Viducasses
| Viducasses | |
Maison au grand péristyle de Vieux-la-Romaine (Aregenua), capitale des Viducasses. | |
| Période | Protohistoire et Antiquité |
|---|---|
| Ethnie | Celtes |
| Langue(s) | Gaulois |
| Religion | Celtique |
| Villes principales | Aregenua |
| Région d'origine | Gaule armoricaine |
| Région actuelle | Normandie (Calvados) |
| Frontière | Bajocasses, Unelles, Abrincates, Sagiens, Ésuviens |
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Les Viducasses sont un peuple gaulois occupant un territoire situé dans le département du Calvados (Normandie).
Le premier texte qui les mentionne, mais sans les localiser, remonte au Ier siècle avec Pline l'Ancien. Leur capitale de cité, Aregenua, connaît son apogée aux IIe et IIIe siècles mais elle décline et perd son statut sous le Bas-Empire romain quand les Viducasses sont rattachés aux Bajocasses, leurs voisins occidentaux, sans doute au début du IVe siècle. Dès lors, plus aucune mention des Viducasses n'est faite dans les sources d'époque ; Aregenua disparaît au profit de Vieux, édifiée à proximité immédiate du site antique .
Si l'histoire des Viducasses est globalement mal connue, il n'en est pas de même de celle de Titus Sennius Solemnis, un notable de la cité. Une inscription lapidaire presque complète, le marbre de Thorigny, donne de nombreux détails sur sa biographie et les charges qu'il a exercées, à Aregenua, mais aussi dans la région de Lugdunum ainsi qu'en Bretagne inférieure.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le nom de « Viducasses » est un composé gaulois (ancien celtique continental), fondé sur les éléments vidu- (autrement noté uidu-) « bois, arbre » et casses « chevelure (bouclée) ». Il désignait ainsi « ceux qui ont la chevelure emmêlée (« embrouillée ») comme les branches d'un arbre »[1],[2]. Cet ethnonyme se perpétue dans le toponyme Vieux (Vedeves, Vedocis XIe siècle), aujourd'hui Vieux-la-Romaine, ancienne Aregenua, conformément au processus selon lequel certains toponymes gaulois d'origine ont été remplacés au Bas Empire par le nom des peuples dont ils étaient le chef-lieu[1],[3].
L'élément -casses (distinct de cassi-) signifiait probablement davantage « aux cheveux bouclés, crépus » et se retrouve dans le nom de différentes tribus gauloises, notamment la tribu voisine des Bodiocasses (devenus Bajocasses > Bayeux) « [Ceux] aux boucles blondes », dont le nom a été rapproché du vieil irlandais Buide-chass « [Ceux] aux boucles blondes » et également en Normandie (et Île-de-France), les Véliocasses (Uellio-casses > Veliocass + ini > Vexin) « les Bouclés ». Par ailleurs existaient aussi les Durocasses (Duro-casses > Dreux), les Sucasses (su-casses) « [Ceux] aux belles boucles » et les Tricasses (Tri-casses) « [Ceux qui ont] trois boucles (ou trois tresses) »[1]. Quant à l'élément Vidu- « arbre, bois », il est apparenté par le celtique commun au vieil irlandais fid « forêt », au gallois gwydd « arbres » et au vieux breton guid « arbre, bois » > breton gwez « arbre »[1].
Le gentilé pseudo-savant Sommerviducasse utilisé pour désigner les habitants de Sommervieu dans le même département, à 35 km, est fondé sur un rapprochement erroné de l'élément -vieu avec Vieux, qui procède de Viducasses, alors qu'il s'agit vraisemblablement d'un toponyme saxon en -wik ou anglo-saxon -wic au sens de « village »[3].
Histoire
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Pendant La Tène finale, les Viducasses ont déjà fixé leur implantation dans la plaine de Caen où une forte concentration des structures d'habitat est observée[C 1]. En outre, à Baron-sur-Odon, le site du sanctuaire du Mesnil est fréquenté depuis cette époque, voire depuis l'âge du bronze[4].
Durant le Haut-Empire romain et depuis la réorganisation territoriale des Gaules menées par Auguste au début de son principat, la cité des Viducasses fait partie de la province de Gaule lyonnaise ainsi que le mentionne Ptolémée[5].

Au Ier siècle, la cité des Viducasses est dite « libre » selon Pline l'Ancien[6]. À une époque qu'il n'est pas possible de déterminer, elle reçoit le statut privilégié de colonie, ce qu'indique clairement le marbre de Thorigny. Sous le règne de Postume, les Viducasses sont rattachés à l'empire des Gaules, comme le mentionne une inscription lapidaire sur un autel daté entre 263 et 267[7],[8].
Dans le cadre des réformes administratives de l'Antiquité tardive, avec le découpage en diocèses qui intervient peut-être au début du IVe siècle[9], la cité des Viducasses est vraisemblablement fusionnée avec celle voisine des Bajocasses. Bayeux devient le chef-lieu de la nouvelle entité administrative, ce qui accélère le déclin d'Aregenua et de la cité dans son ensemble, aboutissant à la perte de l'identité viducasse[10].
Les premiers édifices chrétiens dont la datation soit attestée dans l'ancien territoire viducasse sont trois églises de la fin du VIIe siècle à Vieux dont l'une d'elles, disparue, est dédiée à Martin de Tours ; le nom de ce saint se retrouve par ailleurs dans de nombreuses dédicaces d'édifices cultuels normands de cette époque[11].
Territoire
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Les limites du territoire des Viducasses sont mal connues avec précision. Toutefois, par comparaison avec les frontières des diocèses médiévaux souvent héritées des limites administratives antiques, il est possible d'estimer que ce peuple occupe à peu près le centre du département actuel du Calvados, sur un territoire allongé du nord-est au sud-ouest, bordé à l'ouest par ceux des Bajocasses et des Unelles, au sud-ouest par celui des Abrincates, au sud par celui des Sagiens et à l'est par celui des Ésuviens. La Vire, la Mue et la Seulles en forment à peu près la limite géographique naturelle occidentale, l'Orne la limite orientale, comme le suggérait René-Norbert Sauvage en 1905. Au nord, la baie de Seine constitue une façade maritime pour les Viducasses. Le territoire viducasse correspond sensiblement à la plaine de Caen au nord et au bocage virois au sud[12],[13] et sa superficie est estimée à 2 300 km2[14].
Du point de vue géologique, la plaine de Caen est établie sur un plateau calcaire du Bajocien (Jurassique moyen recouvert de limon au Pléistocène. Le bocage virois a une structure moins homogène : les roches du Briovérien ou du Cambrien formant le socle du massif armoricain, remaniées par la tectonique, sont localement affleurantes quand elles ne sont pas recouvertes par les sédiments marins jurassiques ou entaillées par les vallées des cours d'eau[C 2].
Aregenua (Vieux-la-Romaine)
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Aregenua est le chef-lieu de la cité des Viducasses mais il occupe une position très excentrée en son sein, au contact de sa limite orientale. La création de la ville n'est pas antérieure au Ier siècle, l'occupation du site à l'époque gauloise n'étant pas attestée[15]. Elle atteint son plein développement aux IIe et IIIe siècles[16]. À cette époque, sa population est estimée à 2 000 ou 3 000 habitants[17].
Les témoignages architecturaux de son importance sont nombreux : la ville compte un forum, des thermes romains, un théâtre, un temple et plusieurs aqueducs[C 3]. Elle est quadrillée par un réseau de voies orthogonal et régulier qui dessert les édifices publics et des demeures privées dont certaines sont fastueuses comme la maison au grand péristyle ou la maison à la cour en U[C 4].
La ville décline vers la fin du IIIe siècle, touchée par la crise économique et politique qui secoue l'empire ; il n'est pas jugé utile de la protéger par une enceinte et elle perd son statut de capitale de cité. Malgré l'essor du christianisme, elle ne devient pas le siège d'un diocèse. Elle n'est pas totalement désertée pour autant pendant le Bas-Empire : des maisons sont construites ou restaurées et une certaine activité économique semble perdurer[18].
Sous le Haut Moyen Âge, le site d'Aregenua est abandonné au profit de constructions plus légères situées plus au nord et autour d'une église[19].
Agglomérations secondaires
[modifier | modifier le code]Des vestiges gallo-romains retrouvés à la faveur de fouilles suggèrent qu'une agglomération secondaire antique a pu exister à l'emplacement de Caen, au croisement de deux voies (Bayeux-Lisieux et Vieux-littoral maritime) ; elle semble le siège d'une certaine activité artisanale mais ni ses caractéristiques ni son importance ne peuvent être définies[C 5],[20].
Un établissement gallo-romain est signalé à Saint-Pierre-la-Vieille[C 6] dans la partie méridionale du territoire viducasse. Cette possible agglomération secondaire, où sont identifiés un temple et des vestiges d'habitations, est située au croisement de deux voies, l'une venant d'Augustodurum au nord et l'autre d'Aregenua au nord-est[21],[22].
Autres sites
[modifier | modifier le code]La villa gallo-romaine de la Chasse, à Fontaine-Étoupefour, est occupée du Ier à la fin du IVe siècle[C 7]. Trois autres villæ sont attestées, à Hérouville-Saint-Clair (Lébisey et la Grande Delle)[C 8] et à Feuguerolles-Bully (la Sente)[C 7].
À Louvigny (Athis) et à Feuguerolles-Bully, deux gués sont établis sur le cours de l'Orne[23].
Société et religion
[modifier | modifier le code]Personnalités
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Titus Sennius Solemnis (ou Sollemnis) est l'une des rares personnalités viducasses dont la biographie soit bien connue, grâce aux inscriptions du marbre de Thorigny. Sans doute originaire d'Aregenua, il naît vers 170[25]. Il est le dernier représentant connu d'une famille riche et puissante qui a peut-être fait fortune dans l'exploitation des mines de fer. Son père, Sollemninus, a participé au financement des thermes d'Aregenua.
T. S. Solemnis devient peut-être duumvir au tournant des IIe et IIIe siècles. Présidant le conseil des Gaules en 219, il est à la même époque prêtre près de Lyon et entre au service du gouverneur Tiberius Claudius Paulinus. Il parvient à faire annuler des accusations visant Paulinus, qu'il accompagne en Bretagne inférieure. C'est à cette occasion qu'il se fait mieux connaître et que ses responsabilités vont s'accroître. En 238 il est administrateur des mines de fer pour l'ensemble des trois Gaules (Aquitaine, Belgique et Lyonnaise). C'est le de cette année[26] qu'il est décidé d'élever un monument à sa gloire à Aregenua, une statue posée sur un socle ; la statue a disparu mais le socle est conservé, c'est le marbre de Thorigny. Aucune mention de T. S. Solemnis n'est connue après 238[26].
Évergète comme son père, il finance la fin des travaux de construction des thermes d'Aregenua[27] ainsi que certains combats de gladiateurs donnés à Lyon. Il offre également des spectacles à Vieux[28].
Religion
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Les mentions des divinités vénérées chez les Viducasses sont rares. Deux inscriptions sont connues, l'une à Mars (dédicace d'un autel) et l'autre, incertaine, à Vulcain[C 9]. Les représentations sont celles de la Tutela de Vieux-la-Romaine, une figuration de Mars[29], une autre de Mercure[30] ainsi qu'une déesse-mère à Saint-Aubin-sur-Mer[C 10].

À Baron-sur-Odon, à un peu plus de 3 km au nord-ouest de Vieux auquel le relie le Chemin Haussé[31], le sanctuaire du Mesnil succède à un probable monument cultuel laténien, lui-même établi sur un site de l'âge du bronze. D'un diamètre de 42 m, il est constitué de trois enceintes concentriques de forme dodécagonale qui délimitent deux galeries entourant une aire centrale non couverte ; l'ensemble est ouvert à l'est. Les plus récentes recherches suggèrent que les galeries seraient les portiques du péribole, les structures accolées au sud-est constituant une cella décentrée[32]. C'est aussi à l'est qu'est construit un long bâtiment annexe à la fonction non déterminée[33] ainsi que, dans son environnement, de nombreuses structures[34]. Plusieurs phases d'occupation du site se succèdent, du Ier siècle av. J.-C. au IIe et IIIe siècles pour ce qui est du sanctuaire lui-même[35] mais jusqu'au IVe siècle pour ses dépendances[C 7].
Même s'il est le mieux étudié, le sanctuaire du Mesnil n'est pas le seul ensemble cultuel identifié de la cité des Viducasses. À la périphérie orientale d'Aregenua, un sanctuaire est mis en évidence lors des fouilles préalables à la construction du musée archéologique. Il se compose d'un fanum de plan carré avec une cella mesurant 4,75 m de côté et une galerie périphérique de 9,50 m, au sein d'un sanctuaire qui comporte plusieurs bâtiments annexes. Si le site est fréquenté depuis La Tène finale, la construction du fanum remonte à la fin du Ier ou au IIe siècle pour un abandon daté du tournant entre le IIIe et le IVe siècle[36]. À Amayé-sur-Orne, au sud-est d'Aregenua, la prospection aérienne révèle des structures d'abord interprétées comme celles d'une villa. l'utilisation d'un géoradar sur le site conduit à revoir cette interprétation : les vestiges pourraient être ceux d'un grand sanctuaire (85 × 70 m) dont plusieurs galeries seraient identifiées[37]. De même, à Saint-Aubin-sur-Mer, ce sont les vestiges d'un fanum de 11 m de côté, d'un bâtiment annexe et d'une partie de son péribole qui sont mis au jour au XIXe siècle et surtout lors de travaux menés dans les conditions difficiles de l'Occupation par un soldat allemand, instituteur, E. Eblé et M. Béquignon. La grande statue dite déesse-mère de Saint-Aubin-sur-Mer représentant une divinité féminine flanquée de deux enfants est découverte brisée dans un puits[C 11]. Enfin, à Caen, les vestiges d'un temple sont découverts dans le secteur de la Salle des gardes à proximité immédiate de l'abbaye aux Hommes, en liaison avec un quartier artisanal (tanneurs notamment) fréquenté du Ier siècle au IIIe siècle[C 12].
Économie et transport
[modifier | modifier le code]Artisanat, commerce et échanges
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Dans ce domaine également, le poids de la cité viducasse tout entière est mal connu, les principales informations provenant encore une fois des seules études faites sur Aregenua.
Les sites de production de poterie et céramiques connus sur le territoire des Viducasses ne sont pas nombreux et, dans les années 1980, aucun n'a fait l'objet de fouilles complètes[38]. À Vieux, l'échoppe d'un vendeur de grains et de céramiques est peut-être à mettre en relation avec un atelier de potier découvert à proximité, mais mal fouillé[39]. Une coupe dans la falaise à Luc-sur-Mer fait apparaître un four contenant de nombreux débris d'argile cuite, indiquant sans doute la présence d'un atelier de céramique[C 13],[23]. À Caen, c'est un four de potier voisin d'une habitation qui est mis au jour ; réparé à au moins deux reprises, il est en service pendant la première moitié du IIe siècle[40].
La présence d'au moins un atelier de tissage semble prouvée à Vieux : une forte concentration de plus d'une centaine de poids de métiers à tisser, retrouvés lors des fouilles, paraît exclure un simple usage domestique[41].
Le travail du métal (fer et bronze), bien que peu courant, est représenté dans la capitale viducasse grâce à la découverte des déchets qu'il génère ainsi qu'à l'identification de deux ateliers[42]. L'existence d'une forge est reconnue au Plessis-Grimoult, à proximité du prieuré[C 14].
Les matériaux utilisés pour le comblement d'une cave de la Maison à la cour en U renferment une forte proportion de déchets d'os, provenant manifestement d'un atelier de tabletterie non localisé[41].
Trois ateliers de verriers sont mis en évidence à Vieux, ce qui semble démontrer pour ce secteur d'activité une importance plus grande que dans bien d'autres villes de Gaule[43].

À Caen, deux tanneries sont installées, profitant d'un canal spécialement creusé pour les alimenter en eau. À proximité, des fosses d'équarrissage servent à la découpe des bêtes dont la peau a été récupérée[C 15]. À Giberville, ce sont sept pièces alignées au bord de la Gronde qui sont interprétées comme les vestiges d'une possible tannerie ; le trépied de Giberville est découvert dans les ruines de ce bâtiment[C 16].
D'une manière générale, la Basse-Normandie, et donc la cité des Viducasses, ne semble pas être intégrée dans l'Antiquité à un réseau d'échanges sur de longues distances : il lui manque des accès faciles comme la Seine ou la proximité d'un réseau routier fort comme celui mis en place par Agrippa[44]. Toutefois, l'emploi dans la décoration de la maison au grand péristyle de schiste bitumineux de la région d'Augustodunum témoigne d'échange matériels et culturels avec les Éduens, hypothèse renforcée par des similitudes de style[41].
Monnaies
[modifier | modifier le code]Les fouilles archéologiques et les trouvailles fortuites ont permis de mettre au jour une dizaine de trésors monétaires sur l'ancien territoire des Viducasses mais, pour certains d'entre eux, l'information est très ancienne et difficilement vérifiable[45]. Leur taille peut être importante, comme à Moult où 6 000 pièces, presque toutes en cuivre, sont rassemblées dans un vase[46].
À Baron-sur-Odon, le site du Mesnil a livré des monnaies correspondant aux phases extrêmes d'occupation, de la période gauloise (atelier monétaire certainement local ou régional)[47] à l'époque constantinienne[48]. Il en est de même pour les autres sites où un trésor a été retrouvé et où l'analyse de son contenu a été possible : la datation des monnaies s'échelonne du Ier au IVe siècle ; aucune monnaie de l'époque républicaine n'est mentionnée[C 17].
Voies de communication
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Un itinéraire reliant Rotomagus (Rouen) à Augustodurum (Bayeux) via Aregenua est déjà fréquenté à l'époque gauloise[49].
Dans l'Antiquité, le réseau des voies de communication s'organise autour d'Aregenua, capitale de la cité. Il en est de même chez les peuples voisins[50].
La seule voie traversant le territoire viducasse et mentionnée sur la table de Peutinger est le Chemin Haussé qui passe par Aregenua et se dirige vers le nord-ouest pour atteindre Augustodurum[31] ; le Chemin Haussé reste bien visible dans la topographie contemporaine, par exemple entre Baron-sur-Odon et Fontaine-Étoupefour où il sert de limite entre les deux communes. D'autres voies, de moindre importance, relient Aregenua à Legedia (Avranches), Jort ou Noviodunum (Jublains)[16].
Outre ce réseau rayonnant, d'autres voies secondaires sont parallèles au rivage de la baie de Seine[16] mais aucun itinéraire ne semble directement relié à la côte[C 18] sur laquelle un seul éventuel port maritime est signalé à Courseulles-sur-Mer[23]. À Blainville-sur-Orne, un petit port fluvial est amenagé sur le Dan, démontrant la navigabilité de cette rivière[51].
Historiographie et archéologie
[modifier | modifier le code]Antiquité
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Le peuple viducasse n'est pas cité par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules[52] ; par contre d'autres peuples sont mentionnés, comme les Unelles ou les Lexoviens géographiquement proches et les Viducasses ont pu former, avec ceux-ci et d'autres, une confédération armoricaine. La romanisation du territoire ne semble pas antérieure au début du Ier siècle[C 18].
Pline l'Ancien est le premier à citer les Viducasses dans son Histoire naturelle, publiée au Ier siècle, mais il ne les localise pas précisément[6]. Au IIe siècle, c'est Claude Ptolémée qui mentionne ce peuple et son chef-lieu dans sa Géographie[5] au même titre que d'autres peuples gaulois[53] ; ces sources, citant plusieurs peuples voisins, permettent d'ébaucher une géographie antique de cette partie de la Normandie[54]. En outre, la table de Peutinger place Araegenue (pour Aregenua, Vieux-la-Romaine) sur un itinéraire reliant Augustoduro (pour Augustodurum, Bayeux) à Nu dionnum (sans doute Noviodunum pour Jublains)[55] et son symbole (deux tours au toit pointu) signale généralement un chef-lieu de cité[56] ; ce document, très probablement réalisé d'après diverses sources des quatre premiers siècles de notre ère et entaché d'approximations voire d'erreurs de recopie, ne peut fournir d'indices sur la chronologie des lieux et itinéraires qu'il représente[57].
Le marbre de Thorigny mentionne les décurions de la cité des Viducasses, elle-même qualifiée de civitas libera, cité libre de droit romain[58], statut obtenu avant l'an 212[59].
Moyen Âge et temps modernes
[modifier | modifier le code]À la fin du IVe ou au début du Ve siècle, la cité des Viducasses n'apparaît pas dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliae[60] ni dans la Notitia dignitatum, documents récapitulant l'organisation religieuse et militaire de la Gaule[9].
Le marbre de Thorigny est découvert à une date imprécise entre 1540 et 1660, sur le site de l'ancien forum d'Aregenua[61] mais il est transporté au château des Matignon, à Torigni-sur-Vire, d'où il tire son nom[62].
D'importantes fouilles, commencées en 1697, s'échelonnent tout au long du XIXe siècle sur le site de Vieux. Les compte-rendus de ces fouilles sont presque totalement perdus, ainsi qu'une grande partie des vestiges et du mobilier archéologique découverts à cette occasion[63].
Époque contemporaine
[modifier | modifier le code]Au cours du XIXe siècle, c'est encore Vieux qui retient l'attention des archéologues sous l'impulsion de la Société des antiquaires de Normandie. Il faut ensuite attendre bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que les connaissances sur cette ville antique progressent grâce aux fouilles accompagnant les chantiers d'urbanisation[64].
À Caen comme à Vieux, ce sont les travaux d'aménagement urbain du XXe siècle qui permettent, pour une grande partie, d'esquisser l'histoire antique de la ville[C 5].
Le sanctuaire du Mesnil, repéré en 1952 et sommairement fouillé jusqu'en 1956, fait l'objet d'investigations plus complètes dans les années 1970[65]. Un projet collectif de recherches est engagé en 2020[34].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Le Calvados (coll. Carte archéologique de la Gaule), Académie des inscriptions et belles-lettres, 1990 :
- ↑ Delacampagne 1990, p. 20.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 17-18.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 82-83.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 83-85.
- Delacampagne 1990, p. 51.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 64.
- Delacampagne 1990, p. 77.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 55-56.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 87.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 70.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 69-70.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 52.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 69.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 26.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 53.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 132.
- ↑ Delacampagne 1990, p. 99.
- Delacampagne 1990, p. 21.
- Autres références :
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- ↑ Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, Rennes, Ouest-France Éditions, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », , 448 p. (ISBN 978-2-8588-2920-0), p. 366.
- François de Beaurepaire (préf. Michel Tamine), Les Noms de lieux du Calvados (annoté par Dominique Fournier), Paris, L'Harmattan, (ISBN 978-2-14-028854-8), p. 345-378
- ↑ Demarest et al. 2023, p. 78-79.
- (la) Claude Ptolémée (trad. du grec ancien par Karl Müller), Claudii Ptolemaei Geographia, livre 2, 8, 2.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre IV, 32.
- ↑ CIL XIII, 3163
- ↑ Vipard 2006, p. 33.
- Delaval 2004, p. 497.
- ↑ Vipard 2006, p. 34-36.
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- ↑ René Musset et Lucien Musset, « Le nom, le site et les premiers développements de Caen », L'Information géographique, vol. 13, no 2, , p. 52-53 (DOI 10.3406/ingeo.1949.5434
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- ↑ Sauvage 1909, p. 512.
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- ↑ Vipard 2008, p. 38.
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- ↑ Henri Van Effenterre, « Restaurations gallo-romaines à l'Université de Caen », Annales de Normandie, vol. 6, no 1, , p. 41 (DOI 10.3406/annor.1956.4302
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- ↑ Bertin 1977 (Ann. Norm.), p. 135.
- ↑ Demarest et al. 2023, p. 67-68.
- ↑ Bertin 1977 (Gallia).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
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Publications spécifiquement consacrées aux Viducasses
[modifier | modifier le code]- Dominique Bertin, « La topographie de Vieux - Araegenuae (Calvados), capitale de la cité des Viducasses, d'après les fouilles anciennes et les sondages récents », Annales de Normandie, 27e année, no 2, , p. 131-150 (ISSN 0003-4134, DOI 10.3406/annor.1977.5222
). 
- Dominique Bertin, « Le sanctuaire celto-romain du Mesnil de Baron-sur-Odon (Calvados) », Gallia, t. 35, no 1, , p. 75-88 (DOI 10.3406/galia.1977.1556
). 
- Éric Delaval, « Vieux / Aregenua (Calvados) » (Actes du colloque Tours 6-8 mars 2003), Supplément à la Revue archéologique du Centre de la France, no 25 « Capitales éphémères. Des Capitales de cités perdent leur statut dans l'Antiquité tardive », , p. 497-500 (lire en ligne
). 
- Mélanie Demarest, Clarisse Parra-Prieto, Sophie Pillault et Grégory Schütz, « Données nouvelles sur les lieux de culte à la périphérie de Vieux/Aregenua », Annales de Normandie, vol. 73, no 1, , p. 67–94 (ISSN 0003-4134, DOI 10.3917/annor.731.0067
). 
- Élisabeth Deniaux, « Viducasses et Unelles. Recherches sur la municipalisation de l’Ouest de la Gaule », dans Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier, Cités, municipes, colonies. Les processus de municipalisation en Gaule et en Germanie sous le Haut Empire romain, Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Histoire ancienne et médiévale » (no 53), , 488 p. (ISBN 979-1-0351-0221-0, lire en ligne
), p. 231-249. 
- Vincent Hincker, « De la ville antique au village médiéval. Déclin de la capitale de la cité des Viducasses, Vieux (Calvados) IVe siècle à l'an Mil », Annales de Normandie, nos 1-2, , p. 3-26 (DOI 10.3406/annor.2007.1601
). 
- Christian Pilet, « Vieux antique (Araegenuae, Viducasses) », Revue archéologique de l'Ouest, no 1, , p. 63-84 (DOI 10.3406/rao.1984.861
). 
- Grégory Schütz, « L'artisanat antique dans le chef-lieu de cité de Vieux Aregenua (Calvados) », dans Pascale Chardron-Picault (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain : Gaule et Occident romain, Artéhis, , 434 p. (ISBN 978-2-9155-4467-1, lire en ligne
), p. 95-107. 
- Pascal Vipard, « Un exemple d'échec urbain en Gaule Lyonnaise : Aregenua, chef-lieu des Viducasses (Vieux, Calvados) », dans Pierre Bouet et François Neveux (dir.), Les villes normandes au Moyen Âge, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 9-12 octobre 2003, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Symposia », , 392 p. (ISBN 978-2-8413-3270-0, lire en ligne
[PDF]), p. 29-44. 
- Pascal Vipard (préf. Yves Burnand), Marmor Tauriniacum : le marbre de Thorigny (Vieux, Calvados). La carrière d'un grand notable gaulois au début du troisième siècle ap. J.-C., Paris, De Boccard, coll. « Gallia Romana » (no 8), , 168 p. (ISBN 978-2-7018-0243-5, lire en ligne
). 
Publications d'archéologie et d'histoire générales
[modifier | modifier le code]- Dominique Bertin, « Introduction à une étude de l'époque gallo-romaine en Basse-Normandie : carte de répartition des voies et des sites gallo-romains de Basse-Normandie », Annales de Normandie, vol. 25, no 2, , p. 64-74 (DOI 10.3406/annor.1975.6321
). 
- Florence Delacampagne, Le Calvados, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, coll. « Carte archéologique de la Gaule » (no 14), , 166 p. (ISBN 2-8775-4011-1, lire en ligne
). 
- Élisabeth Deniaux, « Les villes romaines et les origines des villes normandes », dans Pierre Bouet et François Neveux (dir.), Les villes normandes au Moyen Âge, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 9-12 octobre 2003, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Symposia », , 392 p. (ISBN 978-2-8413-3270-0, lire en ligne
[PDF]), p. 19-27. 
- Stephan Fichtl, Les peuples gaulois, IIIe – Ier siècle av. J.-C., Paris, Éditions Errance, , 255 p. (ISBN 2-8777-2290-2).
- John Haywood (trad. Colette Stévanovitch), Atlas historique des Celtes, Paris, Autrement, coll. « Atlas/Mémoires », , 144 p. (ISBN 2-7467-0187-1).
- Claude Jigan, « Département du Calvados. Inventaire des trésors monétaires gallo-romains », Annales de Normandie, vol. 1 hors-série « Recueil d'études offert en hommage au doyen Michel de Boüard », , p. 289-304 (lire en ligne
). 
- Claude Jigan et Jean-Yves Marin, « Inventaire des sites de production de céramique gallo-romaine découverts en Normandie », Annales de Normandie, no 4 « Faits de société. Inventaires et corpus », , p. 317-337 (DOI 10.3406/annor.1987.1769
). 
- Venceslas Kruta, Les Celtes - Histoire et dictionnaire, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1024 p. (ISBN 2-7028-6261-6).
- Philippe Lannier, « Les voies de communication antiques de la cité des Lexovii », Annales de Normandie, no 3, , p. 207-227 (DOI 10.3406/annor.1985.1677
). 
- René-Norbert Sauvage, « La Basse-Normandie gallo-romaine (Lexovii, Viducasses, Baiocasses) », dans Congrès archéologique de France - LXXVe session tenue à Caen en 1908, t. II : Procès verbaux et mémoires, Paris et Caen, Picard et Delesques, (lire en ligne
), p. 502-515. 
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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