Vann Molyvann

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Vann Molyvann
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Siem ReapVoir et modifier les données sur Wikidata
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Œuvres réputées
Stade olympique de Phnom Penh, Monument de l'indépendance, Phnom Penh (d), Théâtre Chaktomouk (d), Institut des langues étrangères, Phnom Penh (d), Université royale de Phnom PenhVoir et modifier les données sur Wikidata

Vann Molyvann, né le 23 novembre 1926 à Ream (en), dans la province de Sihanoukville et mort le 28 septembre 2017 à Siem Reap (province homonyme)[1], est un architecte et un ministre cambodgien.

À la tête de l’aménagement du territoire au temps du Sangkum, il marquera de son empreinte et de manière notable le visage du Phnom Penh de cette époque (1953-1970).

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Vann Uk et Quam Pik, Vann Molyvann nait le 23 novembre 1926 à Ream, alors dans la province de Kampot[2]. En 1946, il obtient une bourse pour aller étudier le droit en France. À la fin de sa première année, il échoue à l’épreuve de latin ; il s’oriente alors vers l’architecture et intègre l’école nationale supérieure des beaux-arts de Paris[3]. Il s’initie aux œuvres des brutalistes tels Paul Rudolph ou Le Corbusier dont ses futurs travaux s’inspireront[4].

Il rentre au Cambodge en 1956. Norodom Sihanouk le nomme architecte en chef de l’État et le charge de la direction des travaux publics du Cambodge. À ce titre il participe à l’élaboration du plan directeur de l’extension de Phnom Penh et à celui de la ville portuaire de Kampong Saom, future Sihanoukville[5].

Il partage alors avec le monarque une vision de son pays qui vient d’accéder à l’indépendance et à qui il veut donner une identité qui concilie traditions et modernité. Il va contribuer à transformer l’ancien protectorat endormi en un des pays asiatiques les plus étonnants sur le plan architectural et multiplie les réalisations qui vont caractériser la période du Sangkum, considérée comme un âge d’or du Cambodge[6].

À une date indéterminée, il se marie avec Trudy Amberg, d’origine suisse. Ils auront trois filles et trois fils, dont le plus âgé décèdera avant son père[2].

En 1967, une délégation de Singapour vient visiter Phnom Penh et le premier ministre Lee Kuan Yew demande à Norodom Sihanouk l’aide de Vann pour construire les nouveaux quartiers de sa ville, mais le prince refuse de laisser partir son architecte en chef[2].

En 1970, lorsque Norodom Sihanouk est déposé, Vann Molyvann, qui aura été son principal ministre de l’Éducation nationale (en)[7] est assigné à résidence et son passeport lui est confisqué. Il lui sera toutefois provisoirement restitué pour se rendre à une conférence en Israël. Mais l’ambassadeur de l’État hébreux lui conseille, malgré sa famille qui reste à Phnom Penh, de ne pas revenir, ayant eu connaissance de menaces quant à sa sécurité. Il suivra le conseil et sa femme fera pression pour pouvoir à son tour quitter le pays avec ses enfants pour la Suisse où Molyvann les rejoindra[8].

Il travaille pendant une dizaine d’année au programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), notamment à Nairobi et à Vientiane. Il se familiarise avec la gestion des problèmes environnementaux et de développement social[5].

Il retourne au Cambodge en 1991 où il sera successivement président du conseil des ministres, ministre de la culture et des beaux-arts (en) puis de la ville, de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire (en). La maison qu’il avait fait construire en 1966 sur le boulevard Mao Tsé Toung et qu’il avait dû abandonner au début des années 1970, était restée inoccupée jusqu’en 1979, année où elle est réquisitionnée par le gouvernement de la république populaire du Kampuchéa pour abriter les services de l’aménagement du territoire. Il pourra toutefois la récupérer en 1992[8].

Il est également nommé au même moment à la tête de l’autorité APSARA (en) (Autorité pour la Protection du Site et l'Aménagement de la Région d’Angkor). Il tente alors de résister aux pressions foncières et aux projets de construction d’hôtels à la proximité immédiate des temples, mais accusé de vouloir faire obstacle au développement de l’activité touristique, il sera poussé à la démission en 2001[9].

Il multiplie également les entretiens qu’il accorde à la presse et dans lesquels il fustige le développement anarchique de Phnom Penh qui privilégie les constructions de résidences de luxe qui rognent sur les espaces publics et ses réalisations de l’époque du Sangkum[10],[11].

En 2008, il obtient un doctorat en organisation et développement des cités asiatiques avec une thèse intitulée les villes modernes khmères[8].

En 2009, un groupe mené par l’architecte canadien Bill Greaves, Darryl Collins, auteur d’un ouvrage sur l’architecture cambodgienne des années 1950 et 1960 et Geoff Pyle, fondateur d’une organisation proposant des circuits de découverte des principaux bâtiments de Phnom Penh, créent le Vann Molyvann project destiné à promouvoir l’œuvre de cet architecte méconnu au Cambodge même. Un premier souci a été de recréer les plans de ces réalisations pour la plupart disparus pendant les différents épisodes de guerres civiles[12].

En 2014, Vann Molyvann décide de quitter Phnom Penh pour passer les dernières années de sa vie à Siem Reap[13]. Il y décède le 28 septembre 2017[14].

Réalisations[modifier | modifier le code]

Son travail allie tradition et modernité et est, au début du XXIe siècle, ancré dans l’histoire et la culture cambodgiennes. Dans la quinzaine d’année du Sangkum où il officiait en tant qu’architecte en chef, il a participé à la construction de centaines d’édifices incluant plusieurs symbole de Phnom Penh, tels le monument de l'indépendance, le théâtre Chaktomuk ou le stade olympique[13]. Il a alors renouvelé l’architecture de son pays, créant avec certains jeunes compatriotes, tels Lu Ban Hap, Ung Krapum Phka ou Mam Sophana, un mouvement qui prendra le nom de « Nouvelle architecture khmère (en) »[15]. Ses bâtiments se caractérisent par leurs ouvertures permettant une très bonne ventilation, nécessaire en raison des conditions climatiques[16].

Les principales réalisations

En 1975, quand le Cambodge passe sous contrôle khmer rouge, le bâtiment de la banque nationale à Sihanoukville construit par Molyvann résiste à une tentative de dynamitage opérée par les nouveaux maîtres du pays. Dans le même temps, le stade olympique est utilisé pour des rassemblements de masse et des manifestations politiques[9].

Mais alors qu’elles avaient survécut aux décennies de guerres civiles, les œuvres de Vann sont victimes de la frénésie immobilière qui s’empare du Cambodge depuis le début du XXIe siècle. En 2001, le site du stade olympique est ainsi vendu à un groupe d’investisseurs taïwanais qui comblent le système de drainage pour y construire des immeubles, provoquant des inondations à répétitions dès que la capitale a à subir de fortes pluies. Son théâtre national et le siège du conseil des ministres ont par le suite été démolis en 2008[12] alors qu’en 2015, il est question de faire subir le même sort au building blanc (en), un ensemble de logements destinés à l’origine aux personnes à faible revenus et devenu insalubre[17].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notices d'autoritéVoir et modifier les données sur Wikidata : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Union List of Artist Names • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Base de bibliothèque norvégienne • WorldCat

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Helen Grant Ross et Darryl Leon Collins, Building Cambodia : 'New Khmer Architecture' 1953-1970, Bangkok, The Key Publisher, , 360 p. (ISBN 974934121X), chap. 7 (le chapitre est entièrement consacré à Vann Molyvann)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jenni Reid, « Breaking: Architect Vann Molyvann dies in Siem Reap at 90 », Phnom Penh Post,‎ (lire en ligne)
  2. a, b et c (en) Tom Fawthrop, « Vann Molyvann obituary », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  3. (en) David Eimer, « Vann Molyvann : the unsung hero of Phnom Penh architecture », South China Morning Post,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Alexander Doerr, « The Sudden Death of Cambodias Homegrown Modernism », sur Failed Architecture, (consulté le 3 décembre 2017)
  5. a et b Brian McGrath et Jean-Philippe Hugron, « Vann Molyvann, la condition urbaine au Cambodge », Le courrier de l'architecte,‎ (lire en ligne)
  6. Frédéric Burnand, « Vann Molyvann matérialise l’âge d’or du Cambodge », Swissinfo,‎ (lire en ligne)
  7. (en) David M Ayers, Anatomy of a Crisis : Education, Development, and the State in Cambodia, 1953-1998, University of Hawai'i Press, , 304 p. (ISBN 9780824822385, présentation en ligne), p. 100
  8. a, b et c (en) Claire Knox, « Vann Molyvann : my legacy will disappear », Phnom Penh Post,‎ (lire en ligne)
  9. a et b (en) Matt Steinglass, « The City He Built », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  10. (en) Bo Hill, « Cambodian architect's legacy the focus of a new documentary », Australian Broadcasting Corporation,‎ (lire en ligne)
  11. (en) Michelle Vachon, « Visionary Architect Urges Action to Prevent Urban Chaos », The Cambodia Daily,‎ (lire en ligne)
  12. a et b (en) Dustin Roasa, « Vann Molyvann : Cambodia's forgotten architect », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  13. a et b (en) Haig Balian, « The man who built Cambodia : Vann Molyvann's 1964 National Stadium », sur Uncube magazine, (consulté le 29 novembre 2017)
  14. (en) Khouth Sophak Chakrya et Erin Handley, « Breaking : Architect Vann Molyvann dies in Siem Reap at 90 », Phnom Penh Post,‎ (lire en ligne)
  15. (en) « Information for visitors. Streetcapes of Phnom Penh. A leisurely architectural exploration : Phnom Penh: The riverine city », sur Musée national du Cambodge (consulté le 8 décembre 2017)
  16. Romain Roget, « Vann Molyvann milite pour une autre politique d’urbanisation », sur cambodgesoir.info, (consulté le 25 juin 2010)
  17. (en) « The last days of Phnom Penh's iconic White Building », BBC News,‎ (lire en ligne)