Le bourg de Vitrac est à 5 km au sud-est de Chasseneuil, 5 km au nord-ouest de Montembœuf, chef-lieu de son canton, 10 km à l'est de La Rochefoucauld, 12 km au sud-ouest de Roumazières-Loubert, et 28 km au sud de Confolens[1].
À l'écart des grands axes de circulation, la commune est desservie par la D.60 qui va de La Rochefoucauld à Suaux et Saint-Claud et qui passe au bourg; la D 27 de Montembœuf à Chasseneuil (qui va jusqu'à Villefagnan) passe au nord du bourg sur la crête, et la D 173 de Mazerolles à Chasseneuil qui lui est parallèle passe sur la crête au sud. La route nationale 141 entre Angoulême et Limoges, maillon occidental de la Route Centre-Europe Atlantique, passe 5 km au nord-ouest de la commune et contourne Chasseneuil par le sud.
L'ensemble de la commune est sur un plateau fortement incliné vers le nord-ouest, en appui sur le massif de l'Arbre au sud-est, premier mont du Massif central en venant de l'océan. Ce plateau est entrecoupé par de profonds vallons que forment des ruisseaux parallèles descendant du massif, et le bourg est niché dans une de ces vallées, qui s'évasent en allant vers le nord-ouest car les plateaux y sont plus bas.
Le sol est calcaire du jurassique inférieur, mais recouvert par un sol détritique d'argile rouge à silex datant du tertiaire et descendant du Massif central. Seule l'extrémité Est de la commune, en fond de vallée de Puyravaud, est occupée par du micaschiste, roche métamorphique du massif primaire qui commence à cet endroit et marquant la fin du Bassin aquitain[2],[3],[4].
La grotte du Cluzeau, au sud-est du bourg, est une grotte calcaire.
Le point culminant de la commune, d'altitude 254 m, est donc naturellement au sud-est au lieu-dit le Breuil. Le point le plus bas, 116 m, est sur la Bonnieure, au pied de Chez Fauquet au nord de la commune. Le fond du bourg de Vitrac est à l'altitude de 154 m, et le haut du bourg (Chez Galardeau ou la Grange) est à l'altitude de 180 m.
La commune est traversée du sud-est vers le nord-ouest par des ruisseaux parallèles qui descendent du Massif de l'Arbre et des communes de Montembœuf et Mazerolles, et qui se jettent tous dans la Bonnieure, affluent de la Charente, dans la commune de Chasseneuil à 1 km à peine après leur sortie de la commune.
Le Rivaillon prend sa source près de Montembœuf, et passe au bourg de Vitrac ainsi qu'à Saint-Vincent. Le ruisseau du Maine Goidou (ou la Gane), parallèle et à peine plus au sud, naît quasiment dans la commune, en limite de celle de Saint-Adjutory. La Retessière, ruisseau plus petit prenant sa source à la fontaine de la Broue, fait la limite sud-ouest de la commune.
La Bonnieure en amont de Chasseneuil marque la limite nord de la commune. Il faut compter aussi de nombreuses fontaines et retenues d'eau facilitées par la terre argileuse.
Le Rivaillon vu vers l'amont à Vitrac.
Le Rivaillon, vu du centre du village.
Réseaux hydrographique et routier de Vitrac-Saint-Vincent
Le territoire communal est couvert par le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) «Charente». Ce document de planification, dont le territoire correspond au bassin de la Charente, d'une superficie de 9 300 km2, a été approuvé le . La structure porteuse de l'élaboration et de la mise en œuvre est l'établissement public territorial de bassin Charente[7]. Il définit sur son territoire les objectifs généraux d’utilisation, de mise en valeur et de protection quantitative et qualitative des ressources en eau superficielle et souterraine, en respect des objectifs de qualité définis dans le troisième SDAGE du Bassin Adour-Garonne qui couvre la période 2022-2027, approuvé le [8].
Carte du réseau hydrographique de la commune de la commune de Vitrac-Saint-Vincent (France).
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat océanique altéré, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000[9]. En 2020, le climat prédominant est classé Cfa, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été chaud sans saison sèche[10]. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique altéré[11] et est dans la région climatique Poitou-Charentes, caractérisée par un bon ensoleillement, particulièrement en été et des vents modérés[12]. Elle est en outre dans la zone H2b au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves[13],[14].
Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de 11,8°C, avec une amplitude thermique annuelle de 3,3°C. Le cumul annuel moyen de précipitations est de 1 077 mm, avec 12,2 jours de précipitations en janvier et 7,5 jours en juillet[9]. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Montembœuf à 5 km à vol d'oiseau[15], est de 12,7°C et le cumul annuel moyen de précipitations est de 972,4 mm[16],[17].
La température maximale relevée sur cette station est de 40,1°C, atteinte le ; la température minimale est de −12,9°C, atteinte le [Note 1].
La commune est assez boisée, principalement à l'est. Le reste se partage surtout en riches prairies propices à l'élevage. L'ouest de la commune comporte plus de terres agricoles (céréales, fourrage).
Au , Vitrac-Saint-Vincent est catégorisée commune rurale à habitat très dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à 7 niveaux définie par l'Insee en 2022[19].
Elle est située hors unité urbaine[20] et hors attraction des villes[21],[22].
Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).
L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de donnéeseuropéenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (73,8% en 2018), en diminution par rapport à 1990 (75,1%). La répartition détaillée en 2018 est la suivante:
zones agricoles hétérogènes (38,8%), forêts (24,6%), prairies (19,3%), terres arables (15,7%), zones urbanisées (1,5%)[23]. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire: la carte de Cassini (XVIIIesiècle), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui)[Carte 2].
Carte des zones d'aléa retrait-gonflement des sols argileux de Vitrac-Saint-Vincent.
Les mouvements de terrains susceptibles de se produire sur la commune sont des glissements de terrain[26].
Le retrait-gonflement des sols argileux est susceptible d'engendrer des dommages importants aux bâtiments en cas d’alternance de périodes de sécheresse et de pluie. 99,1% de la superficie communale est en aléa moyen ou fort (67,4% au niveau départemental et 48,5% au niveau national). Sur les 322 bâtiments dénombrés sur la commune en 2019, 322 sont en aléa moyen ou fort, soit 100%, à comparer aux 81% au niveau départemental et 54% au niveau national. Une cartographie de l'exposition du territoire national au retrait gonflement des sols argileux est disponible sur le site du BRGM[27],[Carte 3].
Par ailleurs, afin de mieux appréhender le risque d’affaissement de terrain, l'inventaire national des cavités souterraines permet de localiser celles situées sur la commune[28].
La commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue survenues en 1982, 1983, 1999 et 2009. Concernant les mouvements de terrains, la commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par la sécheresse en 2005 et par des mouvements de terrain en 1999[24].
Le risque de transport de matières dangereuses sur la commune est lié à sa traversée par une ou des infrastructures routières ou ferroviaires importantes ou la présence d'une canalisation de transport d'hydrocarbures. Un accident se produisant sur de telles infrastructures est susceptible d’avoir des effets graves sur les biens, les personnes ou l'environnement, selon la nature du matériau transporté. Des dispositions d’urbanisme peuvent être préconisées en conséquence[29].
Vitrac est attesté sous la forme ancienne Vitraco en 1389[30].
L'origine du nom de Vitrac remonterait à un nom de personne gallo-romainVictorius auquel est apposé le suffixe -acum, ce qui correspondrait à Victoriacum, «domaine de Victorius»[31],[Note 2].
Saint-Vincent est attesté sous la forme ancienne Sanctus Vincenthus (non datée). Vincent, diacre de Saragosse, a été martyrisé à Valence en 304[32].
La commune est dans la partie occitane de la Charente qui en occupe le tiers oriental, et le dialecte est limousin[33]. Elle se nomme Vitrac en occitan[34].
L'aire géographique de Vitrac était selon toute vraisemblance peuplée par les Lémovices, peuple gaulois et celtique d'ascendance indo-européenne. Le territoire des Lémovices était riche en mines d'or, notamment en Haute-Vienne[35]. La monnaie de l'Angoumois était largement d'origine lémovice. Le casque d'Agris trouvé en Charente près de La Rochefoucauld témoigne de l'art celtique de l'époque, sans que l'on sache réellement le nom du peuple celte à qui l'attribuer. Avant l'arrivée des Celtes, des tribus autochtones, appelées «peuples mégalithes», étaient installées sur la région. Les Celtes sont arrivés en Gaule vers 700 av. J.C. La société gauloise (c'est-à-dire celtique) était codifiée et organisée entre le peuple d'une part (paysans, bergers et artisans) et les nobles d'autre part (aristocratie guerrière et druides)[36]. Au début de l’année 52 av. J.-C., les Lémovices sont parmi les premiers à rejoindre l’armée de Vercingétorix.
La voie romaine d'Agrippa, de Saintes à Lyon par Saint-Cybardeaux et Limoges, traversait la commune du sud-ouest au nord-est par Saint-Vincent et Margnac[37]. Des traces, à flanc de coteau, lui ont été attribuées près de la Vallade[38].
Les traces d'un camp antique ont été retrouvées au nord de la commune, à 100 m au nord du hameau de Chez Fauquet (aussi orthographié chez Fouquet) et surplombant la vallée de la Bonnieure; il fait 100 mètres de côté environ. Il est proche de celui des Peines, sur la commune de Chasseneuil-sur-Bonnieure[39],[38],[Note 3].
Au Moyen Âge, l'église de Vitrac était le siège d'un prieuré régulier, membre de l'abbaye de Saint-Maixent, dans les Deux-Sèvres. Conventuel à l'origine, ce prieuré a subsisté jusqu'à la fin du XVesiècle. Dès l'année 1580, le logis prieural tombait en ruines[40]. Un prieuré existait également dans le hameau de Cogulet dans la seconde moitié du XIIIesiècle: le prieuré Saint-Étienne de Cogulet dépendait également de l'abbaye de Saint-Maixent[41],[42].
Au hameau de la Motte, dominant le village de Saint-Vincent, se trouve la motte castrale de la seigneurie de Saint-Vincent: le Livre des fiefs de Guillaume de Blaye mentionne l'hommage rendu par Geoffroy de Saint-Vincent (Gauffridus de Sancto Vincencio) à Guillaume de Blaye[43].
La paroisse de Saint-Vincent possédait une église qui fut détruite au début du XVIIIesiècle car désaffectée. Les pierres de l'église servirent de pierre de construction aux bâtiments du village, dont le logis de Saint-Vincent où fut trouvé au XXesiècle une pierre tombale de style roman datée du XIIesiècle[44].
La famille de Mascureau est seigneur de Puyraveau aux XVeetXVIesiècles.
Le château de Saint-Vincent a appartenu aux familles de James puis de La Forterie, avant d'être la propriété après 1904 du marquis Horric de La Mothe-Saint-Genis[45].
En 1789, après la Révolution, les communes de Vitrac et de Saint-Vincent sont formées à partir de leurs paroisses respectives. Entre 1801 et 1806, les deux communes fusionnent[46].
Au début du XXesiècle, l'industrie dans la commune était représentée par une minoterie[40].
Juste avant la Seconde Guerre mondiale, le , les habitants de Siersthal en Moselle sont sommés de quitter leurs habitations, et sont accueillis dans leur exode par les habitants de Vitrac-Saint-Vincent où ils arriveront le . Ils y resteront pendant une année et des liens se sont noués entre les deux communes.
L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. Pour les communes de moins de 10000habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinqans, les populations de référence des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[47]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2005[48].
En 2023, la commune comptait 489 habitants[Note 4], en évolution de −6,14% par rapport à 2017 (Charente: +0,1%, France hors Mayotte: +2,36%).
La population de la commune est relativement âgée.
En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à 30 ans s'élève à 23,4%, soit en dessous de la moyenne départementale (30,2%). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à 60 ans est de 35,3% la même année, alors qu'il est de 32,3% au niveau départemental.
En 2018, la commune comptait 264 hommes pour 250 femmes, soit un taux de 51,36% d'hommes, largement supérieur au taux départemental (48,41%).
Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit.
Pyramide des âges de la commune en 2018 en pourcentage[50]
Hommes
Classe d’âge
Femmes
1,2
90 ou +
2,1
6,6
75-89 ans
10,3
27,7
60-74 ans
22,6
22,7
45-59 ans
23,0
18,0
30-44 ans
18,9
7,8
15-29 ans
8,6
16,0
0-14 ans
14,4
Pyramide des âges du département de la Charente en 2022 en pourcentage[51]
Eglise romane du XIIème siècle, Vitrac-Saint-Vincent
La première pierre fut posée en 1080 sous la tutelle du seigneur de Chabanais. Deux moines de l'abbaye de Saint-Maixent, frère Guillaume et frère Gauthier, vivaient tous deux vers 1080 dans une petite cellule proche de l'église paroissiale actuelle, rattachée au prieuré Saint-Maixent (Deux-Sèvres). L'église de Vitrac-Saint-Vincent est un édifice roman des XIIeetXIIIesiècles, dont la nef a été remaniée au XVesiècle, le portail est à trois voussures sur des colonnes à chapiteaux. Le clocher carré, très caractéristique de l'art roman, est percé de deux fenêtres sur chaque face. Comme la majorité des églises, elle est orientée selon un axe est-ouest, façade à l'ouest, chœur et autel à l'est.
Chapiteaux de l'église de Vitrac-Saint-Vincent
Les quatre chapiteaux qui ont subsisté sont ornés de motifs végétaux et d'animaux dont:
un chapiteau comprenant une paire de griffons se lissant les plumes (geste de perfectionnement spirituel), motif iconographique très répandu dans l'art roman, dont l'origine orientale (assyrienne) a été soulignée par de nombreux spécialistes de l'art chrétien[53]
un chapiteau comprenant deux figures léonines non ailées qui fusionnent en une seule tête, avec feuilles trilobées orientées vers le ciel
deux chapiteaux comprenant des ornements de feuilles d'acanthe très stylisées, d'inspiration gallo-romaine[54]
Modillons, façade de l'église de Vitrac-Saint-Vincent
On peut également observer sur la façade quatre modillons dont:
un modillon sur la droite représentant un monstre androphage qui tient un homme nu entre ses mains, jambes écartées et attachées, les membres supérieurs en passe d'être dévorés. Ici, le thème se rapporte à la punition d'un vice[55]
un modillon au centre de la façade représentant deux personnages vêtus, dos à dos et symétriques, tenant chacun une sorte de bâton, le tout représentant une des quatre vertus[55]
un modillon sur la gauche où l'on peut voir deux personnages vraisemblablement nus, sans pouvoir identifier l'ensemble de la scène (sexe proéminent? exhibitionnisme?)
un modillon érodé sur la droite donc peu lisible, toutefois on pourrait y deviner la tête d'un monstre engouleur
La fontaine de dévotion sur laquelle est bâtie l'église et qui jaillit à son chevet (l'extrémité de l'édifice) est placée sous le patronage de Saint-Maixent. On compte en Charente plus de soixante-dix fontaines miraculeuses, celle de Vitrac était réputée guérir l'épilepsie comme celle de Cherves-Châtelars. Cependant d'autres vertus lui étaient attribuées, notamment celles de guérir les enfants "abandonnés par le docteur"[56].
La paroisse de Saint-Vincent possédait également une église qui fut détruite au début du XVIIIesiècle car désaffectée. Les pierres de l'église servirent de pierres de construction aux bâtiments du village, dont le logis de Saint-Vincent situé à 500 m où fut trouvée au XXesiècle une pierre tombale de style roman datée du XIIesiècle[44].
Le village de Vitrac, traversé par le Rivaillon, a naturellement bénéficié de systèmes de savoirs traditionnels en lien avec les eaux. Sa fontaine miraculeuse ou "bonne fontaine" (au pluriel "las bonas fonts" en occitan) est repertoriée parmi les 70 fontaines miraculeuses de Charente. Cependant Vitrac possédait plusieurs fontaines guérisseuses. Le culte des eaux, très antérieur au christianisme, remonte aux temps du druidisme et des religions de la nature.
Durant la christianisation, il fut difficile d'éradiquer ces pratiques jugées "païennes" malgré les ordres d'interdiction du Concile d’Arles. Le christianisme autorisa finalement, non sans quelque réticence, les dévotions aux fontaines en y apposant le nom d'un Saint chrétien[57]. Il est intéressant de noter que le terme "paganisme", à large signification péjorative, provient initialement de l'occitan "pagans" qui désigne le paysan, mot dont l'étymologie dérive du latin pagus (pays) qui représente les «pagani», les «gens du pays», par opposition aux «alienus», c'est-à-dire aux étrangers, désignant les présences non-autochtones voire impérialistes[58].
Marc Leproux, ethnologue de la Charente limousine[59], rapporte au sujet des fontaines guérisseuses de Vitrac [56]:
Fontaine de dévotion devant la Mairie, avant son déplacement au chevet de l'église. Le monument aux morts fut érigé en 1919 à l'emplacement de l'ancienne fontaine.
"M.Bertrand déclare que l'on va à Vitrac pour l'épilepsie et les dartres: Babaud-Lacroze précise que les dartres disparaissent et que l'épilepsie guérit à la font des Terses ou des Tasses. Mme Fort, de Mouzon, ajoute que l'on va à Vitrac "pour les dormants" mais sans pouvoir dire de quelle affection il s'agit, ni à quelle fontaine il faut aller (1938). De son côté, Mme Angèle Michaud signale que l'on va à Vitrac pour les enfants atteints de convulsions, pour les enfants très malades même s'ils ne donnent plus signe de vie (...) Le jour de la grande Vote est le 24 juin; on y vend de l'eau. Mme Forestier, de chez Gallardou, se charge encore des dévotions (1943). M. Victor Bouyat, originaire de Vitrac, signale qu'une fontaine située autrefois à l'emplacement du Monument aux Morts a été déplacée. Elle était fréquentée pour l'obtention de la pluie. En 1944, on y fit encore deux processions."
Michèle Maury-Etchegoyhen, dans son livre "Aux tissus de Vitrac"[60], rapporte:
"En 1919, on érigea le monument aux morts devant la mairie et les écoles (...) On fut obligé d'enlever la fontaine de dévotion qui se trouvait là. En l'installant derrière l'église, on découvrit de vieilles tombes car autrefois le cimetière de Vitrac était là."
En Charente Limousine, le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, connu aussi sous le nom de la "Grande Vote" (fête votive), on faisait des offrandes végétales en fleurissant portes et fenêtres des maisons et des étables. Dans la région de Vitrac et de Cherves, le matin de la Saint-Jean, avant le lever de soleil, on allait chercher l'herbe de la Saint-Jean pour porter bonheur aux animaux[61].
L'Arbre de Mai puise ses origines dans une tradition occitane et celtique millénaire. Bien que Vitrac n'ait pas gardé cette tradition vivante, Jean-Louis Quériaud, écrivain et folkloriste confolentais, rapporte que les anciens de Charente limousine avaient pour coutume de célébrer ce renouveau de la nature par des fêtes: plantation d'arbres, décoration des maisons avec des branchages, danses[61]... Le premier mai était particulièrement riches en traditions en Charente limousine. "Les anciens savaient pourquoi: unissant le ciel et la terre de sa cime à ses racines, reverdissant chaque printemps comme le signe que tout se renouvelle, la vie, l'amour, le pouvoir... permettant tout simplement la vie, il est potentiellement immortel. Les hommes ont besoin des arbres, les arbres n'ont pas besoin des hommes[62]." note Marie-France Houdart.
Ce logis, situé au coeur du bourg, est composé d'une tour ronde couverte en poivrière, surmontée d'une girouette représentant un dragon médiéval. La tour est l'élément le plus ancien de cette bâtisse et daterait du XVIesiècle, les baies du logis en arc segmentaire sont du XVIIIesiècle. Ce fief appartenait en 1453 à noble homme André de Barbezières[63].
L'ancienne forge de Vitrac est un exemple d'industrie métallurgique en milieu rural, à l'initiative de riches propriétaires terriens, bourgeois ou d'extraction noble[64]. Datant de 1820, elle est inscrite monument historique depuis 1994[65],[66]. Cependant une forge plus ancienne semble avoir existé.
C'est grâce à l'existence de minerai de fer, de forêts de chênes et de marronniers, de cours d'eau, que les forges de Charente doivent leur implantation[64].
En 1840, la forge de Puyravaud est exploitée par Labonne, qui produit de la fonte et du fer. Elle emploie 34 ouvriers (28 hommes, 4 femmes et 2 enfants). Dans les années 1860, le haut-fourneau ferme en raison de la concurrence des industries du Nord et de l'Est de la France, ainsi que de l'Angleterre.
La halle de coulée est transformée en moulin à blé en 1873, par Raballet, nouveau propriétaire, qui maintient la forge en fonction pendant quelques années. Le moulin à blé et la forge sont par la suite démolis à une date inconnue[65].
Délimitation de la ZNIEFF sur Vitrac-Saint-Vincent
La commune de Vitrac-Saint-Vincent abrite une grande partie de la ZNIEFF de type 1 dite "Vallée du Rivaillon" (identifiant national 540003481)[67] d'une superficie de 260,6 hectares. La ZNIEFF joue un rôle essentiel pour la conservation de la biodiversité locale, en assurant la continuité des milieux naturels et la préservation d'espèces patrimoniales.
La Vallée du Rivaillon présente une grande diversité d'habitats naturels: chênaies acidiphiles, forêts de frênes et d'aulnes, prairies humides, étangs, ruisseaux et berges. Elle se distingue par une tonalité submontagnarde rare dans la région, avec la présence de plantes comme la véronique des montagnes (Veronica montana) ou la wahlenbergie à feuilles de lierre (Wahlenbergia hederacea).
La zone est reconnue pour son intérêt écologique élevé, notamment grâce à la présence d'espèces protégées ou menacées:
Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), un amphibien menacé au niveau européen, y possède sa plus belle population régionale.
Deux espèces de couleuvres sont recensées sur la zone, toutes deux protégées par l'arrêté du 8 janvier 2021[68]. Ces deux espèces sont inféodées aux milieux humides du Rivaillon et de ses annexes aquatiques:
Couleuvre helvétique, dite Couleuvre à collier (Natrix natrix) — présence avérée, statut de reproduction indéterminé
La grotte du Cluzeau (identifiant BRGM: POCAW0022021) est située à 500 mètres en amont du bourg, dans la ZNIEFF de la Vallée du Rivaillon. Il s'agit d'une cavité naturelle répertoriée dans la base de données nationale BDCavités, gérée par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), dans le cadre de l'inventaire départemental des cavités souterraines (hors mines) réalisé entre 2011 et 2013. Ses coordonnées géographiques en Lambert 93 sont X: 505 748, Y: 6 524 533.
Lac de Puyravaud.
L'étang de Puyravaud est mentionné dans la description générale de la ZNIEFF comme un plan d'eau «plus ou moins artificialisé par la pêche de loisirs». Il constitue donc un élément du paysage mais avec une valeur écologique moindre que les habitats naturels environnants: sa fonction est davantage récréative qu'écologique stricto sensu, et la pêche y figure d'ailleurs parmi les facteurs d'évolution à impact réel sur la zone.
La chanteuse belge Lio a acquis en 1993 une propriété à Vitrac-Saint-Vincent, rachetée par la commune en 2000. Lio a vécu au village pendant quelques années, entre 1993 et 1999. Elle garde des attaches avec la Charente[69].
↑Rien n'indique l'époque de ces camps. Ils peuvent être médiévaux, comme le camp de Sainte-Sévère sur la voie d'Agrippa près de Jarnac, qu'on a dit romain.
↑Population municipale de référence en vigueur au 1erjanvier2026, millésimée 2023, définie dans les limites territoriales en vigueur au 1erjanvier2025, date de référence statistique: 1erjanvier2023.
12Daniel Joly, Thierry Brossard, Hervé Cardot, Jean Cavailhes, Mohamed Hilal et Pierre Wavresky, «Les types de climats en France, une construction spatiale», Cybergéo, revue européenne de géographie - European Journal of Geography, no501, (DOI10.4000/cybergeo.23155, lire en ligne, consulté le )
↑Jean-Hippolyte Michon (préf.Bruno Sépulchre), Statistique monumentale de la Charente, Paris, Derache, (réimpr.1980), 334p. (lire en ligne), p.159
12Christian Vernou, La Charente, Maison des Sciences de l'Homme, Paris, coll.«Carte archéologique de la Gaule», , 253p. (ISBN2-87754-025-1), p.153
↑Jean-Hippolyte Michon (préf.Bruno Sépulchre), Statistique monumentale de la Charente, Paris, Derache, (réimpr.1980), 334p. (lire en ligne), p.151
12Jules Martin-Buchey, Géographie historique et communale de la Charente, édité par l'auteur, Châteauneuf, 1914-1917 (réimpr.Bruno Sépulchre, Paris, 1984), 422p., p.412
↑Jean-Martial Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, t.III: Provinces ecclésiastiques d'Auch et de Bordeaux, (lire en ligne), p.139
12Jean de Massougnes des Fontaines, La pierre tombale de Saint-Vincent, in: Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, t. 9, 1918, p. 47. (lire en ligne).
↑Site de l'inspection académique de la Charente, «Annuaire des écoles» (consulté le ).
↑Jean Arrouye, "La conversion des griffons" dans "Images et signes de l’Orient dans l’Occident médiéval", Aix-en-Provence, Presses Universitaires de France, , 390p. (lire en ligne), pages 7 à 26
12J. George et Alexis Guérin-Boutaud, Les églises romanes de l'ancien diocèse d'Angoulême, Paris, Kapp, , 345p., page 268
12Marc LEPROUX, Dévotions et Saints Guérisseurs, Contributions au folklore charentais, Paris, Presses Universitaires de France, , p.216, 217
↑Pierre AUDIN, "Un exemple de survivance païenne: le culte des fontaines dans la France de l'Ouest et du Centre-Ouest" dans "Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest", (lire en ligne)
↑Michèle Maury-Etchegoyhen, Aux tissus de Vitrac, Saintes, Le Croît Vif, , 206p. (ISBN978-2-36199-450-1), p.197
12Jean-Louis QUÉRIAUD, "Coutumes, contes et dictons de Charente limousine", La Couronne (16), CDDP de la Charente, , 175p., p.47-55
↑Marie-France HOUDART, "Arbres de mai, mai de l'élu(e): quand l'arbre célèbre toujours le pouvoir et la vie", Maïade Editions, 2015 (nouvelle éd. corrigée, revue et augmentée) 2008, 215p.
↑Jean-Paul Gaillard, Châteaux, logis et demeures anciennes de la Charente, Paris, librairie Bruno Sepulchre, (réimpr.2005), 893p. (OCLC908251975, présentation en ligne)
12Jacques Pinard, Les anciennes forges de Charente du XVI au XIXe siècle, Revue Norois N°122, Poitiers, (lire en ligne), p.353,362