Victoire Cappe

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Victoire Cappe
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Victoire Cappe et Maria Baers
Naissance
Liège
Décès
Bruxelles
Nationalité Belge

Victoire Ida Jeanne Cappe, née le à Liège, morte le à Bruxelles, est la créatrice et la dirigeante du Mouvement social féminin chrétien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Fille d'un avocat franc-maçon, Victoire Cappe est issue d'une famille bourgeoise et libérale et accomplit la première partie de sa scolarité dans des écoles non confessionnelles : ses études primaires dans une école communale de Liège et le premier degré de ses études secondaires à l'Ecole moyenne de Soignies[1].

Fondations[modifier | modifier le code]

En même temps que ses sœurs et à sa demande, elle reçoit le baptême catholique à l'âge de quinze ans lors de son intégration à l'école normale primaire des Filles de la Croix à Liège. Son professeur l'Abbé Jean Paisse, lui fait découvrir les idées démocrates chrétiennes d'Antoine Pottier, ce qui l'amène à se sensibiliser aux questions féminines.

Elle parcourt Max Turmann et découvre le fonctionnement des syndicats féminins lyonnais de Marie-Louise Rochebillard.

Parcours[modifier | modifier le code]

Elle fonde les Ligues ouvrières féminines chrétiennes et le "Syndicat de l’aiguille" en 1907, alors âgée de 21 ans pour améliorer les pénibles conditions de travail des travailleurs de l'aiguille, à Liège, et défend leurs droits.

Elle construit un cercle d'études sociales afin de lutter contre la méconnaissance des vécus de femmes. Devenue régente, elle multiplie les œuvres féminines, créant des cours de formation professionnelle, un secrétariat d'apprentissage et des unions professionnelles pour ouvrières à domicile, demoiselles et employées de magasin, laveuses et repasseuses, ainsi qu'une mutualité familiale, un mensuel syndical "L'aiguille", une Bourse du travail, un restaurant, une société coopérative hébergeant divers services.

Accomplissement[modifier | modifier le code]

En 1909, avec l'appui du cardinal Désiré-Joseph Mercier, elle intègre à l'action sociale liée à l’Église. Partout à Bruxelles, Laeken, Mons, Niveles, Andenne, Huy et ailleurs, elle met en place les cercles d'études sociales afin de coordonner les efforts de l'organisation professionnelle et l'action syndicale.

Entre 1909 et 1912, elle parcourt congrès et semaines sociales pour faire connaître ces idées, et l'ouvrage collectif "La Femme belge : éducation et action sociale", réalisé sous sa direction en 1912 y concourt également.

Finalement, elle crée en octobre 1912 le Secrétariat Général des Unions Professionnelles Féminines Chrétiennes de Belgique. Associée à Marie Baers, comme secrétaire générale flamande, elle parvient à un accord de collaboration avec la CSC, où le secrétariat féminin est reconnu implicitement comme composante du mouvement syndical. Une fédération nationale des syndicats de l'aiguille et une fédération des gantières voient le jour.

En 1914, Victoire Cappe devient vice-présidente de la CSC. Elle s'initie aux sciences économiques et sociales avec son ami le professeur Victor Brants. Elle prend en charge la rédaction des rubriques sociales du mensuel catholique naissant La Femme belge, qu'elle a cofondée.

Durant la Première Guerre Mondiale, elle est la seule femme membre de la Commission du chômage au sein du Comité National de Secours et d'Alimentation.

Malgré son travail acharné, l'action syndicale reste modeste : l'organisation des ouvrières d'usine échoue, la fondation d'une fédération nationale des syndicats d'employées est désapprouvée par les leaders de la CSC.

Par contre, elle rencontre un vif succès dans l'organisation des cycles de formation religieuse et sociale pour dirigeantes et propagandistes, au sein des semaines sociales pour enseignantes et ouvrières-propagandistes organisée annuellement, le tout aboutissant en 1920 à la création de l'école sociale catholique de Bruxelles. Elle en devient directrice pour la partie francophone, puis présidente du conseil d'administration.

Elle est nommée conseillère du ministre de l'Industrie, du Travail et du Ravitaillement après la guerre, en tant qu'experte en matière de travail féminin et participe en 1919 à la première Conférence Internationale du Travail et au Congrès International Féminin ouvrier qui la précède, à Washington. De plus, elle se rend à Oslo pour le Conseil International des Femmes.

En 1921, elle élabore un nouveau plan d'étude et d'action pour le mouvement féminin chrétien : on y trouve une femme collaborant avec l'homme dans la vie économique, social et politique, influencée par les voyages et rencontres internationales de Victoire Cappe.

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Devenu le Secrétariat Général des Oeuvres Sociales Féminines Chrétienne, l'organe travaille principalement à la défense des intérêts et la formation des femmes au foyer. Le mouvement syndical féminin décline et fusionnent avec les centrales masculines fin 1925.

Victoire Cappe est exclue du comité directeur de la CSC en 1919, tenue à l'écart de la direction générale du MOC.

Au sein du mouvement féminin, devenu la Fédération nationale des Ligues ouvrières féminines chrétiennes (LOFC), elle est dépassée par la secrétaire générale qui a travaillé à donner à l'organisation une forte autonomie.

Atteinte de dépression chronique, elle rencontre des difficultés à surmonter les obstacles. Elle fait face à un conflit aigu entre d'une part sa loyauté à ses croyances religieuses et d'une autre part sa volonté d'amélioration les conditions féminines.

Héritage[modifier | modifier le code]

L'association non-confessionnelle Vie Féminine est l'héritière directe des Ligues Ouvrières Féminines Chrétiennes : elle rassemble aujourd’hui des dizaines de milliers de femmes en Belgique. En 1920, dans le but de fournir des cadres formés aux mouvements sociaux, elle fonde l'Ecole Catholique de Service Social à Saint-Josse-ten-Noode. Plus tard, cette école deviendra l'Institut Supérieur de Formation Sociale et de Communication, toujours en activité.

Elle est la soeur de l'écrivaine Jeanne Cappe

Elle est inhumée au Cimetière de Robermont à Liège.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. KEYMOLEN (Denise), « Cappe, Victoire », in Nouvelle Biographie Nationale, Tome 1, Académie Royale de Belgique, Bruxelles, 1988, p.19-21. (ISSN 0776-3948)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Projet/Féminisme chrétien : discussions, orientations et bibliographie pour la rédaction des articles liés au féminisme chrétien.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Boël M. & Duchêne C., Le féminisme en Belgique, 1892-1914, Bruxelles, 1955.
  • Courtois L. e.a., Femmes des années 80, Un siècle de condition féminine en Belgique 1898-1989, Louvain-la-Neuve, 1989
  • Gerin Paul, « Louise Van den Plas et les débuts du “Féminisme chrétien de Belgique” », Revue Belge d’Histoire Contemporaine, 1969, n°2, 254-275.
  • Joset Camille, Le bon féminisme, Arlon, Editions de l'Avenir du Luxembourg, 1904.
  • Keymolen Denise, « Cappe, Victoire », in Nouvelle Biographie Nationale, Tome 1, Académie Royale de Belgique, Bruxelles, 1988, p.19-21. (ISSN 0776-3948).
  • Keymolen Denise, Victoire Cappe 1886-1927 - Une vie chrétienne, sociale, féministe, Presses Universitaires de Louvain, Academia Bruylant Carhop, 2002, 484p., (ISBN 978-2-87209-639-8), [présentation en ligne].
  • Keymolen Denise e.a., Pas à pas: L'histoire de l'émancipation de la femme en Belgique, Service d'État à l'émancipation sociale, Bruxelles, 1991
  • Poullet-Peemans Helwige, "Victoire Cappe: chrétienne, sociale, féministe", Démocratie, 15/07/2002, n°14, pp. 1-4
  • Poullet-Peemans Helwige, "Chrétienne, sociale, féministe : La vie tourmentée de Victoire Cappe", Démocratie, 01/08/2002, n°15-16, pp. 5-7
  • Zelis G. & Stessel M., "Le travail de la femme mariée en Belgique durant l'entre deux-guerres : travail salarié ou travail ménager? Le discours des organisations chrétiennes", in L. Courtois e.a., Femmes des années 80, Un siècle de condition féminine en Belgique 1889-1989, Louvain-la-Neuve, 1989, pp. 63-72
  • 75 ans de Vie Féminine : toutes les femmes, toute la vie : histoire et actualité d'un mouvement chrétien d'action culturelle et sociale, Bruxelles : Vie féminine, 1996
  • Sous la direction de Gubin, E., Jacques, C., Piette, V., Puissant, J., avec la collaboration de Dupont-Bouchart, M., et Nandrin, J., Dictionnaire des femmes belges, XIXème et XXème siècle, Éditions Racine, 2006.