Vanessa Springora

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Vanessa Springora
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Fonction
Directrice
Éditions Julliard
depuis
Bernard Barrault (d) et Betty Mialet (d)
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (48 ans)
Nationalité
Formation
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Genre artistique
Œuvres principales

Vanessa Springora, née le [1], est une éditrice, écrivaine et réalisatrice française.

Elle publie, début , l'ouvrage Le Consentement, dans lequel elle dénonce une emprise de l'écrivain Gabriel Matzneff, qui a commencé avec elle des relations sexuelles alors qu'elle avait 14 ans et lui 49. La sortie de ce livre met en lumière auprès du grand public les agissements de Matzneff, qui les développait pourtant longuement dans ses livres depuis plusieurs décennies, et provoque un scandale retentissant sur ses soutiens culturels, politiques et médiatiques. L'ouvrage est rapidement un succès de librairie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Situation personnelle, parcours et éditrice[modifier | modifier le code]

Vanessa Springora est élevée par une mère divorcée[2]. Son père, qu'elle décrit comme absent dans Le Consentement, meurt en [3].

Après une scolarité au collège Jacques-Prévert, puis au lycée Fénelon, à Paris, et deux années en classes préparatoires, Vanessa Springora obtient un DEA de lettres modernes à l’université Paris-Sorbonne[4],[5]. Elle est réalisatrice-autrice en 2003 pour l’Institut national de l’audiovisuel[6], avant de devenir assistante d'édition au sein des éditions Julliard en 2006[7]. En , elle est nommée directrice des éditions Juillard[8],[9].

Elle coordonne parallèlement depuis 2010 la collection « Nouvelles Mythologies », dirigée par Mazarine Pingeot et Sophie Nordmann, pour les éditions Robert Laffont[6].

Le Consentement[modifier | modifier le code]

Dans son livre intitulé Le Consentement, paru chez Grasset le , Vanessa Springora décrit, en le désignant par ses seules initiales[n 1], l'emprise qu'a eue l'écrivain Gabriel Matzneff[11] sur elle. Ce dernier n'a jamais caché son penchant pour les très jeunes adolescents ou les enfants : déjà en 1974[n 2], il écrit un essai titré Les Moins de seize ans, publié chez Julliard et « mode d'emploi pour les pédophiles » d'après Springora[12], abordant sa relation avec un garçon de douze ans, ses habitudes de tourisme sexuel, ainsi que d'autres turpitudes[13]. Par la suite, il a lui-même retracé la relation avec Vanessa Springora dans le récit La Prunelle de mes yeux[14], volume de son journal paru en 1993[15], qui couvre la période allant du au [14], mais « avec sa version des faits »[12], « du point de vue du chasseur » selon Vanessa Springora[16] ; elle se voit à l'époque n'être qu'« une proie vulnérable » soumise à une prédation à la fois « sexuelle, littéraire et psychique »[12].

Les faits décrits dans ce livre remontent à la seconde partie des années 1980, durant son adolescence, et commencent alors qu'elle est âgée de 13 ans et lui de 49[17] : elle reconnait être à l'époque « encore vierge » mais avec « une envie d'aller vers la sexualité »[12]. Alors qu'elle a accompagné sa mère, attachée de presse dans l'édition, à un dîner où l'écrivain était présent[10] — le —, celui-ci la contacte plusieurs fois ensuite[12], l'attend à la sortie du collège[10] presque chaque jour ; elle est alors en classe de quatrième. Les premières relations sexuelles[10], elles, arriveront malgré le fait que la jeune fille, âgée de 14 ans alors, n'ait donc pas encore atteint la majorité sexuelle de quinze ans en vigueur en France. L'écrivain loue une chambre d'hôtel à proximité et Vanessa Springora néglige alors le collège[10]. « À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter » écrit-elle[16],[18]. Il partage avec elle sa vie parisienne dans le monde littéraire : dîners, théâtre, cinéma, visites, entretiens avec la presse, elle se joint à lui régulièrement[19],[20]. « Mais, en fait, notre activité principale, c'était le sexe » explique-t-elle[21]. Quelque temps après, la Brigade des mineurs est alertée par lettres anonymes puis Vanessa Springora est admise à l'hôpital des enfants malades[20].

Elle explique que c'est notamment l'obtention du prix Renaudot par Gabriel Matzneff en 2013 qui la révolte et la pousse à écrire[22], souhaitant faire entendre sa version[16]. Elle dit que c’est par l'écriture, alors qu'elle en a été longtemps incapable, qu'elle tente de se réapproprier cette histoire, après avoir souffert de celle des livres de Gabriel Matzneff[20]. Elle précise qu'à l'époque, elle était « consentante », ce qui l'a empêchée d'aller en justice alors que le statut d’écrivain de Matzneff l'aurait longtemps protégé[23].

Répercussions[modifier | modifier le code]

L'ouvrage obtient un retentissement médiatique[24] international avant même sa parution[25], posant la question de la pédophilie, de la pédocriminalité[26] et s'interrogeant sur le milieu littéraire français des années 1980[27]. L'Express parle « d'un récit sans concession sur son expérience avec le romancier »[10]. L'ouvrage est supposé avoir autant d'importance dans le milieu littéraire en France que le témoignage d'Adèle Haenel pour le cinéma[10],[28]. Le sociologue spécialiste de l'histoire de la pédophilie Pierre Verdrager affirme que l'ouvrage marque un « tournant majeur » dans la perception de la pédophilie en France, désormais condamnée universellement ou presque[29],[30],[31].

Très rapidement, au bout de quelques jours après sa sortie, le livre est déjà un succès de librairie. 10 000 exemplaires sont écoulés en trois jours et l'ouvrage atteint immédiatement la première place des ventes « Essais-Documents », la deuxième place en format Kindle sur Amazon, et la troisième place sur Amazon toutes catégories confondues. Après le premier tirage, prudent, son éditeur Grasset lance rapidement cinq réimpressions consécutives[32],[33]. Au bout de trois semaines, l'ouvrage s'est vendu à 75 000 exemplaires[34].

À la suite de ces révélations, l'association Innocence en danger demande à ce que les ouvrages de Gabriel Matzneff soient retirés de la vente[35], alors que Vanessa Springora s'est elle-même exprimée contre cette action[36].

Quant à l'écrivaine québécoise Denise Bombardier, qui avait déjà publiquement réagi contre les agissements à caractère pédophile de Gabriel Matzneff lors de l'émission de télévision Apostrophes diffusée en [37],[38],[n 3], elle salue un « livre remarquable, courageux, d’une écriture chirurgicale »[40].

Ouvrage[modifier | modifier le code]

Film[modifier | modifier le code]

  • Dérive (documentaire), avec Camila Mora-Scheihing, 2004 Le film reçoit le prix Jeunesse en 2005 à Traces de Vies – Clermont-Ferrand (France) et est sélectionné en 2004 au FIFF-Festival international de films de femmes - Créteil (France)[41].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Mais le doute n'est pas permis » écrit L'Express[10].
  2. Réédité en 2005.
  3. Matzneff a déjà été invité cinq fois à Apostrophes. Lors de l'émission de 1990 son sixième passage, Bombardier dit : « M. Matzneff me semble pitoyable. Il nous raconte dans son livre ennuyeux qu'il sodomise des petites filles de 14 ans. Les vieux messieurs attirent les enfants avec des bonbons, M. Matzneff les attire avec sa réputation. Mais comment ces filles s'en sortent-elles ensuite ? »[39].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Elle évoque dans Le Consentement (p. 43-44) la coïncidence entre sa date de naissance et le début du roman de Gabriel Matzneff Nous n'irons plus au Luxembourg — paru à la Table ronde en 1972 —, qu'elle feuillette et achète dans une librairie peu après leur rencontre.
  2. Notice bibliographique du catalogue général de la BnF.
  3. « Vanessa Springora annule “La Grande Librairie” à la suite du décès de son père », leparisien.fr, 8 janvier 2020.
  4. « Vanessa Springora prend la tête des éditions Julliard », sur actualitte.com (consulté le 1er janvier 2020).
  5. David Moszkowicz, « Vanessa Springora devient Directrice des éditions Julliard », sur BookSquad, (consulté le 1er janvier 2020).
  6. a et b « Vanessa Springora prend la tête des éditions Julliard », sur actualitte.com (consulté le 1er janvier 2020).
  7. « Matzneff : qui est Vanessa Springora, l'autrice du "Consentement" ? », sur LCI (consulté le 1er janvier 2020).
  8. Claude Combet, Fabrice Piault, « Bernard Barrault et Betty Mialet quittent Julliard », sur Livres Hebdo, (consulté le 1er janvier 2020).
  9. « Vanessa Springora, Directrice des éditions Julliard - EDITIS », sur https://www.editis.com/ (consulté le 16 août 2020)
  10. a b c d e f et g Dupuis 2019, p. 90.
  11. Jean Talabot et Alice Develey, « Affaire Matzneff : que découvre-t-on dans Le Consentement de Vanessa Springora? », sur Le Figaro.fr, lefigaro, (ISSN 0182-5852, consulté le 1er janvier 2020).
  12. a b c d et e Philippe 2020, p. 66.
  13. Dupuis 2019, p. 91 et 92.
  14. a et b « La cérémonie des aveux », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 janvier 2020).
  15. « Pédophilie : Vanessa Springora dénonce Gabriel Matzneff », sur livreshebdo.fr, (consulté le 1er janvier 2020).
  16. a b et c Dupuis 2019, p. 91.
  17. Florence Pitard, « Séduite ado par un célèbre écrivain, Vanessa Springora raconte », sur Ouest-France.fr, (consulté le 1er janvier 2020).
  18. Dominique Perrin, « “Les temps ont changé, il est devenu indéfendable” : dans un contexte post-#metoo, le malaise Gabriel Matzneff », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le 3 janvier 2020).
  19. Dupuis 2019, p. 90 à 91.
  20. a b et c Philippe 2020, p. 66 à 67.
  21. Philippe 2020, p. 67.
  22. « “Le Consentement” sans concession de Vanessa Springora », sur Libération.fr, (consulté le 1er janvier 2020).
  23. Philippe 2020, p. 67 à 68.
  24. Tribune de Christine Angot in : « Christine Angot à Gabriel Matzneff : “Vous preniez vos désirs pour des réalités” », sur lemonde.fr,

    « Avant même sa sortie, le 2 janvier, le livre de Vanessa Springora « Le Consentement » (Grasset, 216 p., 18 euros) a provoqué une déflagration dans le milieu littéraire et bien au-delà. »

  25. Natalia Wysocka, « “Tout le monde le savait” pour Gabriel Matzneff, dit Denise Bombardier », sur Le Devoir, (consulté le 1er janvier 2020).
  26. « Pourquoi la pédocriminalité a été longtemps minimisée par des intellectuels », sur www.20minutes.fr (consulté le 6 janvier 2020).
  27. « Pourquoi Vanessa Springora a voulu "enfermer dans un livre" Gabriel Matzneff », sur Le Huffington Post, (consulté le 1er janvier 2020).
  28. Philippe 2020, p. 68.
  29. « Affaire Gabriel Matzneff : "Le livre de Vanessa Springora va constituer un jalon majeur dans l'histoire de la pédophilie" », sur Franceinfo, (consulté le 12 octobre 2020)
  30. Jérôme Dupuis, « "L'affaire Matzneff marque un tournant dans la perception de la pédophilie" », L'Express,‎ (lire en ligne, consulté le 12 octobre 2020)
  31. Céline Brégand, « Affaire Matzneff : "La contribution de Vanessa Springora marque un tournant majeur" », sur Europe 1, (consulté le 12 octobre 2020)
  32. J. D., « Palmarès : la révélation Springora », L'Express, no 3576,‎ , p. 82 (ISSN 0014-5270)
  33. « Affaire Matzneff : le "Consentement", le livre de Vanessa Springora, un succès en librairie », sur Europe 1, (consulté le 31 juillet 2020)
  34. « Le Consentement de Vanessa Springora vendu à 75.000 exemplaires », sur BFMTV, (consulté le 31 juillet 2020)
  35. « L'association Innocence en danger demande le retrait de la vente des livres de Matzneff », sur LExpress.fr, (consulté le 1er janvier 2020).
  36. « Affaire Gabriel Matzneff : qui est Vanessa Springora, l’auteure du livre « Le Consentement » ? », sur SudOuest.fr (consulté le 1er janvier 2020).
  37. C. A, « Denise Bombardier Gabriel Matzneff », sur Le Figaro.fr, (consulté le 1er janvier 2020).
  38. « VIDEO. Une romancière québécoise raconte le jour où elle a tenté dans "Apostrophes" de briser l'omerta face à l'écrivain Gabriel Matzneff », sur Franceinfo, (consulté le 1er janvier 2020).
  39. Dupuis 2019, p. 92.
  40. « Affaire Matzneff: Denise Bombardier salue le courage de l’éditrice Vanessa Springora », sur Le Soleil, (consulté le 1er janvier 2020).
  41. « Dérive », sur film-documentaire.fr (consulté le 1er janvier 2020).

Source[modifier | modifier le code]

  • Jérôme Dupuis, « Gabriel Matzneff : l'heure des comptes », L'Express, no 3573,‎ , p. 90 à 93 (ISSN 0014-5270). 
  • Article et interview in : Élisabeth Philippe, « J'ai été la proie de Gabriel Matzneff », L'Obs, no 2878,‎ , p. 65 à 68 (ISSN 0029-4713). 

Liens externes[modifier | modifier le code]