Villa Savoye

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Villa Savoye
Villa Savoye.jpg
Présentation
Type
Villa
Style
Architecte
Matériau
Couverture en béton, structure en béton arméVoir et modifier les données sur Wikidata
Construction
1931
Destination initiale
Villa de week-end
Destination actuelle
Musée
Propriétaire
Statut patrimonial
Site web
Localisation
Situation
82 rue de VilliersVoir et modifier les données sur Wikidata
Poissy
Île-de-France, Yvelines
Flag of France.svg France
Coordonnées
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La villa Savoye est une villa construite de 1928 à 1931 par l'architecte Le Corbusier, sur la commune française de Poissy, dans les Yvelines. Située sur un terrain de sept hectares, cette construction, baptisée « les Heures claires » par ses propriétaires et qualifiée de « machine à habiter » par son architecte, achevait la période dite des villas blanches de l'architecte. Elle est constituée d'un parallélépipède blanc soutenu par de fins pilotis et couverte de fenêtres en bandeau et surmonté de toits-terrasses. Elle mesure 9,40 m de haut, 21,50 m de long et 19 m de large. Le site est classé, avec 16 autres œuvres architecturales de Le Corbusier, au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2016.

Présentation[modifier | modifier le code]

Villa de week-end pour la famille Savoye (Pierre, cofondateur à Lille en 1907 de la société de courtage d'assurance Gras Savoye[3] et son épouse Eugénie[4]) qui accepte le projet, c'est un manifeste de modernité qui affirme une volonté architecturale satisfaisant « à l'intérieur, tous les besoins fonctionnels ».

Le Corbusier décrit les Savoye comme des clients « dépourvus totalement d'idées préconçues : ni modernes ni anciens »[5]. La villa est une « boîte en l'air »[6] située dans une pelouse entourée de prairies et de vergers dominant la vallée de la Seine. Elle est la parfaite illustration issue des recherches formelles sur la théorie des cinq points de l'architecture moderne formulée par le concepteur suisse en 1927, pour théoriser les principes fondamentaux du Mouvement moderne : les pilotis, les toits-terrasses, le plan libre, la fenêtre en bandeaux et la façade libre.

Pour réaliser sa villa idéale, Le Corbusier ignore la plupart des demandes de la famille Savoye (une grande pièce de séjour au rez-de-chaussée, la possibilité d'extension entre autres choses). La villa ne sera que peu habitée par la famille Savoye car elle n'est adaptée ni au site, ni au climat, ni aux habitants : très vite apparaissent les fissures, les fuites d'eau, l'humidité (inhérentes à la conception du bâtiment) ; la villa est impossible à chauffer et les pièces ont une mauvaise isolation phonique.

Plan de la villa[modifier | modifier le code]

La Villa Savoye est construite sur pilotis qui libèrent le sol de l'emprise du rez-de-chaussée, augmentant la surface du jardin. Ils soutiennent le premier étage qui est le véritable espace de vie de la maison. Le rez-de-chaussée est destiné aux domestiques et au garage. La buanderie, bénéficie du meilleur ensoleillement de la maison. Il y a également un solarium sur le toit. On accède au premier étage par une rampe en pente douce depuis l'entrée ou par un escalier en colimaçon. Une grande partie du premier étage est occupée par la terrasse qui donne sur une autre rampe qui mène au solarium. Les pièces de l'étage sont disposées autour de cette terrasse, à commencer par le grand séjour, séparé de la terrasse par une baie vitrée. Derrière ce séjour se trouve la cuisine fonctionnelle, avec des plans de travail et des robinets intégrés. De cette cuisine à l'angle, on peut accéder à un patio. De l'autre côté de la terrasse, on accède aux chambres: la chambre d'ami, la chambre du fils et celle des parents. Sur le côté de cette dernière se trouve un petit salon qui donne sur la terrasse. Deux caves, demandées par Madame Savoye ne sont mentionnées sur aucun plan, coupe ni photo, cette partie enterrée étant considérée honteuse par Le Corbusier.

L'aménagement de la villa a été pensé de manière à faciliter la vie en son sein en réduisant les cloisons. Certains éléments du bâtiment sont incorporés à l'ensemble comme la terrasse qui est une sorte de cour intérieure, ou encore le garde-corps de l'escalier. Mais surtout, les rangements ont été pensés lors de l'élaboration du plan; de telle manière que tous les placards sont intégrés aux pièces. Les Savoye, malgré leur absence totale d'idées préconçues, ont voulu une résidence fonctionnelle. Le Corbusier a créé une maison fonctionnelle en illustrant les cinq points d'une architecture nouvelle qu'il avait publié un an auparavant.

À l'entrée du terrain, une petite maison construite sur le même principe que la villa. La maison du "jardinier" est la concrétisation de l'espace minimum requis pour une famille. En effet, l'ensemble mesure 33m2, elle comporte deux chambres de 5m2 chacune. Trois de ses murs sont aveugles, seule la façade orientée au sud comporte une fenêtre en longueur, sur le même principe esthétique que la villa.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Savoye habitent la villa de 1931 à 1940. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est occupée successivement par les Allemands puis les Alliés, qui l'ont gravement endommagée. En 1958, la ville de Poissy exproprie les Savoye ; la propriété est alors amputée de six hectares pour la construction d'un lycée et la villa est utilisée comme Maison des jeunes et de la culture[4].

En 1962, la ville de Poissy cède la maison à l'État. La prise de conscience de la dimension universelle de la villa conduit à sa restauration à partir de 1963[4]. La procédure de classement est entamée du vivant de Le Corbusier. Le bâtiment est classé au titre des monuments historiques par arrêté du [2], quelques mois après le décès de son créateur[7]. Après des années d'abandon, sous l'impulsion du ministre de la Culture de l'époque, André Malraux, des travaux de restauration sont effectués et durent jusqu'en 1997. La maison est désormais ouverte au public ; elle est située au 82, rue de Villiers, à Poissy dans les Yvelines.

Quelques dates[modifier | modifier le code]

  • 1928 : Pierre Savoye et son épouse choisissent Le Corbusier pour la construction de leur maison de week-end. La construction d'une « boîte sur pilotis » est acceptée par les propriétaires.
  • 1928 : Début de la construction de la Villa.
  • 1931 : Les Savoye emménagent. Des travaux de reprise de l'étanchéité et du chauffage sont nécessaires.
  • 1940-1945 : La maison est occupée par les Allemands puis les Alliés et se retrouve gravement endommagée.
  • 1958 : La ville de Poissy exproprie les Savoye pour construire un lycée sur une partie du terrain. Il est envisagé de démolir la villa.
  • 1962 : La ville cède la villa à l'État qui prend des mesures conservatoires.
  • 1963 : Début de la restauration générale de la villa par l'architecte Jean Dubuisson, puis par Jean-Louis Véret entre 1985 et 1992.
  • 1997 : la villa est rouverte au public.

Héritage[modifier | modifier le code]

La Villa Savoye fut un bâtiment très influent dès les années 1930 et de nombreuses imitations ont été réalisées partout dans le monde[8]. Le bâtiment est en vedette de deux livres extrêmement influents de l'époque : The International Style écrit par Henry-Russell Hitchcock (en) et Philip Johnson (publiées en 1932), et The Modern House de F. R. S. Yorke (en) (publié en 1934), ainsi que le deuxième volume de la série de Le Corbusier lui-même Les Œuvres complètes. Dans son essai de 1947 The Mathematics of the Ideal Villa, Colin Rowe a comparé la Villa Savoye à la Villa Rotonda de l'architecte Andrea Palladio[9].

La liberté laissée à Le Corbusier par les Savoye a conduit à une habitation davantage régie par ses cinq principes que par les besoins des occupants. Et c'est la dernière fois que ces préceptes ont autant marqué, et d'une façon si complète, son architecture ; de là en découle la fin d'une série de bâtiments dominés par la couleur blanche[10],[11]. Ces cinq points ont d'ailleurs été critiqués d'un point de vue général et plus spécifiquement pour la Villa Savoye[12] :

  • les pilotis de soutien ont tendance à être plus symboliques que représentant de la structure réelle.
  • le toit fonctionnel se trouve être source d'inconvénients de fuites d'eau pour les étages inférieurs.

L'aile ouest de l'Australian Institute of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies à Canberra, conçue par Ashton Raggatt McDougall (en), est une réplique exacte de la Villa Savoye, à l'exception de sa couleur noire, « une sorte d'inversion, une réflexion, mais aussi une sorte d'ombre » selon l'architecte[13].

Classement à l'UNESCO[modifier | modifier le code]

La candidature de plusieurs sites construits par Le Corbusier (dont la villa) au patrimoine mondial de l'UNESCO a déjà été refusée en 2009 puis en 2011 en raison d'une liste trop longue et l’absence du site de Chandigarh en Inde[14],[15]. Un nouveau dossier de candidature tenant compte des différentes remarques est déposé fin [16] et proposé lors de la 40e session du Comité du patrimoine mondial qui se tient à Istanbul (Turquie) du 10 au [17]. L'ensemble est finalement classé le [18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées trouvées sur Géoportail et Google Maps.
  2. a, b et c Notice no PA00087573, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. Ellen Guineheux, « Gras Savoye maîtrise le risque depuis 101 ans », Les Échos, 1er août 2008. Consulté le 12 octobre 2008.
  4. a, b et c Benjamin Locoge, « La villa Savoie, la maison de rêve de Le Corbusier », Paris Match, semaine du 22 au 28 juin 2017.
  5. [PDF] Bruno Marchand, Théorie de l'architecture, Laboratoire de théorie et d'histoire, EPFL, vol. IV : « La période héroïque du Mouvement moderne : Les années 1910, 1920 et 1930 », chap. 3 : « Le plan libre : Le Corbusier et les cinq points de l'architecture moderne », p. 40.
  6. [PDF] « Villa Savoye : Un manifeste de la modernité », sur le site du Centre des monuments nationaux : document de visite.
  7. Line Touzeau, La protection du patrimoine architectural contemporain. Recherche sur l'intérêt public et la propriété en droit de la culture, L'Harmattan, 2011, p. 112
  8. Curtis (2006), p. 98
  9. Rowe (1987), p. 13
  10. Gast (2000), p. 66
  11. Curtis (2006), p. 108-112
  12. Gast (2000), p. 71
  13. Macarthur, John: Australian Baroque, in Architecture Australia, March/April 2001
  14. « Chapelle : écourter la liste de l'UNESCO », sur L'Est républicain, .
  15. « Le Corbusier va postuler à l'UNESCO », sur L'Est républicain, .
  16. « L'œuvre de Le Corbusier de nouveau présentée pour son inscription à l'UNESCO », sur France 3 Franche-Comté.
  17. « Patrimoine mondial : vingt-quatre nouveaux sites inscrits sur la liste », sur adiac-congo.com.
  18. « L'œuvre de Le Corbusier entre au Patrimoine mondial », sur lamontagne.fr, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]