Viticulture biodynamique

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La viticulture biodynamique est une approche issue de l'anthroposphie, de la culture de la vigne fondée sur les concepts de l'agriculture biodynamique. Les raisins qui en sont issus peuvent être vinifiés selon ces mêmes principes et donner un « vin biodynamique ». Celle-ci, comme l'ensemble de l'agriculture biodynamique, est sujette à controverse en raison de ses aspects ésotériques.

Historique[modifier | modifier le code]

Robinson et Parker, les deux chantres mondiaux de la biodynamie

La pratique de la biodynamie dans la viticulture devient très populaire à partir des années 2000[1] dans plusieurs régions viticoles, dont la France, la Suisse, l'Espagne, l'Italie, l'Autriche, l'Allemagne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l'Afrique-du-Sud, le Canada et les États-Unis[2],[3].

Cette expansion est favorisée par la prises de position de deux critiques anglo-saxons influents dans le monde du vin, Robert Parker[4] et Jancis Robinson. Robert Parker, très influent et puissant critique de vin, met en exergue dans les comptes rendus de ses dégustations les domaines qui pratiquent la biodynamie. Il conduit lui-même un vignoble de l'Oregon en biodynamie, dont il est propriétaire avec son beau-frère. Sa collègue, l'anglaise Robinson, une des essayistes du vin les plus connues de sa génération[réf. nécessaire], se déclare, elle aussi, favorable à la biodynamie. Confrontée aux critiques, elle réplique : « Si les producteurs sont contents des résultats, même mystifiés, pourquoi ne pas les laisser continuer ? »[5].

Avec l'engouement pour ces pratiques, des études se mettent place pour déterminer si les résultats des productions supposés meilleures sont réelles où non[6].

Le système agricole[modifier | modifier le code]

Analyse pédologique d'un vignoble
Tas de compost pour fumer le sol

Pour ses adeptes, « la biodynamie incarne l'idéal de l'autosuffisance écologique : l'unité du domaine viticole est considéré comme un tout vivant, cohérent et interconnecté[7]. ».

Pour mener un vignoble en biodynamie, il faut tout d'abord que celui-ci soit cultivé en agriculture biologique (préparation du sol sans labour, utilisation de compost, etc.). Il faut rappeler que ces pratiques se sont déjà révélés efficaces aussi bien sur la structure du sol, que sur la flore et la faune du sol ou bien encore sur le contrôle des maladies. Une efficacité qui est due tant aux ajouts des matières organiques qu'à la réduction de la densité du sol. Il est à souligner que ces techniques agricoles, dont l'intérêt est vérifié scientifiquement, ne doivent rien au mysticisme de la biodynamie.

Celle-ci en profite pourtant pour revendiquer une certaine crédibilité scientifique. Ce que dénoncent ses contradicteurs qui considèrent que si les vignes conduites en biodynamie résistent généralement bien aux infections et aux maladies, cela est dû uniquement au temps de travail et à l'attention que leur portent les propriétaires ou leur personnel. De plus, ils nient tout effet aux préparations ésotériques de Steiner et ne voient dans ces pratiques empiriques qu'un « assemblage de fadaises[8]. ». Pourtant, certains adeptes n'hésitent pas à utiliser des analyses pédologiques du sol ou chimiques comme la chromatographie. Mais les résultats de celles-ci restent cantonnés à « l'étude des forces vitales éthériques des plantes à travers la cristallisation sensible et la dynamolyse capillaire[incompréhensible] », techniques non testables scientifiquement.

Production[modifier | modifier le code]

Pratiques spécifiques en viticulture biodynamique[modifier | modifier le code]

La protection des cultures[modifier | modifier le code]

Dynamiseur pour préparations biodynamiques (création et rupture du vortex)

Aux fins de protection des cultures, la agriculture biodynamique exclut presque l'utilisation de pesticides de synthèse : seules sont autorisées les préparations d'origines minérale ou végétale (par exemple le soufre et le cuivre pour la lutte contre l'oïdium et le mildiou). Sur cette base, la lutte contre les maladies cryptogamiques se pratique fréquemment, avec un dosage en matière active faible et l'utilisation de tisanes préventives. Pour lutter contre le mildiou, le cuivre est utilisé sous forme d’hydroxyde de cuivre ou de bouillie bordelaise. Contre l'oïdium, le soufre est utilisé sous forme de soufre fleur en poudrage ou mouillable en pulvérisation[9].

La lutte contre les insectes et les animaux parasites est prise en compte par les partisans de la biodynamie. Elle commence par « l'incinération du parasite concerné un jour favorable au calendrier cosmique ». Ces cendres sont ensuite diluées plusieurs fois dans l'eau pour obtenir une solution homéopathique. Cette préparation se fait « sur la base de 1/10 suivie d'une dynamisation de trois minutes, le tout répété sept fois afin d'obtenir finalement une dilution appelée D8. La pulvérisation de D8 se fera de préférence un jour favorable au calendrier cosmique[9]. ».

Démonstration d'une dynamisation manuelle des préparations biodynamiques

Certain partisans de la biodynamie prétendent que l'efficacité de cette dilution biodynamique repose sur la mémoire de l'eau, concept inventé à la fin du XVIIIe siècle par Jacques Benveniste, dont les travaux n'ont aucun fondement scientifique fiable[10].

Défenses naturelles de la vigne[modifier | modifier le code]

Une étude de l'INRA publiée dans la revue Nature en 2018 a montré que des vignes conduites en biodynamie avaient des défenses naturelles plus importantes que celles conduites en viticulture conventionnelle, quels que soient le climat et la pression de pathogènes (comme le mildiou et l'oïdium, parmi les principaux), mais n'inclut aucune vigne en agriculture biologique pour comparaison[11],[12].

Certification[modifier | modifier le code]

Des organismes tels que Demeter en France et à l'international, et Biodyvin en France notamment, permettent la certification de viticulture en biodynamie pour un domaine viticole[13]. Cela représente en 2016 environ 400 certifications en France.

Controverses et critiques de la viticulture biodynamique[modifier | modifier le code]

La viticulture biodynamique demeure considérée par la plupart des scientifiques, agronomes et épistémologues comme une simple mode mystique ou un argument de marketing[14]. Dans son ouvrage Bacchus et moi, Jay McInerney cite Stuart Smith, qui tient le blog Biodynamics is a Hoax (« La biodynamique est un canular »), qui a écrit que « la biodynamie est une imposture et mérite le même niveau de respect que celui que nous accordons à la sorcellerie », ou encore, à propos de Rudolf Steiner[15] :

« Rudolf Steiner était complètement cinglé. C'était un charlatan doué d'une formidable imagination, une sorte de Timothy Leary défoncé au LSD avec le talent de P.T. Barnum pour le show-business. »

Cependant certains analystes comme Michel Onfray[16]. y voient aussi, plus sérieusement, un cheval de Troie d'apparence anodine pouvant servir à la banalisation des théories mystiques à tendance irrationaliste voire sectaire issues de Rudolf Steiner, dont sont issues des mouvements à l'ambition plus préoccupante, telles la médecine anthroposophique ou la pédagogie Steiner :

« Qu'un vin soit imbuvable, rien de bien grave. Que des agriculteurs vendent sur le marché des produits ayant goûté de l'extrait d'achillée en vessie de cerf ou de l'écorce de chêne dans le crâne de son chat domestique, rien de dramatique non plus. Mais que des médicaments et des soins soient prodigués à des malades ou des enseignements à de jeunes enfants selon les principes astrologiques, occultistes, ésotériques de l'anthroposophie, voilà qui est plus grave. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Œuvres autour du thème de la viniculture biodynamique[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Gregutt, Not Woo-Woo Anymore: More and more wineries are tasting the benefits of saving the soil, The Seattle Times, November 20, 2005. « Reprint copy »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 1er août 2014). Accessed 2008-07-12.
  2. Jack Everitt, Master List of 475 Biodynamic Wine Producers, as of July 10, 2008, Fork & Bottle. Accessed 2008-07-12.
  3. P. C. Howard, The Wine Alchemy Biodynamic Directory « Copie archivée » (version du 18 juillet 2011 sur l'Internet Archive), July 2008, Wine Alchemy. Includes the status of BD credentials. Accessed 2008-07-12.
  4. Évolution de la biodynamie, mis en avant par Parker
  5. Douglass Smith et Jesus Barquin, La biodynamie dans la bouteille de vin
  6. « Essai DOC en plein champs de divers systèmes de culture agricole. », FIBL Bio-Suisse,‎ (lire en ligne)
  7. Eco-Friendly Wines, The Daily Green, October 1, 2009
  8. Vin et biodynamie : l'autre culture des vins vivants
  9. a et b Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées domaine
  10. "Here lies one whose name was writ in water…" P. Ball, Nature News, published online 8 August 2007 DOI:10.1038/news070806-6
  11. « Viticulture / oenologie -Viticulture- : Les défenses naturelles plus élevées pour les vignes en biodynamie », sur Vitisphere.com (consulté le 20 février 2019)
  12. (en) Jean E. Masson, Anne Moneyron, Céline Clayeux et Damien Steyer, « Responses to climatic and pathogen threats differ in biodynamic and conventional vines », Scientific Reports, vol. 8, no 1,‎ , p. 16857 (ISSN 2045-2322, DOI 10.1038/s41598-018-35305-7, lire en ligne, consulté le 20 février 2019)
  13. « Bio et biodynamie : des vins labellisés », La Revue du vin de France,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juillet 2017)
  14. (de) Peter Treue, « Blut und Bohnen: Der Paradigmenwechsel im Künast-Ministerium ersetzt Wissenschaft durch Okkultismus », Die Gegenwart, Frankfurter Allgemeine Zeitung (archives), (consulté le 11 septembre 2016). « Sang et os : le changement de paradigme dans le gouvernement de Renate Künast remplace la science par l'occultisme » ; accès payant.
  15. Jay McInerney, Bacchus et moi, La Martinière, 432 p.
  16. Michel Onfray, Cosmos: Une ontologie matérialiste, Flammarion, , 573 p., chap. 4 (« Théorie du fumier spirituel »)