Vénus de Laussel

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Vénus de Laussel
Image illustrative de l’article Vénus de Laussel
Type Vénus paléolithique en bas-relief
Dimensions 54 cm
Matériau calcaire
Fonction ?
Période Paléolithique supérieur
Culture Gravettien (vers 23 000 avant le présent)
Date de découverte 1911
Lieu de découverte Marquay (Dordogne)
Coordonnées 44° 56′ 41″ nord, 1° 08′ 05″ est
Conservation Musée d'Aquitaine à Bordeaux
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
localisation
Géolocalisation sur la carte : Dordogne
(Voir situation sur carte : Dordogne)
localisation

La Vénus de Laussel ou Vénus à la corne est une Vénus paléolithique datant du Gravettien (environ 25 000 ans AP) au Paléolithique supérieur. Trouvée en 1911 dans l'abri de Laussel sur la commune de Marquay en Dordogne, elle a été sculptée en bas relief sur un bloc calcaire et peinte à l'ocre rouge. Elle correspond à un personnage féminin nu tenant dans sa main droite un objet interprété généralement comme une corne de bison. Elle est conservée au Musée d'Aquitaine, à Bordeaux.

Situation[modifier | modifier le code]

Le site archéologique de Laussel se trouve dans la commune de Marquay, en rive droite de la Grande Beune ou Beune du Nord, à environ 500 m en amont du château de Laussel et à environ 2,5 km à l'ouest du bourg (à vol d'oiseau)[1],[2].

Laussel a des voisins fort célèbres : le château éponyme est à 360 m au nord de la grotte de Commarque et du château de Commarque (commune des Eyzies) ; l'abri sous roche du Cap Blanc en est éloigné de 450 m en aval (vers l'ouest), l'abri de la Grèze à un peu plus de 900 m en aval, et au-delà se trouve l'extraordinaire concentration de sites préhistoriques foisonnant autour des Eyzies, dont en aval sur le même cours d'eau : les Combarelles (4,5 km) et Font de Gaume (6 km) ; et entre autres, toujours vers l'ouest mais dans la vallée de la Vézère, la Mouthe (6,7 km), l'abri Pataud et l'abri de Cro-Magnon (7 km), l'abri du Poisson (8 km), la Laugerie Basse et la Laugerie Haute (8,5 km)[1], et d'autres…


La vénus à la corne vient du Grand Abri dit « abri de Laussel »[3], de même que « le chasseur »[4], la « vénus à la tête quadrillée », « vénus de la carte à jouer », la « vénus de Berlin »[3] et le « priapus de Laussel »[5].

Historique[modifier | modifier le code]

Cette vénus a été découverte en décembre 1911[6] sur le site archéologique de Laussel[2]. Elle a été trouvée sur un gros bloc de calcaire mis au jour dans une séquence stratigraphique importante, explorée sous un long surplomb rocheux dominant la vallée de la Beune, dans la région des Eyzies. Elle fait partie d'un ensemble de blocs calcaires sculptés de figurations humaines et découverts dans le même site.

La paternité de la découverte de la Vénus est attribuée au médecin psychiatre bordelais Jean-Gaston Lalanne[7]. Passionné d'anthropologie et de préhistoire, il avait loué le site de Laussel ainsi que l'abri de Cap Blanc, un abri sous roche situé à moins d'un kilomètre à l'ouest de Laussel, afin d'y effectuer des fouilles. Celles-ci commencent dès 1908, mais J.-G. Lalanne, retenu ailleurs pour des raisons professionnelles, s'en remet rapidement à ses ouvriers pour la poursuite du chantier. Dans la pratique, la Vénus à la corne est découverte par les ouvriers employés par J.-G. Lalanne, conduits par le périgourdin Raymond Peyrille[8].

En 1911, plusieurs œuvres gravées sont découvertes successivement :

  • entre mars et avril, les ouvriers trouvent un bloc orné d'une scène montrant deux personnages ;
  • la Vénus à la corne est mise au jour début décembre ;
  • une représentation féminine, dite « Vénus à tête quadrillée », est signalée dans une lettre de Peyrille à Lalanne datée du [9] ;
  • en , une dernière Vénus, dite « Vénus de Berlin », est vendue frauduleusement par Peyrille au Museum für Völkerkunde de Berlin, à l'insu de Lalanne. Peyrille est condamné à six mois de prison pour abus de confiance mais le conservateur berlinois refuse de restituer l'objet, la condamnation ne faisant pas état d'un vol. La Vénus de Berlin a probablement été détruite pendant la Deuxième Guerre mondiale, durant les bombardements de et seuls en subsistent des moulages et une photographie[10]. Cette vénus tient aussi une corne dans la main droite, mais à hauteur de ceinture et non d'épaule : la corne est plus enroulée sur elle-même[3].

La Vénus à la corne est sculptée sur un bloc volumineux de plusieurs mètres cubes, situé à 4 m en avant de la falaise[11] et dont la base se trouvait dans les niveaux ayant livré une industrie gravettienne. La partie ornée a été sciée afin d'être prélevée et mise à l'abri. Le sciage en question a été mal conduit : la portion coupée a une épaisseur de seulement un demi-centimètre à droite contre une quinzaine à gauche[12].

La Vénus est transportée dans le petit musée privé de J.-G. Lalanne au Bouscat où elle demeure après la mort de ce dernier en 1924. En 1960, la famille fait don de l'ensemble des collections Lalanne au nouveau musée archéologique de Bordeaux, le futur Musée d'Aquitaine. Le , les bas-reliefs du site de Laussel sont classés comme monuments historiques par décret du président Gaston Doumergue[7].

La Vénus est aujourd'hui présentée au sein de l'exposition permanente du Musée d'Aquitaine, à Bordeaux en France[13]. Elle a été exhibée dans le cadre d'expositions temporaires à l'American Museum of Natural History de New York en 1986 et au Musée national des beaux-arts du Québec en [14],[15].

Datation[modifier | modifier le code]

La Vénus de Laussel n'a pu bénéficier de datation absolue mais elle est rapportée au Gravettien sur des bases stylistiques et stratigraphiques.

Elle daterait donc d'environ 25 000 ans BP.

Description[modifier | modifier le code]

De relativement grandes dimensions (54 × 36 cm), elle a été détachée de son bloc porteur afin d'être mise à l'abri[16].

La Vénus est représentée de face. Elle tient dans sa main droite une corne de bison qui, selon Waldemar Deonna (1913), pourrait représenter une corne d'abondance[17]. Sur cette corne se trouve 13 encoches ; certains chercheurs ont suggéré qu'elles pourraient représenter les 13 cycles lunaires annuels ou des cycles menstruels[18].

Sa main gauche est posée sur son ventre, ce qui pourrait indiquer qu'elle est enceinte. Ce qui semble être sa chevelure tombe sur son épaule gauche. Comme chez toutes les Vénus paléolithiques, on retrouve un certain nombre de conventions figuratives, avec certaines parties exagérément développées comme l'abdomen, les hanches, les seins, les fesses et la vulve alors que d'autres sont absentes comme les pieds et le visage, tourné vers la corne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Lalanne 1911] Jean-Gaston Lalanne, « Découverte d'un bas-relief à représentation humaine dans les fouilles de Laussel », L'Anthropologie, t. 22,‎ , p. 257–260.
  • [Lalanne & Bouyssonie 1946] Jean-Gaston Lalanne et Jean Bouyssonie, « Le gisement paléolithique de Laussel : fouilles du Dr Lalanne » (avant-propos par Henri Breuil)), L'Anthropologie, t. 50, nos 1-6,‎ , p. 1–163.
  • [Roussot 1985] Alain Roussot, « Inventaire typologique des industries de Laussel (tableaux inédits de Jean Bouyssonie) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 82, no 1,‎ , p. 15-19 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Roussot 2000] Alain Roussot, La Vénus à la corne et Laussel, Éditions Sud-Ouest, , 32 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Laussel à l'ouest de Marquay, carte interactive » sur Géoportail. Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées.
  2. a et b « Abri de Laussel », sur hominides.com (consulté le 27 février 2021).
  3. a b et c D. Hitchcock : Venus of Laussel.
  4. [Duhard 1996] Jean-Pierre Duhard (préf. Yves Coppens), Réalisme de l'image masculine paléolithique, Grenoble, éd. J. Millon, coll. « L'Homme des origines », , 246 p., sur books.google.fr (ISBN 2-84137-004-6, lire en ligne), p. 38-39.
  5. Duhard 1996, p. 63.
  6. [Delluc & Delluc 1992] Brigitte Delluc et Gilles Delluc, « L'art pariétal archaïque en Aquitaine » (monographie, 374 p.), Gallia Préhistoire, no 28 « Suppl. »,‎ , p. 178 (lire en ligne [sur persee]).
  7. a et b Roussot 2000, p. 15.
  8. [Delluc & Delluc 2006] Brigitte Delluc et Gilles Delluc, « Dans notre iconothèque et les archives : Deux beaux cadeaux de Noël pour l'abbé Henri Breuil : La frise sculptée du Cap Blanc et la vénus de Laussel », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, vol. 133, no 3,‎ , p. 351-370 (lire en ligne [sur docplayer.fr], consulté le 27 février 2021).
  9. Roussot 2000, p. 15-18.
  10. Roussot 2000, p. 20-21.
  11. Delluc & Delluc 1992, p. 176.
  12. Roussot 2000, p. 18.
  13. « Les temps préhistoriques », présentation des collections du musée d'Aquitaine(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur bordeaux.fr.
  14. « Des œuvres préhistoriques datant de 25 000 ans, actuellement exposées au Musée national des beaux-arts du Québec »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur communiques.gouv.qc.ca.
  15. « Vénus et Caïn. Figures de la Préhistoire, 1830-1930 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur voir.ca.
  16. Vénus à la corne, sur hominides.com.
  17. [Deonna 1913] Waldemar Deonna, « À propos d'un bas-relief de Laussel », Revue archéologique (Paris), t. 22,‎ , p. 112-114 (lire en ligne [sur gallica]).
  18. [Marshack 1991] Alexander Marshack, The Roots of Civilization [« Les racines de la civilisation »], Mount Kisc, NY., ed. Moyer Bell Ltd, , p. 335. « One cannot conjecture on the basis of one engraved sequence any meaning to the marks, but that the usually clean horn was notated with storied marks is clear. »