Vase acoustique

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Amphore de résonance scellée dans le mur de l'église de la Chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction, à Villeneuve-lès-Avignon.

Les vases acoustiques sont des récipients en terre cuite scellés dans les murs et parfois sous le sol des églises médiévales. Leur fonction supposée est d'améliorer ou de modifier le son de la voix du précheur ou des chanteurs.

Des expériences ont montré que l'effet des vases est d'absorber une partie des résonances (sur des fréquences précises) plutôt que d'amplifier les sons.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'utilisation des vases acoustiques remonte à l'Antiquité. Des récipients en bronze étaient insérés dans des niches afin de modifier l'acoustique des théatres grecs et romains. Leur utilisation a été décrite par Vitruve dans son cinquième livre, portant sur les théâtres[1], il décrit comment les dimensionner et où les placer. Il préconise de limiter leur emploi aux théâtres construits en pierre et en marbre, « ne produisent aucune résonance » précise-t-il. Aucun exemplaire n'a pu être retrouvé, mis à part dans le théâtre de Scythopolis, équipé de niches pour les vases résonateurs.

Au Moyen Âge, le vase acoustique réapparaît : on en trouve dans environ deux cents églises, dont la moitié en France. Ces vases ont de nombreuses formes et des positionnement variés. Contrairement à ceux décrits par Vitruve, ils sont en terre cuite et scellés dans la structure des édifices.

Description[modifier | modifier le code]

Les vases acoustiques se présentent sous forme d’un ou de plusieurs vases que les constructeurs ont inséré dans la maçonnerie afin de donner à l’espace considéré un certain rendu sonore propre, une qualité acoustique désirée. Un sondage est nécessaire pour s’assurer que les trous dans les murs contiennent des poteries et ne sont pas de simples trous utilisés lors de la construction.

On les rencontre tantôt dans les basiliques et tantôt dans les chapelles, et bien que répartis dans toute l’Europe, ils ne sont pas systématiquement employés[2],[3],[4],[5]. À Paris, on en trouve dans la chapelle du Conservatoire national des arts et métiers (aujourd’hui la bibliothèque) mais pas dans les grandes églises : ni à Saint-Sulpice, ni à Notre-Dame, ni à Saint-Eustache. Par contre, au nord de Paris, on les retrouve dans la basilique de Saint-Denis, dans les cathédrales de Beauvais, Notre-Dame de Senlis, Notre-Dame d’Amiens ; et à Saint-Etienne de Sens et Notre-Dame de Chartres. À Bruxelles, on n’en a pas recensé, mais bien assez près : à Saint-Rombaut de Malines. À Bologne, la Basilique San Petronio en contient plus de quatre cents, et à quelques centaines de mètres de là, dans San Pietro, on n’en retrouve que vingt-cinq et de diamètres différents, etc.

On a ainsi dénombré à ce jour quelque deux cents églises en Europe contenant ces vases acoustiques, dont la moitié rien qu’en France. Les nombreux exemples retrouvés sont de types si différents qu’il est difficile de tirer une conclusion générale quant à cette pratique moyenâgeuse par le fait de la diversité des formes rencontrées (de l’amphore à la jarre pansue) et de la diversité des endroits d’implantation observés (tantôt dans le chœur, tantôt dans les murs latéraux ou encore dans les voûtes) d’autant plus que certains de ces vases ont été choisis et placés par des personnes ne connaissant pas réellement leur fonctionnement, secrètement gardé par les corporations médiévales. À tout ceci, il faut ajouter une énigme : pourquoi ne les rencontre-t-on que dans les églises, et jamais dans les palais ou les châteaux ? Néanmoins, les seules constantes que l’on peut déduire sont de quatre ordres :

  • ces vases se situent à l’intérieur de locaux clos ;
  • ils sont en général de petites dimensions ;
  • ils se situent loin de l’oreille des auditeurs ;
  • ils sont presque toujours maçonnés, et non comme le décrit Vitruve, posés sur trois coins et pouvant vibrer plus librement.

On remarquera que ces quatre points sont exactement le contraire de la tradition grecque et romaine.

Fonction[modifier | modifier le code]

Les textes de Vitruve décrivent bien les résonateurs de l’époque romaine, même si on n'en a retrouvé aucun ; par contre on possède beaucoup d’exemples de poteries acoustiques moyenâgeuses, mais aucun texte sur leur fonction ne nous est parvenu.

Le frère René Floriot[6], qui a étudié ces vases pendant une vingtaine d’années, a démontré qu’ils sont avant tout des correcteurs d'acoustique : leur action se joue essentiellement sur les ondes stationnaires des fréquences propres de la salle et de ses harmoniques. De plus, ils absorberaient en partie les fréquences autour de deux cents hertz et nivelleraient les pics des tracés de temps de réverbération. À l’opposé des vases d’airain dont parle Vitruve, qui rendent la voix des acteurs « plus fort et plus claire selon le rapport de consonance qu’elle aura avec quelqu’un de ces vases[7] », et qui sont de véritables résonateurs. Les vases acoustiques du Moyen Âge ont un pouvoir absorbant et régulateur dans les tessitures graves, celles qui ont été cataloguées parmi les plus gênantes et les plus difficiles à éliminer[8].

Caveau phonocampique[modifier | modifier le code]

Le caveau phonocampique dont M.N. Bechet[9] a signalé l’existence à la cathédrale de Noyon (et qu’on peut voir encore de nos jours). Il le décrit ainsi : « peut-être avez-vous pénétré dans un de ces pittoresques colombiers en briques rouges que l’on rencontre fréquemment dans les gentilhommières de Normandie. L’aspect de logettes où les pigeons roucoulent en famille, ce sont ici des vases hémisphériques en terre cuite qui, superposés horizontalement en étages circulaires, tournent leurs orifices vers le centre du caniveau. La voûte est terminée par une grille à jour qui fait communiquer l’appareil avec le chœur. Ici, l’on a supprimé la communication, mais conservé le caveau, pensant qu’il pouvait aider la voix de l’officiant ». V. de Cuyencourt[10] dit qu’à l’ancienne église des cordeliers d’Amiens, qui datait du XIVe siècle, il y avait sous le chœur un couloir souterrain qui parait avoir servi de caveau phonocampique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Acoustic jar » (voir la liste des auteurs).
  1. Vitruve, De architectura, livre V, 5
  2. Jean De Sturler, Notes sur l’emploi de poteries creuses dans les édifices du Moyen Âge, in : revue Le Moyen Âge, no 3, Bruxelles, 1957, p. 241-265.
  3. Jean De Sturler, Notes complémentaires sur l’emploi de poteries creuses dans les édifices du Moyen Âge, in : revue Le Moyen Âge, no 4, Bruxelles, 1960, p. 595-602.
  4. Y.P. Castel (père), Les systèmes de vases acoustiques anciens dans les églises du Finistère (XIVe-XVIIe s.), Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. CIV, 1976.
  5. Jean-Marc Fontaine, Un système historique de correction sonore, in: Qualité acoustique des lieux d’écoute, Colloque CNRS- ERA 537, Paris, 1981.
  6. René Floriot (frère), Les vases acoustiques au Moyen Âge, thèse faculté des sciences de l’Université d’Aix-Marseille, 1964.
  7. Vitruve, op. cit. p. 160-161.
  8. René Floriot (frère), Les vases acoustiques du Moyen Âge, in: bulletins du GAM, n° 98, Paris, juin 1978, p. 8.
  9. M.A. Bechet, Notes d’Art et d’Archéologie, 1982, cité dans L. Cloquet, Traité d’architecture, Paris et Liège, Librairie Polytechnique Ch. Béranger, 1901, p. 248-249.
  10. V. de Cuyencourt, Mémoire sur l’ancienne église des Cordeliers d’Amiens, Amiens, Yocht et Tellier, 1891, cité par Cloquet.