Victor Considerant

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Victor Prosper Considerant

Description de l'image Considerant, Victor.jpg.
Nom de naissance Victor Considerant
Naissance 12 octobre 1808
Salins-les-Bains
Décès 27 décembre 1893 (à 85 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Formation

Victor Prosper Considerant et non Considérant (« … il n'y a pas d'accent aigu sur mon e. J'ai lutté vainement plus de soixante ans depuis que mon nom s'imprime pour l'en défendre ! »)[1] est un philosophe et économiste polytechnicien (promotion de 1826), adepte du fouriérisme, né à Salins-les-Bains (Jura) le 12 octobre 1808 et mort à Paris le 27 décembre 1893.

Biographie[modifier | modifier le code]

Victor Considerant
Portrait par Jean Gigoux

Victor Considerant fut élève de son père, Jean-Baptiste, professeur de rhétorique au collège de Salins. Bachelier à seize ans, il vint en 1824 préparer Polytechnique au collège de Besançon et fut initié au fouriérisme par sa correspondante Clarisse Vigoureux. Reçu au concours en 1826, il fit à Paris la connaissance de Fourier. À l’École d'application de l'artillerie et du génie de Metz de 1828 à 1832, il propage les idées du maître parmi ses camarades après avoir publié un article sur Fourier dans Le Mercure de France en 1830, et, dans La Revue des Deux mondes en octobre 1831, une nouvelle Un pressentiment inspirée par la mort de la fille de Clarisse Vigoureux, Claire, son amour de jeunesse. Il participe en 1832 à la fondation du journal Le Phalanstère qu'il dirige avec Jules Lechevalier et à la tentative de colonie sociétaire de Vesgre. En 1834 il publie Destinée sociale et en 1836 il démissionne de l'armée pour fonder un nouveau journal La Phalange. En 1837 il succède à Fourier à la direction de l’École Sociétaire et en 1838, il épouse Julie, seconde fille de Clarisse Vigoureux.

Battu aux élections législatives en 1839 à Montbéliard et à Colmar, il est élu en 1843 conseiller général de la Seine, et, la même année il fonde La Démocratie Pacifique qui connaîtra un grand succès. En 1848 il est élu député du Loiret de Montargis et en 1849 de Paris. Il siège à l'extrême gauche et il précise la notion de droit au travail qui devient une des idées fortes des socialistes français de 1848. Il est connu en droit constitutionnel pour être l'inventeur, en 1846, de la représentation proportionnelle (voir scrutin proportionnel plurinominal). En juin 1848 il est le seul député à proposer le droit de vote pour les femmes.

En juin 1849, il prend la tête d'une manifestation contre Louis-Napoléon Bonaparte qui à ses yeux avait violé la constitution en soutenant le pape en lutte avec la République romaine. Décrété d'arrestation, il part en exil en Belgique, puis aux États-Unis, où, à l'instigation d'Albert Brisbane, il crée au Texas le phalanstère de La Réunion avec l'appui financier de Jean-Baptiste André Godin. L'expérience est un échec et il se retire à San Antonio où Clarisse Vigoureux meurt en 1865.

Revenu en France en 1869 à la faveur d'une amnistie, il adhère à la Première Internationale et soutient la Commune (1871).

Il finit sa vie au Quartier Latin, refusant obstinément de reprendre toute activité politique. Ses obsèques réunissent de nombreux socialistes, en particulier Jean Jaurès. En 1902, son buste par Marguerite Gagneur est inauguré à Salins.


L'année 2008 a été choisie par le ministère français de la Culture comme « l'année Victor Considerant », afin de célébrer le bicentenaire de sa naissance. De nombreuses animations ont notamment été présentées dans sa ville natale, Salins-les-Bains.

Controverse[modifier | modifier le code]

Dans son livre Le Complot de la réserve fédérale, le professeur d'université américain Antony Cyril Sutton accuse le philosophe Karl Marx d'avoir pour la rédaction de son manifeste fortement plagié l'ouvrage de Victor Considerant, Principe du socialisme ; Manifeste de la démocratie au XIXe siècle, publié en 1843. Le plagiat a d'abord été dénoncé par W. Tcherkessof dans son ouvrages Pages of Socialist History en 1902. On notera toutefois que si la forme est semblable, notamment au niveau des titres et des chapitres, en revanche, le contenu est lui très différent. L'approche de Considerant est propre à la philosophie idéaliste néo-hégélienne, elle est une analyse de l'évolution de "l'esprit démocratique"[2] et du "droit démocratique"[3], évolution spirituelle et chrétienne. En revanche, le Manifeste de Marx est matérialiste, et donc strictement opposée à cette approche qui fait de l'évolution de la pensée le moteur de l'Histoire. Marx, dans son manifeste, ne s'appuie pas comme Considerant sur l'évolution des idées et des représentations à travers l'Histoire, mais sur l'évolution du mode de production[4]. Là où Considerant écrit une Histoire des grands hommes, faisant référence abondamment aux rois et aux philosophes, et où l'intelligence et la volonté des rois sont considérées comme la cause principale des révoltes[5]; Marx, lui, fait une Histoire anonyme, une Histoire des technologies de la production, et de l'influence de ces technologies sur l'organisation politique, Histoire dans laquelle le développement de la production est le cause des révolutions[6]. Considerant condamne moralement les évolutions économiques et technologiques de son époque considérées comme trop rapides, il prend la défense de la petite entreprise contre la grande, et il exhorte les classes moyennes à se révolter face à ces évolutions[7]. Marx, au contraire, juge ces évolutions inévitables, il les considère même comme bénéfiques à bien des égards[8], et qualifie les classes moyennes qui résistent à ces évolutions de "réactionnaires"[9]. Considerant d'ailleurs pense que ce sera la petite bourgeoisie qui se révoltera avant le prolétariat[10]. La révolution qui sert de modèle à Considerant est donc la Révolte des Canuts à Lyon, et son mot d'ordre "Vivre en travaillant ou mourir en combattant"[11]. À l'inverse, Max considère que la petite bourgeoisie dans sa lutte contre la Haute Bourgeoisie ne veut que retourner à l'ordre ancien. Pour lui, seul le prolétariat pourra renverser la haute bourgeoisie. Au moment de la rédaction du manifeste, son modèle de révolution n'est donc pas la Révolte des Canuts, qu'il juge réactionnaire car portée contre l'évolution technologique des outils de production, mais la révolte des tisserands, qui ne s'en prend pas à l'outil de production mais qui vise directement les titres de propriété[12] (par la suite, ce sera la Commune de Paris qui deviendra son modèle). Le Manifeste du Parti Communiste de Marx s'apparente donc à un "anti-principe du Socialisme" de Considerant beaucoup plus qu'à un plagiat. Marx et Engels étaient très habitués à cette démarche d'opposition frontale aux intellectuels du courant "Socialiste Utopique" en opposant un texte frontalement à un autre. On pensera au fameux "Misère de la Philosophie" répondant au "Philosophie de la Misère" de Proudhon, où encore à l'anti-Dühring qui s'oppose point par point aux positions philosophiques et politiques de Dühring et qui deviendra ainsi un des exposés les plus complets de la vision marxiste du monde et de la politique. Même la rédaction du Capital part d'une critique et d'une correction de la théorie ricardienne de la valeur.

Critiques[modifier | modifier le code]

La doctrine de Victor Considerant a été critiqué par l'un de ses contemporains, l'économiste libéral Frédéric Bastiat, dans une brochure intitulée Propriété et spoliation où il attaque en particulier à ce qu'il juge être son erreur sur le concept de rente foncière sur laquelle Considerant s'appuie pour justifier le droit au travail. Erreur que, selon Bastiat, l'on trouve chez de nombreux économistes (John Ramsay McCulloch, David Ricardo, George Poulett Scrope, Nassau William Senior...) et qui était réfutée également par Henry Charles Carey. Bastiat prend également Victor Considerant à parti dans son pamphlet intitulé La Loi.

Œuvres (par ordre chronologique)[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Victor Considerant et de Charles Fourier, fondateur de l'École sociétaire, sont conservés aux Archives nationales sous la cote 10AS[13].
  • Michel Vernus, Victor Considerant. Le Cœur et la Raison, Dole, Canevas, 1993.
  • Jonathan Beecher, Victor Considerant and the Rise and Fall of French Romantic Socialism, Berkeley, Los Angeles, Londres, University of California Press, 2001.
  • Louis Bertrand, Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, Bruxelles, éd. Dechenne, 1906.
  • Maurice Dommanget, Victor Considérant Editions sociales internationales 1929 Paris
  • Jean-Claude Dubos et Michel Cordillot, article « Considerant » dans Biographies nouvelles. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron et de Claude Pennetier, tome 44, Paris, éd. de l'Atelier, 1997. Repris dans Michel Cordillot, La Sociale en Amérique. Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis, Paris, éd. de l'Atelier, 2002.
  • Jonathan Beecher, Victor Considerant – Grandeur et décadence du socialisme romantique (Les Presses du Réel, 640 pages, 2012 (traduction du livre paru University of California Press, 2001 ; revu par l'auteur).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Louis Bertrand, Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830 », Bruxelles, éd. Dechenne, t. 1, p. 28, 1906
  2. Victor Considerant, Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au XIXe siècle ; Procès de la démocratie pacifique, Otto Zeller (Osnabrück),‎ 1847, 143 p. (ISBN 9783535007393, lire en ligne), p.2 Le Droit des sociétés modernes est le droit commun ; leur principe, le principe chrétien de l'unité spécifique des races dans l'humanité, d'où est sorti le principe politique d'égalité du droit des citoyens dans l'État. Leur esprit est l'esprit démocratique
  3. Victor Considerant, Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au XIXe siècle ; Procès de la démocratie pacifique,‎ 1847, 143 p. (ISBN 9783535007393, lire en ligne), p. L'Époque de 89 a donc marqué dans l'Histoire de l'humanité la grande séparation entre l'Ordre ancien et l'Ordre nouveau, entre le droit de la force et le droit du travail, entre le droit aristocratique [...] et le droit commun, le droit de Tous à Tout, LE DROIT DÉMOCRATIQUE. p.2
  4. Karl Marx, Le manifeste du Parti communiste,‎ 1847 (lire en ligne), p. La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication.
  5. Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au XIXe siècle ; Procès de la démocratie pacifique, Otto Zeller (Osnabrück),‎ 1847, 143 p. (ISBN 9783535007393, lire en ligne), p. Le mouvement naturel d'absorption et de résorption [...] n'ayant pas été secondé et dirigé avec intelligence par les successeurs d'Henri IV, de Richelieu et de Louis XIV [...] l'explosion s'est faite p.3
  6. Karl Marx, Le manifeste du Parti communiste,‎ 1847, p. L'ancien mode d'exploitation féodal ou corporatif de l'industrie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s'ouvraient de nouveaux marchés. La manufacture prit sa place. La moyenne bourgeoisie industrielle supplanta les maîtres de jurande; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein de l'atelier même.
  7. Victor Considerant, Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au XIXe siècle ; Procès de la démocratie pacifique, Otto Zeller (Osnabrück),‎ 1847, 143 p. (ISBN 9783535007393, lire en ligne), p.9-10 : Dans quelque branche que ce soit, en effet, les grands capitaux, les grandes entreprises font la loi aux petites. La vapeur, les machines, les grandes manufactures, ont eu facilement raison, partout où elles se sont présentées, des petits et des moyens ateliers. A leur approche les anciens métiers et les artisans ont disparu pour ne plus laisser que des fabriques et des prolétaires. De plus, on voit surgir, presque à chaque instant, une découverte inattendue qui renouvelant brusquement toute une branche de la production, porte la perturbation dans les établissements. [...] Oui, il est temps pour les classes moyennes, déjà fort entamées, d'y prendre garde. L'Argent envahit tout.
  8. Karl Marx, Le manifeste du Parti communiste,‎ 1847 (lire en ligne), Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations.
  9. Karl Marx, Manifeste du parti communiste,‎ 1847 (lire en ligne), p. Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire.
  10. Victor Considerant, Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au XIXe siècle ; Procès de la démocratie pacifique, Otto Zeller (Osnabrück),‎ 1847, 143 p. (ISBN 9783535007393, lire en ligne), p.13 La Bourgeoisie française ne se laissera pas impunément tondre et dépouiller de ses propriétés, de son influence politique et rejeter en Prolétariat. [...] Avant que nos classes ouvrières arrivasses à ce degré de réaction et d'animosité, il y aurait eu chez nous dix révolutions.
  11. Victor Considerant, Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au XIXe siècle ; Procès de la démocratie pacifique, Otto Zeller (Osnabrück),‎ 1847, 143 p. (ISBN 9783535007393, lire en ligne), Que deviendraient les hautes classes si [...] le grand cri de guerre sociale "Vivre en travaillant ou mourir en combattant" y soulevait un jour donné toutes les innombrables légion de l'Esclavage Moderne ?
  12. Marx, in Lire Marx (ISBN 978-2-13-063020-3), p.24 "Le soulèvement silésien commence précisément là où finissent les insurections ouvrières anglaises et françaises, avec la conscience de ce qu'est l'essence du prolétariat. L'action même comporte ce caractère de supériorité. Ce ne sont pas seulement les machines, ces rivales de l'ouvrier, qui sont détruites, mais encore les livres de commerce, les titres de propriété, et alors que tous les autres mouvements ne sont d'abord dirigés que contre le patron de l'industrie, l'ennemi visible, ce mouvement se tourne également contre le banquier, l'ennemi caché. " Marx
  13. Archives nationales