Valéry Giroux

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Valéry Giroux
Description de l'image Valéry Giroux.jpg.
Naissance (46 ans)
Nationalité Canadienne
Profession
Philosophe
Formation
Droit, Philosophie

Valéry Giroux est une chercheuse en philosophie et militante pour les droits des animaux québécoise.

Elle est l'autrice de l'ouvrage Contre l’exploitation animale[1] et la coautrice du livre sur le véganisme dans la collection Que sais-je?[2]. Dans cette même collection, elle publie en 2020 un livre sur l'antispécisme[3]. Elle intervient souvent dans les grands média canadiens sur des questions d'éthique animale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Valéry Giroux est née le au Québec.

Après avoir obtenu son baccalauréat en droit de l’Université de Montréal, elle devient membre du Barreau du Québec. Par intérêt pour les questions entourant les droits de animaux, elle entame alors une maîtrise en droit à l'Université de Montréal avec un mémoire portant sur un projet de réforme des infractions de cruauté envers les animaux du Code criminel canadien. Elle entreprend ensuite des études doctorales en philosophie à l'Université de Montréal et consacre sa thèse de doctorat à l’extension des droits les plus fondamentaux de la personne à tous les êtres sensibles. Cette thèse, la première au Québec en éthique animale, a été publiée sous forme de livre aux éditions L’Âge d’Homme (2017) et semble avoir inspiré plusieurs jeunes universitaires québécois à orienter leurs travaux dans ce champ d'étude. On parle même de la création de l'« École de Montréal » au milieu des années 2000, tellement « il y a un réel bouillonnement dans la réflexion sur le véganisme » dans le milieu académique au Québec[4],[5].

Valéry Giroux poursuit ses recherches en éthique animale au CRÉ et dirige ou co-dirige des étudiantes et étudiants dont les projets de recherche de maitrise ou de doctorat touchent des questions d'éthique animale. Elle enseigne occasionnellement l'éthique et donne régulièrement des conférences dans les établissements collégiaux et les universités. Elle est professeure associée à la Faculté de droit de l'Université de Montréal[6], Fellow du Oxford Center for Animal Ethics[7], membre du Groupe de recherche en éthique environnementale et animale (GRÉEA)[1] et co-éditrice de L'Amorce. Revue contre le spécisme. Elle est fréquemment sollicitée par les grands médias canadiens, particulièrement au Québec, pour commenter les questions d'actualité concernant le bien-être animal, l'élevage, l'éthique alimentaire, l'expérimentation animale, le véganisme ou l'antispécisme[8],[9],[10],[11],[12],[13],[14].

Philosophie[modifier | modifier le code]

La pensée de Valéry Giroux est antispéciste, c'est-à-dire qu'elle s'oppose à la discrimination des êtres sensibles sur la base de leur espèce ou de caractéristiques typiquement associées à l'espèce. Le militantisme antispéciste et le véganisme sont considérés comme une extension des luttes contre l'injustice basée sur la discrimination arbitraire : « Les deux derniers siècles ont été le théâtre d’une évolution accélérée des sensibilités humaines : abolition de l’esclavage, égalité des sexes, légalisation de l’homosexualité, antiracisme. Pour Valéry Giroux, coordonnatrice du Centre de recherche en éthique à l’Université de Montréal, le véganisme doit être considéré comme la continuité de cet élan historique : les animaux sensibles sont des personnes et ils doivent être affranchis de l’exploitation humaine. »[15]

Valéry Giroux revendique l'extension des droits fondamentaux à tous les êtres sensibles[16]. Les droits fondamentaux en question sont les suivants : le droit à ne pas être torturé, le droit à ne pas être tué et le droit à ne pas être asservi ou exploité. Comme le résume Paola Cavalieri dans son compte rendu de Contre l'exploitation animale, ces droits légaux se fondent sur des droits moraux, qui à leur tour se fondent sur les intérêts individuels spécifiques qu'ils protègent[17]. Respectivement, ils reposent sur l'intérêt à ne pas souffrir, l'intérêt à vivre et l'intérêt à être libre[18],[19].

Elle prône également le véganisme, entendu comme un mouvement social et politique basé sur « un engagement à ne pas œuvrer, dans la mesure du possible, à l'assujettissement, aux mauvais traitements et à la mise à mort d'êtres sensibles »[20]. Ainsi, elle distingue végétalisme et véganisme. Tandis que le végétalisme réfère à un mode d'alimentation compatible avec l'achat de produits non-alimentaires issus de l'exploitation animale comme le cuir, le véganisme exclut tous les comportements qui relèvent de l'exploitation des animaux en l'encouragent[21].

Valéry Giroux oppose sa position sur le droit à la liberté des animaux non humains à la perspective d'Alasdair Cochrane (en), pour qui les animaux ont seulement intérêt à être libre lorsque l'absence de liberté est cause de souffrance pour eux. À l'inverse, Valéry Giroux soutient que l'intérêt à être libre de tous les agents sentients (humains ou nonhumains) est de même nature. C'est du moins le cas, selon elle, dès que l'on abandonne le concept de liberté positive (être l'ultime maître de ses volontés et actions) pour lui préférer celui de liberté négative (ne pas subir de contraintes externes) ou de liberté républicaine (ne pas subir de domination). Et cet intérêt à être libre, soutient-elle, doit être protégé par le droit individuel à la liberté pour tous les êtres sensibles, qu'ils appartiennent à l'humanité ou non[22]. On peut toutefois se demander, comme le fait Véronique Tremblay, s'il est bien nécessaire de recourir ainsi à la liberté néo-républicaine pour protéger les intérêts des animaux non humains quand le droit à la liberté négative aurait déjà l'effet de garantir à ces animaux la liberté d'agir comme ils l'entendent pour satisfaire leurs préférences[23].

Valéry Giroux s'oppose également au welfarisme et se positionne comme abolitionniste[24]. Elle estime qu'il ne suffit pas d'améliorer la manière dont nous traitons les animaux que nous utilisons pour nos fins, mais qu'il faut abolir leur exploitation: « dans Contre l’exploitation animale, Giroux élabore avec précision et patience, un argumentaire solide afin de définir les intérêts des animaux, que ces intérêts soient négatifs ou républicains, tous convergeant vers la liberté, donc vers le droit de ne pas être exploités et tués, et que les animaux bénéficient en retour de la protection inhérente à ces droits. En pareille condition seule l’abolition prévaut au regard du statut moral et juridique que nous devons aux animaux tout comme aux humains »[25].

Selon Jean-Yves Goffi, professeur de philosophie à l'université de Grenoble, son ouvrage Contre l'exploitation animale est « la défense la plus aboutie, philosophiquement parlant, d’une position végane »[26].

Publications[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • L'Antispécisme, Paris, Presses Universitaires de France, 2020.
  • Contre l'exploitation animale : un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, Lausanne, L'âge d'Homme, 2017.
  • Le Véganisme, Paris, Presses Universitaires de France, 2017 (coécrit avec Renan Larue).
  • Peter Singer et la libération animale. Quarante ans plus tard, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017 (co-dirigé avec Émilie Dardenne et Enrique Utria).

Articles[modifier | modifier le code]

  • « L'Abolitionnisme », dans Renan Larue (dir.), Pensée végane. 50 regards sur la condition animale, Paris, Puf, 2020, p. 15-31
  • « Les autres animaux en droit: de la reconnaissance de la sensibilité à l’octroi de la personnalité physique » (2019) 120 Revue du Notariat, p. 443-469
  • « Véganisme », version académique, dans M. Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, 2018[27]
  • « Animal Justice as Non-Domination » dans A. Linzey et C. Linzey (dir.), The Palgrave Handbook of Practical Animal Ethics, Basingstoke, Palgrave MacMillan, 2018, p. 33-52 (co-écrit avec Carl Saucier-Bouffard)
  • « Libération sans droit à la liberté? » dans E. Dardenne, E. Utria et V. Giroux (dir.), Peter Singer et la libération animale. Quarante ans plus tard, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 125-139.
  • « La justice et les autres animaux » dans K. L. Matignon (dir.), Révolutions animales: comme les animaux sont devenus intelligents, Paris, Les liens qui libèrent, 2016, p. 374-381
  • « Véganisme », version grand public, dans M. Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, 2016.
  • « Animals Do Have an Interest in Liberty » (2016) 6 (1) Journal of Animal Ethics, 20-43.
  • « Le Pathocentrisme » dans D. Bourg et A. Papaux (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, Paris, Puf, 2015, p. 736-739 (coécrit avec Renan Larue).
  • « La justice animale : de l’éthique à la politique, dossier spécial » (2015) 9 (3) Les Ateliers de l’éthique/The Ethics Forum (codirigé et introduction p. 25-30, avec Jean-Philippe Royer)
  • « Le droit à la liberté des animaux sensibles » dans M. Pinque (dir.) Bêtes humaines? : pour une révolution végane, Paris, Autrement, 2015, p. 105-151
  • « Nous devons donner le statut juridique de personne aux animaux » (2014) 774 Relations, 38-39
  • « Des droits légaux fondamentaux pour tous les êtres sensibles » 16 Klesis, 2010, 128-171
  • « Du racisme au spécisme : l’esclavagisme est-il moralement justifiable? » (2007) 2 (1) Argument, 79-107.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

En 2018, elle a obtenu le 1er Prix d'excellence des professionnels et professionnelles de la recherche, décerné par le Fonds de recherche du Québec[28] Société et Culture.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Giroux, Valéry, Contre l'exploitation animale : Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, Lausanne, L'Âge d'Homme, (ISBN 978-2130749479)
  2. Giroux, Valéry et Larue, Renan, Le Véganisme, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je? », (ISBN 978-2130749479)
  3. Valéry Giroux, L'Antispécisme, (coll. "Que sais-je?"), Paris, Presses universitaires de France, , 128 p. (lire en ligne)
  4. Élise Desaulniers, « Le mouvement végane: vers une révolution tranquille? », L'État du Québec 2019, Del Busso,‎ , p. 265-270
  5. Théo Ribeton, V comme végan, Paris, Nova, , p. 71 et s.
  6. « Faculté de droit de l'Université de Montréal »
  7. « Oxford Center for Animal Ethics »
  8. « Et si on créait un système politique pour les animaux?, Médium Large », sur ici.radio-canada.ca,
  9. « Le véganisme, véritable idéologie contre l'exploitation des animaux, Les Éclaireurs », sur ici.radio-canada.ca,
  10. « Ce que le gorille Koko nous a appris sur les droits des animaux, Médium Large », sur ici.radio-canada.ca,
  11. « Le Téléjournal 18h30 », sur ici.radio-canada.ca,
  12. « Francs-tireurs », sur lesfrancstireurs.telequebec.tv,
  13. « La viande : en manger ou pas? », sur savoir.media, Le Grand chapitre,
  14. Alain Finkielkraut, « Antispécisme: idéologie ou philosophie? », sur Réplique, France Culture (consulté le 13 juin 2020)
  15. Épisode [du véganisme] de la série Publications universitaires, d'une durée de 30 minutes.
  16. Martin Gibert, Voir son steak comme un animal mort, Montréal, Lux, , 251 p., p. 161-164
  17. (en) Paola Cavalieri, « Valéry Giroux, Contre l'exploitation animale: Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, Lauzane: L'Age d'homme, 2017, 514 page (recension) », Ethical Perspectives, vol. 25, no 2,‎ , p. 242-245
  18. Contre l'exploitation animale, p. 102-103.
  19. Jean-Yves Goffi, « Valéry Giroux, Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2017, 515 pages (Recension) », Philosophiques, no 1,‎ , p. 296 (lire en ligne, consulté le 20 juillet 2018)
  20. Le véganisme, p. 5.
  21. Mathieu-Robert Sauvé, « « Entre guillemets » reçoit Valéry Giroux », Udemnouvelles,‎ (lire en ligne, consulté le 20 juillet 2018)
  22. Jean-Yves Goffi, « Valéry Giroux, Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2017, 515 pages (Recension) », Philosophiques,‎
  23. Véronique Tremblay, « Intérêt et droit à la liberté des animaux non-humains », Ithaque, vol. 18,‎ , p. 91-103 (lire en ligne)
  24. Marie Allard, « Bien-être animal : La montée du welfarisme », La Presse,‎ (lire en ligne, consulté le 4 août 2018)
  25. « The Tru(e)manimal show - après lecture de "Contre l'exploitation animale..." - très bel argumentaire de Valéry Giroux », sur kmlesveganautes.wordpress.com, (consulté le 8 août 2018)
  26. Jean-Yves Goffi, « Valéry Giroux, Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2017, 515 pages (Recension) », Philosophiques,‎ , p. 296
  27. Valéry Giroux, « Véganisme (A) », L'Encyclopédie Philosophique,‎ (lire en ligne, consulté le 16 septembre 2018)
  28. http://www.frqsc.gouv.qc.ca/la-recherche/la-recherche-financee-par-le-frqsc/prix/professionnels-recherche