Veille stratégique

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La veille, veille stratégique ou veille informationnelle consiste à collecter des informations stratégiques pour permettre d'anticiper les évolutions et les innovations[1],[2]. C'est « activité continue en grande partie itérative visant à une surveillance active de l’environnement technologique, commercial, etc., pour en anticiper les évolutions ».

On peut résumer la "veille" par le fait de se tenir au courant des informations pertinentes en rapport avec un thème précis. Contrairement à la recherche d'informations qui est ponctuelle et dépend d’un besoin immédiat, la veille est une activité continue prévue à l’avance et s’effectuant sur une plus longue durée.

Elle regroupe les techniques de recherche d'information, traitement de l'information et de visualisation d'informations. La veille stratégique est une aide à la prise de décision pour une entreprise ou une administration, voire un État grâce à une analyse des évolutions tendancielles et de leur environnement. La veille est de nature itérative et prospective afin d'anticiper les changements dans l'environnement de l'organisation et d'éviter des événements indésirables[3].

La veille a été révolutionnée par l'arrivée des moteurs de recherche sur la Toile depuis les années 1990.

Caractéristiques générales[modifier | modifier le code]

Il est possible de caractériser une veille selon plusieurs critères :

  • sa finalité (opérationnelle / stratégique & prospective ; scientifique / technique ; Recherche/développement...),
  • le nombre et la qualité des destinataires,
  • l'étendue des thèmes à surveiller, la nature et la diversité des sources,
  • le niveau de valeur ajoutée (et donc la qualification et l'analyse de l'information),
  • la mise à disposition des données, la présentation des données et enfin l'inter-réactivité (augmentation de la communication entre responsables et employés) [4].

La veille peut s'appliquer à de l'information et extraction de connaissances orale ou écrite, réelle ou modélisée, à de l'imagerie (aérienne et satellitale notamment). Dans le monde du renseignement, qui a des méthodes particulières, on parle de HUMINT (intelligence humaine) et de OSINT (intelligence des sources ouvertes).

Le veilleur a notamment un rôle de décryptage d'évènements de signaux faibles, de stratégies d'influence (adverses ou non) : il doit identifier les méthodes de diversion et de désinformation employées par des entités (fournisseurs, concurrents, adversaires, alliés).

Il est essentiel d’analyser l’information que l’on a collectée car il peut y avoir du bruit, il faut choisir les informations les plus pertinentes en fonction des différentes sources et aussi sélectionner ce qu’on va diffuser par la suite. On pourra voir par exemple ce que l'on sait déjà et ce qu’on cherche à savoir. La diffusion est l’élément primordial de la veille, on ne fait pas de veilles juste pour avoir des informations mais aussi pour les transmettre, notamment via une note de veille. On peut aussi la diffuser via une liste de diffusion, pour donner l’information plus facilement aux autres personnes.

La veille peut être freinée par des problèmes de communication intra-entreprise (des individus peuvent faire de la rétention d'information, par manque de partage), par un contexte politiques (« guerre de pouvoirs »), par manque d'accès à des ressources informationnelles importantes, ou à la suite de problèmes techniques (systèmes d'informations insuffisants).

Objectifs[modifier | modifier le code]

Le principal but de la veille est de mieux cerner son environnement et anticiper ses évolutions et aider à la prise de décision[5]. Il convient pour cela dans un premier temps de cibler l’information qu’on souhaite obtenir et les objectifs en fonction des besoins. Pour cela il faut utiliser des sources officielles, fiables et variées. On procède généralement en faisant un plan de veille définissant la durée de celle-ci, le type d’information que l’on souhaite collecter et les sources que l’on va utiliser. Il est bon de savoir que la veille a pour but de collecter des informations pertinentes qui vont être diffusées au sein de l’entreprise ou de l’organisme par ailleurs. La veille est principalement réalisée par un veilleur ou un documentaliste qui peuvent s’en occuper à temps plein ou partiel.

Selon l'observatoire Digimind[6], les objectifs admis pour les entreprises en général en matière de veille stratégique sont : "développer des parts de marché (72 %), innover (70 %), appuyer sa croissance externe (41 %), exporter (40 %)…".

Outils[modifier | modifier le code]

L'essor des technologies Internet a fortement fait évoluer la veille stratégique en permettant à des entreprises de collecter et de traiter avec plus de facilité un grand nombre d'informations. Cette banalisation a également rendu la veille stratégique accessible à des entreprises de taille plus modeste, à l'image par exemple de PME industrielles.

Mais l'explosion quantitative des données et l'insuffisance des canaux permettant leur synthèse imposent une remise en cause permanente des outils et organisations attachés à la veille stratégique pour éviter sa propre obsolescence.[7]

On trouve deux méthodes :

  • La méthode pull : le veilleur va rechercher les informations, en dépouillant la presse par exemple. Si cette méthode permet d’écarter immédiatement les résultats non pertinents, c’est un processus chronophage et très lourd.
  • La méthode push : l’information vient au veilleur, via des agrégateurs de flux RSS, des alertes Google ou des outils spécialisés[8]. Cette méthode a l’avantage d’automatiser sa veille, de gagner du temps, et donc de respecter une certaine régularité dans sa veille. Le problème réside essentiellement dans le fait de préciser bien en amont sa recherche afin d’éviter de se faire submerger par des résultats non pertinents ou trop larges[9].

Degré d'accessibilité[modifier | modifier le code]

On classe généralement l'information selon trois degrés d'accessibilité :

Typologie[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs types de veille. Chacun d'entre eux répond à un objectif bien précis choisi par l'organisation qu'il sert.

  • La veille commerciale : évalue les pratiques commerciales d'une activité visée
  • La veille concurrentielle : évalue les concurrents et leur positionnement
  • La veille créative[10] : veille sur les idées nouvelles et les opportunités d'innovation, elle est surtout pratiquées par les entreprises créatives spécialisées dans le Design, la Mode, la Publicité, etc.
  • La veille d'opinion : veille sur les opinions des consommateurs formulées en ligne, sur des espaces publics permettant aux internautes d'interagir (espaces souvent appelés 2.0).
  • La veille des positions Google[11] : évalue les entreprises les plus visibles sur le web
  • La veille environnementale : veille sur les informations et réglementations sur l'environnement
  • La veille financière : détecter les mouvements sur les marchés financiers, monétaires et de matières premières pouvant affecter l'entreprise, sur ceux des titres de l'entreprise elle-même et ceux des entreprises similaires concurrentes ou dans lesquelles elle a des intérêts ou avec lesquelles elle travaille
  • La veille horizontale : évalue les secteurs voisins
  • La veille juridique (ou réglementaire, ou normative) : surveillance des novations et modifications législatives et réglementaires et des décisions de justice et administratives applicables aux activités de l'entreprise
  • La veille marketing : permet d'identifier de nouveaux marchés, proposer des produits nouveaux à ses clients et accompagner le lancement d'un nouveau produit
  • La veille médiatique : veille sur les informations traitées par différentes sources médias ciblées en fonction d'un sujet déterminé
  • La veille politique (ou institutionnelle) : étude des réseaux de pouvoirs dans les institutions publiques
  • La veille réglementaire : surveillance des nouveaux textes législatifs, réglementaires voire techniques (normes) pouvant concerner l'entreprise (obligation sociale, norme technique, etc)
  • La veille sectorielle : observation d'un secteur dans ses aspects les plus divers (clients/concurrents/acteurs). Peut être assimilée à de la veille verticale (op. horizontale)
  • La veille sociale : veille sur les évolutions et réglementations en matière sociale
  • La veille sociétale : veille sur les questions de société qui touchent directement ou indirectement l'entreprise et plus précisément la question de la responsabilité sociétale des entreprises,
  • La veille tarifaire[11] : surveillance des prix et des promotions de la concurrence
  • La veille technologique : surveillance des innovations techniques (généralement par l'étude des brevets : veille propriété industrielle et intellectuelle) et des normes, voire influence pour la modification (accompagnement à l'évolution) des normes

Insertion dans les organisations[modifier | modifier le code]

Pour les entreprises[modifier | modifier le code]

La veille stratégique est avant tout une compétence cœur exercée en grande entreprise[12],[13].

La cellule de veille doit être insérée dans un triangle relationnel de trois directions fonctionnelles à savoir selon l'observatoire Digimind "la stratégie (80 %), le marketing (77 %) et le business développement (76 %) (ou direction commerciale)". Ce triangle sera dépassé si l'analyse requiert des expertises plus pointues (Directions R&D, Juridique, Finances, etc.).

Pour les PME et TPE, l'externalisation de la fonction semble incontournable pour pouvoir apporter une vraie valeur ajoutée sur le long terme. À court terme, une veille stratégique très ciblée peut être supportée par des outils internes.

Pour les administrations[modifier | modifier le code]

La veille stratégique est devenue depuis quelques années une veille reconnue au plus haut niveau des États et s'intègre naturellement dans les travaux relevant de l'intelligence économique et du renseignement au sens classique du terme.

Étapes de la veille stratégique[modifier | modifier le code]

La veille stratégique est fondée autour des six grandes étapes suivantes[14],[15] :

1re étape
définir les besoins

Il est essentiel de définir les besoins en fonction des objectifs stratégiques de l'entreprise. Les besoins diffèrent selon la taille de l'entreprise en question.

Pour définir correctement les besoins, il est nécessaire de déterminer des axes de développement, préciser la cible (entreprise, partenaire, client) de cette veille, effectuer une planification du plan de recherche où l'on mettra en évidence les limites concernant les délais et les coûts, puis on s'interrogera sur les informations que l'on souhaite se procurer (qualitatif et quantitatif).

2e étape
collecter les sources d'informations

Une entreprise doit procéder à une recherche minutieuse concernant le choix de leurs sources d'informations. De nos jours, il existe un grand nombre d'outils de recherche. Il faut donc être prudent sur le choix de la source.

Tout d'abord, l'entreprise peut posséder une base de données regroupant toutes les sources internes.

En ce qui concerne les sources externes à l'entreprise, elles sont multiples telles que les sites internet, les réseaux sociaux, les lettres d'information, les presses spécialisées, etc. Internet est le moyen le plus rapide pour se procurer une information. Par ailleurs, il faut recenser l'information la plus pertinente pour la veille stratégique en s'assurant de prendre des données concrètes et réelles. Il ne faut pas hésiter à payer une ou deux sources, celles-ci auront un niveau de fiabilité beaucoup plus important.

Aussi, se rendre en personne à des salons ou à des rencontres entre associations permettent de se créer un réseau et d'obtenir les informations souhaitées.

3e étape
regrouper les informations

Après avoir effectué la collecte des sources d'informations, il est nécessaire de regrouper toutes les informations.

On différencie les informations de deux types :

  • les informations formelles (internet, les revues de presse, les bases de données, etc.)
  • les informations informelles (salons, rencontres en personne avec des clients, etc.)
4e étape
analyser les informations

Il faut ensuite analyser les informations collectées et se procurer les informations qui sont les plus stratégiques en vérifiant la source mais aussi sa pertinence. Par la suite, il faut repérer les analyses internes et externes en travaillant sur le fond et la forme.

5e étape
diffuser l'information

Enfin, les résultats sont dévoilés aux collaborateurs ou aux commanditaires.

Il y a différents moyens pour communiquer cette information. Elle peut être sous forme électronique (messagerie professionnelle, intranet) ou bien sous une forme papier.

6e étape
sauvegarder le résultat de la veille

Les résultats d'une recherche peuvent être utiles pour une prochaine veille. Au fur et à mesure, les recherches pourront être affinées et améliorées.

Ces différentes étapes se renouvèlent en continu.

La veille relative à l'image de l'entreprise[modifier | modifier le code]

Internet occupe une place importante dans les outils de recherche utilisés par les potentiels clients d'une entreprise. Aussi, cette dernière se doit de maîtriser sa E-réputation, afin d'éviter de nuire à son résultat. En ce sens, il est important que les entreprises fassent de la veille régulière.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lesca, Humbert., Veille stratégique : la méthode L.E. SCAnning, Ed. EMS, (ISBN 9782847690156, OCLC 55889687, lire en ligne)
  2. Rohrbeck, René., Corporate foresight : towards a maturity model for the future orientation of a firm, Physica-Verlag, (ISBN 9783790826258, OCLC 695387285, lire en ligne)
  3. Pierette Bergeron, Christine Dufour, Dominique Maurel et Diane Mercier, La gestion stratégique de l'information dans Introduction aux sciences de l'information, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, , 235 p. (ISBN 978-2-7606-2114-5 et 2760621146, OCLC 320584406, lire en ligne), p. 192
  4. (en) Joseph Coates, Philippe Durance et Michel Godet, « Strategic Foresight Issue: Introduction », Technological Forecasting and Social Change, vol. 77, no 9,‎ , p. 1423–1425 (DOI 10.1016/j.techfore.2010.08.001, lire en ligne, consulté le )
  5. http://missiontice.ac-besancon.fr/documentation/index.php/veille-informationnelle/
  6. Baromètre des pratiques de veille 2007 : Baromètre 2007 des pratiques de veille des grandes entreprises françaises | Digimind
  7. Florian Breton, « Open Data et veille au parlement », sur www.stackadoc.com,
  8. Pierre Elemento - Rgpd Paris Bordeaux Toulouse, « Veille concurrentielle : 5 outils innovants », sur journaldunet.com, JDN, (consulté le ).
  9. « Veille Informationnelle », sur slideshare.net (consulté le ).
  10. (en) Vincent Grèzes, Blaise Crettol, Natalie Sarrasin, Monica Zumstein et Antoine Perruchoud, « Western Switzerland Ski Resorts Marketing and Creative Intelligence Case Study », Journal of Management and Marketing,‎ (lire en ligne)
  11. a et b Pierre Elemento - Rgpd Paris Bordeaux Toulouse, « Veille concurrentielle : 5 outils innovants », sur journaldunet.com, JDN, (consulté le ).
  12. Lesca, Humbert (2004) Veille stratégique : la méthode L.E.SCAnning, EMS, (ISBN 978-2-8476-9015-6)
  13. Rohrbeck, Rene (2010) Corporate Foresight: Towards a Maturity Model for the Future Orientation of a Firm, Springer Series: Contributions to Management Science, Heidelberg and New York, (ISBN 978-3-7908-2625-8)
  14. « Intelligence économique »
  15. « Veille stratégique »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Didier Frochot, Qu’est-ce que la veille ?, les-infostrateges, 2006 [en ligne] http://www.les-infostrateges.com/article/0606264/qu-est-ce-que-la-veille
  • Thomas Chaimbault, Les nouveaux outils de la veille informationnelle, slideshare, 2009, [en ligne] http://www.slideshare.net/Faerim/veille-informationnelle
  • Daniel Rouach , La veille technologique et l'intelligence économique, Que sais-je? Presse Universitaire de France, Paris, 1996
  • Xavier Delengaigne Organiser sa veille sur internet: Au-delà de Google...Outils et astuces pour le professionnel, éditions Eyrolles, 2012, (ISBN 978-2212132953)
  • Philippe Cahen, Signaux Faibles, mode d'emploi, éditions Eyrolles, 2010,
  • Philippe Cahen, Les secrets de la prospectives par les signaux faibles. Analyse de 10 ans de (la Lettre des) signaux faibles, édition Kawa 2013.

Revue Scientifique[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]