Vieux-la-Romaine

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Vieux-la-Romaine
Aregenua
Villa "suburbaine" de Vieux-la-Romaine
Villa "suburbaine" de Vieux-la-Romaine
Localisation
Pays Drapeau de la France France
commune Vieux (Calvados)
Protection  Inscrit MH (1988)
Coordonnées 49° 06′ 15″ nord, 0° 25′ 53″ ouest

Géolocalisation sur la carte : France

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Vieux-la-Romaine
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Géolocalisation sur la carte : Calvados

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Vieux-la-Romaine
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Internet
Site web www.vieuxlaromaine.fr

Vieux-la-Romaine est site archéologique de la ville gallo-romaine d' Aregenua situé sur le territoire de la commune de Vieux (Calvados), à une quinzaine de kilomètres au sud de Caen. Fouillée depuis l’époque de Louis XIV, la ville antique fut prospère sous l’Empire romain. Chef-lieu de la cité des Viducasses, Aregenua (nom qui signifiait en gaulois « au-dessus de l’embouchure », en l’occurrence de la Guigne, ruisseau qui se jette dans l’Orne) possédaient les monuments et bâtiments qui identifient une capitale gallo-romaine de civitas.

Histoire[modifier | modifier le code]

Hypocauste de la villa

Naissance d'une ville gallo-romaine[modifier | modifier le code]

Créée au Ier siècle apr. J.-C., Aregenua est la capitale des Viducasses, un des peuples de la Gaule lyonnaise. La cité apparaît comme une ville-étape sur la carte de Peutinger. Son âge d’or se situe aux IIe et IIIe siècles. On sait grâce à une inscription (marbre de Thorigny) que la cité avait un statut privilégié du point de vue fiscal et que ses magistrats étaient de droit citoyens romains.

Le déclin de la cité au Bas-Empire[modifier | modifier le code]

Très touchée par les premières invasions barbares à la fin du IIIe siècle, Aregenua ne s’entoure pas pour autant d’une enceinte.

Au temps de la christianisation, elle ne devient pas siège d’évêché à la différence de la plupart des autres cités de la future Normandie. Autant de signes ou de causes qui annoncent un déclin de la capitale des Viducasses.

Aregenua n’est toutefois pas abandonnée au Bas-Empire : les archéologues ont constaté de nouvelles constructions de maisons, des restaurations et ont retrouvé des pièces de monnaie et des produits artisanaux, indices du maintien d’un commerce à longue distance. Cependant, il est clair que la ville d’Augustodurum (Bayeux), défendue par un castrum, prend le pas sur Aregenua.

Abandon du site au Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au Haut Moyen Âge, les habitants s’installent un peu plus au nord (hameau Saint-Martin) et utilisent les ruines gallo-romaines comme carrière pour construire leurs habitations (exemple : maison des Gaudines). Aregenua n’est plus qu’un simple vicus. C’est la seule capitale de cité de Normandie, avec Lillebonne, qui ne soit pas devenue une ville au Moyen Âge.

Reconstitution archéologique de la ville[modifier | modifier le code]

Les fouilles archéologiques ont permis d’esquisser une image d’Aregenua d’autant plus facilement qu’aucune ville moderne n’a recouvert les vestiges gallo-romains. Ce type de condition est assez exceptionnel pour une ancienne capitale de cité (cas de Jublains aussi). La première découverte, le marbre de Thorigny, remonte à 1580. Les premières fouilles ont commencé sur le site en 1697, 45 ans avant celles de Pompéi.

Le Chemin Haussé

Aregenua se trouve à un carrefour de voies antiques: le Chemin Haussé, identifiée à l'une des voies figurant sur la table de Peutinger reliait Bretteville-l'Orgueilleuse à Jort[1]. Cet itinéraire fut utilisé durant tout le Moyen Âge d'où l'appellation de « Chemin du Duc Guillaume » sur certains cadastres[2]. Les axes de communication filaient vers le Cotentin, vers les pays de la Loire, vers Lisieux et vers Rouen. Certaines de ses voies formaient le cardo et le decumanus de la cité. Ils n’étaient toutefois pas aussi droits qu’on se l’imagine habituellement.

Les archéologues ont reconnu plusieurs constructions monumentales :

  • un aqueduc
  • un théâtre romain, d’une taille moyenne (80 mètres de diamètre environ), transformé apparemment en amphithéâtre au IIe siècle
  • des thermes romains publics. On connaît ses deux fondateurs, deux notables de la ville : Solemninus et son fils Titus Sennius Sollemnis
  • un sanctuaire dans lequel fut retrouvé un autel à Vénus et à Mars. Ce temple est sous l’actuelle église Notre-Dame. C’est un cas assez rare de continuité entre un lieu de culte païen et un lieu de culte chrétien.
Vue des fouilles du forum, ouvertes au public lors des Journées européennes du patrimoine 2016, dernière saison des fouilles
  • une domus exceptionnelle par son décor. Appelée « maison au grand péristyle », elle fut fouillée en 1988-1991 par P. Vipard. Son plan qui s’étend sur 1250-1 500 m2 s’organise autour d’une cour centrale ornée d’un bassin (impluvium) et entourée d’un péristyle. Un hypocauste assurait le chauffage de plusieurs pièces. La salle d’apparat, la cour et le jardin étaient décorés (fresque d’Achille et Téthys, sculptures bacchiques, colonnes ciselées de motifs végétaux, piliers ornés de bas-reliefs, mosaïques ...). La domus conserve aussi une partie de son dallage d’origine en calcaire. C’est une demeure typiquement méditerranéenne qui prouve l’assimilation de l’architecture romaine par les Gaulois du Nord.
  • une basilique civile et un bâtiment abritant la curie, actuellement en cours de fouille

Un quartier artisanal a été repéré au sud-ouest : un atelier de bronzier et des fours de verriers ont été dégagés.

Le musée archéologique de Vieux-la-Romaine, ouvert en 2002, montre les découvertes tandis que la maison au grand péristyle (plus exactement ses vestiges restaurés) est librement accessible.

À partir de plans dressés par la société des antiquaires de Normandie, de récentes prospections aérienne et géophysique ont permis de confirmer, au lieudit « le champ des crêtes », la présence du forum de la ville et de différents édifices publics, thermes, mais aussi curie et probablement basilique civile. Une nouvelle campagne de fouilles a débuté en 2007, qui devrait se poursuivre dans les années à venir pour dégager ces édifices publics encore mal connus pour la cité d'Aregenua.

L'ensemble des vestiges archéologiques retrouvés dans le Bas de Vieux sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH, 27/06/1988). Les ruines du théâtre gallo-romain quant à eux bénéficient de deux types de protection : les vestiges contenus au lieu-dit du Jardin Poulain sont classés (CLMH, 21/04/1980), alors que ceux retrouvés au lieu-dit de l'école sont seulement inscrits (ISMH, 06/02/1980)[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • D. Bertin, La topographie de Vieux - Araegenuae (Calvados), capitale de la cité des Viducasses, d'après les fouilles anciennes et les sondages récents, Annales de Normandie, 1977, Volume 27, n°2, pp. 131-150
  • Élisabeth Deniaux, « la conquête et l’intégration à l’Empire romain » in Élisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas Jarry, La Normandie avant les Normands, Rennes, Ouest-France, 2002.
  • Vincent Hinckler, « De la ville antique au village médiéval : déclin de la capitale de la cité des Viducasses. Vieux (Calvados) du IVe siècle à l'an Mil », Annales de Normandie, 2007, n° 1-2, p. 3-26.
  • Karine Jardel, Julien Boislève, Graziella Tendron, « Aménagement et décor de la curie du forum d'Aregenua (Vieux, Calvados)». Karine Jardel, Julien Boisleve, Graziella Tendron, Décor des édifices publics, civils et religieux en Gaule durant l’Antiquité, Chauvigny, Association des Publications Chauvinoises, Conseil général du Calvados, 2012, p. 91-110 (Mémoire XLV). Lire en ligne
  • Aurore Lacroix, « La vaisselle en verre du forum de Vieux (Calvados) », Bulletin de l'Association Française pour l'Archéologie du Verre, 2013, p. 48-52.
  • Christian Pilet, Vieux antique (Araegenuae, Viducasses), Revue archéologique de l'ouest, 1984, volume 1, n°1, pp. 63-84
  • Pascal Vipard, Une domus du quartier des thermes d'Aregenua (Vieux, Calvados). Contribution à l'histoire de l'habitat urbain en Gaule romaine, thèse de doctorat, sous la dir. de François Hinard, Université Paris-Sorbonne (Paris IV), 1996.
  • Pascal Vipard, La maison du "Bas de Vieux" : une riche habitation romaine du quartier des thermes d'Aregenua (Vieux, Calvados), Caen, Conseil Général du Calvados, 1998.
  • Pascal Vipard, «Le rôle du décor dans les parties officielles d'une domus à péristyle du début du IIIe siècle : le cas de la Maison au Grand Péristyle (Vieux, Calvados)», Revue du Nord, tome 83, no 343, Villeneuve d'Ascq, 2001, p. 21-33.
  • Pascal Vipard, « Un exemple d'échec urbain en Gaule Lyonnaise : Aregenua, chef-lieu des Viducasses (Vieux, Calvados) », in Pierre Bouet et François Neveux, Les villes normandes au Moyen Âge, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 9-12 octobre 2003, Caen, 2006, p. 29-44. Lire en ligne
  • Pascal Vipard, La cité d'Aregenua (Vieux, Calvados), chef-lieu des "Viducasses" : état des connaissances, Paris, Exé productions, 2002.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]