Violences éducatives ordinaires

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La fessée est l'exemple le plus connu de violence éducative ordinaire

Les violences éducatives ordinaires (VEO) sont une appellation qui regroupe les violences physiques, verbales et psychologiques qualifiées d'éducatives quand elles font parties intégrantes de l'éducation à la maison et dans tous les lieux de vie de l'enfant dont les écoles.

Dénoncées au niveau international, ces violences ont été définies et réprimées dans de nombreux pays, dont la France dans le cadre d'une loi relative à l'interdiction de ces agissements.

Présentation[modifier | modifier le code]

Les violences éducatives ordinaires (souvent présentées sous l'acronyme « VEO » dans les pays francophones[1]) se définissent comme un ensemble de violences physiques, verbales et qualifiées d’éducatives car elles font parties intégrantes de l’éducation à la maison et dans tous les lieux de vie où séjournent les enfants (écoles, foyers socio-éducatifs, centres d'hébergement) Elles sont également qualifiées d'ordinaires car celles-ci sont souvent quotidiennes, considérées comme banales, normales, quelquefois tolérées et parfois même encouragées. Elles peuvent également se manifester par des paroles dévalorisantes, humiliantes et blessantes[2].

Ces violences dites éducatives (ayant comme finalité d'« éduquer » les enfants) se présentent sous la forme d'une liste (non exhaustive) de violences physiques, violences verbales, violences psychologiques (et émotionnelles) et de négligences, voire de privations[3].

Violences physiques[modifier | modifier le code]

Au-delà des actions de maltraitance déjà définies par ce terme, les violences physiques peuvent se présenter sous la forme de châtiments corporels (fessée, gifle, secouement), forcer l'enfant à s'alimenter, à aller aux toilettes, lui prodiguer des soins sans le prévenir et sans attention.

Violences psychologiques[modifier | modifier le code]

Les violences psychologiques se définissent sous la forme de cris ou de haussements de voix pour l'effrayer, le réprimander, le brimer ou l'isoler durant un temps donné, jouer l'indifférence ou le laxisme, le punir, le priver ou le menacer, le rabaisser, le moquer ou créer des comparaisons entre enfants, ne pas respecter son intimité, le forcer à se dévêtir ou sans le prévenir, le laisser nu alors qu'il y est opposé et d'exposer son corps, jeter ses jouets sans son accord, etc.

Autres types de violences[modifier | modifier le code]

Il existe également des violences d'ordre culturel (lui imposer arbitrairement ses propres idées, des mutilations), le forcer à effectuer certains gestes (bises, câlins) alors qu'il s'y refuse[4].

Selon l'avocate française Valérie Piau, le harcèlement scolaire (violence commise entre enfants ou adolescents) peut déboucher en VEO lorsque l'élève victime se retrouve contraint de quitter son établissement voire le système scolaire, notamment dans la sphère des établissements privés. Selon cette avocate cette décision relève d'un « véritable dysfonctionnement dans le système de sanction du harcèlement à l'école. »[5].

Aspect médical et psychologique[modifier | modifier le code]

Dans le domaine de la psychopathologie et de la psychiatrie, la plupart des typologies de styles parentaux peuvent être concernées par les VEO : parents abusifs, parents narcissiques, parents surprotecteurs, voire également les parents hélicoptères qui peuvent pourtant être considérés comme bienveillants, mais cet agissement peut également concerner des parents tout à fait ordinaire qui pensent tout simplement « bien faire » ou « agir dans l'intérêt de l'enfant », enclanchant pourtant de véritables traumatismes.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Selon la psychanalyste Alice Miller, un enfant traumatisé dans le milieu familial présente de nombreux risques de suivre, et cela dès le plus jeune âge, le modèle destructeur qu’il a appris au domicile. Cette action peut entrainer des conséquences qu'il exercera contre les autres ou contre lui-même (manque d’estime de soi, manque de confiance dans les autres). Les enfants traumatisés présentent principalement une sensation d'insécurité et de la peur ou bien couvrent ces sentiments, les remplaçant par de l’agressivité[6].

Prévention[modifier | modifier le code]

le Dr Muriel Salmona, spécialiste des violences en milieu familial

Selon le Dr Muriel Salmona, psychiatre, qui se veut rassurante pour les parents : « Il n’est jamais trop tard pour adopter une éducation bienveillante et pour ne plus tolérer ces types de violences dans l’éducation des enfants ! » Ceux-ci doivent cependant demander de l'aide et des conseils, en se tournant vers les grands-parents souvent plus bienveillants ou vers des centres de PMI et des psychologues[7]. Cependant, avec l'appui du médecin de famille, un accompagnement pluridisciplinaire personnalisé pourrait permettre de mieux répondre aux attentes des parents et de permettre une réduction des actes de VEO[8].

Toujours selon le Dr Muriel Salmona, si le rôle des parents est bien de donner des règles et des limites aux enfants, il existe beaucoup d’autres moyens que de les punir avec des gestes violents; par exemple en adaptant son environnement et en lui expliquant les « choses » (les circonstances, les bons gestes, l'attitude à avoir etc...)[9].

Épigénétique[modifier | modifier le code]

Une étude a été réalisée par le Pr Mc Gowan et son équipe qui ont analysé les cerveaux de personnes s'étant suicidés et dont un tiers avaient été maltraités durant leurs enfance. Ces chercheurs ont alors constatés que ces cerveaux présentaient des caractéristiques spécifiques dans l'expression de leurs gènes et plus particulièrement au niveau de l'hippocampe[10].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Selon les informations indiquées dans la proposition de loi présentée par Maud Petit, députée du Val-de-Marne et accompagnée d'autres élus de l'Assemblée nationale française, 75 % des maltraitances caractérisées s'exercent dans un contexte de punitions corporelles dites « à but éducatif » dans le cercle familial. En octobre 2018, 53 pays, dans le monde, dont 22 des 28 de l’Union européenne, ont voté des lois interdisant toute forme de violence à l’égard des enfants.

Toujours dans le cadre du dépôt de cette proposition de loi, il est indiqué qu'une étude de l’Université d’Austin (Texas) qui regroupe les données de soixante quinze études réalisées sur une période de cinquante ans et portant sur treize pays et 160 000 enfants a été finalisée en 2018. Celle-ci révèle que « les punitions corporelles favorisent l’agressivité, une baisse de l’estime de soi, une baisse des performances, un comportement antisocial. »[11].

En France, l'observatoire national de la protection de l'enfance (ONPE) indique qu'à la fin de l'année 2016, le nombre de mineurs pris en charge en protection de l'enfance est estimé à 295 357 enfants et adolescents sur la France entière, soit un taux d'un peu plus de 20 % des moins de 18 ans[12]. En 2006, l'UNICEF estime que 275 millions d’enfants ont été témoins d’actes de violence en famille[13].

Campagne de sensibilisation[modifier | modifier le code]

Dans le cadre d'une campagne de sensibilisation lancée en avril 2019, Céline Quelen, fondatrice de l'association « Enfances sans violences », assistée par les docteurs Catherine Gueguen et Gilles Lazimi (coordinateur des campagnes contre les VEO) a créé un kit de sensibilisation des familles aux VEO.

Ce kit, mis à disposition des familles par des professionnels de santé et du secteur médico-social, se compose d’une part une affiche où il est écrit « Fessées, menaces, cris … et si on parlait ? » et qui invite le parent à se questionner et à interroger le professionnel chez qui il découvre le message et d'autre part une vingtaine de dépliants en libre service informant les parents des conséquences néfastes de ces violences sur la santé et le développement des enfants[14].

En mai 2019, l’association STOP VEO-Enfance sans violences lance une campagne de sensibilisation. un spot d'informationintitulé « Les mots que je ne te dirais pas » réalisé par Laura Sicouri est diffusé sur la chaine youtube de l’association et lancée sur diverse chaines digitales et social media. Au travers de ce petit film, l'association désire « faire prendre conscience aux parents, sans pour autant les stigmatiser, que les conflits et problèmes peuvent être réglés avec des mots et non par la violence »[15].

Lutte contre les VEO et actions publiques[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO)[modifier | modifier le code]

L’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire (OVEO) est une association loi de 1901, créée en 2005, sans conseil d’administration mais avec un bureau. Selon la page d'accueil de son site web, cette association a pour objet de « favoriser, développer et promouvoir le plus largement possible l'information de l'opinion publique et des responsables politiques sur la pratique de la violence éducative ordinaire, c'est-à-dire des diverses formes de violence utilisées quotidiennement dans les familles, les écoles, les institutions et dans toute la société pour éduquer les enfants »[16].

Son président est Jean-Pierre Thielland[17] et son fondateur Olivier Maurel, un ancien enseignant, auteur de plusieurs livres sur les violences éducatives[18] qui après s'être inscrit dans le parcours de la psychologue et psychanalyste Alice Miller, auteure de nombreux livres sur les souffrances de l'enfant publiés dans les années 80 et 90, s'est lancé dans la lutte pour dénoncer puis interdire les violences éducatives faites aux enfants[19].

Loi relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires[modifier | modifier le code]

La députée française Maud Petit est l'initiatrice du projet de loi qui interdit les violences physiques et psychologiques dans l’éducation de l’enfant.

Présenté par la députée du groupe MoDem Maud Petit, le parlement français a définitivement adopté une proposition de loi déjà votée par l’Assemblée nationale et qui interdit les violences physiques et psychologiques dans l’éducation de l’enfant[20].

Cette loi dite n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires stipule dans son article premier que « L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. », s'ajoutant ainsi à l'article 371-1 du code civil français[21]. Elle se compose de deux autres articles dont le troisième qui indique que le gouvernement remet au Parlement, avant le 1er septembre 2019, « un rapport présentant un état des lieux des violences éducatives en France et évaluant les besoins et moyens nécessaires au renforcement de la politique de sensibilisation, d’accompagnement et de soutien à la parentalité à destination des parents ainsi que de formation des professionnels concernés. »[22].

Violence au sein des institutions publiques[modifier | modifier le code]

La même année que la publication de la loi relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires, le Défenseur des droits évoque la carence des institutions publiques et indique que la nouvelle loi doit être inscrite dans le code de l’éducation et le code de l’action sociale et des familles. Il préconise également la mise en place au sein de chaque institution publique d’un dispositif de recueil de la parole et de l’opinion des enfants ainsi qu'une obligation de formation pour toutes les personnes intervenant auprès d’enfants dans un contexte difficile. Dans ce rapport il encourage également les pouvoirs publics à développer des unités médico-pédiatriques sur l’ensemble du territoire et de mettre en place une base de données des établissements et services sociaux et médico-sociaux afin de donner les moyens aux intervenants concernés de rendre plus efficaces les dispositifs existants[23].

En Belgique[modifier | modifier le code]

Malgré l'absence de loi spécifique au VEO en Belgique, le délégué général aux Droits de l'enfant de ce pays, Bernard de Vos, lance un avis en date du 19 avril 2019 encourageant le royaume à interdire les violences éducatives ordinaires, le futur cadre légal devant « s’accompagner de campagnes de sensibilisation et d’outils de « capacitation » et d’accompagnement des familles et des professionnels de l’enfance et de la jeunesse. »[24].

Au Royaume Uni[modifier | modifier le code]

En Grande-Bretagne, une loi promulguée en 1860 permettait aux parents d’infliger des châtiments corporels légalement à leur enfant d’où la devise « Spare the rode and spoil the child » ; littéralement traduit par « Épargner le fouet, c’est gâter l’enfant » ainsi 91 % des enfants y étaient battus. En 1998, la Chambre des communes a interdit les châtiments corporels dans les écoles du pays. En 2002, un réseau des églises pour la non-violence a publié un guide dans la volonté de donner des méthodes alternatives d’éducation positive en rempart à la violence éducative. Les associations comme « Barnados » et « Save the children » militent pour l’interdiction de châtiments corporels infligés aux enfants dans le milieu familial. Toutefois, en 2004, l’interdiction des châtiments physiques dans la sphère familiale a été refusée à la Chambre des Lords. Le gouvernement britannique permet aux parents d’infliger aux enfants une punition corporelle « raisonnable »[25].

Dans les autres pays[modifier | modifier le code]

Les premiers pays à faire entrer dans la loi le principe de l’éducation non violente sont les payas nordiques dont la Suède qui a légiféré dès 1979, suivie par la Finlande en 1983 et la Norvège en 1987. L'Autriche (1989), le Danemark (1997) la Lettonie (1998), la Croatie (1999), puis l'Allemagne et la Bulgarie en 2000 prennent des décisions similaires. C'est également le cas de nombreux pays hors d'Europe, tels que le Togo, le Kenya, la république du Congo, le Soudan du Sud, l'Uruguay ainsi que le Venezuela, le Brésil, l'Argentine, le Costa-Rica, le Honduras).

La Nouvelle-Zélande est le premier pays anglo-saxon à interdire les châtiments corporels, alors que les États-Unis s'y refusent au niveau fédéral. Parmi les États américains, dix-neuf d'entre eux autorisent encore les punitions physiques dans les écoles en 2019[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site levif.be, article "La douceur plus que la rigueur pour une éducation respectueuse et bienveillante", consulté le 7 février 2021.
  2. Site lesprosdelapetiteenfance.fr, "article La Violence Educative Ordinaire (VEO) selon Catherine Gueguen", consulté le 7 févier 2021.
  3. Google Livre "Châtiments corporels et violences éducatives: Pourquoi il faut les interdire" de Muriel Salmona, édition Dunod.
  4. Site enfancesepanouies.wordpress.com, article "Listinge des violences, consulté le 7 février 2021
  5. Site magicmaman.com, interview de Valérie Piau "Violences en milieu scolaire : comment expliquer que la victime doive quitter l'établissement ?", consulté le 7 février 2021
  6. Site apprendreaeduquer.fr, page "Les conséquences des violences éducatives (y compris ordinaires)", consulté le 7 février 2021.
  7. Site lamaisondesmaternelles.fr, article "L’impact des violences éducatives sur les enfants", consulté le 7 février 2021.
  8. Site dumas.ccsd.cnrs.fr, Caroline Lombard "Prévenir les Violences Éducatives Ordinaires en médecine générale : représentation et attentes des parents", consulté le 7 février 2021.
  9. Site scienceshumaines.com, article "Violences éducatives : de quoi parle-t-on ? Rencontre avec Muriel Salmona", consulté le 7 février 2021.
  10. Google Livre "Parents épuisés: Stop à la surenchère émotionnelle et éducative pour éviter le burn-out parental de Valérie Duband, éditions Eyrolles
  11. Site assemblee-nationale.fr, page "Proposition de loi nº 1331 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires", consulté le 7 février 2021.
  12. Site familipsy.com, article "Les clefs pour comprendre l'impact de la violence éducative ordinaire", consulté le 7 février 2021.
  13. Site unicef.fr, page "la violence contre les enfants en chiffre", consulté le 7 février 2021.
  14. Site lesprosdelapetiteenfance.fr, article "Violences éducatives ordinaires : une nouvelle campagne de sensibilisation et de prévention qui donne des outils", consulté le 7 février 2021.
  15. Site monenfant.fr, page "Une campagne contre les violences éducatives ordinaires, consulté le 6 février 2021.
  16. Site oveo.org, page d'accueil, consulté le 7 février 2021.
  17. Site lespetitscitoyens.com, page "Jean-Pierre Thielland", consulté le 7 février 2021.
  18. Site labophilo.fr, intrview, d'Olivier Maurel, consulté le 7 février 2021.
  19. Catherine Vincent, « Alice Miller », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 28 décembre 2016)
  20. Site huffingtonpost.fr, article de Marine Lebretion, consulté le 7 février 2021.
  21. Site legifrance.gouv.fr, page "Loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires", consulté le 7 février 2021.
  22. Site du Sénat, tableau historique de la proposition de loi sur l'interdiction des violences éducatives ordinaires, consulté le 8 février 2021.
  23. Site dalloz-actualite.fr, article d'Emmanuelle Maupin "La part des institutions publiques dans les violences faites aux enfants", consulté le 7 décembre 2021.
  24. Site dgde.cfwb.be, page "Droits de l'enfant. Communique de presse du 2 mai 2019, consulté le 7 février 2021.
  25. Site la-croix.com, article de Camille Sarlin "La fessée reste autorisée en Grande-Bretagne", consulté le 7 février 2021.
  26. Site lemonde.fr, article d'Anne-Aël Durand "En carte : la France devient le 56e pays à interdire la fessée", consulté le 7 février 2021.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alice Miller : L'enfant sous terreur (Du sollst nicht merken), Aubier, 1986 (ISBN 978-2700721065)
  • Olivier Maurel : La Fessée, Cent questions-réponses sur les châtiments corporels (éditions La Plage, 2001), réédité en 2004 puis 2015 sous le titre La Fessée, Questions sur la violence éducative.
  • Olivier Maurel : La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines (éditions L’Instant présent, 2012).
  • Muriel Salmona : Châtiments corporels et violences éducatives. Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses, Paris, Dunod, 2016 (ISBN 978-2-10-075502-8).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Amélie Charruault : La mesure des violences intrafamiliales sur mineur-e-s. Une comparaison des enquêtes nord-américaines et françaises (Revue des politiques sociales et familiales Année 2019 133 pp. 37-49) [lire en ligne]
  • Elise Lambert : Gronder, punir ou frapper son enfant : ces "violences éducatives ordinaires" que des parents tentent d'abolir sur le site de France-Info, publié le 03/01/2021 [lire en ligne]