Vallées vaudoises

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Les Vallées vaudoises du Piémont sont trois vallées du nord-ouest de l'Italie qui doivent leur nom au fait que la plupart de leurs habitants étaient des fidèles de l'Église évangélique vaudoise.

Ces trois vallées qui appartiennent aussi aux Vallées provençale de Piémont sont le Val Pellis, le bas Val Cluson et le Val Saint Martin (vallée de la Germanasca).

La ville de Torre Pellice est leur centre culturel et historique.

Le Territoire[modifier | modifier le code]

Les communes[modifier | modifier le code]

Les communes des vallées vaudoises
Italien Français Occitan Piémontais Notes
Angrogna Angrogne[1] Angruenha Angreugna  
Bobbio Pellice Bobi[2] ou Boby Buebi Beubi  
Chiabrano Ciabrans[3]     [note 1]
Luserna San Giovanni Luserne[4], Lucerne[5] ou Luzerne[6] et Saint Jean[7] Luzerna e San Jan Luserna e San Gioann  
Magnilia Maneille[8],[3] [note 2]
Massello Massel[8] ou Macel[3] Masel Massel  
Perosa Argentina Pérouse ou La Pérouse[1] Peirosa Perosa  
Perrero Le Perrier ou Perrier[3] Perier    
Pomaretto Pomaret Poumaret Pomaret  
Prali Pral, Prali [2],[3] ou Praly      
Pramollo Pramol      
Prarostino Prarustin      
Rodoretto Rodoret[3]     Unie à Prali en 1870[10].
Rorà Rora      
Salza di Pinerolo Salsa[3] Salsa Sansa  
San Germano Chisone Saint Germain[1] San German San German Chison Elle s'est séparée en 1947 de Pramollo à laquelle elle avait été unie en 1927 et incorpore le territoire de l'ancienne commune piémontaise de Inverso di Porte avec laquelle elle avait fusionné cette même année.
Torre Pellice La Tour[8], La Tour de Pellis La Toure de Pèlis La Tor dël Pélis autrefois aussi "Torre di Luserna".
Villar Pellice Le Villar Vilar Pèlis ou Lu Vilar Ël Vilar o Ël Vilar Pélis  
Villar Perosa Villar Pérouse   Ël Vilar ëd Perosa  

Identité[modifier | modifier le code]

L'identité des vallées vaudoises résulte de multiples rendez-vous entre la géographie et l'histoire. Situées à proximité de passages clés des Alpes, elles ont été marquées, dès le XIIIe siècle par une histoire de dissidence religieuse et civile dont la portée dépasse les enjeux et la chronique locale.

Elles sont caractérisées aujourd'hui par le plurilinguisme, une ouverture œcuménique internationale, une forte tradition alpine, et grâce au dialogue entre les diverses confessions religieuses d'une activité culturelle importante.

Histoire[modifier | modifier le code]

Personne ne sait établir de filiation historique directe entre les hérétiques des Vallées Vaudoises et les Pauvres de Lyon, mais les adhérents de l'Église évangélique vaudoise en revendiquent la filiation spirituelle. L'existence d'une minorité religieuse, dissidente du catholicisme, est attestée dans cette région, qui comprenait à l'origine le haut Val Cluson, le haut Val de Suse, le Queyras, la Vallouise et la Vallée de Freissinières, dès le début du XIIIe siècle.

L'établissement d'une minorité religieuse repose probablement sur de multiples facteurs :une interprétation des textes bibliques différente de celle de l'Église catholique, une christianisation incomplète, la faiblesse de l'encadrement ecclésiastique, l'installation de groupes de personnes persécutées en d'autre lieux.

Cette minorité essaima, au cours des XIIIe et des XIVe siècles, en Provence et en Calabre. Elle se singularisa par la présence de religieux itinérants, les Barbes qui entretinrent les relations entre les diverses communautés et tissèrent des liens avec d'autres dissidence religieuses, d'inspiration vaudoises, identifiées comme telles par les inquisiteurs, ou issues d'un mouvement différent comme l'église hussite.

Politiquement, cette minorité se trouva, dès l'origine, installée aux frontières de plusieurs principautés : le Dauphiné, les seigneuries piémontaises de la Maison de Savoie, et les seigneuries satellites de ceux-ci, dont les plus importantes furent le Marquisat de Saluces et le Marquisat de Monferrat.

En 1532, au Synode de Chanforan, Guillaume Farel et Antoine Saunier convainquirent les Barbes vaudois d'adhérer à la Réforme Genevoise. Dans les années qui suivirent, les protestants qui étaient sujets du Dauphiné (le haut Val Cluson, le haut Val Suse furent dauphinois jusqu'au Traité d'Utrecht) intégrèrent l'organisation ecclésiastique des Huguenots français, tandis que les sujets du duc de Savoie fondaient l'Église évangélique vaudoise.

Le 5 juin 1561, la paix de Cavour, accordée par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, mit fin à trente ans de persécutions et de résistance qui ressemblaient à une guerre civile, et reconnaissait aux Vaudois, l'exercice libre et public de leur religion dans certaines localité des Vallées vaudoises. Cet accord constitue l'une des premières reconnaissances officielles du droit à la tolérance religieuse par un État européen.

Victimes de multiples persécutions au cours du XVIIe siècle, et notamment de la révocation de l'Édit de Nantes, pour ceux qui étaient sujets du Dauphiné, de nombreux protestants émigrèrent en Hesse-Cassel, en Wurtemberg, en Prusse[11], et sur le territoire de ce qui deviendra, longtemps plus tard, l'Afrique du Sud[note 3].

Le XIXe siècle constitue une époque d'incessant changements pour les habitants protestants des vallées vaudoises. De 1800 à 1815, sous l"administration du Piémont par le Directoire, le Consulat et le Premier Empire, ils jouissent de tous les droits civiques. La restauration piémontaise les exclut à nouveau de la vie publique et civile.

En 1848, les fidèles de l'Église évangélique vaudoise obtinrent du Roi de Sardaigne Charles-Albert leur émancipation, et la reconnaissance de leurs droits civils et politiques[13].

À partir de 1856, les habitants des Vallées Vaudoises commencèrent à émigrer en Amérique du Sud, notamment en Uruguay et en Argentine où les immigrants ont notamment fondé l'Église Vaudoise du Rio de La Plata (Iglesia Evangélica Valdense del Rio de La Plata) [2] qui comprend 40 congrégations et 15 000 adhérents.

Sous le fascisme, l'Église évangélique vaudoise resta la seule structure démocratique autorisée, mais à partir de 1938 et 1939, certaines fonctions furent interdites aux Protestants. Les habitants des Vallées vaudoises s'engagèrent nombreux dans les maquis qui refusèrent cependant toujours de se déclarer Protestants ou Catholiques.

Particularités linguistiques[modifier | modifier le code]

Les Vallées Vaudoises de Piémont sont caractérisés, du point de vue linguistique, par l'usage de plusieurs parlers qui résultent de la stratification, dans le tissu social des évènements historiques et qui se manifeste au travers de l'usage de quatre langues principales : l'italien, l'occitan, le français, et le piémontais.

Le vivaro-alpin[modifier | modifier le code]

Appelé parfois patois ou provençal alpin, le vivaro-alpin des Vallées Vaudoises de Piémont est un ensemble de sous-dialectes occitans qui ont longtemps coexisté avec le piémontais qui était la langue habituelle des habitants de la partie basse des vallées.

Ces dialectes se divisent en deux classes :

La langue des anciens vaudois[modifier | modifier le code]

La langue des textes vaudois, qui ont été conservés, des XVe et XVIe siècles était très proche de celle des Mystères Briançonnais de la même époque, mais elle conserve les traits occitans spécifiques aux dialectes de certaines Vallées Vaudoises (Val Saint Martin et Val Pellis)[15].

La langue et la graphie des textes vaudois sont très régulières et présentent peu de variations internes. Ceci témoigne probablement, de l'existence d'une tradition d'enseignement, basée sur la langue dans laquelle, dès le début du XIVe siècle, le texte biblique avait été traduit[15].

Le français[modifier | modifier le code]

L'usage du français dans les Vallées Vaudoise est encouragé par les échanges entre les protestants qui constituent la majorité des habitants des vallées et leurs coreligionnaires français et suisses, et par l'habitude d'une partie d'entre eux, de s'exiler temporairement en Provence.

En 1630, une épidémie de peste fait périr un tiers de la population des vallées vaudoises et touche notamment le collège des pasteurs de l'Église évangélique vaudoise, qui est alors composé de 13 membres et dont deux seulement survivent. Les responsables de l'église font alors appel à l'Église protestante de Genève qui leur fournit des remplaçants. Les pasteurs genevois font adopter les coutumes de l'Église Genevoise et le français qui reste, jusqu'en 1848, la langue liturgique de l'Église évangélique vaudoise. Les gens instruits pratiquent, au XVIIIe siècle, dans les Vallées Vaudoises, un français savant[notes 1]

Protection des minorités linguistiques[modifier | modifier le code]

La loi italienne numéro 482 de 1999: "Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche" (règlement en matière de protection des minorités linguistiques historiques), dispose que les langues, dont elle protège l'usage, peuvent être utilisées dans les documents et la signalétique publique.

Les communes des Vallées Vaudoises, en s'appuyant sur l'article 3 de cette loi, ont déclaré avoir été, historiquement peuplées de personnes qui parlaient l'occitan et le français.

Coutumes[modifier | modifier le code]

La fête de la liberté[modifier | modifier le code]

Le soir du 16 février de chaque année, les bourgs et les villages des Vallées vaudoises allument des feux de joie, en mémoire de la signature des "Lettres Patentes" par lesquelles le Roi de Sardaigne Charles-Albert, pour la première fois dans l'histoire du Piémont, les droits civils et politiques de la minorité vaudoise, et quelques jours après, ceux de la minorité juive.

Par cet acte, non seulement Charles-Albert mettait fin à une discrimination multiséculaire qui frappait une partie de ses sujets, mais il engageait son royaume dans un processus de modernisation qui le plaçait au même niveau que les autres pays européens et allait lui permettre de prendre la tête du mouvement en faveur de l'unité de l'Italie.

La célébration de cet évènement a pour but de rendre les citoyens conscients du fait que la liberté de conscience est une des libertés fondamentales dans un État démocratique, et que cette fête est une occasion de dialoguer entre gens d'origine, de culture et de foi diverses. Cette commémoration n'a jamais eu un caractère religieux.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies et ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Henri Arnaud et Emilio Comba (éditeur scientifique), Henri Arnaud : sa vie et ses lettres, avec gravures et facsimilé., La Tour (Torre Pelice), Alpina, (lire en ligne).
  • Jean-Armand Chabrand et Albert de Rochas-d’Aiglun, Patois des Alpes Cottiennes (Briançonnais et Vallées vaudoises) et en particulier du Queyras, Grenoble et Paris, Maisonville & fils (Grenoble) et Honoré Champion (Paris), (lire en ligne).
  • Joseph Joûbert, Armoiries de la République sud-africaine, Paris, A. Challamel, , 39 p. (lire en ligne).
  • Antoine Monastier, Histoire de l'église vaudoise depuis son origine, et des Vaudois du Piémont jusqu'à nos jours : avec un appendice contenant les principaux écrits originaux de cette église., t. premier, Paris, Delay, (lire en ligne).
  • Antoine Monastier, Histoire de l'église vaudoise depuis son origine, et des Vaudois du Piémont jusqu'à nos jours : avec un appendice contenant les principaux écrits originaux de cette église., t. second, Paris, Delay, (lire en ligne).

Articles[modifier | modifier le code]

  • (it) Gabriella Ballesio et Sara Rivoira, « Istitutrici e governanti dalle Valli valdesi all’Europa di metà Ottocento », Storia delle donne, Firenze, Firenze University Press, vol. 8,‎ , pp. 145-163 (ISSN 1826-7505, lire en ligne).
  • Jean Sibille, « L’évolution des parlers occitans du Briançonnais », Cahiers de Grammaire, Paris, Université de Paris VIII, série Questions de linguistique et de dialectologie romane, no nº29,‎ , p. 121 à 141 (lire en ligne).
  • (it) Daniele Tron, « Comune di Perrero », Schede storico-territoriali dei comuni del Piemonte, Turin, Centro interuniversitario di Storia Territoriale Goffredo Casalis,‎ (lire en ligne).

Ressources en ligne[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La commune de Chiabrano est créé le . Le , elle est agrégée à la commune de Perrero
  2. Magnilia est unie, en 1928, en même temps que les communes de Chiabrano, de Bovile, de Faetto, de Riclaretto de San Martino et de Traverse, à la commune de Perrero[9].
  3. En 1689, 17 familles de vaudois piémontais quittent Amsterdam pour la Colonie du Cap [12]
  1. Cyprien Appia, Modérateur de la Table Vaudoise, lettre du 7 janvier 1735 in "Lettres inédites adressées de 1686 à 1737 à Jean-Alphonse Turrettini - Tome 1 - Publiées et annotées par E. de Budé - Librairie de la Suisse française - Paris -1887". [1]