Vanikoro

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Vanikoro
Le mémorial La Pérouse sur Vanikoro
Le mémorial La Pérouse sur Vanikoro
Géographie
Pays Drapeau des Salomon Salomon
Archipel Îles Santa Cruz
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 11° 39′ S, 166° 54′ E
Superficie 173,2 km2
Point culminant Mont Banie (923 m)
Géologie Île volcanique
Administration
Province Temotu
Démographie
Population 1 293 hab. (2009[1])
Densité 7,47 hab./km2
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+11

Géolocalisation sur la carte : Îles Salomon

(Voir situation sur carte : Îles Salomon)
Vanikoro
Vanikoro
Îles aux Salomon

Vanikoro est une île du sud de l'archipel des îles Santa Cruz, la partie la plus orientale des Salomon, dans l'océan Pacifique.

Géographie[modifier | modifier le code]

Topographie traditionnelle de Vanikoro (A. François, 2005)

Vanikoro est composée de deux îles principales :

  • Banie, l'île principale
  • Teanu ou Tevai, sa petite voisine

Le point culminant, le mont Banie est un ancien volcan.

Population[modifier | modifier le code]

Masques et costumes de danse Tamate de Vanikoro

La population de Vanikoro est de 1 293 habitants[1]. Elle est composée en majorité de Mélanésiens (environ 800), premiers habitants de l'île, et d'une petite population de colons polynésiens (environ 500), arrivés de l'île voisine de Tikopia au cours des derniers siècles.

Langues[modifier | modifier le code]

Tandis que les Polynésiens établis à Vanikoro parlent une langue polynésienne (le tikopien ou tikopia), les langues mélanésiennes de Vanikoro sont au nombre de trois – toutes trois océaniennes[2].

Le teanu est parlé par environ 800 locuteurs. Les deux autres langues ancestrales de Vanikoro, le lovono et le tanema, sont en voie d'extinction — elles ne sont connues respectivement que par quatre et une[3] personnes disséminées sur l'île, et qui désormais ont adopté le teanu comme langue principale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Histoire ancienne[modifier | modifier le code]

L'île de Vanikoro a été peuplée par des populations austronésiennes il y a au moins 2000 ans[4] ; de cette première migration descend la population dite mélanésienne (non-polynésienne), locutrice des trois langues non-polynésiennes de l'île (teanu, lovono, tanema).

Plus récemment, sans doute à partir du XVIIe siècle[réf. nécessaire], le sud de l'île de Vanikoro a été visité par des populations polynésiennes en provenance de Tikopia. Les deux populations cohabitent dans l'île jusqu'à nos jours.

En 1606, le navigateur portugais Quiros, sous les ordres d'Álvaro de Mendaña, décrit l'archipel de Santa-Cruz et la grande terre qu'il appelle Manicolo, un an après le naufrage de la Santa Isabel[5].

Le naufrage de Lapérouse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition de La Pérouse.
Inauguration du Monument élevé à Lapérouse à Vanikoro (Les Navigateurs français: histoire des navigations, découvertes et colonisations françaises, Léon Guérin, 1846)

C'est à Vanikoro que les navires de l'expédition de La Pérouse firent naufrage en 1788.

Le navigateur irlandais Peter Dillon a raconté comment, présent sur l'île voisine de Tikopia en 1826, il acheta un jour la garde d'une épée que les habitants conservaient précieusement. Ces derniers lui racontèrent les conditions de naufrage de deux bateaux quelques années plus tôt sur une île voisine, Vanikoro; Dillon fit le rapprochement avec les bateaux de l'expédition Lapérouse, dont tous les navigateurs de la région cherchaient la trace depuis une quarantaine d'années.

Dillon ramena la garde de l'épée attribuée à Lapérouse au royaume de France. Revenu ensuite à Tikopia, il embarque quelques habitants et un Blanc nommé Martin Burshart jusqu'à Vanikoro, où il retrouve traces et témoignages du naufrage en 1827. Il racontera ses découvertes peu après dans un ouvrage[6].

Pendant la même période, de 1826 à 1829, le capitaine Dumont d'Urville mène son premier voyage dans l'océan austral qu'il termine, après avoir appris la découverte de Dillon, en faisant un détour par Vanikoro, en récupérant du mobilier de la Boussole et en faisant élever sur place un monument à la mémoire de La Pérouse et de ses compagnons[7].

En 2005, les épaves de la Boussole et de l'Astrolabe, les deux navires de La Pérouse ont été formellement identifiées au sud de l'île de Banie, ainsi que les traces d'un campement à terre occupé durant plusieurs années[8].

Entomologie locale et régionale[modifier | modifier le code]

Mosaïque d’espèces cultivées et chenille du papillon Sphinx sur feuille de patate douce.
Quelques espèces d'Insectes de Vanikoro

Un entomologiste du CIRAD a participé à deux campagnes organisées par Alain Conan, celle de 2003 et celle de 2005[10]. L'objectif qu'il s'était fixé en réponse à la demande d'Yves Bourgeois, réalisateur des films de Thalassa consacrés à ces expéditions, était, en contribuant à l'inventaire de la biodiversité des insectes de l'île, de faire revivre sur le terrain « le souffle, l'esprit et la manière de travailler des naturalistes de l'expédition Lapérouse, » qui avaient acheté en 1785 pour cette expédition plaques de liège et épingles à insectes.

Ses observations en ce qui concerne les dégâts négligeables provoqués par les insectes dans les jardins vivriers de la côte sont encourageantes : « La proximité de la forêt, l'absence de monoculture intensive, l'évidente préservation de l'équilibre naturel, font que les ravageurs potentiels sont naturellement contrôlés par leurs ennemis naturels : insectes prédateurs et parasitoïdes, nématodes, champignons, bactéries, virus etc. »

Le recensement est en cours de réalisation et permet d'en tirer quelques conclusions d'ordre biogéographique dans un ensemble régional qui va de l'Océan Indien à l'Océan Pacifique, car les insectes de l'île ont tous été importés, « par les courants marins sur des radeaux flottants de troncs ou de débris végétaux, par les vents ou les cyclones, ou plus récemment par les hommes. » La faune de Vanikoro fait partie de la région australienne mais comprend aussi des éléments présents dans la région orientale.

L'entomofaune de Vanikoro est de caractère typiquement insulaire, relativement pauvre en espèces et déséquilibrée dans sa composition (certains groupes sont absents ou représentés par peu d'espèces), avec quelques espèces endémiques, ceci à cause des faibles dimensions de l'île, de son éloignement de terres richement peuplées et de son âge récent (environ 5 millions d'années).

On observe à Vanikoro divers niveaux d'endémisme :

  • des espèces propres aux îles Salomon : coléoptères et phasme ;
  • des papillons de jour des îles Santa Cruz (archipel auquel appartient Vanikoro) : Lycaenidae, Euploea et Nymphalidae ;
  • enfin, des espèces strictement endémiques de Vanikoro : la Cigale de Lapérouse (découverte par HP Aberlenc en 2003) : Baeturia laperousei Boulard, 2005 et plusieurs espèces de coléoptères (Histeridae, Staphylinidae Pselaphinae, Passalidae, Cerambycidae ou Longicornes, Curculionidae).

Comme le souligne Henri-Pierre Aberlenc, « cet endémisme implique une stratégie de défense de la biodiversité : il est important de préserver des zones en bon état dans le plus grand nombre possible d'îles. »

Trois nouvelles espèces de coléoptères Histeridae dont une endémique et nouvelle pour la science (Tribalus folliardi Gomy & Aberlenc, 2006, dédiée à Jean-Pierre Folliard, un des membres de l'expédition) ont été trouvées et étudiées au retour de la dernière expédition[11].

La cymbalisation (qui est improprement appelée le "chant") de la cigale de Lapérouse a été enregistrée en 2005 à la demande d'Henri-Pierre Aberlenc par le preneur de son de l'équipe de cinéma d'Yves Bourgeois, Michel Faure[12] et étudiée par Michel Boulard du Muséum national d'histoire naturelle. Il a pu les comparer avec ses enregistrements de la cigale d'Uvea, la plus grande des îles Wallis en 1996. Il a établi les Cartes d'Identité Acoustique de ces deux espèces, morphologiquement très voisines mais produisant des cymbalisations sensiblement différentes comme le prouve l'analyse des sonogrammes. Le comportement acoustique a ainsi confirmé la distinction entre les deux espèces, qui n'avaient dans un premier temps été séparées que sur la base de caractères morphologiques.

Économie[modifier | modifier le code]

Vanikoro tire ses ressources de l'exportation du poisson, du bois d'œuvre et d'ornement (dont l'Araucaria), du coprah, de l'huile de palme, des fèves de cacao et des coquillages.

Santé[modifier | modifier le code]

En 2008, des médecins français ont remarqué la présence dans l’île d'une dermatophytose appelée "tokelau"[13], qui toucherait près de 60 % de la population de Vanikoro[14]. La terbinafine (Lamisil) se serait révélée un traitement efficace.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cf. Recensement national de 2009.
  2. (en) Alexandre François, « The languages of Vanikoro: Three lexicons and one grammar », dans Bethwyn Evans, Discovering history through language: Papers in honour of Malcolm Ross, Canberra, Australian National University, coll. « Pacific Linguistics 605 », (lire en ligne), p. 103-126
  3. Nombres de locuteurs, révisés en 2012 (site du linguiste Alexandre François).
  4. Kirch, Patrick V. Mangaasi-style ceramics from Tikopia and Vanikoro and their implications for East Melanesian prehistory. Bulletin of the Indo-Pacific Prehistory Association 3 (1982): 67-76.
  5. Bernard Grunberg, « Pedro Fernandez De Quirós, Histoire de la découverte des régions australes. Îles Salomon, Marquises, Santa Cruz, Tuamotu, Cook du Nord et Vanuatu », Caravelle, vol. 81, no 1,‎ , p. 330-331 (lire en ligne).
  6. Dillon, Peter. Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et relation de la découverte du sort de La Pérouse: dédié au roi (Charles X). Pillet ainé, 1830.
  7. Arthur Mangin, Voyages et Découvertes outre-mer au XIXe siècle : Illustrations par Durand-Brager, Tours, , 536 p. (lire en ligne), p. 126-133.
  8. L’archéologie peut-elle désormais expliquer le mystère de La Pérouse ? émission Le Salon noir sur France Culture le 17 avril 2013.
  9. Récit en langue teanu, enregistré par A. François le 6 mai 2005, au village de Lovoko.
    Source: François, Alexandre, « Mystère des langues, magie des légendes », dans Association Salomon, Le mystère Lapérouse ou le rêve inachevé d’un roi, Éditions de Conti, (ISBN 9782351030127, lire en ligne), p. 230-233.
  10. Henri-Pierre Aberlenc, « Les savants de Lapérouse, la biodiversité et le peuplement de Vanikoro par les Insectes », (consulté le 1er août 2017).
  11. Yves Gomy et Henri-Pierre Aberlenc, « Entomofaune de Vanikoro (îles Salomon), 3e contribution : Coleoptera Histeridae », Bulletin mensuel de la Société linéenne de Lyon, vol. 75, no 9,‎ , p. 325-338 (lire en ligne).
  12. Michel Boulard, « Baeturia laperousei », Revue française d'entomologie, vol. 30, no 2-4,‎ , p. 67-70.
  13. Cf. Note sur le tokelau. La maladie doit son nom à l’île du même nom dans le Pacifique.
  14. (en) Marc Pihet, « Isolation of Trichophyton concentricum from chronic cutaneous lesions in patients from the Solomon Islands », Trans R Soc Trop Med Hyg, vol. 102, no 4,‎ , p. 389-393 (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :