Vautour de Rüppell

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Gyps rueppelli

Gyps rueppelli
Description de cette image, également commentée ci-après
Vautour de Rüppell
Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Accipitriformes
Famille Accipitridae
Genre Gyps

Nom binominal

Gyps rueppelli
(Brehm, 1852)

Statut de conservation UICN

( CR )
CR A2abcd+3bcd :
En danger critique d'extinction

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 12/06/2013

Le Vautour de Rüppell est une espèce de grands vautours qui se rencontre en Afrique centrale (Éthiopie, Soudan, Tanzanie, Guinée). Son nom est dédié à l'explorateur et zoologiste allemand Eduard Rüppell (1794-1884). La population, d’environ 30 000 individus, est en baisse à cause de la perte d’habitat, d’empoisonnements accidentels et d’autres facteurs[1]. Le vautour de Rüppel est considéré comme l’oiseau ayant la plus haute altitude de vol, avec un exemple certifié à plus de 11 000 m au dessus du niveau de la mer[2].

Distribution[modifier | modifier le code]

L’espèce est originaire du Sahel, en Afrique, où elle peut être trouvée en plaine, en montagne et en forêt. Autrefois fréquent dans ces milieux, le vautour de Rüppel est en rapide déclin, en particulier dans la partie occidentale de cette zone[3].

Bien que relativement lent, sa vitesse de croisière n’excédant pas les 35 km/h, il peut voler durant 6 ou 7 heures par jour, et peut s’éloigner jusqu’à 150 km de son nid pour trouver sa nourriture.

Depuis 1992, le vautour de Rüppell est une espèce erratique en Europe, principalement en Espagne et au Portugal. Sa présence est enregistrée chaque année depuis 1997, principalement dans la zone de Cadix et du détroit de Gibraltar, mais également plus au nord[4].

En France, il a été observé dans les Baronnies, le Verdon et les Grands Causses[5].


Description[modifier | modifier le code]

Il s’agit d’un vautour de taille importante, nettement plus grand que son proche cousin, le vautour africain, dont il partage l’habitat. Les adultes mesurent environ un mètre de long[6],[7] pour une envergure de 2,6 m ; le poids peut aller de 6,5 à 9 kg[6],[8],[9].

Les vautours des deux sexes sont très ressemblants : le corps est tacheté de marron ou noir, avec le ventre brun clair, le jabot brun ; la tête et le cou sont couverts d’un duvet beige, avec une collerette blanche. L’œil est jaune ou orangé. L’absence de plumes sur la tête est une adaptation à un comportement du vautour, qui rentre la tête à l’intérieur de ses proies lorsqu’il se nourrit[10].

Habituellement silencieux, le vautour de Rüppel crie abondamment au nid ou lorsqu’il est sur une carcasse.

Une altitude de vol record de 11 300 m a été authentifiée, à la suite d'une collision aviaire avec un avion de ligne au-dessus d'Abidjan, le 29 novembre 1973[11],[12],[2]. Il est possible qu'il vole encore plus haut ; en effet, il dispose d’une variante spécialisée d’hémoglobine alphaD ; une protéine possédant une importante affinité avec l’oxygène, ce qui permet à l’espèce de l’absorber efficacement malgré la faible pression partielle de la troposphère supérieure[13].


Comportement[modifier | modifier le code]

Le vautour de Rüppel est un oiseau grégaire, qui perche, niche et se nourrit en groupes importants.

Nourriture[modifier | modifier le code]

Vautour de Rüppel se nourrissant, au parc national du Serengeti.

Le vautour de Rüppel présente plusieurs adaptations à son régime alimentaire qui en font un charognard spécialisé, même parmi les autres vautours d’Afrique. Il dispose ainsi d’aspérités sur la langue, pointées vers l’arrière, qui permettent de retirer la viande des os. Il est d’une constitution particulièrement solide et, après avoir consommé les parties les plus molles d’une carcasse, il pourra continuer à manger la peau et les os, se gorgeant jusqu’à ne presque plus pouvoir voler. Cependant, malgré sa grande taille et sa spécialisation, il ne s’agit pas du vautour dominant dans sa zone d’origine, celui-ci étant plutôt le vautour oricou.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Poussin de vautour de Rüppel

Cette espèce de vautour est monogame, formant des couples à vie. Le mâle et la femelle travaillent de concert à la construction du nid, en utilisant des brindilles, de l’herbe et des feuilles qu’ils vont chercher ou volent dans d’autres nids[14]. Ces nids sont édifiés sur des falaises, et, dans les principales zones de nidification, ils peuvent constituer d’importantes colonies rassemblant plusieurs centaines de couples. La couvaison est assurée par les deux parents, et dure 55 jours. Après l’éclosion, les deux parents vont nourrir le poussin et s’en occuper pendant une période d’environ 150 jours jusqu’à l’envol[15]. Les juvéniles restent ensuite dépendants de leur parents, et ne prennent leur indépendance qu’à la saison nuptiale suivante. Avant cela, ils apprennent à trouver leur nourriture.

Conservation[modifier | modifier le code]

Protection[modifier | modifier le code]

Depuis la première mention de l’espèce par l’Union internationale pour la conservation de la nature en 1988, les populations de vautour de Rüppel ont baissé. L’espèce a été ajoutée à la liste rouge de l'UICN en 2007, l’organisme indiquant que les populations devraient continuer à décroître[16] . De 2012 à 2014, l’espèce a été classée comme menacée, avant d’être hissée, en 2015, au statut d’espèce en danger critique d'extinction[17].

Le vautour de Rüppell est inscrit à l’annexe II de la CITES[17].

Menaces[modifier | modifier le code]

Les populations de vautour de Rüppel sont en déclin sur toute leur zone de présence. Ce déclin peut être attribué à la perte d’habitat causée par l’utilisation humaine du terrain, l’empoisonnement et l’utilisation humaine des vautours comme médicament ou nourriture[18], la destruction des sites de nidification et l'appauvrissement des sources de nourritures disponibles[19].

L’empoisonnement constitue l’une des principales menaces envers les populations de vautours d’Afrique, bien qu’ils n’en soient pas habituellement les cibles intentionnelles. En effet, lorsque des prédateurs tels que lions ou hyenes tuent du bétail, les habitants placent souvent du carbofuran dans les carcasses en guise de vengeance[20]. Malheureusement pour les vautours, ceux-ci sont charognards, et une carcasse peut attirer des centaines d’individus, qui identifient à vue les sources de nourriture. Lors d’une évaluation menée sur dix cas d’empoisonnements de carcasses, il a été trouvé que chacun avait causé la mort de 37 à 600 individus[21].

La chasse au vautour de Rüppel dans un but médicinal contribue également au rapide déclin des populations. Dans de nombreuses cultures africaines, les vautours ont un usage médical et magique, lié à des superstitions leur attribuant des dons de clairvoyance, et sont utilisés pour augmenter l’intelligence des enfants[20].

La mise en place d’aires protégées est considérée comme un moyen efficace de protéger le vautour de Rüppel de l’extinction. Celui-ci niche et se reproduit dans des falaises au nord et au sud du Kenya, ainsi qu’en Tanzanie. Ces zones de nidification attirent de grands nombres de vautours de Rüppel, qui élèvent leurs petits et se nourrissent dans les zones environnantes[22]. Comme le taux de détection de vautours de Rüppel est plus faible dans les zones protégées qu’en dehors, l’extension de ces zones peut aider à protéger les populations de vautours[20].


Taxinomie[modifier | modifier le code]

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Gyps rueppellii

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

D'après Alan P. Peterson, cette espèce est constituée des deux sous-espèces suivantes :

  • Gyps rueppelli erlangeri Salvadori 1908
  • Gyps rueppelli rueppelli (A.E. Brehm) 1852

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)(en) « Bird Life Species Factsheet — Rueppell's Vulture Gyps rueppellii » [archive du ], Bird Life International website, Bird Life International, (consulté le 10 juin 2010) : « Identification 85-97 cm. Medium-sized vulture. »
  2. a et b (en)(en) Roxie C. Laybourne, « Collision between a Vulture and an Aircraft at an Altitude of 37,000 Feet », Wilson Ornithological Society, vol. 86, no 4,‎ , p. 461–462 (ISSN 0043-5643, OCLC 46381512, JSTOR 4160546, lire en ligne)
  3. (en) « Rüppell's Vulture (Gyps rueppelli) - BirdLife species factsheet », sur www.birdlife.org (consulté le 29 février 2016)
  4. Gutiérrez, Ricard (2003) Occurrence of Rüppell's Griffon Vulture in Europe Dutch Birding 2595): 289-303
  5. « Actualités - Grands Causses - LPO Mission rapaces », sur rapaces.lpo.fr (consulté le 1er avril 2016)
  6. a et b (en) « Birdlife.org », Birdlife.org (consulté le 31 mai 2011)
  7. Field Guide to the Birds of East Africa: Kenya, Tanzania, Uganda, Rwanda, Burundi by Stevenson & Fanshawe. Elsevier Science (2001), (ISBN 978-0856610790)
  8. (en) Ian Sinclair et Phil Hockey, Sasol: The Larger Illustrated Guide to Birds of Southern Africa, Cape Town, Struik Publishers, (ISBN 978-1-77007-243-5, lire en ligne)
  9. (en)Raptors of the World by Ferguson-Lees, Christie, Franklin, Mead & Burton. Houghton Mifflin (2001), (ISBN 0-618-12762-3)
  10. (en)(en) « Ruppell's griffon vulture », sur Smithsonian's National Zoo (consulté le 18 février 2018)
  11. « Ils possèdent tous un record », sur Oiseaux-balades.
  12. « Tendances des impacts d'animaux », sur Transport Canada, 20 mai 2010.
  13. (en)(en) RE Weber, I Hiebl et G. Braunitzer, « High altitude and hemoglobin function in the vultures Gyps rueppellii and Aegypius monachus », De Gruyter, vol. 369, no 4,‎ , p. 233–40 (ISSN 0177-3593, PMID 3401328, DOI 10.1515/bchm3.1988.369.1.233)
  14. (en)« Ruppell’s Griffon Vulture Facts - National Zoo », sur nationalzoo.si.edu (consulté le 29 février 2016)
  15. (en-GB) « Rueppell’s griffon videos, photos and facts - Gyps rueppellii », sur ARKive (consulté le 29 février 2016)
  16. (en)(en) « Gyps rueppellii » [archive du ], IUCN Red List of Threatened Species Version 2010.1, International Union for Conservation of Nature and Natural Resources, (consulté le 9 juin 2010) : « This long-lived vulture has experienced a moderately rapid reduction in its global population which is likely to continue. For these reasons it is listed as Near Threatened. »
  17. a et b (en)« Gyps rueppelli (Rueppell's Griffon, Rüppell's Griffon Vulture, Ruppell's Vulture, Rüppell's Vulture) », sur www.iucnredlist.org (consulté le 29 février 2016)
  18. (en)(en) Jean-Marc Thiollay, « The decline of raptors in West Africa: long-term assessment and the role of protected areas », Ibis, vol. 148, no 2,‎ , p. 240–254 (ISSN 1474-919X, DOI 10.1111/j.1474-919X.2006.00531.x, lire en ligne)
  19. Munir Z. Virani, Corinne Kendall, Peter Njoroge et Simon Thomsett, « Major declines in the abundance of vultures and other scavenging raptors in and around the Masai Mara ecosystem, Kenya », Biological Conservation, vol. 144, no 2,‎ , p. 746–752 (DOI 10.1016/j.biocon.2010.10.024, lire en ligne)
  20. a, b et c (en)(en) Darcy L. Ogada, « The power of poison: pesticide poisoning of Africa's wildlife », Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1322, no 1,‎ , p. 1–20 (ISSN 1749-6632, PMID 24716788, DOI 10.1111/nyas.12405, lire en ligne)
  21. (en)(en) Darcy Ogada, Phil Shaw, Rene L. Beyers, Ralph Buij, Campbell Murn, Jean Marc Thiollay, Colin M. Beale, Ricardo M. Holdo et Derek Pomeroy, « Another Continental Vulture Crisis: Africa's Vultures Collapsing toward Extinction », Conservation Letters, vol. 9,‎ , p. 89–97 (ISSN 1755-263X, DOI 10.1111/conl.12182, lire en ligne)
  22. Munir Z. Virani, Ara Monadjem, Simon Thomsett et Corinne Kendall, « Seasonal variation in breeding Rüppell’s Vultures Gyps rueppellii at Kwenia, southern Kenya and implications for conservation », Bird Conservation International, vol. 22, no 03,‎ , p. 260–269 (ISSN 1474-0001, DOI 10.1017/S0959270911000505, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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