Ours brun

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Ursus arctos

Ursus arctos
Description de cette image, également commentée ci-après

Un ours brun dans un parc animalier

Classification selon MSW
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Ursidae
Genre Ursus

Nom binominal

Ursus arctos
Linnaeus, 1758

Répartition géographique

Description de l'image Ursus arctos range map.svg.

Statut CITES

Sur l'annexe  I  de la CITES Annexe I , Rév. du 11/06/1992

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

L’ours brun (Ursus arctos) est une espèce d’ours qui peut atteindre des masses de 130 à 700 kg. Le grizzli, l’ours kodiak et l’ours brun mexicain sont des sous-espèces nord-américaines de l’ours brun, l'Ours brun d'Europe la principale sous-espèce eurasienne avec de multiples autres sous-espèces comme l'Ours Isabelle.

Cette espèce, qui fait localement l’objet de programmes de protection ou réintroductions, notamment en France, a été totalement exterminée au Liban, en Suisse, et dans divers pays européens, notamment dans les zones de plaine (Luxembourg, Belgique, Pays-Bas…), parfois depuis de nombreux siècles. L'espèce était originellement présente dans toute l'Europe, et même en Afrique du nord (ours de l'Atlas).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'ours brun peut vivre trente ans à l'état sauvage et jusqu'à quarante ans en captivité. L'ours brun a des fourrures dans les teintes blondes, brunes, noires, ou une combinaison de ces couleurs. Les ours bruns ont une grande bosse de muscles au-dessus de leurs épaules qui donne la force aux membres antérieurs pour creuser. Leur tête est grande et ronde avec un profil facial concave. Debout, l’ours atteint une hauteur de 1,5 à 3,5 mètres. Malgré leur taille, ils peuvent courir à des vitesses allant jusqu’à 56 km/h. Pour la marche, l’ours brun est digitigrade des pattes avant et plantigrade des pattes arrière. C’est-à-dire qu’il pose en premier les « doigts » puis le talon de ses pattes antérieures et qu’il pose toute la plante de ses pattes postérieures en même temps.

Il est fréquent que deux mâles combattent pour une femelle ou l’appropriation d'un territoire. Néanmoins si le vainqueur se voit assuré de pouvoir féconder l'ourse, cette partenaire ne lui reste pas fidèle et élève seule les oursons.

Avec ses trois paires de mamelles, disposées sur la poitrine et l’abdomen, la femelle fournit un lait fort nourrissant, riche en graisses, protéines et vitamines. L'instinct maternel développé de l'ourse la pousse à protéger ses petits de prédateurs tels que les pumas et les loups, mais également des mâles qui n’hésiteraient pas à les tuer aux fins de conquérir leur mère — comportement pareillement observable chez les lions et certains chiens de chasse.

Répartition[modifier | modifier le code]

Autrefois indigènes en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, les ours bruns sont maintenant éteints dans de nombreuses régions et ont vu leur nombre considérablement réduit dans d’autres. L'espèce se maintient essentiellement dans certains massifs montagneux.

En Amérique du Nord, l’ours brun est réparti de l’Est de l’Alaska aux territoires du Nord-Ouest, et plus au sud se trouve en Colombie-Britannique et dans la moitié occidentale de l’Alberta. Des populations isolées existent dans le Nord-Ouest de l’État de Washington, dans le Nord de l’Idaho, dans le Montana occidental et dans le Nord-Ouest du Wyoming. La sous-espèce Ursus arctos horribilis (le grizzly) est l’ours brun commun de l’Amérique du Nord continentale ; la sous-espèce Ursus arctos middendorffi (l’ours kodiak), la plus grande de toutes les espèces d’ours avec l’ours polaire, vit en Alaska dans les îles de Kodiak, Afognak et Shuyak. La sous-espèce Ursus arctos nelsoni habitait dans le Nord du Mexique.

L’habitat des ours bruns du Vieux Continent coïncide avec les reliquats des forêts de la préhistoire, qu’elles soient nordiques ou montagnardes. La Russie et la Scandinavie abritent aujourd’hui avec les Balkans et les Carpates leurs principales populations. L'ours dans les Alpes a une population située principalement en Slovénie liée à la petite population des Alpes italiennes qui commence à s'étendre dans les Alpes suisses [1]. Dans les Pyrénées françaises et espagnoles, des reintroductions d'ours capturés en Slovénie ont permis d'eviter l'extinction d'une population relictuelle.

Démographie[modifier | modifier le code]

La population totale des ours bruns est estimée à environ 200 000 dans le monde. Les plus grandes populations vivent en Russie, avec 120 000 ours, aux États-Unis avec 32 500 ours et au Canada avec 21 750 ours. En Europe, il y en a environ 14 000, séparés en dix populations distinctes. On trouve de petites populations d'ours bruns isolées dans plusieurs pays d’Europe, de l’Espagne à la Bulgarie. En Italie, entre 1999 et 2002, sept femelles et trois mâles capturés en Slovénie ont été relâchés dans le Trentin où subsistaient trois ours autochtones.

En réduction depuis l’époque romaine, l’ours brun était encore présent vers l’an mille dans toutes les forêts de montagne françaises mais les zones d’habitat se réduisirent au XVIe siècle aux parties les plus inaccessibles des Vosges, du Jura, du Massif central, des Alpes et des Pyrénées. À la fin du XVIIIe siècle, le développement des activités humaines comme le pastoralisme, l’exploitation des forêts ou l’utilisation des armes à feu accentua sa disparition et au milieu du XIXe siècle sa présence ne fut plus constatée que dans quatorze départements du Jura, des Alpes et des Pyrénées. Il disparut d’abord du massif jurassien vers 1860 puis des Alpes (estimations : 300 ours en 1800, 70 en 1860, 20 en 1900, dernière observation en 1937 dans le Vercors) pour ne subsister que dans les Pyrénées où sa population atteignit quasiment l’extinction à la fin du XXe siècle[2]. L’ours a marqué les traditions orales et de nombreuses excavations ont conservé le souvenir de sa présence (« grotte de l’ours » dans le département du Jura à Chaux-des-Crotenay, Foncine-le-Bas, Rosay…)[3]

Au massif du mont Pilat (Loire), les derniers Ours furent observés entre 1881 et 1885.

En 1995, la France comptait une population d’ours brun relictuelle de cinq individus dans les Pyrénées occidentales. Sans la capture en Slovénie et le relâcher de deux femelles en 1996 et d’un mâle en 1997 dans le cadre du programme de réintroduction en Pyrénées centrales, l’ours brun était condamné à une disparition certaine. Mais en 1997 et en 2004, deux ourses suitées, Mellba d’origine slovène et Cannelle la dernière ourse de souche pyrénéenne, ont été abattues par des chasseurs lors de battues. La réintroduction a permis de faire remonter la population à une quinzaine d’individus en 2005 mais ne pouvant être considérée comme viable à long terme, nombre trop faible de femelles et problème de consanguinité. Il s’est avéré que les deux femelles réintroduites s’étaient accouplées sur leur territoire d’origine avec le mâle lui aussi réintroduit. Cette situation a conduit le gouvernement français à mettre en œuvre un plan de renforcement avec un apport de quatre nouvelles femelles et d'un mâle au printemps 2006. Un nouveau plan de réintroduction était à l'étude pour la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce plan n'a finalement pas abouti, ce qui, en 2012, a conduit la commission européenne à adresser une mise en demeure au gouvernement français afin de relancer sa politique en faveur de la biodiversité[4]. Ceci étant, le nombre d'ours dans les Pyrénées augmente. En 2016, par exemple, 39 individus ont été détectés (dont 3 sont morts dans l'année), soit 7 de plus qu'en 2015 [5].

Mode de vie et alimentation[modifier | modifier le code]

Un groupe d'ours bruns à la pêche dans les Brook Falls.

L’ours brun est principalement nocturne sauf en Amérique du Nord.

En été il accumule jusqu'à 180 à 200 kg de graisse, réserve dans laquelle il puise pour tenir l’hiver, période durant laquelle il devient léthargique. Bien qu’il ne soit pas un vrai animal hibernant et qu’il puisse être réveillé facilement, il aime s’abriter dans des endroits protégés telle qu’une caverne ou une crevasse pendant les mois d’hiver.

Omnivore, il se nourrit de plantes, dont les baies, les racines, et les pousses, champignons et surtout poissons, insectes et petits mammifères. L’ours brun est en grande partie végétarien, tirant jusqu'à 75 % de ses calories des matières végétales. Il adapte son régime alimentaire aux ressources locales et saisonnières (ainsi certains ours mangent un énorme nombre de papillons nocturnes (mites) en été, parfois jusqu'à 40 000 par jour, pouvant retirer jusqu'à un tiers de leurs calories de ces papillons[6].

Normalement solitaires, les ours se rassemblent à côté des cours d’eau et des fleuves pendant la remontée et le frai du saumon. Tous les deux ans les femelles mettent au monde un à quatre jeunes qui pèsent seulement 500 grammes à la naissance. Ce phénomène devient plus rare en raison d'une raréfaction du saumon sauvage.

Les méthodes classique d'évaluation des populations sous-estiment probablement la taille de la métapopulation ursine. Les méthodes dites non invasives basées sur la photo automatique en infrarouge et sur l'analyse de l'ADN (de poils ou de fèces) permettent, à moindre coût, depuis peu, de mieux évaluer les populations locales, et aussi de mieux comprendre la génétique des populations de l'ours brun, sans interférer avec l'espèce et avec moins de stress pour les individus (par rapport à la pose de radiobalises). C'est ainsi qu'on a évalué une population d'ours suédois à 550 individus environ (482-648) dans une aire de 49 000 km2 et 223 (188-282) ours étaient présents dans une aire de 7 328 km2[7]. Comme les autres méthodes, elles impliquent cependant un effort d'échantillonnage suffisant.

Depuis 2011, l'utilisation récente de nouveaux colliers émetteurs (intégrant une caméra enregistrant des séquences de 10 secondes toutes les 5 à 15 minutes durant plus d'un mois) a apporté des données nouvelles sur le comportement d'une petite population nord-américaine d'ours bruns de mi-mai à fin juin (période choisie car les petits d'orignaux et de caribous y sont les plus disponibles pour les ours) : 100 heures de film exploitable (36 376 clips) ont permis de décrire l'emploi du temps des ours ainsi suivis[8]. 60,5 % de leur temps était consacré au repos, 21,3 % aux déplacements, pour seulement 6,3 % consacrés à l'alimentation[8]. Dans cette région au printemps plus de la moitié des repas étaient de la chair d'orignal ou de caribou, avec 20 % environ de nourriture végétale en complément, et 12 % de viande d'orignal adulte, plus quelques lièvres d'Amérique, cygnes[8]. Et un cas de canibalisme a été documenté : un ours mâle de 10 ans a tué et mangé une femelle de 6 ans[8]. Cette étude a permis de réévaluer (à la hausse) le nombre de proies tués par les ours dans cette région. Il a aussi montré que certains ours tuent beaucoup plus de proies que les autres (l'un a tué quarante-quatre jeunes herbivores en 25 jours pendant qu'un autre en tuaient seulement sept en 27 jours)[8].

En saison de reproduction les mâles se montrent très agressifs envers les petits des femelles. Ils cherchent à les tuer. A ce moment certaines femelles se rapprochent des humains semble-t-il pour se protéger des mâles (ce phénomène dit de "Bouclier humain" a aussi été observé chez une espèces d'antilope menacée qui se rapproche chaque nuit de troupeaux de pasteurs, sans doute pour mieux échapper à la prédation par les hyènes qui se savent en danger près de ces troupeaux[9].

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce Ursus arctos a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758[10]. La localité type est Type "Sylvis Europæ frigidæ" réduite par le zoologiste Thomas (1911) au Nord de la Suède.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Les sous-espèces de l’ours brun ont été énumérées comme suit ; cependant, il y a peu d'accord sur la classification.

L'Ours brun et l'Homme[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Un squelette de néandertalien a été découvert dans la grotte du Regourdou, à proximité de Lascaux, dans une sépulture datant de 70 000 ans BP sous une dalle monolithe de 850 kg et associé aux restes d’un ours brun. Il a longtemps été considéré comme l’un des plus anciens indices d’adoration de l’ours mais cette version est discutée aujourd’hui.

À Chauvet, des crânes d’ours disposés en cercle ont été découverts ; l’un d’eux était volontairement posé sur un rocher au centre d’une des salles ornées de la grotte. À Montespan, il y a 17 000 ans, la statue d’un ours était façonnée dans l’argile. Dans la grotte basque d’Ekain, toutes les représentations animales sont orientées vers la niche aux ours (artzei).

Rencontres et échanges[modifier | modifier le code]

L'homme et l'ours vivant sur des territoires proches, les rencontres sont nombreuses, surtout autour des troupeaux. La chasse à l'ours a été une réalité en France jusqu'au milieu du XXe siècle. Parfois, les rejetons d'ourses tuées étaient dressés par les hommes qui faisaient les "montreurs d'ours" dans les foires et les fêtes, certains voyageront jusqu'en Amérique avec leur ursidé[12].

Mythologie de l’ours brun[modifier | modifier le code]

L'ours faisait partie des animaux utilisés par les Romains dans les cirques (ivoire byzantin du Musée national du Moyen Âge, Cluny)

En Bulgarie, en Roumanie, dans les Balkans, en Asie, en Yougoslavie, chez les Indiens d’Amérique du Nord comme dans les Pyrénées, l’ours fut longtemps considéré comme l’ancêtre de l’homme ou encore comme un homme sauvage ; souvent même il avait le statut d’un dieu. Son attitude parfois proche de l’humain lui a valu cet anthropomorphisme. Ainsi, quand il se dresse sur ses pattes arrière tel un homme, les Béarnais le nomment « lou pedescaou », le va-nu-pieds, ou encore « lou Moussu », le Monsieur. Cette apparente ressemblance avec l'homme a donné naissance dans l'Ouest des Pyrénées françaises à la légende de Jean de l'Ours, fruit des amoures entre un ours et une femme[12].

Pour les Basques, c’est « Hartza[13] ». Il a également laissé son nom dans l’appellation de grandes figures historiques, chez des divinités ou en anthroponymie et en toponymie : Arthur, Artémis, Artehe, Artahe, Artio, l’Arctique, Bernard, Madrid (pour le blason), Berlin ou Berne, peut-être aussi García.

Dans la Russie, l'image de l'ours est très utilisée pour représenter symboliquement la nation, au moins depuis le XIXe siècle.[réf. nécessaire]

L’ours étant autrefois un symbole de résurrection et de fertilité, l'Église s’est efforcée de faire la guerre à ces anciens cultes animistes[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L'ours faisait son grand retour sur territoire suisse il y a 10 ans », rts.ch,‎ (lire en ligne)
  2. Disparition de l’ours brun des Alpes françaises.
  3. Jura Speleo.
  4. http://carredinfo.fr/ours-lavenir-de-lespece-dans-les-pyrenees-passe-par-la-commission-europeenne-18261/.
  5. [1]
  6. Yellowstone Grizzly Bears Eat 40,000 Moths a Day In August, Yellowstonepark.com.
  7. thèse d'Eva Bellemain, Genetics of the Scandinavian brown bear (Ursus arctos): implication for biology and conservation, 2004, Université Joseph-Fourier, Grenoble I [lire en ligne]
  8. a, b, c, d et e Joshua Rapp Learn (2017) Bears are bigger killers than thought, gruesome video footage reveals, ardi 17 mars 2017
  9. Joshua Rapp Learn (2017) Mama Bears Use Humans To Keep Their Cubs Safe ; During mating season, humans might stress female bears out, but male bears stress them out more, Smithsonian mag, 27 juin 2016
  10. Carl von Linné; Systema Naturae per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiæ: impensis direct. Laurentii Salvii. i–ii, 1–824 pp doi: 10.5962/bhl.title.542
  11. Il est également considéré comme une espèce distincte (Ursus crowtheri) par certains auteurs.
  12. a et b Jacques Luquet, La chasse dans le Sud-Ouest autrefois, Sud-Ouest, , 189 p.
  13. Claude Labat, Libre parcours dans la mythologie basque : avant qu'elle ne soit enfermée dans un parc d'attractions, Bayonne; Donostia, Lauburu ; Elkar, , 345 p. (ISBN 9788415337485 et 8415337485, OCLC 795445010), p. 99
  14. Xan de l’Ours, la légende de l’homme sauvage de Marc Large, préface de Renaud, Cairn Editions, 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ouvrage collectif : L'ours brun des Pyrénées, disparition ou cohabitation ?, illustrations de Roger Reboussin, S.F.E.P.M., 1985.
  • Michel Pastoureau, L'ours, histoire d'un roi déchu, Seuil, 2007, (ISBN 2-02-021542-X)
  • Leonard JA, Wayne RK, Cooper A, (2000) Population genetics of ice age brown bears. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA, 97, 1651–1654.
  • Pascal Etienne et Jean Lauzet, L'ours brun, Biologie et histoire, des Pyrénées à l'Oural, Biotope, 2009, (ISBN 978-2-914817-17-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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