Utilisateur:Cheep/Brouillon Deschanel

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Paul Deschanel
Illustration.
Paul Deschanel en 1920.
Fonctions
Sénateur français

(1 an, 3 mois et 18 jours)
Élection 9 janvier 1921
Circonscription Eure-et-Loir
Groupe politique Union républicaine
Prédécesseur Louis Vinet
Successeur Henri Villette-Gaté
Président de la République

(7 mois et 3 jours)
Élection 17 janvier 1920
Président du Conseil Alexandre Millerand
Prédécesseur Raymond Poincaré
Successeur Alexandre Millerand
Président de la Chambre des députés

(7 ans, 8 mois et 18 jours)
Législature Xe, XIe et XIIe (Troisième République)
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Raoul Péret

(3 ans, 11 mois et 22 jours)
Élection
Réélection


Législature VIIe (Troisième République)
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Léon Bourgeois
Député

(34 ans, 3 mois et 8 jours)
Élection 18 octobre 1885
Réélection 22 septembre 1889
20 août 1893
8 mai 1898
27 avril 1902
6 mai 1906
24 avril 1910
26 avril 1914
16 novembre 1919
Circonscription Eure-et-Loir
Législature IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe, IXe, Xe, XIe et XIIe (Troisième République)
Groupe politique UR, RG, RP, UD, GD, RG
Biographie
Nom de naissance Paul Eugène Louis Deschanel
Date de naissance
Lieu de naissance Schaerbeek (Belgique)
Date de décès (à 67 ans)
Lieu de décès Paris 16e (France)
Nature du décès Pleurésie
Sépulture Cimetière du Montparnasse
Nationalité Française
Parti politique ARD, PRD, PRDS
Père Émile Deschanel
Conjoint Germaine Brice de Vièle
Enfants Trois, dont Jean Deschanel
Diplômé de Faculté des lettres de Paris
Faculté de droit de Paris
Profession Haut fonctionnaire
Journaliste
Écrivain
Religion Catholicisme

Signature de Paul Deschanel

Cheep/Brouillon Deschanel
Présidents de la Chambre des députés
Présidents de la République française

Paul Deschanel, né le à Schaerbeek (Bruxelles) et mort le à Paris, est un homme d'État et écrivain français. Il est président de la République du au .

Il naît durant l’exil en Belgique de son père, Émile Deschanel, écrivain et opposant à Napoléon III. En 1876, après une formation universitaire en lettres et en droit, il devient collaborateur du ministre Émile de Marcère et du président du Conseil Jules Simon. Entre 1877 et 1881, il est sous-préfet à Dreux, Brest, puis Meaux.

En 1885, à l’âge de 30 ans, il est élu député d’Eure-et-Loir et rejoint les bancs de l’Union républicaine. Orateur reconnu, il est toujours réélu avec plus de 75 % des suffrages exprimés, siégeant à la Chambre des députés pendant neuf législatures consécutives, jusqu’en 1920, ainsi qu’au conseil général d'Eure-et-Loir à partir de 1895.

Devenu une figure des Républicains modérés, partisan d'une troisième voie entre libéralisme économique et socialisme, il est élu à la présidence de la Chambre en 1898, à la surprise générale, face au sortant, le radical Henri Brisson. Battu à la suite des élections législatives de 1902, il prend la tête de la commission des Affaires extérieures et coloniales en 1905, avant de retrouver la présidence de la Chambre en 1912 et de la conserver pendant toute la Grande Guerre.

Lors de la réunion préparatoire du groupe républicain en vue de l’élection présidentielle de , il tient en échec le favori du scrutin, Georges Clemenceau, « père la Victoire » de la guerre ; après le retrait de celui-ci, Paul Deschanel est élu avec le plus grand nombre de voix jamais obtenu pour ce scrutin sous la Troisième République. Mais victime d'une dépression et du syndrome d'Elpénor, il fait une chute de train nocturne en . Sept mois après son investiture, alors que son état de santé ne s'améliore pas et qu’il fait l'objet de rumeurs infondées, il démissionne de la présidence.

Au début de l’année 1921, à la suite d'une brève période de convalescence, il est élu sénateur d’Eure-et-Loir puis président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Il meurt d’une maladie l'année suivante, à l’âge de 67 ans.

Homme de lettres ayant notamment écrit des ouvrages sur les questions institutionnelles, sociales et coloniales — ses thèmes de prédilection en politique —, Paul Deschanel entre à l'Académie française en 1899 et à l’Académie des sciences morales et politiques en 1914.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Émile et Adèle Deschanel, parents de Paul Deschanel.

Son père, Émile Deschanel (1819-1904), issu dans un milieu modeste, professeur de littérature et écrivain à Paris, est contraint de s'exiler en Belgique à la suite du coup d'État de 1851, du fait de son engagement républicain. Lors de l'une de ses conférences de littérature, auxquelles assistent notamment Victor Hugo, Edgar Quinet et Alexandre Dumas, il rencontre, puis épouse en 1854, Adèle Feignaux (1827-1907), une Liégeoise ayant un père belge et une mère anglaise[1],[2].

De cette union naît un seul enfant, Paul Eugène Louis Deschanel, le , dans une maison sise rue de Brabant, à Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Edgar Quinet présente l'enfant, dont le parrain est Victor Hugo, comme « le premier-né de la proscription »[1]. Dans ses écrits, Émile Deschanel affirme que son fils « donne à votre esprit la patience nécessaire pour attendre que le triomphe de l'iniquité ait son terme et que le droit soit rétabli »[3].

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel passe ses quatre premières années entouré de familles françaises patriotes mais appréciant leur terre d'exil. À la suite de l'amnistie promulguée par Napoléon III en 1859, la famille Deschanel s'installe à Paris, au 34 rue de Penthièvre. Enfant, passionné par le dessin, la lecture et l'écriture (notamment de poèmes), Paul Deschanel voue un culte à ses parents malgré l'exigence dont fait preuve son père dans son éducation[1].

Photo en noir et blanc et de trois-quarts d’un enfant se tenant assis, le coude sur le dossier d’un fauteuil
Paul Deschanel enfant.

À partir de 1863, il étudie au collège Sainte-Barbe-des-Champs (Fontenay-aux-Roses) puis au lycée impérial Louis-le-Grand et au lycée Bonaparte. Ses professeurs le jugent intelligent mais indiscipliné et espiègle. En classe de quatrième, il change d'attitude et obtient de bons résultats scolaires, notamment en français, latin et grec. En 1870, en raison du siège de Paris, la famille quitte Paris pour quelques mois, marquée par une défaite qu’elle attribue à l’incompétence de Napoléon III, tout en souhaitant une poursuite des combats contre la Prusse[4].

Après l’armistice, Paul Deschanel reprend ses études. Il obtient le baccalauréat ès lettres en , à 16 ans, et une licence ès lettres quelques mois plus tard. En 1873, il effectue son service militaire comme engagé volontaire dans l’infanterie à Paris. Il étudie ensuite à l’École libre des sciences politiques et à la faculté de droit de Paris, obtenant un baccalauréat universitaire en droit en et une licence en droit en [4].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Se montrant hésitant sur son avenir professionnel, il envisage de se lancer dans la littérature et la politique sur le modèle de son père. Adolescent et jeune adulte, il rédige ainsi une comédie (1872)[a], puis deux chroniques qui sont publiées dans la presse nationale : une sur Rabelais dans La Revue politique et littéraire (1875), une autre sur Diderot et Edgar Quinet dans Le Journal des débats politiques et littéraires (1877)[5].

À l’issue des élections législatives de 1876, son père est élu député républicain à Courbevoie[6]. Le mois suivant, souhaitant rendre une faveur au nouveau parlementaire, le républicain modéré Émile de Marcère, sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Jules Dufaure, embauche Paul Deschanel comme secrétaire ; deux mois plus tard, Émile de Marcère devient ministre de l’Intérieur et le maintient à son poste. En , le jeune homme est nommé secrétaire particulier du nouveau président du Conseil, Jules Simon[5].

Dans un contexte d’instabilité institutionnelle, les républicains installent de nouveaux fonctionnaires dans tout le pays pour renforcer le régime en place. Le , Émile de Marcère, redevenu ministre de l’Intérieur, nomme Paul Deschanel sous-préfet dans l'arrondissement de Dreux (Eure-et-Loir)[7]. Sa nomination fait figure d'exception pour un homme de son âge (22 ans) et ayant une formation en lettres et en droit. Dans ce fief conservateur, Paul Deschanel adopte une approche modérée, cherchant à convaincre ses adversaires plutôt qu’à les combattre et à les critiquer. Il gagne rapidement en popularité, ce qui lui attire l’animosité de plusieurs élus, notamment du député radical local, Ferdinand Gatineau, qui obtient d’Émile de Marcère sa mutation[5].

Le , Paul Deschanel est ainsi nommé secrétaire général de la préfecture de Melun (Seine-et-Marne) ; ce nouveau poste lui paraît excessivement administratif, sans visibilité et trop peu politique. Il assure cependant les fonctions du préfet, tombé malade. Le , il est nommé sous-préfet de l'arrondissement de Brest (Finistère). Il reçoit un accueil mitigé dans ce territoire de sensibilité monarchiste, voit ses décisions régulièrement contestées et son tempérament conciliant faire l’objet de critiques. Le , il devient sous-préfet de l'arrondissement de Meaux (Seine-et-Marne), ce qui lui permet de se rapprocher de Paris. Souhaitant devenir député, il donne rapidement sa démission pour se présenter aux élections législatives de 1881[8].

Dans les années 1900-1910, il donne des cours dans des établissements d’enseignement supérieur comme l’École supérieure de journalisme de Paris, l’École des hautes études en sciences sociales ou les Hautes Études internationales et politiques. Il préside également le Collège libre des sciences sociales à partir de 1904 et la Société des anciens élèves de l’École libre des sciences politiques de 1909 à 1912[9],[10],[11],[12].

Vie privée et familiale[modifier | modifier le code]

Dessin en noir et blanc d’une femme aux cheveux foncés et relevés, portant une robe claire sophistiquée au niveau des épaules
Germaine Brice de Vièle, épouse de Paul Deschanel.

Réputé grand séducteur[b], Paul Deschanel se marie à l’âge tardif de 46 ans. Avant cette annonce, son célibat étonnait en raison de son âge avancé et de son niveau de responsabilités politiques[12].

Le , avec pour témoins le président Émile Loubet et le doyen de l’Académie française Ernest Legouvé, il épouse Germaine Brice à la mairie du 6e arrondissement de Paris[14]. Âgée de 21 ans de moins que Paul Deschanel, celle-ci est la fille du député d'Ille-et-Vilaine millionnaire René Brice et la petite-fille du poète Camille Doucet[15]. Leur mariage religieux se tient le en l’église Saint-Germain-des-Prés, en présence de plusieurs milliers de personnes[16].

Le couple Deschanel a trois enfants : Renée-Antoinette (1902-1977), Jean (1904-1963) et Louis-Paul (1909-1939). Le premier fils sera, comme son père, haut fonctionnaire puis député d'Eure-et-Loir, tandis que Louis-Paul, historien ayant notamment écrit l’ouvrage Histoire de la politique extérieure de la France (806-1936), mourra pour la France au début de la Seconde Guerre mondiale[17].

À l’approche de l’élection présidentielle de 1913, La Dépêche de Nice écrit : « On se remet à parler du caractère de mondanité que M. et Mme Deschanel donneraient à la présidence de la République. Ils sont riches. Ils aiment le faste. Ils feraient travailler la rue de la Paix, dit-on[18]. »

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, Paul Deschanel est opposé à Napoléon III, comme son père, et souhaite un retour rapide de l'Alsace-Moselle dans le giron français[1].

Collaborateur d’Émile de Marcère et de Jules Simon, il suit de près la crise du 16 mai 1877 et s’affiche séduit par l’approche modérée des deux hommes politiques[5].

En 1881, à 26 ans, il quitte le corps préfectoral de Meaux pour afin de mener campagne aux élections législatives dans l'arrondissement de Dreux. Il se présente pour l'Union républicaine face à son principal détracteur lorsqu'il était sous-préfet, le député sortant radical, Ferdinand Gatineau, qui cible le discours modéré de Paul Deschanel en le qualifiant de clérical. Au premier tour d'une campagne particulièrement violente, Paul Deschanel s’incline avec 46 % des voix[19]. Après cet échec, il n'entend pas redevenir sous-préfet et se consacre à l'écriture, rédigeant des articles[c] et deux ouvrages consacrés à la politique coloniale[d]. Il étudie également en 1885, pendant quelques mois, à l'université de Heidelberg, où il relève à la fois le manque de créativité et l'esprit rigoureux des Allemands[21].

Implantation en Eure-et-Loir[modifier | modifier le code]

Photo en noir et blanc d’un homme aux bras croisés, avec moustache en croc et cheveux châtains, portant une cravate, une veste et une chemise blanche au col relevé
Paul Deschanel (date inconnue, c. 1890).

Briguant à nouveau un mandat de député à l'occasion des élections législatives de 1885, il bénéficie de la mort de Ferdinand Gatineau, qui s'activait pour l'écarter, et de l'instauration du scrutin de liste majoritaire, qui favorise les courants politiques plutôt que les hommes. Le camp républicain d'Eure-et-Loir — qui se présente uni, à la différence de beaucoup d'autres départements — appelle à davantage d'équilibre entre les prélèvements sur la propriété immobilière et mobilière, à un protectionnisme en matière industrielle et agricole, ainsi qu'au renforcement de l'assistance publique. Contrairement au programme législatif de Paul Deschanel de 1881, il est proposé une réduction de la durée du service militaire et la suppression du volontariat.

Il est élu au second tour par 59 % des votants, devenant député du département au côté de trois autres républicains. Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de 34 ans ; pendant la IVe législature, Paul Doumer, Alexandre Millerand et Stephen Pichon comptent également parmi cette tranche d’âge[22]. Le , il effectue sa première intervention dans l’hémicycle pour dénoncer l'absence de droits de douane sur les produits agricoles étrangers, invoquant l'égalité de traitement avec les produits industriels. Très applaudi, son discours a été préparé avec l'ancien chef du gouvernement rallié à l'Empire Émile Ollivier, qui le considère comme l'héritier de son libéralisme modéré[21].

Avec le rétablissement du scrutin d'arrondissement aux élections législatives de 1889, Paul Deschanel brigue un second mandat dans la deuxième circonscription d'Eure-et-Loir, dans l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou, sur un programme anti-boulangiste. Il l'emporte à l'issue du premier tour, avec 84 % des votants. Dès lors, il s'impose comme la principale figure du département, où il ne réside pourtant pas, et se voit élu député à sept autres reprises, parfois sans adversaire et systématiquement dès le premier tour : il l'emporte ainsi par 89 % des votants en 1893, 84 % en 1898, 90 % en 1902, 77 % en 1906, 68 % en 1910, 92 % en 1914 et 82 % en 1919 (cette dernière élection ayant lieu au scrutin de liste)[23],[24],[25],[26],[27],[28].

En 1895, il est élu conseiller général d'Eure-et-Loir dans le canton de La Loupe. Reconduit sans interruption jusqu'en 1919, souvent avec presque 100 % des suffrages, il siège relativement peu au conseil général[29]. Lors de son premier mandat, il propose à l’assemblée départementale l’interdiction de la mendicité et du vagabondage afin de renforcer la sécurité publique, avec la création d’austères lieux de refuge pour les personnes concernées. En 1899, il obtient des aménagements d'horaires de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest. Cette même année, il favorise le lancement du journal modéré La Dépêche d'Eure-et-Loir, qui soutient son action. L’influence de Paul Deschanel à la Chambre lui permet d’obtenir des avantages pour sa circonscription — pénalisée par une crise agricole et l’exode rural pour Chartres —, comme le rétablissement du service postal quotidien en 1917[29].

Ascension au niveau national[modifier | modifier le code]

Dessin en noir et blanc ; au premier plan, un homme, aux cheveux châtains-grisonnants et moustachu, est représenté de profil, assis dans une banquette, vêtu d'une chemise à faux col, d'une cravate en soie et d’une longue veste, tenant dans ses mains un manuscrit qu'il semble relire, crayon à la main ; en retrait, se trouvent au-dessus d’une cheminée une statuette d'un homme âgé et un portrait d’un homme la main dans une poche ; plus à gauche, un portrait d’un homme aux cheveux ébouriffés en forme de médaillon, ainsi que deux cadres, sont accrochés au mur
Dessin de Frédéric Régamey représentant Paul Deschanel dans son appartement parisien, avec au mur un portrait de Chateaubriand, et au-dessus de la cheminée une statuette de Voltaire et un portrait d’Émile Deschanel (« Nos députés chez eux », Le Matin, )[30],[31].

Lors de ses trois premiers mandats à la Chambre, il prend plusieurs fois la parole sur des sujets de politique générale et de politique extérieure, comme la marine ou l’influence française en Orient. En , soulignant son influence grandissante, un premier article d'un journal national, très élogieux, lui est consacré en une du Matin. Le quotidien relate à propos de son activité parlementaire : « Ses discours sur les tarifs des douanes, sur les affaires d’Orient, fixés dans toutes les mémoires par leur mérite littéraire, ont jeté des lumières sur les questions traitées. La part qu’il a prise aux interpellations sur la politique générale sous les ministères Loubet, Ribot et Dupuy a montré un esprit de suite et un courage qui ont conquis à l’orateur l’estime de tous[31]. » Les articles à son sujet se multiplient dans les années qui suivent[32].

Hostile au général Boulanger, qu’il considère comme un arriviste enclin à la dictature, Paul Deschanel vote pour les textes visant à réduire son influence et à le poursuivre en justice, bien qu'il se dise opposé aux mesures d'exception[21]. En 1890, au nom de la liberté de la presse, il pourfend le projet de loi prévoyant le retour dans le champ de compétence des tribunaux correctionnels des délits d’injure envers le président de la République, les parlementaires et les fonctionnaires, estimant que les juges dépendent trop du pouvoir exécutif pour être impartiaux[30]. Après la crise boulangiste, il presse les gouvernements Loubet, Ribot et Dupuy de s’appuyer sur les modérés et non sur les radicaux, à l’origine du renversement de plusieurs ministères[31].

Le scandale de Panama, qui implique des figures comme Charles Floquet, favorise l’émergence d’une nouvelle classe politique. À la suite des législatives de 1893, Paul Deschanel participe au lancement du courant républicain des « progressistes », avec entre autres Raymond Poincaré, Louis Barthou et Charles Jonnart. Le groupe est qualifié de « futurs consuls » ou, selon l’expression de Charles Benoist, de « trois mousquetaires de la seconde génération républicaine — qui, suivant la tradition, étaient quatre[33] ». Mais cette frange centriste manque de lisibilité, étant prise en tenaille entre les républicains plus à gauche (radicaux et socialistes) et les conservateurs, avec qui elle vote alternativement. En 1896, Paul Deschanel et les autres progressistes multiplient les déplacements en France en appelant à des mesures sociales. Pour soutenir leur action, ils lancent en 1898 le journal libéral Le Petit Bleu, qui est un échec commercial et disparaît rapidement[32].

N’hésitant plus à prononcer des discours agressifs envers ses opposants, il prend à partie Georges Clemenceau dans le cadre du scandale du Panama. Il soutient la demande de Paul Déroulède, fondateur de la Ligue des patriotes, d’extrader Cornelius Herz, homme d’affaires au cœur du scandale qui aurait financé le journal La Justice de Georges Clemenceau. Se voyant reprocher par la gauche de s’allier avec la droite nationaliste pour faire tomber le gouvernement, le député d’Eure-et-Loir accuse par deux fois le dirigeant radical de collusion avec l’étranger[e]. En réaction à un éditorial de ce dernier le qualifiant de « menteur » et de « lâche »[f], Paul Deschanel le défie dans un duel à l'épée. Ce choix est jugé audacieux, lui étant considéré comme un mondain alors que Clemenceau est un habitué de ce type de confrontation[32]. La rencontre a lieu le , dans la propriété d’Émile Cornudet à Boulogne[g]. Après un premier engagement sans résultat, Paul Deschanel est touché à la partie supérieure droite du visage, ce qui met un terme au combat malgré le souhait du blessé de le poursuivre[35].

Le , Paul Deschanel est élu vice-président de la Chambre des députés, arrivant en troisième position sur les six postes à pouvoir, avec 160 voix sur 375 suffrages exprimés[36]. Il est réélu le , alors qu’il cristallise l’opposition des radicaux, par 229 voix[37].

Première présidence de la Chambre[modifier | modifier le code]

Dessin sépia de deux hommes présentés dans un tourbillon de traits et de bulletins de vote ; l’un, jeune, mince et moustachu, arbore une veste gonflée et tente de se maintenir en équilibre sur une boule de contrôle, tandis que l’autre, plus âgé et à la barbe blanche, se tient courbé, les pans de sa queue-de-pie redressés et le regard en direction de celui qui semble être son adversaire
Dessin de Charles Léandre illustrant les tensions ayant entouré l’élection de Paul Deschanel face à Henri Brisson à la présidence de la Chambre des députés (Le Rire, ).

Le , à l'ouverture de la VIIe législature, les républicains modérés, menés par Jules Méline et sortis légèrement en tête des élections législatives, se réunissent afin de désigner leur candidat à la présidence de la Chambre des députés alors que se représente le président sortant, le radical Henri Brisson, élu plusieurs fois depuis 1881. Celui-ci étant donné grand favori, Raymond Poincaré et Charles Dupuy refusent la désignation, qui revient finalement à Paul Deschanel, 43 ans, vice-président de la Chambre sortante[38].

Lors de la séance d’élection du président provisoire[h], un événement habituellement assez calme, Paul Deschanel l’emporte avec 277 voix, soit une de plus que son adversaire. Ce résultat, qui constitue une grande surprise, conduit les députés de gauche à accuser le vainqueur d’avoir bénéficié des voix conservatrices et, lorsqu’il est annoncé que le nombre de boules de contrôle n’est pas le même que celui des bulletins dans l’urne, des figures telles que le radical Léon Bourgeois et le socialiste Alexandre Millerand dénoncent un scrutin irrégulier — la boule a en fait été perdue par un nouveau député, Fernand Gautret. Paul Deschanel demande la tenue d’un nouveau scrutin, qui est acté par le bureau provisoire, composé majoritairement de radicaux et socialistes[39],[40].

Le lendemain, le , les députés élisent à nouveau le député d’Eure-et-Loir, avec 282 suffrages et cinq voix d’avance sur le candidat radical. Lors de sa montée au « perchoir », Paul Deschanel fait l’objet de vives protestations des radicaux et socialistes, qui lui reprochent d’avoir été élu avec l’appui de la droite et l’empêchent de prononcer son discours de victoire pendant une dizaine de minutes. Lors de l’élection du président définitif, le , il l’emporte une nouvelle fois, par 287 voix contre 277 à Brisson. La Libre Parole précise alors que sa majorité « comprend des députés qui siègent à l’extrême droite, d’autres qui siègent sur les bancs des ralliés et aussi quelques-uns qui avoisinent l’extrême gauche[41],[42] ».

Il fait cependant l’objet de quelques controverses, comme lorsqu’il soutient Albert Masurel, dont la Chambre a invalidé l’élection[43]. Il est critiqué aussi bien à droite qu’à gauche, dans un contexte polarisé par l’affaire Dreyfus : les socialistes et radicaux perturbent régulièrement les débats et dénoncent ses liens supposés avec le journaliste antisémite Adrien Papillaud. Bien qu'antidreyfusard en privé au nom de la raison d'État, Paul Deschanel refuse de prendre position dans l’Affaire et déclare faire confiance à la justice pour trancher, ce qui ne satisfait ni les dreyfusards ni les antidreyfusards[41],[44].

Une en noir et blanc d’un journal comportant les portraits de sept hommes, moustachus et/ou barbus
Une du quotidien La Patrie mentionnant Paul Deschanel parmi les candidats potentiels à l’élection présidentielle de 1899.

Chargé de conduire les débats parlementaires, de déterminer les ordres du jour, de trancher en cas de doute sur un vote, de vérifier la conformité constitutionnelle des textes, d’appliquer les sanctions disciplinaires ou encore de se prononcer auprès du chef de l’État lors des crises ministérielles, Paul Deschanel assure dès son entrée en fonction, le , qu’il entend respecter la traditionnelle impartialité incombant à sa fonction :

« L’homme appelé au rôle d’arbitre doit faire taire ses préférences et s’élever au-dessus de sa foi même […]. Supposer un instant que je pourrais, dans une mesure quelconque, mettre l’autorité du président au service de telle ou telle politique serait me faire injure. […] À présent que la lutte électorale est terminée, élevons nos esprits et nos âmes au-dessus de l’étroit horizon de nos circonscriptions respectives pour ne plus voir que la France[45]. »

Cherchant à échanger avec tous les groupes politiques, il innove avec l’organisation de repas réguliers avec des élus de différents bords[46]. Le journaliste Léon Bailby écrit à son sujet : « Tous les parlementaires le savent, il n’est personne qui veuille contester au jeune chef de la Chambre son habileté à pacifier les débats, à remettre les choses au point par une intervention à propos, à désarmer les colères par un sourire[41]. »

Également apprécié par une majorité de députés pour sa capacité de travail et ses connaissances juridiques, Paul Deschanel est confortablement réélu à la présidence de la Chambre jusqu’à la fin de la VIIe législature. Face à Henri Brisson, il réunit 323 voix (63,2 % des suffrages exprimés) le [47], 308 voix (58,1 %) le [48] et 296 voix (57,3 %) le [49]. Les partisans de son adversaire déplorent alors la tenue d’un vote à bulletin secret, l’un d’entre eux confiant lors de cette dernière élection qu’« au scrutin public, M. Deschanel n’aurait pas eu 200 voix » en raison de la discipline de vote[50]. Seul candidat, Paul Deschanel obtient 288 suffrages (99,0 %) le [51].

Sa neutralité affichée à la Chambre est interprétée par les médias comme une volonté d’apparaître en homme de consensus en vue de se faire élire à la présidence de la République[41]. Dans la même optique, il refuse toute responsabilité ministérielle : après avoir exclu en 1896 d'intégrer le gouvernement Méline en tant que ministre des Colonies, préférant alors le portefeuille de l'Instruction publique, il décline en la proposition du président Émile Loubet de former un gouvernement[52],[53]. Bien que n’ayant pas présenté sa candidature à l’élection présidentielle de 1899 — pour laquelle il faisait pourtant partie des favoris — en raison de son jeune âge et du contexte lié à l’affaire Dreyfus, il reçoit le vote de dix parlementaires (sur quelque 800 votants)[54].

À l’issue des élections législatives de 1902, qui voit la victoire du Bloc des gauches dans un contexte de polarisation sur la question religieuse, il ne trouve pas la présidence de la Chambre, le radical Léon Bourgeois l’emportant avec 36 voix de majorité[55]. Cependant, bénéficiant de l’impartialité de sa présidence, Paul Deschanel réunit davantage de voix que prévu, ayant obtenu le vote de députés de gauche[12].

Retour sur les bancs parlementaires[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel dans les années 1900.

Après sa défaite, il reprend son activité d’écrivain et se concentre sur les sujets de politique étrangère, donnant des conférences sur l’Asie et l’Amérique du Nord. En , il est élu à la présidence de la commission des Affaires extérieures et coloniales de la Chambre, par quinze voix contre neuf à l’ancien ambassadeur Henri Lozé[56]. L’année suivante, il devient également rapporteur du budget des affaires extérieures. Il reçoit la reconnaissance de ses adversaires pour son expertise dans le domaine, notamment dans le cadre de la réforme de l’administration centrale, lors de laquelle il prône la démocratisation du corps diplomatique, un examen pour les consuls et la hausse de certaines rémunérations[57].

Mais en parallèle, il perd en influence. Son biographe Thierry Billard explique ainsi : « En choisissant de se dégager des thèmes purement politiciens pour s’intéresser à la politique étrangère, il se déconnecte des parlementaires. Certes, la montée des périls extérieurs, la poudrière des Balkans, la fragilité des alliances justifient qu’il se consacre à condamner la « politique de mirage » menée par le ministre des Affaires étrangères Théophile Delcassé ; […] mais à vouloir ménager tout le monde, à refuser de se mêler de thèmes trop périlleux pour son avenir élyséen, à vouloir centrer son attention sur la politique étrangère au détriment des autres, Paul Deschanel est en perte de vitesse[57]. »

Le député d’Eure-et-Loir vote pour la loi de séparation des Églises et de l'État (1905) et l'abolition de la peine de mort (1908). Continuant de vouloir rallier une majorité à la représentation proportionnelle (« RP »), il rejoint l'important groupe parlementaire de la réforme électorale, participant ainsi à des réunions aux côtés du socialiste Jean Jaurès, de radicaux comme Paul Doumer et de conservateurs[58]. Il est confronté à l'élection législative la plus difficile de sa carrière en 1910, lorsqu’il affronte le Dr Poupon, candidat du Parti radical. Marqué par une participation record (81 %), le scrutin voit son élection pour un septième mandat consécutif, avec 68 % des votants[59]. En , il tente de redevenir président la Chambre, mais est battu au second tour par le sortant, le radical Henri Brisson, qui recueille 270 voix contre 197 pour son adversaire[60].

Seconde présidence de la Chambre[modifier | modifier le code]

Photo en noir et blanc d'un homme se tenant debout, accoudé à une cheminée, la main gauche dans la poche de sa veste ; moustache et cheveux grisonnants, chevilles croisées, il porte un costume trois pièces, une chemise blanche à faux col et une cravate
Paul Deschanel à l’hôtel de Lassay, quelques jours après son retour à la présidence de la Chambre (1912).

Au début du mois de , le président du Conseil, Raymond Poincaré, lui propose de devenir ambassadeur en Russie en remplacement de Georges Louis, rappelé à Paris. Mais Paul Deschanel refuse, souhaitant retrouver la présidence de la Chambre des députés et conserver ses chances pour la présidence de la République. Henri Brisson est en effet mort en cours de mandat, le précédent[18].

Après le désistement du ministre de la Marine, Théophile Delcassé, Paul Deschanel et Eugène Étienne sont les deux grands favoris du scrutin du . Arrivé nettement en tête du premier tour dans un contexte de divisions à gauche, le député d’Eure-et-Loir obtient le ralliement de socialistes en raison de son soutien marqué à la représentation proportionnelle. Vainqueur du second tour par 292 voix contre 208, Paul Deschanel revient ainsi l’hôtel de Lassay dix ans exactement après l’avoir quitté. Le bilan de sa première présidence, son éloquence et le glissement à droite de la classe politique sont avancés pour expliquer sa victoire[61],[62],[63].

Comme entre 1898 et 1902, Paul Deschanel veille à rester l’arbitre incontesté de la Chambre afin de préserver ses chances d’être élu à l’Élysée, ne prenant ainsi part à aucun vote parlementaire. La presse le présente alors comme l’un des candidats les plus sérieux pour succéder à Armand Fallières. Après avoir renoncé à se présenter aux élections présidentielles de 1899 et 1906, il accepte le principe d'une candidature en , dans la foulée de sa réélection à la tête de la Chambre[64]. Soutenu par Louis Barthou, Joseph Caillaux ou encore Jean-Victor Augagneur, il se montre cependant réticent à affronter le président du Conseil, Raymond Poincaré. Lors du vote de la réunion plénière, il est devancé par Raymond Poincaré et Jules Pams.

Président de la République[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

Diagramme d’un hémicycle comportant 868 sièges, dont une grande majorité de bleus et le reste de gris
Vote de l’Assemblée nationale à l’élection présidentielle de  :
  • Paul Deschanel (734 voix) ;
  • Non-candidats (134 voix).
Paul Deschanel au côté des anciens présidents Émile Loubet, Raymond Poincaré et Armand Fallières, lors de son investiture ().
Photo en noir et blanc de deux individus moustachus aux cheveux blancs dans une calèche : l’homme situé à droite porte un haut-de-forme et regarde devant lui ; celui de gauche sourit au photographe ; à l’arrière-plan, deux gardes
Paul Deschanel avec le président du Conseil, Alexandre Millerand, le .

Ayant depuis longtemps manifesté l'intention d'accéder à la magistrature suprême, Paul Deschanel remporte le vote préparatoire de l'élection présidentielle le  : avec l'appui de la droite catholique, il devance le président du Conseil, Georges Clemenceau, qui se retire aussitôt. Le lendemain, seul candidat désigné, Paul Deschanel est élu président de la République avec 734 voix, soit le plus grand nombre de voix jamais obtenu par un candidat à la présidence sous la Troisième République[65],[66].

Incident du train[modifier | modifier le code]

Une du Petit Journal du , à la suite de la chute de train de Paul Deschanel.

Selon certaines sources, Paul Deschanel présente des signes inquiétant son entourage à partir d'[67].

Le , alors qu'il éprouve une sensation d'étouffement, il chute de sa voiture, au cours d'un voyage nocturne en train à destination de Montbrison[68],[69]. En pyjama, ensanglanté, il rencontre ensuite un ouvrier cheminot, auquel il se présente comme étant le président de la République ; sceptique, le cheminot le conduit à une maison de garde-barrière, où Paul Deschanel est soigné et mis au lit[70]. Cette chute du train serait due au syndrome d'Elpénor, une forme de somnambulisme sûrement provoquée par la prise de calmants pour dormir[71], mais aussi au mode d'ouverture particulier des fenêtres à guillotine[68].

Poursuite de sa maladie[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel serait en fait victime non pas de surmenage, comme le mentionne les journaux de l’époque, mais de dépression[72], prenant conscience qu'en tant que chef de l'État sous la Troisième République, il n'a en réalité que bien peu de pouvoirs, chacune de ses déceptions renforçant l'avertissement que Raymond Poincaré lui avait adressé[73]. Les pouvoirs étaient en effet concentrés dans les mains du président du Conseil. Il était également sujet à des crises d'angoisse, liées notamment aux contraintes de sa présidence.

En effet, « sa conception de la politique est oratoire : […] il tient ses discours pour des actes puisque le verbe guide l'action »[74]. Il exposait sa conception de la présidence en ces termes : « Le président choisit les ministres et les préside. Il peut les prendre dans les Chambres ou hors des Chambres. Il participe à la confection des lois. Il a le droit de message et le droit de véto, un véto suspensif, moins fort que celui du président américain qui en fait avec tant de succès un usage si fréquent… », ce qui correspond bien aux lois constitutionnelles de 1875 ; mais il ajoute encore : « C'est donc une hérésie constitutionnelle de considérer le président de la République comme un rouage inerte »[75]. Or, « dès le premier Conseil des ministres il est déçu, sa parole étant accueillie avec indifférence, ses avis sont tout simplement ignorés »[73].

D'autres prétendus incidents — comme une baignade avec les canards dans les bassins du parc de l'Élysée, l'apposition par le président de signatures mentionnant Napoléon ou Vercingétorix, ou encore la signature de sa lettre de démission par sa femme — ne sont attestés par aucune source sérieuse, étant le fruit d'adversaires politiques. En particulier, les signatures officielles se faisaient toujours devant témoin et il n'existe aucune trace administrative de signatures fantaisistes.

Démission[modifier | modifier le code]

Sur la pression de son entourage et de ses alliés politiques, Paul Deschanel retarde son départ de l’Élysée. Après l'incident du train, il présente sa démission, mais le président du Conseil, Alexandre Millerand, le convainc de revenir sur sa décision[76]. Son état de santé ne s’améliorant pas, il charge ce dernier d’annoncer sa démission au Conseil des ministres du [77].

Il quitte l'Élysée le suivant, après avoir renouvelé son offre de démission. Dans le message envoyé à l'Assemblée nationale, lu à la Chambre par Raoul Péret et au Sénat par Léon Bourgeois, Paul Deschanel indique :

« Mon état de santé ne me permet plus d'assumer les hautes fonctions dont votre confiance m’avait investi lors de la réunion de l'Assemblée nationale du dernier. L'obligation absolue qui m’est imposée de prendre un repos complet me fait un devoir de ne pas tarder plus longtemps à vous annoncer la décision à laquelle j’ai dû me résoudre. Elle m’est infiniment douloureuse, et c’est avec un déchirement profond que je renonce à la noble tâche dont vous m’aviez jugé digne. […] À l’instant où je me retire, j’ose émettre le vœu que les représentants de la nation, dont la concorde patriotique fut le puissant auxiliaire de la victoire, maintiennent dans la paix leur union, pour la grandeur et la prospérité de cette France adorée, au service de laquelle j’avais voué ma vie et qui aura ma dernière pensée[78]. »

Devant les préparatifs de réunion de l’Assemblée nationale en vue de l’élection d'un nouveau président, le quotidien royaliste L'Action française déplore la rapidité du régime démocratique à enterrer les vivants, seule comptant « la place à prendre »[79]. Alexandre Millerand succède à Paul Deschanel le [80],[81].

Sénateur d’Eure-et-Loir[modifier | modifier le code]

L'une des dernières photos de Paul Deschanel, prise lors de la réception de Robert de Flers à l’Académie française ().

Après sa démission, Paul Deschanel part se reposer au sanatorium de Rueil[82]. Son état s'améliorant rapidement, il quitte Rueil trois mois plus tard, siège de nouveau à l'Académie des sciences morales et politiques et prépare son retour à la vie publique.

Le , il est élu sénateur de l'Eure-et-Loir dès le premier tour de scrutin, par 360 voix sur 715 votants. En , il devient président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, après la nomination à la présidence du Conseil de Raymond Poincaré, qui occupait cette fonction depuis son propre départ de la présidence de la République.

Paul Deschanel prépare alors un discours, jugé « explosif » par le journaliste Pierre-Barthélemy Gheusi, sur les questions internationales et institutionnelles ; il entend dénoncer la position française et l'attitude du Royaume-Uni, ainsi que la prédominance du chef du gouvernement dans la vie politique française. Sur proposition du président du Sénat, son intervention est repoussée de plusieurs semaines[83].

Mort et obsèques[modifier | modifier le code]

Opéré d'un abcès pulmonaire et atteint d'une pleurésie, il ne peut prononcer son discours. Il meurt le , à l'âge de 67 ans.

Ses obsèques se tiennent le suivant en l'église Saint-Honoré-d'Eylau, en présence notamment du président du Conseil, Raymond Poincaré. Dans son oraison funèbre, Charles Maurras, dirigeant de l’Action française, met en avant la lucidité de Paul Deschanel en matière de politique étrangère. Il est enterré dans le caveau familial du cimetière du Montparnasse, dans la 14e division, en bordure de l'avenue du Nord.

Prises de position[modifier | modifier le code]

Positionnement politique[modifier | modifier le code]

Influencé par l’engagement républicain de son père, Paul Deschanel exprime des opinions politiques dès son adolescence. Lors de la guerre franco-allemande de 1870, il déplore la tactique adoptée par Napoléon III et ses généraux, et s’oppose à toute capitulation. Dans une lettre du , il écrit : « Il ne fallait pas moins que cataclysme pour réveiller la France de sa torpeur. […] La guerre, après le débloquement de Paris, peut durer encore six mois ou un an pour reprendre l’Alsace et la Lorraine. ». Partisan du gouvernement de la Défense nationale, il considère qu’« il n’y a que la République qui peut nous donner des hommes comme Gambetta et Trochu » et qu’« il n’y a que l’Empire qui a pu nous en donner comme Bazaine et Le Bœuf »[4].

Dès ses fonctions de sous-préfet, il défend des positions modérées (« opportunistes »), assez éloignées de celles du programme de Belleville, qu'il juge « tombé en poussière au contact des réalités du pouvoir ». Il prône le dialogue plutôt que l’opposition frontale aux monarchistes, ce qui lui permet d'obtenir le ralliement d'électeurs conservateurs en Eure-et-Loir. Dans son discours de Vert-en-Drouais de 1878, il formule ainsi les conseils suivants aux républicains : « Ne vous lassez pas de discuter leurs arguments, avec courtoisie, avec la déférence qu’on doit aux convictions sincères. Montrez-leur, par la manière dont vous discutez, ce que vous êtes, ce que vous valez[29]. »

En 1893, comme Raymond Poincaré et Louis Barthou, Paul Deschanel se qualifie de « républicain progressiste » et affiche pour devise « ni réaction ni révolution »[31],[84]. Dans le sillage des opportunistes, il appartient à l’aile la plus à droite de la famille républicaine, s’opposant au radicalisme et au socialisme. Dans un discours prononcé à Marseille en 1896, il affirme qu’« il y a une réaction de gauche comme il y a une réaction de droite » et ne vouloir « ni de l’une ni de l’autre ». Considérant que le régime républicain n’est plus directement menacé, les républicains progressistes prônent l’obtention du progrès de façon progressive et apaisée[30]. Après avoir mis en avant son souhait de réviser les institutions de la Troisième République, Paul Deschanel axe son programme sur les mesures sociales[85].

Souhaitant accueillir les ralliés, il envisage dans les années 1890 de fonder un parti sur le modèle du Parti conservateur britannique, mais y renonce en raison des divisions de la droite et des réticences de celle-ci face aux réformes sociales. Son biographe Thierry Billard résume : « Dans quel camp se classe le député d’Eure-et-Loir ? Hors des partis et dans tous en même temps, à la fois centre droit et centre gauche. Deux thèmes témoignent de l’originalité de ses positions : la décentralisation et la question religieuse. […] Syndicalisme agricole, syndicalisme ouvrier non révolutionnaire, coopératives, mutualité, impôt sur le revenu, lois sociales, réformes politiques, solidarité, Paul Deschanel s’est constitué un bagage d’idées modérées, mais progressistes, originales et novatrices. » En 1898, Eugène Ledrain écrit dans L'Éclair : « Comme Lamartine, il s’est peu à peu détaché des banquettes agitées pour siéger au plafond. En dehors des petites coteries, des mesquines rivalités, jamais ministre, il a fait son ascension sur des hauteurs où nous le contemplons et d’où il laisse tomber tant d’idées personnelles[85],[86]. »

Vision institutionnelle[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel au début du XXe siècle.

Paul Deschanel souligne l'utilité jouée par les lois constitutionnelles de 1875 après le Second Empire, mais les qualifie de lacunaires — car ayant fait l'objet d'un compromis avec les monarchistes — et appelle à une réforme de la pratique constitutionnelle plutôt qu'à une large modification de ces textes visant à s'aligner sur les modèles américain ou suisse. D'après lui, les problèmes que rencontre le régime, en particulier l'instabilité ministérielle, « ne sont pas tous inhérents à la Constitution », mais proviennent souvent « d’infractions à la lettre ou à l’esprit » de celle-ci[87]. Mentionnant Benjamin Constant et Herbert Spencer, il insiste en 1894 sur la nécessité de voir l'exécutif constituer un contrepoids à l'action parlementaire :

« C’est une hérésie constitutionnelle de considérer la présidence de la République comme un rouage inerte, ou d'assimiler notre président à un roi constitutionnel. Un chef élu ne peut être, comme un prince héréditaire, l'arbitre impassible des partis ; cette conception est contraire au texte et à l'esprit de notre Constitution. […] [Les néo-jacobins] ne voient pas que, en affaiblissant le pouvoir exécutif, en livrant le pays à l'omnipotence et à l'anarchie parlementaire, ils risquent précisément de le rejeter pour tout de bon dans le césarisme. Un exécutif trop faible peut être aussi dangereux qu'un exécutif trop fort. La liberté est incompatible avec un gouvernement faible.[88] »

Modérant son approche, il rejette l'élection du président de la République au suffrage universel, craignant que celui-ci n'en tire une prépondérance excessive. Au vu des réticences des chambres à l'idée d'une révision constitutionnelle, il propose un changement de pratique à l'initiative du chef de l'État lui-même : il considère ainsi que Jules Grévy, bien qu'à l'origine du durable mouvement d'effacement de la fonction sous la Troisième République, influençait de façon significative les décisions prises en Conseil des ministres[87]. Il souhaite que le président se réapproprie son droit de dissolution parlementaire, prévu par les textes mais tombé en désuétude après la crise de 1877[89].

En 1889, quatre années après son élection comme parlementaire, il écrit : « Ce n’est que par une violation formelle de l’esprit de la Constitution que la Chambre des députés s’est arrogée un droit de vie et de mort sur les ministères. Il est temps de rappeler aux députés de France qu’ils sont les représentants et non les maîtres de la Nation. » Pour limiter les questions de confiance et l'instabilité gouvernementale, il propose qu’aucun des ministres renversés ne puisse être nommé dans le cabinet suivant. Afin de favoriser l'adoption d'une révision constitutionnelle, il appelle à la disparition des groupes aux profits de quelques grands partis à l'existence prolongée dans le temps et aux programmes clairement définis[84].

Pour préserver l'équilibre institutionnel, Paul Deschanel s'oppose également au projet des radicaux de réduire l'influence du Sénat, qu'il voit comme une institution capable « de mettre la démocratie en garde contre les entraînements soudains » et d'empêcher la Chambre des députés d'« empiéter » davantage sur les prérogatives du gouvernement. Néanmoins, il propose un changement dans le mode de désignation des sénateurs avec l'introduction de « la cooptation soit du Sénat, soit des deux chambres, afin de pouvoir faire entrer dans le Parlement des hommes qui sans cela n’y peuvent pénétrer — les illustrations de la science, des lettres, des arts ». Selon son biographe Thierry Billard, cette proposition restée sans suite peut être vue comme « l’entrée de la société civile en politique » et se retrouvera « en partie dans la réforme du Sénat que proposera le général de Gaulle au référendum de 1969 »[84].

D'après lui, le scrutin proportionnel est à privilégier au scrutin d'arrondissement, longtemps en place sous la Troisième République. En effet, ce dernier, qui est un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, présente à ses yeux de nombreux inconvénients, notamment le fréquent choix par défaut des électeurs au second tour, la présentation par les candidats de programmes larges afin de pouvoir obtenir la majorité des suffrages et l'élection fréquente d'un député par une minorité du corps électoral[i]. À l'inverse, il voit la proportionnelle comme un moyen de réduire le taux d'abstention, de permettre aux électeurs de voter pour leurs idées et d'éviter la tenue d'élections partielles[58].

Il s’affiche en partisan de la décentralisation dès les années 1870, considérant que « l'autonomie communale est la racine de toutes les libertés », et consacre à ce sujet un ouvrage, La Décentralisation, en 1895[91]. Ce processus est selon lui un moyen de faciliter les prises de décision et d'apaiser les tensions de la société. Il appelle ainsi à revenir sur le processus de centralisation mené par Napoléon III, déplorant des institutions républicaines et une administration napoléonienne. Il propose l'instauration d'un conseil délibérant afin de contrebalancer les pouvoirs des maires et préfets, l'organisation de référendum locaux, le transfert de certaines compétences ministérielles au préfet (expulsion des étrangers, bourses d’enseignement, etc.) ou encore la possibilité pour les sous-préfet de démettre de leurs fonctions les conseillers municipaux absentéistes[85].

Économie et social[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel fait partie des artisans d'une république modérée tenant compte des préoccupations sociales[92]. Se posant en défenseur de la liberté individuelle, de la petite et moyenne propriété, il ne refuse pas l’intervention étatique mais désapprouve un trop grand interventionnisme et le collectivisme[31],[32]. Il s’affiche en partisan d'une troisième voie, qui ne bouleverserait pas « les bases sociales de l’ordre actuel » et atténuerait « les inégalités et les injustices », sans que l’action étatique ne constitue une menace à « l’initiative individuelle, qui restera toujours le grand moteur de la civilisation et du progrès ». Outre les mesures sociales, l’État doit pour lui assurer la sécurité publique et favoriser l’accession à la propriété[93].

Il axe ainsi son programme sur la question sociale, qu'il pose davantage en termes de morale et d'éducation que de problème économique. Considérant que « la République n’est plus seulement l’expression politique [mais] l’expression sociale de la démocratie », il soutient l’interdiction du travail de nuit dans les usines pour les femmes et enfants, la journée de travail de onze heures, l’instauration du repos hebdomadaire, l’indemnisation des accidents du travail, la mise en place des retraites ouvrières et paysannes, de l’inspection du travail ou encore de l’assistance obligatoire aux vieillards et infirmes[93]. Mais Paul Deschanel pose une limite à ces politiques : « Les réformes sociales coûtent cher. Pour les accomplir, il faut que le pays soit riche ; et la prospérité nationale ne sera possible que dans la paix sociale. Par conséquent, la première condition de l’amélioration du sort des travailleurs, ce n’est pas la guerre des classes, c’est la solidarité. » Opposant au matérialisme historique de Marx et Engels, voyant le socialisme comme « le jacobinisme transporté de l’ordre politique dans l’ordre économique et social », il prône la fermeté face au syndicalisme révolutionnaire, qu’il estime être un obstacle au développement social[94],[95].

Il appelle à un code du travail en plus du code civil, afin que « l’homme ne soit plus un outil aux mains d’un autre homme ». Partisan de la fermeture de la Bourse du travail, qui transformait selon lui les syndicats en « instruments de révolution », il réclame la capacité civile pour ceux-ci[31], défend le droit de grève mais à des fins non politiques, se montre réticent à la syndicalisation dans la fonction publique et juge la CGT non démocratique[96],[97]. Il souhaite que le contrat de travail, qu'il trouve trop rigide, devienne un accord signé entre les partenaires sociaux, à condition que ces derniers soient représentatifs des salariés et adoptent une ligne modérée : ainsi, dans ses vues, « le salarié devient progressivement, sous des formes diverses, travailleur associé, et certaines méthodes, déjà en l’honneur chez nos voisins, rendent l’ouvrier copropriétaire de l’entreprise »[93].

Pour palier les carences de l’État et favoriser le progrès social, il met en avant les principes d'association et de mutualisme . Lui-même est membre du Conseil supérieur de la mutualité, président d’honneur de la Fédération mutualiste de Normandie et président de la Fédération des sociétés de retraite de France. Avec le mutualisme, un individu s’assure des soins ou avantages en échange de cotisations. Dès 1899, Paul Deschanel prône la création « d’offices de placement gratuits, d’une mutualité scolaire, maternelle et féminine, de caisses de prêts gratuits, de pharmaciens mutualistes, de retraites, d’assurances », qui se concrétiseront au cours du XXe siècle[86].

Paul Deschanel soutient une politique protectionniste — terme qu’il réfute — lorsqu’il considère qu'un secteur économique essentiel est menacé. Il est ainsi critique envers le libre-échange, dénonce le traité Cobden-Chevalier et la clause de la nation la plus favorisée. Avec Raymond Poincaré et André Siegfried, il fonde en 1897 le Comité national républicain du commerce et de l’industrie, où il plaide pour « un vaste programme d’action économique », la lutte contre « le déclin de notre commerce à l’extérieur et de notre marine marchande » et le rénovation d’« un système d’éducation vieilli ». Fervent défenseur de l’agriculture, il s’oppose au socialiste sur la concentration des propriétés, jugeant que « la richesse et la puissance d’un pays résultent de l’équilibre et de l’harmonie entre la petite et la grande propriété ». Il propose un système de coopératives, des abaissement de charges et un syndicalisme agricole[86].

Afin d’atteindre l'équilibre budgétaire, il propose l’interdiction de proposition de loi diminuant les recettes de l’État ou augmentant ses charges. Il déclare en 1896 : « La condition première de toute amélioration fiscale, c’est l’arrêt des dépenses. Or il n’y a qu’un moyen pratique d’y mettre un frein, c’est celui qu’a adopté le Parlement anglais et que Gambetta en 1881 voulait introduire chez nous : c’est la règle qui consiste à réserver au gouvernement l’initiative des dépenses, ou au moins à obliger tout député qui en propose de nouvelles à les faire adopter d’abord par le gouvernement et la commission du budget[84]. » Lors des débats sur l’impôt sur le revenu, plutôt que la déclaration de revenus proposée par les radicaux, il défend une évaluation reposant sur des signes extérieurs de richesse comme la profession, le montant du loyer ou le nombre d’enfants[86].

Partisan d'une politique nataliste, il déclare au Congrès national de la natalité de 1919 : « Français, vous n'avez pas eu peur de la mort, auriez-vous peur de la vie ? Le sang que vous avez répandu généreusement sur les champs de bataille, n'oserez-vous plus le transmettre aux générations ? La France, par-delà les tombes cherche les berceaux : resterez-vous sourd à sa prière ? Vous avez accepté de mourir en soldats, refusez-vous de vivre en citoyens ? »[98]. Il est partisan d’un minimum vital versé aux citoyens en fonction des charges de famille[86] et préside l'Union française pour le sauvetage de l'enfance de 1902 à 1921.

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

La politique étrangère est le sujet favori de Paul Deschanel, qui est notamment membre de la Société d'histoire diplomatique. Il considère que cette thématique doit faire l'objet d'un consensus national et transcender les régimes politiques, estimant qu’« il n’y a pas deux politiques extérieures, une pour la monarchie et une pour la République ». Alors qu’il multiplie les déplacements à l’étranger, le gouvernement Freycinet l’envoie en 1891 en mission aux États-Unis pour une analyse des pouvoirs publics du pays ; en 1912, il s’entretient avec le roi des Bulgares, Ferdinand Ier, au sujet de l’Empire ottoman[57].

Paul Deschanel affiche des positions nationalistes. Marqué par la défaite de 1870, il dénonce avec vigueur le pacifisme, qu’il assimile au défaitisme. S’il considère comme tentante l’idée d’une démilitarisation de tous les pays, il juge irresponsable que la France puisse prendre une telle décision de façon unilatérale. Partisan d’une Europe des États en opposition à l’internationalisme prôné par les courants socialistes, il souhaite faire en sorte que les petites nations ne puissent provoquer une guerre sur l’ensemble du continent par le simple jeu des alliances. Pour éviter les affrontements armés, il défend également l’arbitrage international[57].

Paul Deschanel, l’un des spécialistes des questions coloniales de la Troisième République, échangeant avec le résident général au Maroc, Hubert Lyautey (Casablanca, 1914).

Commentant l'entrée de Paul Deschanel à l'Académie française, l'écrivain Paul Morand écrit qu’il avait « une main sur le cœur pour la littérature, un geste d’éloignement du côté de l’Allemagne, les paumes tendues vers la Russie […][53]. » En effet, il affirme au sujet de l'Empire allemand : « Le goût pour les blessures, l’amour et l’orgueil des cicatrices sont des phénomènes essentiellement germaniques. La vérité est — c’est nous honorer de le reconnaître — que nous avons affaire à un peuple sérieux, travailleur, économe, persévérant, qui, s’il n’a pas l’esprit d’invention, a, au plus haut degré, l’esprit d’assimilation, et qui, enfin, il faut dire le mot, est plus fortement outillé que nous pour la lutte économique, comme il l’était en 1870[21]. »

Pour peser face au système d’alliances européennes mis en place par Bismarck, Paul Deschanel défend l’Empire colonial français. Dans les années 1880, alors que la colonisation rencontre encore des réticences au sein d’une partie de la classe politique souhaitant privilégier uniquement la reconquête de l’Alsace-Lorraine, il adhère à la Société des études coloniales et maritimes, et publie trois livres à succès (La Question du Tonkin, La Politique française en Océanie, Les Intérêts français dans l’océan Pacifique) dans lesquels il expose ses vues :

« La patrie de Richelieu et de Colbert sera-t-elle condamnée à vivre sur elle-même […], ou bien au contraire doit-elle rechercher avec prudence, mais avec ténacité, l’accroissement de territoire, de population, de richesse, qui lui serait désormais indispensable pour contrebalancer ses redoutables rivales ? Dans l’ordre historique comme dans l’ordre naturel, une race ne subsiste que si elle est capable de lutter énergiquement contre les autres races »[99].

— Paul Deschanel, La Question du Tonkin

Dans cette optique, au sein du « parti colonial », il défend les protectorats en Indochine et apparaît comme l’un des initiateurs du groupe de pression océanien. Il revient sur cette position en 1909 en déclarant qu’il aurait préféré que la France « restât en Égypte, et que, après avoir perdu les clefs du passage, elle n’allât pas si loin, à Madagascar et en Indochine ». Favorable à la colonisation du Maroc afin de protéger la frontière algérienne, il dénonce les contreparties accordées par la France aux autres puissances. Sur le terrain, il appelle à une politique de tolérance envers les populations locales, considérant que les missionnaires doivent se borner à répandre « le nom et la langue de la France » et à apprendre « la distinction du mal et du bien ». Il compte sur la diplomatie, la sécurité, le développement économique et social. En 1909, il suggère une Constitution pour les colonies les plus anciennes[57].

Outre les colonies, il mise sur un renforcement des alliances européennes de la France. Il est l’un des premiers adversaires du ministre Théophile Delcassé, dont il approuve la politique envers l’Italie mais dont il dénonce la « politique de mirage »[100], la « diplomatie secrète » précipitant la France au bord d'un conflit mondial sans préparation suffisante. Tout comme lui favorable au rapprochement avec l’Angleterre, il se montre perplexe envers l’Entente cordiale en raison des concessions faites par Delcassé sur l’Égypte et Terre-Neuve. Il se prononce aussi pour une alliance avec l’Empire russe, qu'il souhaite voir se rapprocher de l’Angleterre, et déplore la faiblesse de l’Autriche-Hongrie face à l’Allemagne — le gouvernement français envisage en 1906 de le nommer ambassadeur de l’Empire austro-hongrois[18].

Défense et justice[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel ne se déclare pas en faveur de la guerre mais exige la préparation d'un conflit et refuse toute démilitarisation unilatérale de la France. Il propose l'enseignement du patriotisme aux enfants et des sanctions contre les professeurs pacifistes, affirmant que « la pierre de touche de l’esprit républicain, c’est la défense de la République, de son œuvre et d’abord de l’école, car c’est là que se prépare l’homme, le citoyen, le patriote, le soldat »[58].

Président de la Chambre des députés lors de l'affaire Dreyfus, il ne prend pas position sur le sujet, mais, d'après son biographe Thierry Billard, « selon toute vraisemblance, il est antidreyfusard : pas par hostilité envers le capitaine Dreyfus ou par antisémitisme, mais parce que, comme beaucoup de progressistes, il place la raison d’État avant les droits d’un homme, parce que cette affaire est devenue un ferment de désunion, un feu gigantesque attisé par la gauche, les socialistes et son ennemi Clemenceau[41]. » Sur le plan militaire, il met ainsi en garde contre « des fautes individuelles qui risqueraient de livrer à l’ennemi, dans les jours de péril, des troupes indisciplinées et démoralisées[101] ».

En matière judiciaire, il défend l'indépendance des magistrats, l'abolition de la peine de mort[j] et la loi du instaurant pour les mineurs des juridictions spécialisées et le principe de mise en liberté surveillée[58],[102]. Il s'oppose à toute limitation de la liberté de la presse et aux lois de 1893 et 1894 sur l'anarchisme[58].

Laïcité et religion[modifier | modifier le code]

Favorable à la séparation des Églises et de l'État au nom de la « la liberté de croire ou de ne pas croire », il ne rejette pas l’influence du christianisme en France[30]. En , il déclare : « L’immixtion de la religion dans la politique est odieuse. Elle corrompt à la fois la politique et la religion. À l'inverse, l’ingérence de l’État dans les affaires ecclésiastiques n’est pas moins funeste[103]. » Il met en garde contre les excès ayant eu lieu lors de la déchristianisation, pendant la Révolution française, notamment les pillages et violences. Craignant une guerre civile, il appelle à une période transitoire sur la question des édifices religieux[85].

Profil et particularités[modifier | modifier le code]

En politique[modifier | modifier le code]

Paul Deschanel n'a jamais changé de département d'élection, demeurant pendant plus de 30 ans l'homme fort de l'Eure-et-Loir, bien qu'il n'ait pas d'autre mandat local que celui de conseiller général. Il est élu neuf fois député dans le département, avec des scores très importants. Cette forte assise territoriale lui permet d'afficher son indépendance, de se consacrer aux questions nationales et d'exprimer des idées parfois singulières sans avoir à s'inquiéter pour sa réélection[21].

Paul Deschanel en 1912.

Il est président de la Chambre des députés à des moments particulièrement difficiles pour la République (lors de l’affaire Dreyfus puis durant toute la Première Guerre mondiale)[92], ce qui a pu jouer un rôle dans son affaiblissement mental à l'Élysée. Tout au long de son engagement politique, il refuse de devenir ministre afin de ne pas compromettre ses chances de devenir président de la République, qui est l’ambition de sa vie, avec celle d’intégrer l’Académie française[92].

En 2020, il est avec Valéry Giscard d'Estaing le seul président de la République française né hors du territoire français. Il est également le premier président de la République à quitter ses fonctions pour cause de maladie, alors qu’aucune disposition constitutionnelle ne l’obligeait à prendre une telle décision. D’autres chefs d’État, comme Napoléon Ier et Napoléon III, s’étaient maintenus au pouvoir malgré un état de santé dégradé[92].

Écrivain et orateur[modifier | modifier le code]

Le journal Le Matin indique en 1893 : « Dès qu’il ouvrit les yeux, son oreille fut frappée par la voix harmonieuse, par les périodes cadencées, par les tournures fleuries qui abondaient en la bouche de son père, un maître incontesté de la parole universitaire. […] Il en a largement profité[31]. » Féru de théâtre, Paul Deschanel songe dans sa jeunesse à devenir comédien. Il se produit dans plusieurs représentations, notamment dans Don Pasquale au château de Folembray en 1882. Il se rend dans des salons littéraires et côtoie la haute société, dont il critique dans ses écrits la froideur et la superficialité[20].

Son expérience sur scène lui permet de devenir un brillant orateur, à une époque où l'éloquence est très prisée[104]. Paul Deschanel perçoit l’engagement politique avant tout à travers le prisme littéraire et oratoire, étant persuadé que la parole est synonyme d’action. Dès son premier discours dans l'hémicycle, il est remarqué pour la qualité de son verbe et par son excellente diction[21]. Son collaborateur René Malliavin le présente comme attiré par « l’apothéose que la vie publique réserve parfois à l’orateur triomphant »[5]. À ses débuts, le caractère politique de ses interventions est parfois relayée au second plan, et Raymond Poincaré affirme que « Paul Deschanel n’est pas de ceux dont on dit « il sera ministre » mais plutôt « il sera académicien »[32] ». Mais au fil des années, il modifie sa diction, s’affirme dans le débat public, affronte Georges Clemenceau en duel et parvient à se défaire de son image de mondain[105],[106].

Paul Deschanel puise son inspiration directement dans celle des maîtres de la Tribune d'Athènes et de Rome. Il est fasciné par Pierre-Antoine Berryer, qui se distingue dans ses discours par une absence presque complète d'ironie : respect de ses adversaires, tolérance de l'esprit, loyauté de sa nature. Selon Deschanel, « l'école de l'éloquence moderne doit conserver le caractère émouvant des anciens orateurs, dépouillé des vernis et fastidieux ornements d'une trop classique rhétorique et mêler la réalité pratique où chaque fait descend. »

L'écrivain et critique Jules Lemaître écrit dans Le Figaro en 1897 : « On ne parle pas toujours au palais Bourbon si mal que vous croyez. […] Nous avons quelques orateurs émouvants et des débatteurs. […] M. Paul Deschanel n’a été que peu interrompu par l’extrême gauche. […] Le Deschanel politique a fini par tuer la légende du Deschanel mondain, ce qui n'était pas commode. J'ai remarqué que nul ne songeait plus à lui reprocher le soin légitime qu'il prend de son vêtement ou de ses cheveux, ni les « succès de salon » qu'il a pu rencontrer quand il était très jeune. […] À ne considérer (s'il ne peut) que la forme, j'ai eu l'impression que sa parole, directe, énergique, vibrante, luttait sans désavantage contre l'énorme flot de l'éloquence de M. Jaurès[105]. »

Caricature en couleur et de profil d’un homme moustachu tenant dans sa main droite un bâtiment à coupole, à côté d’un siège gardé par une étoile coiffée du bonnet phrygien
Caricature de Paul Deschanel, membre de l’Académie française et président de la Chambre des députés (Charles Léandre, Le Rire, ).

Le , alors qu'il est président de la Chambre des députés, Paul Deschanel est élu au fauteuil 19 de l'Académie française[k], obtenant vingt voix au second tour de scrutin, contre dix au romancier René Bazin et six au critique Émile Faguet[107]. Il parvient ainsi à intégrer l'institution alors que son père y avait échoué : celui-ci était d'ailleurs donné une nouvelle fois candidat lorsque son fils décida de se présenter, avec son soutien[53],[108]. Paul Deschanel est reçu sous la Coupole par Sully Prudhomme le , en présence notamment du président de la République Émile Loubet. Dans son discours de réception, il rend hommage à son père, qualifie son prédécesseur, le journaliste royaliste Édouard Hervé, de « défenseur chevaleresque d’une grande cause vaincue » et loue ses écrits sur les hommes d’État anglais ainsi que ses propos anti-germaniques. Il lance également un appel à l’union du pays, déchiré par l’affaire Dreyfus[109].

Apparence et personnalité[modifier | modifier le code]

Mince, doté d’un visage fin et ovale, de cheveux et sourcils clairs, d’un nez fin et aquilin, portant une moustache soigneusement peignée, Paul Deschanel est attaché à la séduction, à son apparence physique et à sa tenue vestimentaire de dandy (longue veste, chemise blanche à faux col, cravate en soie à épingle de nacre). De l’avis général, il est décrit comme l’un des hommes politiques les plus élégants de son époque au point que Paul Morand voie en lui « le dernier républicain bien mis »[110].

Dans les réceptions mondaines, en particulier dans les salons littéraires des comtesses de Loynes, Emmanuela Potocka ou Diane de Beausacq, il charme de nombreuses femmes grâce à sa culture, son physique et ses bonnes manières[20]. Thierry Billard précise : « Son apparence est son principal fonds de commerce. Elle attire, envoûte, tape dans l’œil […] La presse d’extrême droite l’appelle « le pommadé » ou la « gravure de mode » ; la presse d’extrême gauche « le gommeux de sous-préfecture guindé », « le gérant de cafés chic »[12]. » Après qu'il a longtemps joué de sa jeunesse en politique, les partisans de son adversaire aux élections législatives de 1910 le comparent, alors qu'il est âgé de 55 ans, aux « jolies femmes qui se fardent, se teignent, s’amincissent pour avoir l’air toujours jeunes, toujours désirables »[29]. En 1909, le journaliste socialiste Adolphe Tabarant le qualifie de « mannequin fané » et d'« homosexuel de la République »[111].

Il est régulièrement rapporté que sa volonté de séduire et de ne pas déplaire le poussent à refuser d'entrer au gouvernement et à ne pas adopter un ton clivant, notamment lors de ses présidences de la Chambre des députés. Cette attitude lui est reprochée par ses opposants, qui y voient un manque de personnalité. Sa capacité de travail et la connaissance de ses dossiers sont cependant unanimement saluées[18].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

À la présidence de la République[modifier | modifier le code]

Au Sénat[modifier | modifier le code]

À la Chambre des députés[modifier | modifier le code]

Au niveau local[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Synthèse des résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Élections présidentielles[modifier | modifier le code]

Année Premier/unique tour
Voix % (exprimés) Issue
18 février 1899
(non candidat)
10 1,2 non élu
17 janvier 1913
(non candidat)
non élu
17 janvier 1920 734 84,6 élu

Postérité et hommages[modifier | modifier le code]

Dans les décennies qui suivent sa démission de l’Élysée, l’image de Paul Deschanel dans l’opinion publique reste principalement attachée à sa maladie, qualifiée à tort de folie[92].

Plusieurs voies de circulation portent son nom, notamment l’avenue Paul Deschanel dans sa ville natale de Schaerbeek et l’allée Paul-Deschanel dans le 7e arrondissement de Paris.

Un prix honorifique Paul-Deschanel est décerné chaque année par la chancellerie des universités de Paris pour récompenser des thèses en droit public[112],[113].

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Œuvres de Paul Deschanel[modifier | modifier le code]

  • La Question du Tonkin, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 505 p. (notice BnF no FRBNF34137665, lire en ligne). 
  • La Politique française en Océanie, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 624 p. (notice BnF no FRBNF34139780, lire en ligne) — récompensé par la Société de géographie commerciale de Paris.
  • Les Intérêts français dans l’océan Pacifique, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 387 p. (notice BnF no FRBNF34139776, lire en ligne) — récompensé par la Société de géographie commerciale de Paris.
  • Orateurs et Hommes d'État : Frédéric II et M. de Bismarck, Fox et Pitt, Lord Grey, Talleyrand, Berryer, Gladstone, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Bibliothèque contemporaine », , 356 p. (notice BnF no FRBNF30329265, lire en ligne), récompensé par le prix Marcelin-Guérin de l’Académie française (1889)[114].
  • Figures de femmes : Madame du Deffand, Madame d'Épinay, Madame Necker, Madame de Beaumont, Madame Récamier, etc., Paris, Calmann-Lévy, , 2e éd., 350 p. (notice BnF no FRBNF30329258).
  • Figures littéraires, 1890.
  • Questions actuelles, 1891.
  • La Décentralisation, Paris, Berger-Levrault et Cie, , 181 p. (lire en ligne).
  • La Question sociale, 1898.
  • La République nouvelle, 1898.
  • Quatre ans de présidence, 1898-1902, Calmann levy, Paris, 1902.
  • L’Idée de patrie, 1905.
  • Politique intérieure et étrangère, 1906.
  • À l’Institut, 1907.
  • L'Organisation de la démocratie, Charpentier, 1910.
  • Hors des frontières, 1910.
  • Paroles françaises, Paris, Fasquelle, , 280 p. (lire en ligne).
  • Madame de Sévigné, 1911.
  • Segrais, 1911.
  • Lamartine, 1913.
  • Les Commandements de la patrie, Paris, Bloud et Gay, coll. « Pages actuelles », , 46 p. (lire en ligne).
  • La France victorieuse : paroles de guerre, Eugène Fasquelle, Paris, 1919.
  • Gambetta, Paris, Hachette, coll. « Figures du passé », , 302 p. (lire en ligne). 

Études et essais sur Paul Deschanel[modifier | modifier le code]

  • Émile Deschanel, Le Bien et le Mal qu'on a dit des enfants, Hetzel, , 217 p. (notice BnF no FRBNF30329212). 
  • Dir. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : , vol. II : Cay-Fes, Paris, Bourloton, , 640 p. (lire en ligne), p. 350-351. 
  • Jean Mélia, Paul Deschanel, Paris, Plon, Nourrit et Cie, , 240 p. (lire en ligne).
  • René Malliavin, La Politique nationale de Paul Deschanel, Paris, Champion, , 195 p. (notice BnF no FRBNF30867996).
  • Gérard Milleret, Une chute peut en cacher une autre ou l'histoire du président Paul Deschanel, Dijon, thèse de médecine (université de Bourgogne), , 152 p.
  • Thierry Billard, Paul Deschanel, Paris, Belfond, , 298 p. (lire en ligne). 
  • Fabienne Bock, « Paul Deschanel, président de la Chambre de 1912 à 1919 », dans Jean Garrigues (dir.), Les Présidents de l'Assemblée nationale de 1789 à nos jours, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres » (no 157), , 344 p. (ISBN 978-2-8124-5019-8, présentation en ligne), p. 217-226.
  • Patrick Hoguet, Paul Deschanel : au-delà de la chute du train, Amis du Perche, , 288 p. (ISBN 978-2900122990).

Télévision, documentaire, fiction[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Archives nationales[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans son texte, intitulé À dix-sept ans, il expose sa conception de la vie en mettant en scène deux aristocrates. L'un, âgé de 17 ans et qui présente avec lui de nombreux points de ressemblance, est mesuré et rêveur, tandis que l'autre, qui a 19 ans, est plus excentrique et séducteur. Les deux jeunes hommes côtoient une femme de 26 ans qui se révèle finalement être intéressée, ce qui déçoit le cadet, résolument idéaliste, romantique, déçu par le temps qui passe et qui corrompt selon lui la pureté des êtres au niveau charnel et matériel[4].
  2. Il lui a notamment été prêté l'attention, vraisemblablement à tort, d'épouser une Américaine[13].
  3. Il écrit notamment sur Talleyrand (1881), dont il défend l'action au congrès de Vienne, sur Charles James Fox et William Pitt (1882) et sur Frédéric II de Prusse (1883)[20].
  4. Ces deux ouvrages sont La Question du Tonkin (1883) et La Politique française en Océanie, à propos du canal de Panama (1884)[20].
  5. Le , à la tribune de la Chambre des députés, Paul Deschanel répond à Georges Clemenceau, qui vient de l’interpeller, de la façon suivante : « Je demande de quel droit et par suite de quelle étrange faiblesse des hommes politiques qui, dans l’espace de seize ans, ont renversé quinze ministères républicains avec le concours de la droite, qui, chose bien plus grave, à l’extérieur ont contribué plus que personne à laisser tomber l’Égypte aux mains de l’Angleterre, et si on ne les avait pas empêchés, auraient laissé tomber Tunis et Bizerte aux mains de l’Italie et de la Triple alliance ; qui, s’ils n’ont pas eu la main heureuse au point de vue de la direction des événements, ne l’ont pas eue davantage au point de vue du choix des hommes, puisque, après avoir combattu de toute leur énergie Gambetta et Miribel, ils ont inventé Boulanger et Cornelius Herz ; je demande de quel droit ces hommes prétendent peser sur la politique d’une majorité en dehors de laquelle ils se sont volontairement placés et sur la conduite d’un gouvernement qu’ils n’ont cessé de combattre ». Le député d’Eure-et-Loir renouvelle ces accusations le [32].
  6. « Un jeune drôle, du nom de Paul Deschanel, s’est permis de baver sur moi hier à la Chambre. Je n’ai pas sous les yeux le compte rendu officiel de la séance, mais je ne puis attendre plus longtemps pour lui dire qu’il s’est conduit comme un lâche et qu’il a effrontément menti. Ce polisson qui procède par basses insinuations profère à l’égard de La Justice des allégations qu’il sait mensongères, comme en témoignent les livres du journal que j’ai offert de montrer. Ce n’est pas tout. Il a mis en cause la politique extérieure que j’ai suivie pendant vingt ans, avec l’approbation de tout son parti, et il a honteusement insinué que je servais un intérêt étranger. Pour proférer une pareille accusation quand on la sait mensongère, il faut être, comme M. Deschanel, le dernier des misérables. Il a osé répondre à M. Pelletan qu’il m’avait dit des choses en face. Où ? Quand ? Devant qui ? M. Paul Deschanel est un lâche. M. Paul Deschanel a menti. » – Georges Clemenceau, « À un menteur », La Justice, [34].
  7. Les témoins de Paul Deschanel sont Godefroy Cavaignac, député de la Sarthe, et Georges Chaudey, député de la Haute-Saône. Ceux de Georges Clemenceau sont Arthur Ranc, sénateur de la Seine, et Félix Mathé, député de l’Allier[35].
  8. La séance est présidée par le doyen d'âge, Charles Boysset[39].
  9. Paul Deschanel relève ainsi que les candidats élus aux élections législatives l'emportent souvent avec moins de voix que l'addition de celles des non-élus et des abstentions[90].
  10. Comme Aristide Briand et Georges Clemenceau, il vote en faveur de l'abolition de la peine de mort en . Il déclare à ce sujet : « Il suffit qu’au cours des siècles un seul homme ait été injustement condamné à la peine capitale pour que la peine capitale doive disparaître. À quelque point de vue que vous vous placiez, la peine de mort n’est pas indispensable et elle peut être dangereuse. Si c’est le châtiment que vous cherchez, il en est de plus dur, à la condition de modifier l’échelle des peines. L’intérêt souverain de la société, c’est la justice. Faites que la France ne soit pas la dernière à abattre l’échafaud, ce monument hideux de l’orgueil humain, puisqu’il atteste la croyance naïve de l’homme en son infaillibilité[58]. »
  11. Après une campagne de soutien menée par son ami Pierre Loti et de José-Maria de Heredia[53].

Références[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cet article proviennent de l'ouvrage de Thierry Billard, Paul Deschanel, Paris, Belfond, , 298 p.

  1. a b c et d Billard 1991, p. 16-27.
  2. Paul Deschanel, « La mère du président de la Chambre fut la vaillance même », Femina, no 317,‎ , p. 184 (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2019).
  3. Émile Deschanel, Le Bien et le Mal qu'on a dit des enfants, Hetzel, , 217 p. (notice BnF no FRBNF30329212).
  4. a b c et d Billard 1991, p. 28-31.
  5. a b c d et e Billard 1991, p. 33-38.
  6. « Élections législatives du 5 mars 1876 – communes suburbaines », Le Figaro, no 66 (année 1876),‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019).
  7. Marcel Couturier et Paulette Couturier, Eure-et-Loir, aperçus sur l'administration préfectorale : hommes et événements (1800-1940), Chartres, Société archéologique d'Eure-et-Loir, , 114 p..
  8. Dir. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : , vol. II : Cay-Fes, Paris, Bourloton, , 640 p. (lire en ligne), p. 350-351.
  9. « Historique – ils ont enseigné à HEIP », sur heip.fr (consulté le 20 novembre 2019).
  10. « Le banquet du Collège libre des sciences sociales », Le Temps, no 21 420,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019).
  11. Édouard Montpetit, Souvenirs, vol. I : vers la vie, Montréal, L'Arbre, , 214 p., p. 119.
  12. a b c et d Billard 1991, p. 144-162.
  13. « Échos de Paris », Le Gaulois, no 6438,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 6 mars 2020).
  14. « Le mariage de M. Paul Deschanel », Le Figaro, no 45 (année 1901),‎ , p. 1-2 (lire en ligne, consulté le 9 mars 2020).
  15. (en) « Mme Deschanel », New-York Tribune, no 26761,‎ , p. 55 (lire en ligne [PDF], consulté le 9 mars 2020).
  16. « Le mariage de M. Paul Deschanel », Le Petit Parisien, no 8878,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 9 mars 2020).
  17. Arlette Schweitz (dir. Jean-Marie Mayeur), Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République : dictionnaire biographique, vol. I, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles », (1re éd. 1981) (ISBN 978-2-85944-432-7, lire en ligne), p. 192-193.
  18. a b c et d Billard 1991, p. 172-???.
  19. « Les élections – résultats complets », Le Figaro, no 235s (année 1881),‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 21 novembre 2019).
  20. a b c et d Billard 1991, p. 40-45.
  21. a b c d e et f Billard 1991, p. 48-60.
  22. Amaury Lorin (préf. Jean-Pierre Bel), Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz (premier prix de thèse du Sénat 2012), coll. « Bibliothèque parlementaire et constitutionnelle », , 601 p. (ISBN 978-2-247-12604-0, notice BnF no FRBNF43565287), p. 45.
  23. « Élections législatives du 22 septembre – Eure-et-Loir », Le Monde, no 263 (30e année),‎ , p. 3 (lire en ligne, consulté le 25 novembre 2019).
  24. « Élections législatives du 20 août – Eure-et-Loir », Le Monde, no 230 (34e année),‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 2 décembre 2019).
  25. « Élections législatives du 8 mai », Le Figaro, no 129 (année 1898),‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 2 décembre 2019).
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  29. a b c et d Billard 1991, p. 62-67.
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  32. a b c d e et f Billard 1991, p. 74-83.
  33. Jean Vavasseur-Desperriers, République et liberté : Charles Jonnart, une conscience républicaine (1857-1927), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Politiques », , 339 p. (ISBN 978-2859394851, lire en ligne), p. 9.
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  53. a b c et d Billard 1991, p. 129-138.
  54. « Élection du président de la République de 1899 », sur mjp.univ-perp.fr, (consulté le 29 mars 2020).
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  56. « Autour de la politique : une allocution de M. Deschanel », Le Figaro, no 166 (année 1905),‎ , p. 3-4 (lire en ligne, consulté le 21 mars 2020).
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