. Peu à peu, au fil de conversations entrecoupées de flashbacks disjoints, les circonstances de sa mort et les détails de son dernier combat sont élucidés : il s'est consacré à une cause pour laquelle il a déployé ses dernières énergies, à savoir la création d'un parc municipal à la place de ce terrain vague insalubre. Son combat était rendu très difficile par l'immobilisme de la bureaucratie, les querelles entre les différents services administratifs, et même les intimidations de la mafia locale (commanditée par des promoteurs véreux qui souhaitaient transformer cette zone en quartier de débauche) ; mais rien de tout cela n'a entamé sa détermination. Plus tard, lors de l'inauguration du parc, son rôle a été minimisé par le maire adjoint d'arrondissement qui présidait la cérémonie, lequel s'en est attribué le mérite dans une optique électoraliste. Le corps de M. Watanabe ayant été retrouvé sur le lieu même du nouveau parc, on raconte qu'il s'y serait donné la mort en guise de protestation silencieuse vis-à-vis de l'administration municipale. Lors de la cérémonie, le maire adjoint est très gêné quand des journalistes insinuent que la population n'est pas dupe, fustigeant à demi-mot sa mesquinerie, et plus encore quand le comité des mères vient se recueillir, laissant jaillir de fervents sanglots et rendant un hommage appuyé à M. Watanabe, contrastant avec les condoléances affectées de l'édile, qui prend congé peu après, prétextant une réunion. Grisés par l'alcool, les employés restés à la cérémonie, du service des Affaires publiques et de quelques autres services municipaux, se mettent à exprimer leur ressenti vis-à-vis de ces évènements : certains, par déférence, persistent à répéter la version officielle, critiquant M. Watanabe pour avoir outrepassé ses prérogatives, tandis que d'autres lui rendent un vibrant hommage ; M. Kimura, particulièrement ému, affirme que c'est M. Watanabe et lui seul qui a « enfanté » ce parc, tandis que M. Ohara fustige le nouveau chef de section, M. Ohno, pour avoir prétendu qu'il aurait agi de même dans de telles circonstances, estimant qu'ils sont tous des « déchets humains » en comparaison avec le défunt. Mitsuo découvre aussi au fil des conversations que son père se savait atteint d'un cancer et ne comprend pas pourquoi il ne le lui avait pas dit ; il comprend aussi que Mlle Odagiri n'était pas sa maîtresse, que toutes ses idées préconçues sur son père étaient fausses, et éprouve du remords en reconsidérant sa propre attitude.

Les circonstances de la mort de M. Watanabe sont révélées lors d'une des dernières scènes. Un agent de la police municipale qui patrouillait devant le nouveau parc raconte l'y avoir vu tard le soir faire de la balançoire, couvert de neige, en chantant d'une voix exaltée, semblant étrangement heureux ; mais, s'imaginant avoir affaire à un simple ivrogne, l'agent s'est abstenu de lui venir en aide, ce dont il est profondément désolé rétrospectivement. Un nouveau flashback montre en effet M. Watanabe sur une balançoire en train de chanter Gondola no Uta, cette même chanson qu'il avait demandé à entendre au cabaret quelques mois plus tôt, sonnant désormais comme un hymne à la vie. Ainsi, Kanji Watanabe est probablement mort de froid, fragilisé par sa maladie — et ce volontairement, car avant de partir ce soir-là il avait pris soin de laisser pour son fils une enveloppe contenant son sceau, son chéquier et des formulaires pour l'obtention de sa prime de retraite. Suite à ce témoignage bouleversant, les fonctionnaires et leur nouveau chef, ivres, s'engagent à suivre l'exemple de M. Watanabe, promettant d'en finir avec l'immobilisme et d'agir véritablement au service des citoyens.

Mais, de retour au bureau, la mécanique bureaucratique reprend vite le dessus. Lorsqu'une requête au bureau des Affaires publiques est promptement redirigée vers un autre service, M. Kimura, l'un des employés ayant prêté serment, se lève brusquement, semblant vouloir s'en insurger et enjoindre d'agir sur-le-champ, mais devant la passivité de ses collègues, et le mutisme intimidant de son nouveau chef, il se résigne en silence, retournant à sa tâche absurde, disparaissant derrière un monceau de dossiers accumulés sur son bureau. Plus tard, alors qu'il passe devant le parc, ce même homme qui a fugacement montré sa révolte observe en souriant les enfants qui jouent dans le nouveau parc, grâce à Kanji Watanabe.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

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Récompenses[modifier | modifier le code]

Sélections[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Roger Ebert, « Ikiru movie review & film summary (1952) | Roger Ebert », sur www.rogerebert.com (consulté le 10 février 2020)
  2. Antoine Oury, « Vivre d'Akira Kurosawa, en partie tiré de La mort d'Ivan Ilitch de Léon Tolstoï », ActuaLitté,‎ (lire en ligne)
  3. a b et c (ja) Vivre sur la Japanese Movie Database
  4. Les films japonais sortis en France en salle - denkikan.fr
  5. (ja) « Mainichi Film Awards - 7th (1952年) », sur mainichi.jp (consulté le 4 février 2020)
  6. (en) Stuart Galbraith, Japanese Filmography: A Complete Reference to 209 Filmmakers and the Over 1250 Films Released in the United States, 1900 Through 1994, Mcfarland, , 509 p. (ISBN 9-780786-400324), p. 482
  7. (de) « Programme de la Berlinale 1954 », sur www.berlinale.de (consulté le 4 février 2020)
  8. en, « BAFTA - Film - Foreign Actor in 1960 », sur awards.bafta.org (consulté le 4 février 2020)

Liens externes[modifier | modifier le code]