Victoria Kent

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Victoria Kent
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Membre du congrès des députés
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Victoria Kent Siano (Malaga, - New York, ) est une avocate et femme politique radicale socialiste de la Seconde République espagnole. Elle fut la première femme à rejoindre l'Association du Barreau de Madrid (es) en 1925[1] pendant la dictature de Miguel Primo de Rivera et la première femme au monde à plaider devant un tribunal militaire.

Victoria Kent fut la principale instigatrice de la politique pénale de la Seconde République espagnole[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et premières années[modifier | modifier le code]

Elle est née à Malaga, où jusqu'en 1917, élevée par son père, José Kent Román, un marchand de chaussures, et sa mère, María Siano González, une femme au foyer. Ses parents, de tendance libérale et à l'esprit ouvert, lui ont permis d'étudier à Malaga et de s'inscrire en droit à l'Université centrale de Madrid.

Il y a encore des doutes sur sa date de naissance. La Bibliothèque nationale d'Espagne[3] et la Bibliothèque nationale de France[4] s'accordent sur l'année 1891, mais ce n'est pas sûr, Kent ayant modifié cette date par celles de 1897 et 1882[5] dans divers documents datés depuis son arrivée à Madrid. Cela pourrait même être 1898. Parmi les raisons, on retrouve celles d'une « demande de type académique » ou même « coquetterie »[5].

En 1906, elle est entrée au centre d'éducation pédagogique de Malaga où deux professeurs féministes l'influencent : Suceso Luengo et Teresa Aspiazu[5].

En 1917, elle se rend à la capitale pour passer le baccalauréat à l'Institut Cardenal Cisneros, où elle est accueillie grâce au soutien de sa mère et des contacts de son père. Elle installe dans la résidence Señoritas de Madrid (es), dirigée à l'époque par María de Maeztu une femme qui a une grande influence par sa personnalité[6].

En 1920, elle rejoint la faculté de l'Université centrale de Madrid en poursuivant des études en tant qu'étudiante non officielle et recevant des cours par des professeurs comme Luis Jiménez de Usúa ou Felipe Sánchez-Román. Elle passe sa maîtrise en droit en juin 1924 et s'inscrit en corporation en janvier de l'année suivante en faisant ses premiers pas en tant qu'avocate de la défense devant le tribunal.

Dès 1930, elle se fera un nom devant la Cour suprême militaire et devant la Cour de la Marine en défendant Álvaro de Albornoz, un membre du Comité révolutionnaire républicain. Il avait été arrêté et poursuivi, tout comme ceux qui plus tard formeront le gouvernement provisoire de la République, en raison de l'échec du soulèvement de Jaca, survenu en décembre de cette année-là. Ainsi, elle sera la première à intervenir devant un tribunal de guerre en obtenant la liberté du détenu. Elle sera choisie membre de l'Académie royale de jurisprudence et de législation en 1931 et, en 1933, de l'Association internationale des lois pénales de Genève.

En plus d'être avocate, elle ouvrira un bureau spécialisé en droit du travail, la première femme en Espagne à y arriver. Elle installe son bureau dans la rue Marqués del Riscal nº5. Elle sera également conseillère juridique du Syndicat national ferroviaire et de la Confédération nationale de la coopérative maritime. En 1927, elle parvient à présider le premier Congrès des coopératives en Espagne.

Vie politique[modifier | modifier le code]

Peu de temps après son arrivée à Madrid, elle se joindra à l'Association nationale des femmes espagnoles (es) et la Jeunesse universitaire féminine (Juventud Universitaria Femenina), dirigée par María Espinosa de los Monteros[5]; représentant cette association lors d'une conférence à Prague en 1921.

Affiliée au Parti républicain radical et radical-socialiste, elle a été élue en 1931 députée de la conjonction républicaine-socialiste (es) de l'Assemblée constituante de la province de Madrid en obtenant 65 254 voix.[7] Lors des Élections générales espagnoles de 1936, Victoria Kent a été élue députée de la Province de Jaén, sur les listes de la Gauche Républicaine (GR), qui faisait partie du Front Populaire.

Elle présidera le comité du District centre de Madrid et fondera la branche féminine de l'organisation : le cercle féminin radical-socialiste.

À partir de 1926, elle sera également vice-présidente du Lyceum Club Femenino (es), fondé récemment, et sera promotrice avec Clara Campoamor et Matilde Huici (es), des femmes qui ont partagé ses idéaux féministes, de l'Instituto Internacional de Uniones Intelectuales.

Directrice générale des prisons[modifier | modifier le code]

Sous le gouvernement de la Seconde République espagnole de Niceto Alcalá-Zamora, elle a été nommée directrice générale des prisons[8] en mai 1931. Elle occupera cette place pendant trois ans, avec l’objectif d’obtenir la réhabilitation des prisonniers, après avoir constaté la misère et la négligence des prisons espagnoles. Dans le cadre de ces fonctions, elle a introduit des réformes dont l'objectif était l’humanisation du système pénitentiaire[9], suivant le travail déjà entamé par Concepción Arenal au XIXe siècle. Cependant, quelques-unes de ses reformes[10] étaient très progressistes et ont été rejetées par le Gouvernement. Toutefois, elle réussit à réaliser quelques-unes d'entre-elles, comme par exemple : l'amélioration de l'alimentation des prisonniers, la liberté de culte dans les prisons, l'extension des permis pour raisons familiales, la création d’un corps féminin de fonctionnaires des prisons et le retrait des fers et des chaînes (avec le métal récupéré, elle a ordonné de créer une statue en l'honneur de Concepción Arenal). De plus, elle ferma 114 centres pénitentiaires, elle ordonna la construction la Prison de Mujeres de Ventas (es), à Madrid - sans des cellules de châtiments-, et l’Institut des études pénales, dirigé par Luis Jiménez de Asúa, qui fut un de ses professeurs à la Faculté de droit[11].

Les mesures qu'elle a prises en étant à la Direction Générale des prisons lui ont apporté une grande popularité, permettant à son nom d'apparaître dans un Scottish très connu, « El pichi (es) », dans un magazine Las leandras (es), que Celia Gámez (es) chantait : «Se lo pués decir / a Victoria Kent, / que lo que es a mí / no ha nacido quien»[12].

L'opposition au suffrage féminin[modifier | modifier le code]

L'un des moments les plus controversés dans la vie et dans le travail de Victoria sera son opposition au droit de vote des femmes devant les Cours espagnoles (es) en 1931, quand elle fera face à une autre féministe, Clara Campoamor, dans une bataille dialectique et mémorable sur une question qui aura un grand impact sur les droits des femmes. Son point de vue était que la femme espagnole à cette époque manquait de préparation sociale et politique suffisante et qu'en raison de l'influence de l'Église[13], son vote serait conservateur et nuirait à la République. L'opinion de son adversaire était, qu'au contraire, malgré le résultat du scrutin, chaque femme devrait avoir le droit de voter pour qui elle voulait, puisqu'elle défendait l'égalité de tous les êtres humains. Le débat a été suivi par les médias, qui ont lancé des blagues et des commentaires tels que : « seulement deux femmes à la Chambre, et ce n'est pas un hasard si elles ne sont pas d'accord », ou « qu'est-ce qui arrivera quand elles seront 50? ». De fait, la presse les a ironiquement surnommé La Clara y la Yema[14]. Après son discours, Victoria Kent perdra sa popularité, n'étant pas élue députée lors des élections de 1933.

Finalement, le débat sera remporté par Campoamor, obtenant lors des élections suivantes, en 1933, que les femmes votent au suffrage universel. La droite s'est présentée unie, contrairement à la gauche, et elle a gagné. Ultérieurement, la gauche a accusé les femmes, et en particulier, Clara Campoamor, pour cette victoire[15].

Guerre civile espagnole[modifier | modifier le code]

Avec l'éclatement de la guerre civile, elle a été obligée d'échapper à l'exil, comme beaucoup d'autres républicains.[16] Pendant qu'elle avançait vers la frontière, elle a accompagné beaucoup d'enfants de soldats qui luttaient sur le front pour réussir à l’évacuer, après avoir fait appel pour qu'ils ne soient pas abandonnés[17]. Elle s'est réfugiée à Paris, et elle a été nommée Première secrétaire à l'ambassade espagnole dans la capitale pour qu'elle puisse continuer à être en charge des enfants réfugiés. Elle a également été responsable de la création de foyers et de garderies dans le même but[18].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin de la guerre civile, elle est restée à Paris, consacrant tous ses efforts à aider les exilés espagnols dans la capitale et leur départ pour l'Amérique[19]. Cependant, en voyant Paris occupé le 14 juin 1940 par la Wehrmacht, Victoria a été contrainte de se réfugier dans l'ambassade du Mexique pendant un an. En outre, son nom était sur la liste noire que la police franquiste avait donné au gouvernement collaborationniste de Vichy. Elle a été jugée par les tribunaux de Franco, et en octobre 1943, quand elle était encore à Paris, le Tribunal spécial pour la répression de la maçonnerie et du communisme la condamnait par contumace à 30 ans de prison, avec une peine accessoire de destitution absolue et expulsion du territoire national. Heureusement, la Croix-Rouge lui a donné un appartement dans le quartier du Bois de Boulogne, où elle a logé jusqu'en 1944 protégée par une fausse identité. Pendant ce temps, en étant « madame Duval », elle a écrit Quatre ans à Paris[20], un roman avec des traits autobiographiques marqués et reflétés dans le protagoniste, Placido, alter ego de l'auteur.

Exil[modifier | modifier le code]

Elle partira en exil au Mexique en 1948. Là-bas, elle travaillera pendant deux ans à la création de l’École de formation pour le personnel des prisons, étant directrice, et donnant des cours de Droit pénal à l’université. Réclamée par l’ONU, elle va à New York en 1950, où elle collaborera avec la Section de la défense sociale et réalisera une étude sur le très mauvais état des prisons ibéro-américaines. Entre 1951 et 1957, une fois sa tâche précédente abandonnée car elle la trouvait excessivement bureaucratique, elle a été ministre sans portefeuille du Gouvernement de la Seconde République Espagnole depuis l’exil, et a été la deuxième femme à occuper cette place depuis Federica Montseny. De la même manière, elle fonde et gère le magazine Ibérica (es)[21], financé par Louise Crane (en) pendant vingt ans (1954-1974)[22]. Il s'agit d'un magazine adressé à tous les exilés qui étaient loin de leur patrie, comme elle. En 1977, quarante ans depuis son arrivée en France, Victoria retournera en Espagne, reçue avec admiration par ses partisans. Cependant, elle retournera à New York où elle passera ses derniers jours, et décédera le 26 septembre 1987[23]. En 1986, elle recevra la médaille de saint Raymond de Peñafort, mais à cause de son âge, elle ne pourra pas aller le chercher[5].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

En 2016, le livre Victoria Kent y Louise Crane en Nueva York. Un exilio compartido[24] a été publié. Le professeur Carmen de la Guardia y analyse en profondeur, pour la première fois, la relation intellectuelle et émotionnelle entre Kent et la philanthrope Louise Crane (en) en se basant sur des documents confidentiels. Selon le livre, Kent et Crane (New York, 1913-1997) étaient compagnes sentimentales depuis le début des années cinquante jusqu'à leur mort et bien qu'elles n'aient pas vécu ensemble pendant la plupart des années qu'elles ont partagé, leur histoire était connue, assumée et aimée par leur entourage. Il a fallu attendre la mort de la mère de Crane en 1972 pour que Victoria Kent projette de s'installer dans l'appartement de la famille millionnaire de Louise Crane sur la Cinquième Avenue à New York. Depuis son salon ont été organisées des réunions dont la liste d'invités était élaborée par le Département d’État, ce qui est expliqué dans le livre. L'écrivain Carmen de la Guardia raconte que, dans ce monde, bien que Kent ne maîtrisait pas parfaitement l'anglais, elle s'est débrouillée et l'a mis en faveur de sa cause : la lutte contre le franquisme et la fondation d'une nouvelle culture politique républicaine en Espagne[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « OTROSI 4 2014 », sur www.otrosi.net (consulté le 25 avril 2016)
  2. Gutmaro Gomez Bravo, « Le rôle de l’Église dans la répression franquiste », Vingtième siècle, revue d'Histoire, no 127,‎ , p. 132 à 151
  3. (es) « Fiche d'autorité de Victoria Kent », sur Bibliothèque nationale d'Espagne (consulté le 6 mai 2016).
  4. (es) « Fiche d'autorité de Victoria Kent », sur Bibliothèque nationale de France (consulté le 6 mai 2016).
  5. a, b, c, d et e (es) María Luisa Balaguer, « Victoria Kent: vida y obra », Anuario de Derecho parlamentario de las Cortes Valencianas, no 21 [réf. incomplète].
  6. « Exposición - Mujeres en vanguardia. La Residencia de Señoritas en su centenario (1915-1936) », sur www.residencia.csic.es (consulté le 7 mai 2016)
  7. Danièle Bussy-Genevois, « Les femmes de la Cause », Clio, n°5, 1997, « Guerres civiles ».
  8. « Victoria Kent Siano (1889-1987) | Eco Republicano | Diario República Española », sur Eco Republicano (consulté le 9 mai 2016)
  9. « El sistema penitenciario de la Segunda República. Antes y después de Victoria Kent (1931-1936) » (consulté le 9 mai 2016)
  10. « Biografía de Victoria Kent, una mujer avanzada a su época », sur La Vanguardia (consulté le 9 mai 2016)
  11. « Historia de Chinchilla de Montearagón. Artículo sobre Victoria Kent », sur www.chinchillademontearagon.com (consulté le 9 mai 2016)
  12. (es) Ediciones El País, « Victoria Kent regresa tras 38 años de exilio », sur EL PAÍS,‎ (consulté le 9 mai 2016)
  13. Yannick Ripa, « Féminin/masculin : les enjeux du genre dans l'Espagne de la Seconde République au franquisme », Le Mouvement Social, Éditions de l'Atelier, 2002/1, n° 198, p. 111-127.
  14. Diario de Mallorca, ¿Qué pasó entre Clara Campoamor y Victoria Kent hace 80 años? - Diario de Mallorca, sur www.diariodemallorca.es (consulté le 7 mai 2016)
  15. Diario de Mallorca, ¿Qué pasó entre Clara Campoamor y Victoria Kent hace 80 años? - Diario de Mallorca, sur www.diariodemallorca.es (consulté le 7 mai 2016)
  16. Réfugiés et exilés de la guerre d'Espagne
  17. « Mujeres en la historia: Una feminista contra el sufragio femenino, Victoria Kent (1889-1987) », sur www.mujeresenlahistoria.com (consulté le 7 mai 2016)
  18. « Biografía de Victoria Kent », sur www.plusesmas.com (consulté le 7 mai 2016)
  19. « Mujeres en la historia: Una feminista contra el sufragio femenino, Victoria Kent (1889-1987) », sur www.mujeresenlahistoria.com (consulté le 7 mai 2016)
  20. Victoria Kent, Cuatro años en París (1940-1944) [Quatre ans à Paris], 1948. Autobiographie à la troisième personne dont le personnage principal est un alter ego de Victoria Kent, bloquée en France par le Gouvernement de Vichy pendant la durée de la guerre.
  21. (es) Ibérica : por la libertad, Catálogo biblioteca del Instituto Cervantes de Nueva York.
  22. a et b Amat, Jordi (2 de abril de 2016). « Élite femenina. La relación intelectual y sentimental entre Victoria Kent y la filántropa Louise Crane, o cómo el liberalismo español sobrevivió en el exilio ». La Vanguardia. Suplemento Culturas. p. 13.
  23. « Mujeres en la historia: Una feminista contra el sufragio femenino, Victoria Kent (1889-1987) », sur www.mujeresenlahistoria.com (consulté le 7 mai 2016)
  24. « Victoria Kent y Louise Crane en Nueva York. Un exilio compartido - Sílex Ediciones », sur www.silexediciones.com (consulté le 7 mai 2016)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tusell Gómez, Javier; Ruiz Manjón, Octavio; García Queipo de Llano, Genoveva (1981-1982). «Apéndices: los resultados electorales». Revista de derecho político.(Madrid: Universidad Nacional de Educación a Distancia) (13): 237-270. ISSN 0210-7562.
  • Villena García, Miguel Ángel, Victoria Kent, una pasión republicana, Barcelone , Debate, 2007, 336 p. ISBN 978-84-8306-693-5.
  • Vega, Z. G. (2001). Victoria Kent : una vida al servicio del humanismo liberal, Servicio de Publicaciones de la Universidad de Málaga, 2001.
  • Kent, V. (1978). Cuatro años de mi vida (Vol. 8). Bruguera.
  • Dupláa, C., & Kent, V. (1989). Homenaje a Victoria Kent.
  • Ramos, M. D. (1999). Victoria Kent (1892-1987). Madrid: Ediciones del Orto.
  • García, E.. (2009). Teatro de la memoria: Victoria Kent, Clara Campoamor y "Las raíces cortadas", de Jerónimo López Mozo. Signa. Revista de la Asociación Española de Semiótica, 18, pp. 299-319.
  • Balaguer, M. L. (2009) Victoria Kent: vida y obra, Anuario de Derecho parlamentario de las cortes valencianas, núm. 21, ISSN 1136-3339, pp. 17-34
  • Rodrigo, A. (2003). Mujeres para la Historia: La España silenciada del siglo XX. Madrid: Carena
  • de la Guardia, Carmen (2016) Victoria Kent y Louise Crane en Nueva York. Un exilio compartido. Silex ISBN 978-84-7737-618-7

Liens externes[modifier | modifier le code]