Eugène-François Vidocq

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Eugène-François Vidocq
Description de cette image, également commentée ci-après
Vidocq en 1828, portrait par Achille Devéria.
Naissance
Arras, Pas-de-Calais, France
Décès (à 81 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France française
Profession
Autres activités

Eugène-François Vidocq[1], né le à Arras[N 1] et mort le à Paris[N 2], était un aventurier français, successivement délinquant, bagnard puis policier et enfin détective privé.

Forçat évadé du bagne, il devient chef de la « brigade de sûreté ». À la tête de cette brigade, d'abord officieuse et qui devient par la suite le service de sûreté de la préfecture de police de Paris, ancêtre de la direction régionale de la police judiciaire parisienne, il est le père de la police judiciaire. Il est également le fondateur de la toute première agence de détectives privés de l'histoire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de boulanger, François Vidocq commet divers larcins au cours de son enfance. Sa forte taille (à douze ans, il a une taille d'adulte) lui rend la besogne facile. À l'âge de seize ans, il quitte Arras après avoir volé ses parents. Il est par la suite arrêté et s'engage dans l'armée révolutionnaire. Il se bat alors à Valmy et à Jemappes puis déserte l'armée. Il en est renvoyé en 1793. Il poursuit alors une vie aventureuse de voleur et d'escroc entre Paris et le Nord de la France.

Le bagne[modifier | modifier le code]

Élévation du bagne de Brest du côté du port et plan des fondations, par l'ingénieur Antoine Choquet de Lindu, 1757-1759.

Le , il est condamné par le tribunal criminel de Douai à huit ans de travaux forcés pour « faux en écritures publiques et authentiques ». À Bicêtre, où il est initié à la savate par Jean Goupil[2], il est incorporé dans la chaîne de Brest, un groupe de forçats — que l'on enchaîne les uns aux autres — destiné au bagne de ce port. Le voyage, particulièrement éprouvant, dure vingt-quatre jours.

Vidocq en profite pour tenter une première évasion en forêt de Compiègne. Ce premier échec ne le décourage pas. La chaîne de forçats parvient à Brest le 24 nivôse an VI (). La « chaîne » fait halte à l'entrée de Brest à l'hôpital de Pontanézen où on procède au déferrement des bagnards. Vidocq essaie à nouveau de fausser compagnie à ses gardiens, mais il se foule les deux chevilles en tentant de sauter du mur d'enceinte.

Trois semaines plus tard, il entre au bagne. Le registre matricule du bagne le décrit ainsi : « 22 ans, taille de 5 pieds, 2 pouces, 6 lignes (environ 1,69 m, selon les anciennes unités de mesure françaises) ; cheveux, sourcils châtains clairs, barbe de même ; visage ovale bourgeonné ; les yeux gris, le nez gros ; bouche moyenne, menton rond et fourchu, front bas, ayant une cicatrice à la lèvre supérieure côté droit ; les oreilles percées. »

Huit jours après son arrivée, il réussit à se procurer des vêtements de matelot qu'il dissimule dans l'arsenal où il travaille. Ayant réussi à se changer subrepticement, il quitte Brest sans être inquiété.

De nouveau arrêté en 1799, il est cette fois envoyé au bagne de Toulon, d'où il s'évade encore une fois, le . Il acquiert de cette façon auprès des gens du milieu un respect et une notoriété sans égale.

La « sûreté »[modifier | modifier le code]

Vidocq arrête des brigands dans la forêt de Sénart (imagerie populaire, XIXe siècle).

En 1809, il propose ses services d'indicateur à la police de Paris.

En 1811, le préfet le place officieusement (il ne le sera officiellement qu'une fois gracié en 1818) à la tête de la « brigade de sûreté »[3], un service de police dont les membres sont d'anciens condamnés et dont le rôle est de s'infiltrer dans le « milieu ». Excellent physionomiste, il repère toute personne, même grimée, qu'il a préalablement dévisagée (ayant vu cette personne une fois, il la reconnaît au premier regard[4]). Il excelle lui-même dans l'art du déguisement.

Ses nombreux succès et ses méthodes peu orthodoxes[5] lui apportent autant d'admirateurs que de détracteurs. Ses hommes revendiquent trois fois plus de captures que les policiers classiques entre 1811 et 1827. Ces derniers tentent alors par tout moyen de déstabiliser Vidocq[6].

Ses ennemis se trouvent dans la pègre mais aussi au pouvoir. Par deux fois, ses supérieurs le font démissionner. Plusieurs personnes arrêtées par Vidocq l'accusent d'avoir monté les coups pour ensuite arrêter ceux qui y ont participé et, de cette manière, prouver son efficacité dans la lutte contre le crime. La justice ne retient pas ces allégations, cependant Vidocq est démis de ses fonctions et remplacé par Pierre Allard. L'urbanisation, la constitution des classes laborieuses que l'on observe à la fin de la restauration transfère la peur du crime des zones rurales vers la ville.

Le Bureau de renseignements pour le commerce[modifier | modifier le code]

Vidocq, portrait par Marie-Gabriel Coignet.

En 1827, Vidocq démissionne de ses fonctions de chef de la « sûreté ». Il s'installe à Saint-Mandé, près de Paris, et crée une petite usine de papier. Il invente le papier infalsifiable. En 1828, il publie des Mémoires qui connaissent un grand succès, et qui inspirent notamment à Honoré de Balzac son personnage de Vautrin. Ruiné par son affaire d'usine de papier, il occupe à nouveau durant sept mois — à cinquante-sept ans — le poste de chef de la « sûreté » en 1832.

Ensuite, il quitte définitivement le service public et fonde en 1833 le « Bureau de renseignements pour le commerce », la première agence de détectives privés, qui fournit aux commerçants, moyennant finance, des services de renseignement et de surveillance économique, ainsi que des informations sur les conjoints volages[7].

François Vidocq meurt à Paris des suites du choléra en 1857, dans sa quatre-vingt-deuxième année[8]. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (tombe relevée)[9].

Imaginaire populaire[modifier | modifier le code]

Vidocq a encore aujourd'hui une place importante dans l'imaginaire populaire et français en particulier, grâce aux romans et, depuis quelques décennies, grâce à la télévision et au cinéma.

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Affiche du film Vidocq, réalisé par Jean Kemm (1922-1923).

Haut en couleur, surtout en se basant sur ses mémoires, le personnage de Vidocq a été porté plusieurs fois à l'écran, successivement interprété par[10] :

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Il inspira aussi à certains romanciers de nombreux personnages :

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Mémoires de Vidocq, chef de la police de Sûreté, jusqu'en 1827 (4 volumes, 1828-1829)
    • Les mémoires qui ont forgé la légende du personnage ne sont pas entièrement autobiographiques. Les sources s'accordent que plusieurs « teinturiers » ou « nègres », probablement Louis-François Lhéritier de l'Ain et Emile Morice, ont écrit une grande partie de l'œuvre, se basant sur les notes de Vidocq. La pratique était courante sous la restauration de faire appel à des professionnels, d'autant que les mémoires de policier étaient un genre littéraire qui allait connaître un nouvel engouement[11],[12],[13].
  • Les Voleurs (essai, 1836)
  • Considérations sommaires sur les prisons, les bagnes et la peine de mort (essai, 1844)
  • Les Vrais Mystères de Paris (roman, 1844)
  • Les Chauffeurs du nord (roman, 1845)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au 222, rue du Miroir-de-Venise (actuellement rue des Trois-Visages).
  2. Au 2 rue Saint-Pierre-Popincourt (actuellement 82 rue Amelot).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Généalogie de Eugéne François VIDOCQ », sur Geneanet (consulté le 10 novembre 2017)
  2. Vidocq, Mémoires, p. 206
  3. « Vidocq »
  4. Claude Charlot, La police selon Vidocq in Dans les secrets de la police.
  5. Jean-Marc Berlière et René Lévy, Histoire des polices en France - De l'ancien régime à nos jours, Nouveau monde éditions, 2011, 767 p.
  6. Ibid
  7. Ibid.
  8. Le saviez-vous?, sur un site dédié à Vidocq
  9. Marie-Christine Pénin
  10. Hervé Dumont, Napoléon, l'épopée en 1000 films : Cinéma et Télévision de 1897 à 2015, 188-195 p., chap. 7 (« Personnalités marquantes du premier empire »)
  11. Grégoire Holtz, « Des textes ensauvagés ? L'écriture collective des Mémoires », Poétique, no 165,‎ , p. 37-51 (lire en ligne)
  12. Rosemary A. Peters, Stealing Things: Theft and the Author in Nineteenth-Century France, « 2. Objects of Fiction, Affairs of State »
  13. Marie-Françoise Cachin, Laurel Brake, Au bonheur du feuilleton: naissance et mutations d'un genre

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Mémoires, suivi de Les Voleurs – Édition établie par Francis Lacassin, sous le titre d'appel Vidocq, Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1998, XXI + 983 p., (ISBN 2-221-08040-8) – Contient en outre divers documents relatifs à Eugène-François Vidocq.
  • Benoît Connin, Mémoires de Vidocq, éditions Vernazobres-Grégo 2009 (ISBN 978-2-84136-875-4)
  • Barthélemy Maurice, Vidocq, vie et aventures, 1858. Témoignage d'un proche de Vidocq
  • L'argot des voleurs (lexique), Éd. Manucius, Houilles, 2007, 69 p. (ISBN 978-2-84578-066-8)
  • Louis Guyon, Biographie des commissaires de police et des officiers de paix de la ville de Paris , suivie d'un Essai sur l'art de conspirer et d'une Notice sur la police centrale, la police militaire, la police du château des Tuileries, la police de la Garde royale, la police de la Place, la police des alliés, les inspecteurs de police, la gendarmerie, les prostituées de la capitale, Vidocq et sa bande, Paris, chez Mme Goullet, 1826, p. 229-238, lire en ligne.
  • Jules Faure et Armand-Pierre-Émile Landrin, Procès de Vidocq au Tribunal de police correctionnelle et devant la Cour royale..., Paris, au bureau de l'Observateur des tribunaux, 1843, lire en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études et essais[modifier | modifier le code]

  • Jean Savant, Les Vraies Mémoires de Vidocq, Ed. Corréa, Paris, mai 1950, 312 p.
  • Jean Savant, La Vie fabuleuse et authentique de Vidocq, Ed. du Seuil, 1er Trim. 1950, 460 p.
  • Jean Savant, Le Procès de Vidocq, Club du meilleur livre, 1956
  • Jean Savant, Le Vrai Vidocq, Hachette, Paris, 1957, 255 p.
  • Éric Perrin, Vidocq, Perrin, Paris, 1995, 294 p. (ISBN 2-262-00051-4) ; réédition à l'identique, en 2001, avec une nouvelle référence : (ISBN 2-262-01740-9)
  • Bruno Roy-Henry, Vidocq : Du bagne à la préfecture, L'Archipel, Paris, 2001, 356 p. (ISBN 2-84187-307-2) – Inclut des extraits des Mémoires d'Eugène-François Vidocq
  • Marie-Hélène Parinaud, « Vidocq roi des voleurs, roi des policiers », Historia no 637, janvier 2000.
  • Marie-Héléne Parinaud, Vidocq : Le Napoléon de la Police, Tallandier, coll. « Raconter l'histoire », Paris, 2001, 193 p. (ISBN 2-235-02303-7)
  • Marie-Héléne Parinaud, Vidocq, Éditions Grand Caractère, coll. « Biographie », Paris, 2007, 318 p. (ISBN 978-2744407116)
  • Claude Charlot, « La police selon Vidocq », dans Bruno Fuligni (dir.), Dans les secrets de la police, éditions l'Iconoclaste, 2008 (ISBN 9782913366206)
  • Marcel Reboussin, « Vautrin, Vidocq et Valjean », The French Review, vol. 42, no 4,‎ , p. 524-532 (JSTOR 385637).
  • Nicolas Gauthier, « Eugène-François Vidocq, penseur de l’espace social criminel », Romantisme, Paris, Armand Colin, no 175 « Le sens du social »,‎ , p. 29-38 (DOI 10.3917/rom.175.0029).
  • Jean Tulard, « Balzac et la police », L'Année balzacienne, Paris, Presses universitaires de France, no 12,‎ , p. 65-69.
  • Jean Tulard, Le monde du crime sous Napoléon, Paris, Vuibert, 2017.
  • Jacques-Olivier Boudon, L'Empire des polices : comment Napoléon faisait régner l'ordre, Vuibert, 2017, 336 p.
  • Loïc Pierre Guyon, « Un aventurier picaresque au XIXe siècle : Eugène-François Vidocq », dans Horst Albert Glaser et Sabine Kleine-Roßbach (éd.), Abenteurer als Helden der Literatur oder : Wie wurden oder machten sich Schwindler, Spione, Kolonialisten oder Militärs zu großen Gestalten der europäischen Literatur ?, pringer-Verlag Berlin Heidelberg, 2002, ISBN 978-3-476-45301-3, p. 257-268.
  • Dominique Kalifa, Histoire des détectives privés en France (1832-1942), Paris, Nouveau Monde éditions, deuxième édition mise à jour et augmentée, 2007. 362 p., ISBN 978-2-84736-177-3, présentation en ligne.
  • Régis Messac, Le « Detective Novel » et l'influence de la pensée scientifique, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de la Revue de littérature comparée » (no 59), , 698 p.
    Réédition : Régis Messac (préf. Claude Amoz, postface François Guérif, édition revue et annotée par Jean-Luc Buard, Hélène Chantemerle, Antoine Lonnet et Olivier Messac ; traductions complémentaires du latin et du grec par Antoine Lonnet, de l'allemand par Marie-Hélène Depétrini), Le « Detective Novel » et l'influence de la pensée scientifique, Paris, Encrage, coll. « Travaux » (no 55), , 588 p. (ISBN 978-2-251-74246-5, présentation en ligne).

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Michel Peyramaure, Vidocq, Robert Laffont, Paris, 2007, 377 p. (ISBN 978-2-221-10690-7) – Roman constituant le dernier volet du triptyque Les Trois Bandits (tome 1 : Cartouche, 2006, tome 2 : Mandrin, 2006)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]