Végétarisme en Inde

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Marquage végétarien : un étiquetage est obligatoire en Inde pour distinguer les produits végétariens, qui excluent la viande, le poisson et les œufs (à gauche) de ceux non-végétariens (à droite). Un gâteau contenant des œufs sera considéré et marqué comme « non-végétarien », même s'il ne contient ni viande ni poisson.

Le végétarisme en Inde concernerait environ 30 % de la population selon un sondage du gouvernement en 2014[1], ce qui représente environ 390 millions de végétarien sachant que la population totale est estimée à environ 1,29 milliard de personnes à la même période d'après la Banque mondiale[2]. Cependant, selon un article de LeMonde[3], une étude de 2018[4][5], comparant les déclarations des populations aux quantités de viande produites et achetées, montre que même si la plupart des études sur le sujet (National Sample Survey, National Family Health Survey, India Human Development Survey) évoquent des chiffres allant de 23 % à 37 % de végétariens, ils seraient dans les faits autour de 20 %, et même parmi les hautes castes, la consommation de viande concernerait 2/3 des personnes[6]. Cela serait dû à des pressions politiques et culturelles, qui pousseraient la population à rapporter une consommation de viande inférieure à la réalité[6].

L’Inde est le pays où le végétarisme est le plus observé dans le monde[7]. D’après la FOA, c'est également le pays où les habitants ont le plus faible taux de consommation de viande dans le monde avec 3,2 kg par personne sur l'année 2007[8].

Restaurants en Inde[modifier | modifier le code]

La plupart des restaurants non-végétariens indiquent s’ils proposent des plats végétariens et les cantines et restaurants proposant uniquement de la nourriture végétarienne (restaurants labellisés pure vegetarian) sont nombreux et populaires. Le gouvernement a mis au point un système de marquage[9] des produits comestibles élaborés à partir uniquement d’ingrédients végétariens, avec un point vert dans un carré vert ou un label composé d’un point marron dans un carré marron signifiant que certains ingrédients d’origine animale (en plus du lait ou ses dérivés directs) ont été utilisés[10].

Langar[modifier | modifier le code]

Langar, restauration gratuite et collective végétarienne, dans un temple sikh.

La communauté pratiquant le sikhisme propose, pour tous sans distinction, une restauration collective gratuite toujours végétarienne ; ces lieux s'appellent langar et se trouvent dans un temple sikh.

Végétarisme et religions[modifier | modifier le code]

Selon l’USDA les raisons du végétarisme sont principalement d’ordre culturel selon le concept de non-violence défini par la philosophie indienne à travers l'ahimsa et notamment du fait des religions en Inde (20-30 % des végétariens stricts, excluant la consommation d'œuf aussi, ce en quoi consiste le végétarisme hindou). Les 70-80 % restants seraient limités plutôt par les revenus que les religions[11].

Selon l'Hindu Janajagruti Samiti (en) : « La majorité des Hindous croient que le non-végétarisme est démoniaque et le summum de la cruauté » [12]. Alors même que d'après un rapport[13] de 2017 du ministère de l'agriculture des États Unis d'Amérique (l'USDA), l'Inde est le premier exportateur mondial de bœuf, la vache étant un animal sacré seulement pour les hindous qui la considèrent comme une mère divine (du fait de son don de lait), mais non pour les hindous rejetant l'ahimsâ (la « non-violence », dont le végétarisme est une facette incontournable) et les Indiens musulmans et chrétiens qui consomment de la viande bovine (l'Inde est un des pays où il y a le plus de musulmans au monde, avec une très forte présence chrétienne dans le Sud de l'Inde, au Kerala notamment).

Critique du végétarisme en Inde[modifier | modifier le code]

Le végétarisme est sujet à controverse en Inde. Par exemple Ritwik Deo, un journaliste Indien vivant à Londres, critique fermement le végétarisme en Inde[14] suite à la polémique causé par un livre sur la santé et l’éducation pour les 11-12 ans nommé New Healthway, vendu à 1 454 exemplaire[15]. Le livre n’est plus disponible dans le catalogue de l’éditeur. L’auteur David S. Poddar affirmait que les mangeurs de viande sont des menteurs, violents et criminels sexuels. Ainsi selon Ritwik Deo, le végétarisme en Inde est « un fléau pour son peuple (affamé) et son bétail (maltraité) ».

Dans son ouvrage Le modèle indou, Guy Deleury, un écrivain et prêtre catholique Français, estime que ce n'est pas le végétarisme qui a engendré les famines en Inde, mais la colonisation britannique et l'exportation de son système capitaliste en Inde, la mise en place de la propriété privée (créant des paysans sans terre), des impôts fonciers, la décision coloniale d'employer les terres dédiées à des cultures vivrières pour les cultures commerciales du thé, de jute, etc., et la pratique généralisée de l'usure ; pour Guy Deleury, les journalistes occidentaux se moquent du végétarisme et du culte hindou de la vache sacrée (chers aux paysans hindous) en ignorant complètement l'histoire de l'Inde et les crimes coloniaux qui n'ont jamais été jugés et dont les profits ont permis à des capitaux énormes de se créer pour permettre à la Grande-Bretagne de « fonder, la première en Europe, les bases de son développement industriel ». Guy Deleury fait d'ailleurs remarquer qu'après l'Indépendance de l'Inde et la fin de la domination britannique, l'ère des grandes famines régulières en Inde cessa :

« Cette naissance du capitalisme occidental a été payée par la ruine du paysan indou, qui en subit encore les séquelles catastrophiques en termes de misère et de famines. La dernière grande famine se produisit en 1943 et coûta, directement ou indirectement, la vie à environ cinq millions de personne. Quatre ans plus tard, déclenchant la grande vague de décolonisation, l'Inde conquit son indépendance : l'ère des grandes famines était close. »

— Le modèle indou, Guy Deleury, éditions Kailash.

L'Inde a connu en effet des famines régulières lorsqu'elle était une colonie de l'Empire britannique jusqu'à son indépendance, comme celles de 1876-1878 et 1899-1900.

Selon un article partagé par le Comité Français pour la Solidarité Internationale CFSI[16], citant une étude[17] de l'OXFAM, une confédération internationale qui lutte contre la pauvreté, dans le monde, une personne souffrant de la faim sur quatre vit en Inde. Également selon un article[18] paru dans Libération, l'Inde tente toujours de débarrasser le pays de la faim et de la malnutrition.

Études[modifier | modifier le code]

Le nombre de végétarien en Inde ne fait pas consensus. Cela provient d'une part de la complexité des différents régimes alimentaires végétariens, influencés par les différents courants religieux, mais aussi d'autre part, par la méthode statistique employé pour le comptage. Ainsi les quatre études cités pour estimer la population indienne végétarienne présentent un écart de 20% (par exemple entre l'USDA et l'ONUAA). Une enquête de 2018 de la revue Economic and Political Weekly (en) comparant les déclarations des populations aux quantités de viande produites et achetées, relève que seuls 20 % d’Indiens ne consommeraient ni viande, ni œufs, ni poisson[3][4][5].

Différentes études:

  • The Hindu-CNN-IBN State of the Nation Survey throws fresh light on Indian attitudes to food, drink and tobacco (2006) les végétariens en Inde serait 31 %[19].
  • ONUAA d’après des données de National Sample Survey (NSS) (2006) ils représenteraient 42 %[20].
  • L’USDA (2003) avance le chiffre de 20-30 %[11].
  • Et le Ministère de l’Intérieur d’Inde (2014) fournit le chiffre de 28-29 %[21].

Références et notes[modifier | modifier le code]

(en)/(en)/(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Vegetarianism by country#India » (voir la liste des auteurs), en anglais « Vegetarianism and religion » (voir la liste des auteurs) et en anglais « Vegetarian and non-vegetarian marks » (voir la liste des auteurs).

  1. (en) « SAMPLE REGISTRATION SYSTEM BASELINE SURVEY 2014 », sur censusindia.gov.in, , p. 22
  2. « Indicateurs de développement dans le monde », sur google.fr (consulté le 10 janvier 2018)
  3. a et b Julien Bouissou, « L’Inde, ce pays végétarien qui aime la viande », sur Le Monde, .
  4. a et b (en) Balmurli Natrajan, « 'Provincialising' Vegetarianism », Economic and Political Weekly (EPW),‎ (lire en ligne)
  5. a et b (en) Balmurli Natrajan, « What India Really Eats », The Wire,‎ (lire en ligne)
  6. a et b (en) Soutik Biswas, « The myth of the Indian vegetarian nation », sur bbc.com,
  7. (en) Sari Edelstein, Food Science, An Ecological Approach, Jones & Bartlett Learning (en), , 554 pages p. (ISBN 9781449694777), p. 281
  8. (en) « Meat Consumption Per Person », sur Scribd (consulté le 10 janvier 2018)
  9. (en) « FOOD SAFETY AND STANDARDS (PACKAGING AND LABELLING) REGULATIONS, 2011 », sur fssai.gov.in,
  10. MINISTRY OF HEALTH AND FAMILY WELFARE (DEPARTMENT OF HEALTH) NOTIFICATION New Delhi, 4 April 2001.
  11. a et b (en) « USDA ERS - The Elephant Is Jogging: New Pressures for Agricultural Reform in India », sur www.ers.usda.gov (consulté le 25 décembre 2017)
  12. https://www.hindujagruti.org/hinduism/knowledge/article/why-does-hindu-dharma-prohibit-consumption-of-non-vegetarian-food.html
  13. (en) USDA, « Livestock and Poultry: World Markets and Trade », USDA,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  14. (en) « Vegetarianism is India's curse, it must be ditched », The Independent,‎ (lire en ligne)
  15. (en) « Textbook on meat-eaters withdrawn », BBC News,‎ (lire en ligne)
  16. CFSI, « Pourquoi l'Inde perd sa guerre contre la faim », Alimenterre,‎ (lire en ligne)
  17. Swati Narayan, « Pourquoi l'Inde perd sa guerre contre la faim », Étude de cas Oxfam,‎ (lire en ligne)
  18. Pierre Prakash, « L’Inde, impuissante face à la faim », Libération,‎ (lire en ligne)
  19. (en) « The food habits of a nation », The Hindu,‎ (ISSN 0971-751X, lire en ligne)
  20. (en) 2.3 Growth and Concentration in India FAO Document Repository
  21. www.censusindia.gov.in/vital_statistics/BASELINE%20TABLES07062016.pdf

Articles connexes[modifier | modifier le code]